MASTER
NEGA TIVE
NO. 92-80616
MICROFILMED 1992
COLUMBIA UNIVERSITY LIBRARIES/NEW YORK
„T7 j . ^s part of the
houndations of Western Civilization Préservation Project"
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A UTHOR :
RDRIZET, PAUL
TITLE:
ET
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DE SUR LE
ULUM HUMANAE
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908
COLUMBIA UNIVERSITY LIBRARIES
PRESERVATION DEPARTMENT
DIDLIOGRAPHIC MTCROFORM TARHFT
Master Négative #
Original Maleriai as Filmed - Existing Bibliograpluc Record
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£46
; I P41 Perdrizet, Paul 1870^
Etude sur le spéculum humanSe salvationis
' Paris, Champion 1908 o 10 + 178 -f rli d
Académie dissertation at Paris university
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ETUDE
SUR LE
srErrLDi nvMWf salvationîs
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ÉTUDE
SUR LE
OUVRAGES DU MEME AUTEUR
Les Fouilles de Delphes, tome V (Bronzes, vases, terres cuites, anti-
quités diverses). Paris, Fontenioing, 1 906-1 908.
La Peinture religieuse en Italie jusqu'à la fin du XIV« siècle.
Nancy, imprimerie de l'Est, 1906.
La Galerie Campana et les musées français (en collaboration avec
M. René Jean). Bordeaux, Féret, 1907.
L'Art symbolique du Moyen Age, à propos des verrières de Kéylise
Sainl-Kiienae à Mulhouse. Leipzuj, (larl ÏJeck, 1907.
Spéculum humanae salvationis (on collaboration avec M. Jules Lutz),
2 vol. f' en cours .1 Mulhouse, chez Meininger, depuis 1907.
La Vierge de Miséricorde, étude d'un thème iconographique. Paris,
Fontemoing (Bibliothèque des Écoles d'Athènes et de Rome), 1908.
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THÈSE COMPLÉMENTAIRE
PRÉSENTÉE
A LA FACULTÉ DES LETTRES DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
PAR
PAUL PERDRIZET
MAITRE DE < OXFKRENTES A l'uNIVERSITÉ DE NAXCT
.^f.
HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR
5, QUAI MALAQUAIS, 5
1908
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\
1/
TABLE DES MATIÈRES
Ave
HTISSEMEM,
Pages
V
CHAPITRE [
" PLAN. LA DESTINATION ET LA FORME DU S. H. S.
I. Titre et plan du .S' ff <^ « a- j
la Piété catholique à la fin du M. A l A Le S t* f ''^'^'''''^''^ ^'
fne aux prédicateurs : la prose rimée. - 5 t^^^'^V^r"'''"'''.^''-
«Innaaes destine aux laïques : ictur,. y.«.'/!îA,t.t"™':".':'"
CHAPITRE H
ORIGINE DOMINICAINE DU S. H. S.
I- U S. // S. composé par un moine. — a Par un mnJn- n • • •
quinzième siècle le crovpîf H,, n^ • • \r morne Dommicam : le
rfm in corde Vj,^-„Zt '''"".'"'.'^-'.V'"""' de lîeauvais. - 3. al„.
doctrine de la s,^ll^!Zlo û ^' " """" ''" '"'' "'"'-" ' '
•le saint Thomas d'Aquin el de
doctrine de ^^ sa^i^:atio U utero. - e! M;;^;;; ZTL
ision des tnjis flèches. — 5. U
5. //. 6'.
CHAPITRE m
LA DATE ET L'AUTEUR DU S. H. S.
!• Date du .V If f; i •
^. //. .V. n'es-, p'; ^o. ;:„' -'r,!::,,;' -'"-•", a...on™e. - 3. Le
en Alsace. _ 5. Extraits d„ v T Ti" , ° ''"' '='="' ™ Souabe <,u
no se trouvent ,„e dans le s'h. S. ^tZl]^]^: S!"'"'" ""'
CHAPITRE IV
LES SOURCES DXJ S H S
A) Ou,™,« .,„,„,„<„ : ,a So.n.e .. T.on.as .■A,„tn, ,a «,e„.e .„.,e
?or;rrrd!z!„'::'^ "-'- -r::- disL or:det
^. //. A. _ 4. De la Uyen,!, dorée cotnme source de plusieurs
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34
442453
\ i^-iiiKÀJi,^\
^;
VI
VII
Pages
•I
idées mystiques (les prêtres supérieurs aux saints et même aux anges;
David sive Chrîstus quasi lenerrimus liyni oerniiculus) ou superstitieuses
contenues dans le S. IL S. (les démons aussi nombreux que les poussières
de l'air). — 5. De la Légende dorée comme source de plusieurs des tra-
ditions apocryphes relatées dans le .V. //. .V. (légendes sur la Nativité et
la Présentation ('e la Vierge, sur la Nativité du Christ, les Ma<|es et la
Fuite en Egypte) *' ^
CHAPITRE V
LES SOURCES DU S. H. S.
B) L'Histoire scolastique
Pierre de Troyes et son Histoire scolastique. — 2. \oquc de re livn- au
Moyen Age. — 3. Nombreux emprunts qu'y a faits l'auteur du .V. //. .V •
textes sur 1' « acrisie ,. dont Elisée frappa' l'armée syrienne, et sur les
deux derniers Commandements. — 4. Histoires profanes : le soncje d'As-
tyage, la nostalgie de la reine de liabylone, Antipater se justifie devant
César. — 5. Légendes juives provenant de Josèphe : le serpent avant la
tentaUon, le mariage de Moise et de ïarbis. — G. Ugendes juives em-
pruntées par V Histoire scolastique à saint Jérôme et à Haban : haqqada
de Lamech. — 7. Légendes juives empruntées par Pierre de Troyes aux
rabbins de son temps : Évilmérodach coupe en trois cents morceaux le
cadavre de Nabuchodonosor, Hur meurt sous les crarbats des Juifs, Moise
enfant brise la couronne de Pharaon. — 8. Comment Pierre de Troyes
a-t-il eu connaissance de ces légendes : fioraison du rabbinat troyen et
champenois au douzième siècle ; les descendants de Raschi. — q. Lé-
gendes relatives à la mort des prophètes
CHAPITRE VI
a.
LES SOURCES DO S. H. S. {Jin)
Valëre Maxime : raisons de sa vogue au Moyen Age. - La légende de la
table dor. — Le dévouement de Codrus.
Vogue de la littérature paradoxographique au Moyen Age. — Traces de
cette littérature dans le .V. //. S. : la légende 'rabbini<,ue du rhamir -
croyances folkloriques relatives au dauphin, à IN'-h'phant, à l'effet du
cyprès et de la vigne fleurie sur les serpents. — La vigne fleurie et le
cyprès symboles de la pureté v-irginale de Marie.
3. La Terre Sainte et les Ordres mendiants. - Description du Saint-Sépulcre.
— La légende du champ damascènc
CHAPITRE VII
DU SYMBOLISME TYPOLOGIÛUE AVANT LE S. H. S.
I. Définition de la méthode typologi<p,e. - a. Cette méthode était en qerme
dans le Nouveau Testament. - 3. Origène en Orient. Auqustin en Occi-
dent en sont les créateurs. - 4. Elle n'a commencé a influer sensible-
ment 1 art religieux que depuis le douzième siècle. - 5. Les émaux
typoiogiqnes d„ douzième siècle; ateliers mosans et rhénans. - 6. Le
crucifix de Sa.nt-Denis et l'ambon de KIoslemeubourg. _ 7. Les ve^
neres typologuiues du treizième siècle _
68
94
l
I
I.
CHAPITRE VIII
LES LIVRES TTPOLOGIQUES A IMAGES DU ttUATORZIÈME
ET DU QUINZIÈME SIÈCLE
La miia pauperum : que cette appellation est erronée. - 2. Les libri
portativi pauperum, - 3. La B. P. non illustrée. _ 4. De la 5 V
dans ses rapports avec le S. H. S. - 5. La Rota Ecechielis. - 6. Les'
^oncordantue caritatis. - 7. Le Defensoriurn inrginitatis beatœ Ma-
riœ _ 8. Que tous les livres typol<,giq„es à images du quatorzième
et du quinzième siècle sont d'origine allemande. -9. Les origines im'
rTlisT ri'H. r"'; '""f "'r ^°"^ '^"^ '^^ enluminures d., douzième siecTe
(Missel dHildesheim) et du treizième (Bibles moralisées).
CHAPITRE IX
INFLUENCE ICONOGRAPHIQUE DU S. H. S.
L'influence du S. IL S se fait sentir sur l'art transalpin dès le milieu du
quatorzième siècle : vitraux de Mulhouse et de Saint-Alban. _ 3 Pour
/W.; 7 ^^'"""""^^ ^';r ' ^'' 'y^'^^^^ (triptyque Helleputle, Très Belles
I/eure, de Turin) sur l'art flamand issu des Van E^k (retable de la
Nativie, par H. de La Pasture; retable du saint sac'rement, par Dirk
Bouts) sur art franco-flamand (tapisseries de Saint-Bertin, de lL Chaise-
C0nr«d ^V'" ^^'^'^^^^'^^^ J^--«) ^t sur l'art allemand (peinturesde
Conrad W ,tz au musée de BAIe). _ 5. L'influence indirecte du S. H S
sensible jus<,ue dans la première moitié du dix-septième siècle
Pages
126
%
i5o
CONCLUSION
i63
APPENDICE
DE QOELQDES LÉGENDES BIBLIOGRAPHIQUES RELATIVES AU S. H. S.
Joannes Benedicfin du treizième ou du quatorzième siècle; _ 30
/rater Amandus. . '
au
INDEX ALPHABÉTIQUE
167
173
IIO
l.
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mM
A NH^RTISSEMENT
tt
\
C'est rétude du type iconographique de la Vierge de
Miséricorde qui m'a conduit a m'occuper du Spéculum
linmanx salvafionis, La Vierge au manteau protecteur
faisant le sujet de Tune des illustrations traditionnelles
lia Spéculum, j'ai dû rechercher quelle était la date de
ce livre à images, en (jucl pays il avait été composé,
f[uelle en avait pu être l'influence iconographique. Ces
recherches m'occupèrent en ujoS. Je croyais les avoir
terminées, quand elles parvinrent à la connaissance de
-M. Jules Lutz, qui avait eu, de son côté, à étudier le
Spéculum pour expliquer les verrières de l'église Sahit-
l^licnne, à Mulhouse. C'est ainsi que j'ai été amené à
entreprendre, en collaboration avec M. Lutz, sur le
S. IL S,j un ouvrage étendu ('), dont le patriciat mul-
housicn a voulu faire les frais. La première partie en a
f)aru cette année; le reste paraîtra prochainement. Pour
diverses raisons, il me convient de pubher à part le
(•) Spéculum hwnanœ salvationis, par J. Lutz et P. Perdrizet, Mulhouse,
iMcininger, 1907. H». Je désignerai cette publication par l'abréviation LP.
4]
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•nMwmiw
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résultai de mes recherches personnelles sur le Spéculum.
Je liens à dire d'ailleurs que, surloul pour ce qui con-
cerne les manuscrits des livres typologiques dont il esl
question au chapitre VIII du présent travail, j'ai large-
ment profité des notes et des observations de mon excel-
lent collaborateur et ami.
Nancy, 20 décembre 1907.
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ETUDE
SUR LE
SPECULUM HUMAM SALVATIOP^IS
CtîAPITKE I
LE PLAX, LA DESTINATION ET LA FORME
DU .9. //. S,
i. Titre et plan du S. //. .V. - 2. Vogue de ce livre, du quatorzième au
seizième siècle, dans les pays transalpins. — 3. Le S II S repré
sentatif ,1e la pié(é catliolic,ue à la fin du M. A. - 4. Le S. H. .V* comme
recueil destiné aux pn'dicateurs : la prose rim«'e. — :^ Le S H S
comme livre d'images destiné aux laïques : piciurœ quasiUbri hiconim'.
1. — L'ouvrafjc anonyme dont il va èlre question est l'un
des très nombreux livres du Moyen Age qui portent le nom
imagé de Mfnrr (Spen^/um, Spieijel). Les jnristes connaissent
le Spoculmn dr Durant i, les théologiens le Sprmlum Errlesiœ
• nionoruis d'Autnn, les mystiques le Spcmlum hrafœ. Mariœ,
(jui figure dans les truvres de saint Bonavenlure, les spécia-
listes de riiisloire franciscaine le Sperulum heati Francisri et
sonorum ejus : et il n'est personne, parmi les savants qui se
sont occupés «lu Moyen Age, qui n'ait eu affaire avec le Spé-
culum ma/us, de Vincent de Heauvais. La Léf/ende dorée était
encore appelée Sprmlum sanctnruni Q). Les compilateurs
d'autrefois ont alFectionné ce titre de Spéculum, autant que
les nôtres ceux de Tableau ou de ManueL Mais l'invention ne
(') Trithemius, Cat. script, eccl., éd. de i53i, f'' xcv».
PERDUIZET, ÉTUDE SUR LE S. H. S. ,
/
i
k
2
leur en appartient pas. Pour cela comme pour tant d'autres
choses, les docteurs du Moyen Açje n'ont fait qu'imiter l'écri-
vain latin qu'ils connaissaient le mieux et admiraient le plus,
saint Auqustin : liber beati Augustini, dit Cassiodore('), quem
pro moribus instituendis (itrfue corrigendis ex dirinii aurtoriltite
coUegit Speculumque nominauit, magna intentione legendus
est. Outre ce Spéculum, (|ui est authentique, quoiqu'on y ait
substitué très tôt le texte de la Vulgate au texte antéhiérony-
mien qu'utilisa Auqustin, le Moyen Aqe en lisait un autre,
qu'il croyait aussi de l'éveque d'Hippone, liber de divinis scrip-
luris siue Spéculum fpiod fertur S, Augustini, et qui soinhle,
en réalité, l'cruvre de quel(|ue Africain du cirHjuième siècle(^).
Le Spéculum huniurue salrationis expose, selon la méthode
typoloqique, l'hisloire do la Chute et de la Uédemption. L'his-
toire universelle, jusqu'à la venue du Sauveur, n'aurait été
qu'une préfiquration de la vie de ('ehii i\\\\ devait rachelei' lo'
monde. Autrement dit, chaque fait de l'histoire évaiu)éli(jue
aurait été annoncé dans l'histoire antérieure, aussi bien dans
celle des Gentils que dans celle des Juifs. Soit, par exemple, la
Mise au tombeau: cet événement aurait été préfiquré quand
Abner fut enseveli, ((uaiid Joseph fut descendu dans le silo,
quand Jouas fut jeté à la mer et avalé par la baleine. Chaque
chapitre du Spéculum comprend ainsi quatre parties: le fait
de l'histoire évanqélique et trois préfiqures de ce fait. A chaque
partie, dans les exemplaires illustrés, correspond une minia-
ture. Le texte d'un chapitre compte cent liqnes rimées. Dans
les exemplaires eiduminés, un chapitre occupe deux paqes, à
raison de deux colonnes de vinqt-cimj liqnes par paqe, chaque
colonne étant surmontée d'une illustration.
Outre ses quarante-deux chapitres, le Spéculum comporte
une préface (prologus) et une table (proœmium),
La préface ou prologue est composé de cent liqnes rimées,
exactement comme l'un des quarante-deux chapitres suivants.
L'auteur y explique son propos et justifie la méthode figurative,
moyennant une parabole qui, dans certains manuscrits, notam-
ment dans ceux de la traduction deMiélot, est illustrée par une
miniature.
(') De i/istitulione divintiriim litterarum, ch. XVÏ.
(*) Cf. Weihrich, dans les Wiener Sitzunfjsberichle, CI II (i883), p. 33, el le
t. XII de son édition d'Augustin, dans le Corpus script, eccl. lut. de l'Acadënie
de Vienne.
PU?
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I
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f
— 3 —
La table est dénommée proœmium parce que, dans la plu-
part des manuscrits, elle commence l'ouvrage. Elle se compose
de 3oo lignes rimées.
Dans la plupart des exemplaires du S. Il, S.Q), il y a de
plus, après le chapitre XLII, trois chapitres d'une longueur
double de celle des précédents (exactement 208 lignes chacun);
dans les manuscrits illustrés, chacun de ces trois chapitres rem-
plit quatre pages, à deux colonnes par page, de vingt-six lignes
chacune, et comporte huit illustrations. Ces trois chapitres ne
sont pas composés selon la méthode typologique: ce sont trois
opuscules mystiques consacrés, le premier aux sept stations de
la Passion, le second aux sept Douleurs, et le troisième aux
sept Joies de la Vierge. 11 est possible que ces trois chapitres
soient une addition postérieure; car, des deux résumés (5/////-
mulx) que le Moyen Age possédait du S. //. S., le plus ancien
s'arréto au chî.pitn' XLJI, et le plus récent comprend les (|ua-
ranle-ciuq chapitivs. L.' phis récent est d'un moine allemand
du quinzième siècle, Jean Schlipat ou Sclirnpacher(^). Le plus
ancieu dal<' du milieu du quatorzième : il est dû au même auteur
(') Les chapitres XLIII-XLV manquent dans les manuscrits latins suivants (ie
laisse de côté, bien entendu, les derur.'ati) :
1° Bibl. du couvent de Hohenfurt (Bohême), ms 48, daté de i^as. LP, n» 87.
20 Bibl. du couvent de Samt-Gall, manuscrit 918, daté de i/ja.'). LP, 'n" iSn*
30 Bibl. imp. de Vienne, manuscrit i43i5, daté de 1437. LP, n-^ iSy.
4<> Bibl. de Stadtilin, manuscrit daté de i/joi. LP, n» 168.
50 Bibl. du couvent d'Engelberg (Suisse), ms 328, du quinzième siècle. L P, no 26.
D'autres mss contiennent les trois opuscules, sans le S. H. S. proprement dit :
1° Bibl. de Bàle (A XI 72, quinzième siècle).
20 Bibl. du couvent Saint-Pierre à Saltzbourg. Cf. Mone, Lat. Hymnen des
.1/. A., Fribounj, i8J4, p. t46. 162 et Damel, Thésaurus hymnologirus
(Leipzig, i85ô), p. 366. 379. Ce manuscrit contient le De VII tristitiis
el le De VII gaudiis b. Maria?. Chevalier, (jui ne connaissait ces deux
opuscules que par les recueils de Daniel et de Mo.ne, a cru, comme ces deux
érudits, que le De VII tristitiis et le De VII guudiis étaient des hvmnes
(Cf. son Repertorium hymnolofjicum, Louvain, 1892, t. I, p. 112, no*i88i,
et p. 4o8, n" 6829). L'erreur a été relevée par Blume, Kritischer Wegweiser
durch U. Chevaliers Rep. hj-mn. (Leipzig, 1901), p. i5i et 188, qui fait
observer que ces prétendues hymnes sont écrites en prose rimée, mais ne
sait |)as que ce sont des chapitres du S. H. S.
3» Bibl. royale de Munich, cgm 84o, ff. 282-357 (traduction allemande). Ces
trois manuscrits sont à ajouter aux listes de LP.
(*) Du couvent bénédictin de Saint-L'lrich et Sainte-Afrc, à Augsbourg, né en
i4o3 à Schougau en Bavière, mort en 1482 au couvent de Melk (Keiblinger, Gesch.
des Benediktinerstifts Melk, Vienne, i85i, p. 543). La snmmula de Schlitpacher
a été impnmt'e {)ar Zaincr d' Augsbourg, dans son édition du S. II. S. (vers 1471 ;
cf. Pa>2er, Ann. typ., I, p. i33 et Brunet, Manuel, V, p. 478) se trouve dans
m^
,m mutiir 'lé'iii m lan - luJÉmi
IllIMHWw
w^n$mm*.
«Il iiiyumu
— 4 -
que les Conrordantiœ rdri'faf's, Ulrich, abhé de LirK'nf<'ltl(*).
Mais, comnu* les trois opuscules s«» trouvent déjà dans des ma-
nuscrits aussi anciens que le manuscrit latin ')C)^ de rArsenal(^)
ou que celui des Johann i tes de Sélestat ('), l'addition doit
remonter au moins à la deuxième moitié, peut-être même au
milieu du quatorzième siècle.
Le Speriilum complet, c'est-à-dire les quarante-deux cha-
pitres à 100 lignes chacun, les trois opuscules additionnels, la
prétace (p/'o/of/r/s), et la table Çproœnfiii/n), forme donc un en-
semble de 4200 H- G24 -r ioo-}-3oo, soit 0224 li(jnes, et de
192 miniatures.
2. — C'est l'un tles ouvrages de piété dont le Moyen Age,
à son déclin, s'est le plus nourri. Dans les l)ibliolhèques pu-
bliqut's et privées et dans les catalogues de vente, nous n'en
avons pas relevé, M. Lutz et moi (^), moins de 224 manuscrits
latins, et sans doute ce chillVe est destiné à s'accroître encore.
11 y faut joindre vingt-neuf manuscrits, qui contiennent une
traduction allemande soit en prose, soit en vers, dix manus-
crits quidoiment une traduction française, un manuscrit d'une
traduction anglaise, un manuscrit d'une traduction tchèque. Il
y faut encore ajouter les très nond)reuses éditions imj)rimées
du texte latin et des traductions. Ces éditions se succédèrent
depuis les débuts de la xylographie et de l'imprimerie jusque
six manuscrits de la bibl. n»valr do Munich (dm. A^^^, 47^4, 7'»3i, 11927, lo^ôy,
21637 = ^^« " ' 77' 70» 8'» ^î^. •<5'^' ïO'"*) ^<^n' •<" plu^ ancien est daté dr i^i ;
ilans un ms de la bibl. imp. de Vienne (n» .\'»70 = LP, n» 183), et dans un ms
d'Auysbourg, daté de i47«j (à ajouter à la li>te de LP). En voici Vinrijûf :
Lucifer elatiis inox e>t aT Tari ara stratus
et Ve,rplicit :
(^uas Domini sensit mater et obtiuuit.
(*) La Siimmu/a ou C.ompt'ndiuin de labbe Ulrich se trouve dans les mss suivants :
1° Bibl. de l'abbaye de Lilienfeld, manuscrit lôi, de i35o environ (LP, n« 46).
2° Paris. Bibl. Nai., lat. nouv. acq. 2129, quinzième siècle (LP, n9 iSa).
3° Vienne, Bibl. Inip.. manuscrit !\<^\Z, quinzième siècle (LP, n» 188).
4° Vienne, Bibl. du prince de Liechtenstein, quinzième siècle (à ajouter à la
liste de L P).
Incipit :
UiK liuman.T Spéculum est salvationis.
In quo lit indicium recreationis.
E.rplicit :
(•-)LP, no 127.
Sic Job nati jocundantur simul per convivia.
0)LP, notx».
(*) Les rensei«}nemenls qui suivent complètent et recliflent ceux que nous don-
nions l'an pas>é dans noire édition du 6\ If. S.
i
dans le deuxième quart du seizième siècle. 11 n'en existe pas
de traduction italienne. Non que l'Italie, restée plus longtemps
famibère avec le latin, sentît moins que les pays transalpins le
besoin de traductions. Si le Spéculum n'a pas été translaté en
italien, c'est, comme j'essaierai plus loin de l'établir, que la
méthode allégorique employée par l'auteur répugnait à la piété
italienne. Le catholicisme italien n'a jamais été tout à fait le
même que celui des peuples transalpins: à la diirérence de
race et de civilisation correspondent, dans la religion, des nuan-
ces qui n'ont peut-être pas encore été suffisamment relevées.
Pour en revenir au Spéculum, non seulement on n'en con-
naît pas de traduction italienne, mais il n'a jamais été imprimé
en Italie, et il n'a exercé aucune influence sur l'art italien.
De ce côté des monts, au contraire, la vogue du Spéculum,
jusqu'au milieu du seizième siècle, a été immense. Nous tâche-
rons plus loin d«' mesurer l'importance de son action sur l'art
religieux des pays transalpins; il nous suflit pour l'instant de
noter combi«'n. dans ces pays, il a dû être répandu, et combien
il a été lu. A la fin du Moyen Age, à la veille de la Réforma-
tion, il n'y avait guère, en Allemagne et en Suisse, en Lorraine
et en Bourgogne, aux Pays-Bas et dans la France du Nord, de
bibliothèque monastique, de « librairie» princière('), qui ne
possédât un exemplaire, manuscrit ou imprimé, du Spéculum.
3. — Puisque ce livre a tant plu aux personnes pieuses du
Moyen Age finissant, c'est donc qu'il répondait parfaitement à
leurs besoins religieux; et l'on doit admettre qu'il est représen-
tatif de la piété catholirjue de ce temps-là. Or, l'histoire géné-
rale a le plus grand intérêt à bien connaître la piété catholique
de la fin du Moyen Age; car c'est seulement movennant cette
connaissance qu'on peut saisir les causes profondes de la Ré-
formation. Ceux-là, en elTet, rapetissent l'histoire des origines
de la Réformation, soit par esprit de parti('), soit par inintelli-
(•) Bibliothèque des ducs de Bourgogne à Bniqes : Barrois, Bibl. protupo-
ijrapfuque, y. 129 n" 760. Bibliotheqi.e d'Antoine de Lorraine : Gollioow. dans
Mem. de I Arad. de Stanislas, I90t>i907, p. 104.
(-) Voir i^r exemple, le compte rendu que les .l^i,;/^r/a BoUandiana, iqoO
p. 324 ont pubbe du livre de G. Ficker, Das aiis<jeh'nd. MittelaUer mtd sein
dp r^h^' VrriW^''^"'"/''!;'' '^^.'P^ô^' '9^3 î.^"' n^'^"-^ ^n^«re. ces quelques lignes
de labbe P(aul) L(ejay), dans la Reuae critique du 11 novembre igr,?, p. 870 •
. Lun des e ements les plus noUbles du luthéranisme est la scolastique du qua-
torzième s..-cle. s. déformée par l'abus des subtUités el par les querelles d'école. Le
hUheramsme est. lu. aussi, p .ur une pari, un produit de la décadence philosophique
I
^
"n^"'
— 6 —
gence des choses religieuses, qui veulent expliquer ce mer-
veilleux réveil seulement par le jeu des forces politiques et, qui
n*y reconnaissent pas avant tout une révolte de la conscience
religieuse. On voit, dans le Miroir de rimmaine rédrmjition,
se refléter certains des aspects caractéristiques de la religion
dégénérée contre laquelle protestèrent les Réformateurs.
L'un des caractères les plus apparents de la religion catho-
lique, telle qu'elle s'est constituée au Moyen Age, c'est la
mariolâtrie. Je disais tantôt qiie, pour l'auteur du S/tenilum,
l'histoire universelle, jusqu'à la venue du Sauveur, n'aurait été
qu'une préfigure de la vie de Celui (jui devait racheter le monde;
il faut ajouter : et de la vie de la Vierge Marie, auxiliaire du
Christ dans l'œuvre rédemptrice. L'homme est sauvé du diable,
non par le Christ seul, mais par le Christ aidé de Marie. C'est
pourquoi le Spéculum commence l'histoire de la rédemption
non pas avec l'Annonciation à Marie, mais avec l'Annoncia-
tion à Joachim (ch. III), et continue par la Naissance, la Pré-
sentation et le Mariage de Marie (ch. IV-VI); et pourquoi,
quand l'auteur a fini le récit de la Passion, il raconte encore la
vie de la Vierge après la mort du Christ (ch. XXXV), son
assomption (ch. XXXVl) et l'intercession dont elle couvre les
pécheurs (ch. XXXVl I-XXX IX). Ainsi les chapitres consacrés
au Christ sont comme encadrés entre ceux qui parlent des pre-
mières et des dernières années de la Vierge. Le chapitre XXVI,
consacré à la Compassion de la Vierge, fait pendant aux cha-
pitres précédents, qui sont consacrés à la Passion:
lu pra?ce(l(Mitil)Us audivimiis Salvatoris iiostri passionoin,
Consequenter audiamus diilcissimie matris ejus dolorom.
Le chapitre XXIX, qui montre comment le Christ, par sa
Passion, a vaincu le Diable, a pour pendant le chaj)itre XXX,
qui montre comment la Vierge, elle aussi, a vaincu l'Adver-
saire, par la part qu'elle a prise à la Passion de son fils :
In prsecedcnti capitulo aiidiviinus quomodo Christus vicit diabolum
[per passionem,
Consequenter audiamus quomodo Maria vioit eunidein p«'r compas-
[sionein.
L'endroit du Spéculum où se marque le mioux ce parallé-
lisme est le chapitre XXXIX, où l'on voit comment le Christ
è
k
■^
intercède pour les hommes auprès de Dieu le Père, et la
Vierge auprès de son fils:
Audiamus quomodo Christus ostendit Patri suo pro nobis sua vul-
Et Maria ostendit Filio suo pectus et ubera... [nera,
Christus ostendit Patri cicatrices vulneruiu quae toleravit;
Maria ostendit Filio ubera quibus eu m lactavit.
Sicut ergo Christus convenienter potest Antipater appellari,
Ita Maria competenter potest Antifilia nuncupari.
0 duhissime Antipater et o dulcissima Antifilia,
Ouam sumine iieccssaria sunt nohis miseris vestra auxilia !
La haine fanatique du chrétien pour le juif apparaît presque
à chaque page du Spéculum. Les chapitres consacrés à la
Passion ne sont qu'une longue invective contre le peuple qui
fit périr Jésus. Cette haine s'exprime en termes particulièrement
forts dans le chapitre XVIII, qui montre « comment Judas trahit
son maître par un baiser ». Dans la première partie du chapitre,
l'auteur ne s'en prend qu'à Judas; mais la deuxième partie en-
veloppe dans la même haine Judas et les Juifs ses complices:
In Vetori Lege scriptuin erat : dentem pro dente, oculum prooculo !
Nunqiiam tamon licitum fueiat reddere malum pro bono;
Sed tu, iiiiquissime Juda, lualum pro bono reddidisti.
Similiter et complices tiii Judœi malum pro bono reddiderunt,
Quia Salvatorem suum in liguo suspendeiunt...
Vos igitur similcs ostis Cain, qui fratri suo siue causa invidit,
Oui nihil mali sil>i fe«erat, et tamen ipsum occidit...
Cain iuterfecit suum uterinum fratrem,
Judas et Jud<ei occidcrunt Ghristum Fratrem suum et Patreui. .
A écouter ces cris de haine, ces paroles homicides, qiii
durent plus d'une fois être développées en chaire par les moines
de saint Dominique, on se rappelle invinciblement les persécu-
tions dont les Juifs ont été l'objet aux treizième et quatorzième
siècles, notamment à Troyes, en i288('), et à Strasbourg
en 1349.
(') Sur l'autoilafê de Troyes, cf. Renan dans VHist. lill. de la France, t. XXV^II,
p. 474» CeUc abominable tragédie commença le jour du vendredi saint ; des
bourgeois de Troyes, fanatisés par les prédications entendues ce jour-là, envahirent
le ghetto et s'y saisirent de treize juifs, qu'ils livrèrent aux Dominicains ; les treize
malheureux furent brûlés par l'Inquisition.
— 8 ^
Les Juifs auraient, à en croire notre auteur, soudoyé les
Idats de Pilate, pour qu'ils lui donnassent plus de couds de
soldats ae niaie, pour q
verges qu'il n'était d'usage :
coups de
I
i-
XXI, 3. Pilatus praecepit militibus ut Jcsurn nagellarent,
Sed Judœi dederuiit ipsis muiiera, ut eum plus solito vorberareiit.
Cousuetudo legis(^) erat ad majus quadra(jinta verhera dari,
Sed Judœi procuraveruut supor Jesum verbera muitipiicari;
Puis, les Juifs auraient inventé pour le Christ un supplice
nouveau, l'imposition de la couronne d'épines, de ce terrifiant
« chapeau » fait des épines de l'acacia : quatre bourreaux le lui
entrèrent dans le crâne, en pressant dessus avec deux leviers :
XXI
, 7. Et non suffecit eis, ut ultra debltum nagellaictur,
Sed excogitaverunt iiovam pœiiam, ut spluls coroiiaretur.
Cousuetudo fuit maleficos aliquando llagellari,
Sed non erat jus logis hominem debere spinis coronari.
0 iniqui Juda'i, inventorcs novarum malitiaruni,
Quantum sustinebitis nova gonera pœnarum !
Et quand leur victime dut subir le dernier supplice, les Juifs,
au lieu d'attacher le Christ à la croix avec des cordes, comme
c'était la loi et comme on fit pour les deux larrons, l'y clouèrent
avec des clous de fer:
xxni, 49- Non erat juris quod lionio cruri cuin ilavis ainiocteretur,
Sed ut funibus susponderetur, donec inoreretur.
Ici se marque l'un des traits caractéristiques de l'esprit du
Moyen Age: les Juifs, en clouant Jésus à la croix, au lieu de
l'y suspendre avec des cordes, comme ils lirent pour les deux
(') '• s'agit, non de la loi romaine, mais de la loi mosai<|ue : « Il ne faut pas
<Ionner pins de quarante coups à relui qui sVst rendu coupable de querelle, de peur
(lue sj on le frappait beaucoup plus, fon frère ne fût avili à tes veux . (Deutér.', xxv, 3).
Dans les prières cpie les Juifs d'aujourd'hui rècileni le jour "du (irand Jeune ( Yuni
hippour), il en est une qui parle des péchés pour lesquels on eût été jadis « condamné
a quarante coups. .. Jadis, en effet, les Juifs se préparaient au Vom Kippour par des
liage lai ions rituelles. Or, pour ne pas enfreindre la défense du Deuiéronome, ces
flagellations ne devaient jamais e.xcéder le chiffre de trente-neuf coups par |>ersoDne.
On se donnait ces trente-neuf coups trois par trois, au moven d'un fouet à trois
lanières, en récitant à chaque coup de fouet l'un des treize' mots du verset 38 du
Psaume lxxvim (Huxdorf. Syna,joga judaica, Bàle, 1712, ch. .XXV, p. 5ai).
A.
/
f
— 9 —
larrons Dismas et Oeslas, auraient fait quelque chose qui n était
pas de droit. Le Moyen Age a introduit jusque dans la piété
ses préoccupations de légiste, son goût de la chicane. On
se rappelle VAdvocacie Notre-Dame, ce singulier poème du
quatorzième siècle, où, devant la cour céleste présidée par
Dieu, se plaide la cause de l'homme, avec la Vierge pour
défenderesse, et Satan pour demandeur: il est vrai que c'est
un poème normand. Les criminels condamnés à mourir sur la
croix devaient, d'après notre auteur, y être attachés au moven
de cordes. Si le Christ a été crucifié avec des clous, c'est par un
raffinement unique de cruauté, que les Juifs inventèrent pour
faire périr le Sauveur :
xxin, 48. Ipsi hune modum crucifigendi primo invencrunt.
4. — Le Spéculum, ([uoi qu'on en ait dit (^), n'est pas un
poème. Il est écrit en prose; non en prose assonancée('), mais
en prose rimée et, suivant l'expression de Jean Miélot, en
prose (( rimée par doublettes », c'est-à-dire en lignes rimant
deux par deux, chacun de ces distiques formant un sens com-
plet.
Si Ton voulait écrire d'une façon complète l'histoire de la
prose rimée, il faudrait remonter jusqu'aux grands sophistes
du cinquième siècle avant notre ère, qui firent faire à la langue
greccjue sa rhétorique. Gorgias('), poussant à l'extrême le pro-
cédé de l'aïUithèsc, dont l'esprit grec était naturellement épris,
imagina, entre autres choses, de finir par des mots de même
terminaison les rôla symétriques et opposés : c'était l'artifice
i\Q\ii paromoinsis{f) ou des /lomoiotr/eutaQ), Cette figure de
mots a été chère à la rhétorique gréco-romaine Q. Une épi-
(') OuiCHAKD, Notice, p. 28 : « Le poète du Spéculum ne s'est imposé aucune
règle, ni de mesure, ni de quantité ; des vers ont dix syllabes, d'autres en comptent
jusqu'à vingt-cinq; on essaierait en vain de les scander; l'auteur n'avait égard qu'à
la rime, qui est chez lui d'une grande richesse. »
(-) Rev. de l'Art ancien et moderne, août 1900, p. 92.
(3) Voir la péroraison de VEpituphios {Wiet. gneci, éd. Walz, t. V, p. 5^8) et
les études que Blass {Die attische Beredsamkeit^, I, p. C3 sq) et Navarre {Essai
sur la rhétorique grecque ainint Aristote, pp. 87-92) ont faites de ce morceau.
{*) Aristote, Rhét., III, 9, $ 9. {<) Walz, Rhet. gr., t. V, p. 55i.
{•) Cl. WiiMMCwiTz, Griecli. Lit. des Altertums, dans Die Kulfur der Gegen-
wart, I, 8, p. io3.
^
{
!
«wwwp^-^wi-s
•
■J
— 10
taphe d'Afrique en offre, pourPépoque impériale, un exemple
curieux :
QucT fuerunt prteteritœ vitae tcstimoiiia,
nunc declarantur hac scriptura postrema.
Eiiiiia hic sita est PVuctuosa
carissima conjux, cortae pudicitiae bonoque obsequio laudaiida ma-
Qiiinto decimo ainio maritae iiomen accepit, [troua.
in quo amplias quarii tredecim vivere non potuit.
Carminibus defixa,
jacuit per teinpora muta...
^'Elius hœc posuit Prociilimis ipso maritus,
legiouis tanta^ tcrtia.' Aiigustie trlbuuus(').
C'est déjà la prose rimée, telle que Ta pratiquée le Moyen
Age.
. Cette façon d'écrire paraît avoir été très goûtée à la fin de
l'antiquité. Elle servait, non seulement, comme on vient de le
voir, pour les elogin de style pompeux, mais pour les sermons
de la chaire chrétienne : le style de l'élocmence chrétienne du
troisième au cinquième siècle, écrit Norden(^), est caractérisé
principalement par l'opposition antithétique de membres de
phrase de même structure, de même longueur, et rimant en-
semble deux par deux. Saint Augustin, dans son De rhristiana
docfrinaQ), (\m est, par ordre de date, le premier traité d'ho-
milétique, cite, comme exemple d'éloquence tempérée, c'est-à-
dire capable de jdaire à l'àme et de l'émouvoir, ce passage du
De habitii virginum (+) de saint Cyprien :
Quomodo portavimus imaginem ejus qui de liFiio est,
sic portemus et imaginem ejus qui de Cielo est(î).
Hanc imaginem virginitas portât, portât integritas,
sanctitas portât et veritas,
portant disciplinée Dei memores,
justitiam cum religione retinentcs,
(') Mémoires de la Société des Antiquaires, l. XXI, p. ia4; C/L, t. VIII,
no 2756 ; NoRDE.N, Die antike Kunstprosa, t. II, p. 639.
(*) Id^, t. II, p. 616 : « Die Signatur des Stils der christlichcn Predigt in
ateinischer Sprache ist der antithetische Saizparallelismus mit Homoioteleutoo. »
(0 L. IV, ch. XXI (A L. XXXIV, 112).
{*) Ch. XXIII (/>. L. IV, 464).
(') C'est, arrangé en pi-ose rimée, le verset de saint Paul : sicut portavimus
imaginem terreni (hominis), portemus et imaginem cwlestis (1 Cor. xv, 49).
i
■'('
I
— II —
stabiles in fide,
humiles in timoré,
ad omnem tolerantiam fortes,
ad sustinendam injuriam mites,
ad faciendam misericordiam faciles,
fraterna pace unanimes atque concordes.
Ce sont les hornoiofrletitd (jui forment le principal ornement
de ce morceau. De même pour une foule d'autres passages
des homélies et des lettres des Pères latins. On lit, par
exemple, dans la soixante dix-septième lettre de saint Cy-
prien('):
Conservantes firmiter Dominica mandata,
in simplicitate innocentiam,
in caritate concordiam,
modestiam in humilitate,
diligentiam in administrationo,
vigilantiam in adjuvandis laborantibus,
misericordiam in fovendis pauperibus,
in defendenda veritate constantiam,
in disciplina scveritate censuram.
De tous les Pères latins, celui qui a fait le plus fréquent
usage de la prose rimée est saint Augustin. Comme ce Père
est aussi celui que le Moyen Age a le plus lu et dont il a
le plus admiré non seulement la profondeur théologique et
morale, mais l'éloquence et le style, rien d'étonnant à ce que
nombre d'auteurs ecclésiastiques du Moyen Age aient cultivé
la prose rimée comme une forme particulièrement artistique
du style oratoire.
Pourtant, on est quelque peu surpris de trouver de la prose
rimée dans des documents de notaires, tels qu'actes de vente
et de donation: c'est la surprise que reconnaissent avoir éprouvée
les éditeurs du Curtiilaire de Saint-Victor de Marseille Q),
devant des textes comme ceux-ci :
Terram mea' potestatis sancti Victoris monasterio
haud procul a mœnibus Massilia; fundato,
(') P. L., IV, l\\o, cité par Norden, op. laud., t. II, p. 619.
(*) T. I, p. XX {Collection des documents inédits de l'Histoire de France). Cf.
(jiRT, Manuel de diplomatique, p. 449 et suiv.
i;
/
*
*a^«»i^&»i»«i
— 12 —
abhatibiis ac moiiachis futuris et priesciitibus,
ibidem Deo sorviontibus,
staliii (loiiandam
et perpetim habeiidam... (t. I, p. 85).
Adrnoiieo vos ut servos Dei ultra non fallatis
aut vestra calliditate decipore cupiatis,
ne forte irani Dei incurratis
et in couspoctu ejus cadatis...(t.I, p. 87).
Suuimo dispositori oniuis machinaineuti
et insolubilis forcitatis Deo omnipotenti,
cui cuneta creata jure est deservire,
ad quem ut adjutorem necosse est venire...(t. I, p. 3ii).
Aussi bien, les chartes de Saint-Victor, qui sont écrites en
prose rimée, n'ont-elles pas pour auteur un notaire: elles ont
clé rédigées par un prélat leltré, Rainihaud de Reillannc, nui
tut archevé(iue d'Arles de io3o à loÔgC): sans doute, c'est
dans saint Aufjustiii que Raindjaud avait pris le qoût de cette
façon d'écrire.
On connaît d'autres charles en prose rimée : « Il n\ a rien
d'étonnant, dit (nrv(^), à voir la prose rimée s'introduire dans
le style diplomatique, à une époque où elle était fort en vogue
dans les œuvres littéraires. » Les chartes en prose rimée sont,
au témoignage des diplomatistes, plus nombreuses en Vlle-
uiagne qu'en France Q). Jean l'Anglais, dans sa Poefria, com-
posée à Pans, à la fin du treizième siècle, distin(|ue, entre
autres « styles » de chancellerie, le sti/ius YsMorianus, qu'il
dehnit anisi : In stijlo Ysidnnano, y,/o iMur Vsif/nrns in
libro Soldoquinriim, (l'stlnguuntur r/misu/r pares in si/llabis,
secundiini leonikifnn vel romonuntiam; et videntnr r/aiisnle
pures in sdlabis, quamvis non sint. Isfe sfyltis ralde motivas
est ad pietatem et ad letdiam et ad intelli(jentiam(^\ C'est la
définition de la prose rimée.
Les diplomatistes médiévaux l'appelaient « stvle isidorien »
parce que, comme l'indique Jean l'Anglais, les Snlihques (),
0) (inllin Chrtstiana noyissinui, Arles, éd. Albancs-Chevalier, roJ. .Aâ.
(-) Manuel de diplomatique, p. 45o.
{') Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre, t. I p 5o3
(») ^'te i^r HocKiNGER, linejMler und Fonnelbncher des A7. his XIV Jahr-
mn-; J ' P- ^*^' ^^ <! «Pi^s Hockinger, p.r G,ry, op. laud., „. A61
8.5) Én'vnV T"'"'': *'^V^^ iamentutione animée peccatncis'p. L., Li.Vxi, .*
8.0J. En ^o.c. I.s premures I.gne, : Anima mea in angustiis est, spiritns meus
— i3 —
l'un des pluà célèbres ouvrages d'Isidore de Séville, étaient
écrits en prose rimée.
Mais c'est surtout dans les Vies de saints et dans les Ser-
mons que les écrivains latins du Moyen Age sembltMit s'être
servis de la prose rimée.
Ebert en signale des exemples dans la Vie de saint Bruno,
écrite vers gii.Vijyo par Ruotger de Cologne (^). De longs mor-
ceaux de prose rimée se trouvent dans la Vie de saint Donat
dont Ozanam a publié des extraits d'après un Laurentianus du
onzième siècle : « A mesure que le biographe avance dans son
récit, dit OzanamQ, son style prend des formes nouvelles : c'est
encore de la prose, mais c'est de la prose rimée. « En réalité,
dès Vinripit de la Vie de sa'nt Donat, la |)rose rimée apparaît.
Sans chercher plus loin, on en trouve à chaque instant dans la
J^égende dorée Q^.
Wolfllin (') signale des exemples de prose rimée dans les
sermons de Bède le Vénérable (()72-735). Bourgain, en publiant
le Planctus Magdalenœ attribué à saint Anselme de Cantor-
béry (-J- iiog), remarque que «cette composition est aussi
curieuse par la forme que pour le fond : les assonances y sont
presque conliriuelles, (juoiqu'elles ne rentrent dans aucune des
cond)inaisoris rylhmicpies si variées du Moyen Age ; l'auteur
affecte d'employer les mêmes terminaisons, sans doute afin de
mieux peindre par la répétition de chutes semblables l'unifor-
iestuuf, cor meum /I.trtniit, nnffusfia unimi possidet me, (intjustia animi (ifjll(jit
me, cirrumddfus sum omnibus mnlis, circumsep'us n'rumnis, circumclusus ud-
versia, obsitus miseriis...
(') Hist. fjènêrnle de la lift. Int. du Jf. A., \. Ili de la Irad., p. 481. Eberl
signale encore de la prose rimée dans Hrosvifa (t. III, p. 34 1) et dans la lettre que
le clunisien Syrus écrivit à ral)bé Odilon en lui envoyant la Vie de Majolus{l. III,
p. Ô24).
(-) Ozanam, Documents pour servir à l'hist. lift, de l'Italie, pp. 49-04. Depuis,
elle a été publiée in e.rfenso dans les Acta SS (ocl. IX, 655).
(•^) Le I>. Delehaye, bollandisle, me fait savoir que son confrère le P. Poncelet
réunit depuis longtemps les matériaux d'une étude sur la prose rimée dans les Vies
de saints; et il veut bien me signaler, comme exemples, entre beaucoup d'autres,
de Vies de saints écrites en prose rimée : La Vie de saint Lambert par Etienne de
Liège {Dibl. Hagiogr. La t. n^ 4683) : La Vie de saint Ghislain par Rainier {BHL,
n»^ 3555-6); La Translation de saint Corneille à Compiégne {BHL, n» 1964); La
Translation de saint Gentian à Corbie (BHL, n«> 335i); Le Sermon de Milon
sur la Translation de saint Amand {BHL, n» 342); Les Miracles de sainte
Waldhurge par Wolfiiard {BHL, n» 8765).
{^) Der Reim ini Lateinischen, dans VArchiu fur lafein. Lexicographie, t. I,
p. 378. \V. signale encore de la prose rimée dans le recueil de fables intitule
Appendi.r Romuli.
i
I.
m^'9K' y — ;^y^-
-£» V„-S*^^
— 14 —
mité éloquente des sanglots et de la prière Q), » C'est se donner
beaucoup de mal pour décrire le procédé qu'il eût suffi d'ap-
peler de son vrai nom : la prose rimée.
« Le Spéculum ecrlesiœ d'Honorius d'Autun, écrit M. Mâle,
est un recueil de sermons pour les principales fêtes de Tannée.
Pour que son latin pût se graver plus facilement dans la mé-
moire des prédicateurs, Honorius l'a soumis aux lois d'un
rvthme barbare. Chaque phrase rime avec la précédente par
assonance. Il y a dans le Spéculum de vraies laisses théologi-
ques tout à fait comparables aux couplets épiques des chansons
de gestes. Il est possible que cette musique monotone ait
contribué au succès du livre (*). » En réalité, le Spéculum
ecclesiœ, comme le S. II. S., n'est pas assonance, mais rimé ;
les laisses monorimes y sont l'exception, et même quand il
s'en trouve une, elle se décompose en distiques formant cha-
cun un sens complet : comme le S. //. 5*., le Spéculum ecclesiie
est « rimé par doubleltes ». Notons d'ailleurs qu'IIonorius
appelait versus et non lineci ses lignes de prose rimée ('). Il
semble avoir affectionné ce genre de style : son Hexœmeron,
son Expositio in Cantica, sa Gemma animœ sont presque
entièrement en prose rimée.
Comme exempl-es de sermons en prose rimée, je citerai
encore le panégyrique de saint Marcel, par Hugues, abbé de
Cluny (y 1109), publié par Bourgain(^); le sermon pour la
fête de Saint-Denis, par Hilduin, chancelier de Notre-Dame de
Paris, au douzième siècle (>); les sermons d'Odon, chanoine de
saint Augustin, qui sont de la même époque (^); le sermon De
beata Maria Virgine dans les ouvrages faussement attribués à
saint Bernard (7); et, en beaucoup d'endroits, les IV Seimones
in antîphonam Salve regina, qui iigurent aussi parmi les apo-
cryphes de saint Bernard Q).
A l'imitation de la prose rimée latine, il y a eu une prose
rimée française, dont voici un curieux exemple : c'est la table
en prose monorime, sur la rime-/>^ que le carme Jean Golcin,
i5
(') La (Jiaire française au douzième siècle, Paris, 1879, p. 225; cf. p. 373.
(-) L'Art religieiuc da treizième siècle en France, 2" éd., p. 56. Sur Honorius
d'Autun, cf. VHist. litt. de la France, t. XII, p. 169.
(^) Ad omnes sennones debes primam versum latina lingua pronuntiare, dein
patria lingaa explanare {P. L., CLXXII, 83oj.
{*) Op. cit., p. 72 et 228. (') Id., p. 384. («) Id., p. a3o.
{')P. L., GLXXXIV, looi. (•) Id., 1039.
SOUS Charles V, a composée pour sa traduction des opuscules
du Dominicain Bernard Gui :
Si retourne a mon propos et devise ce livre en XVI parties...
La quarte partie sera des noms des roys de France et de leurs
nobles lignies par manière de généalogie,
La quinte sera des noms des contes de Tholose jusque a la maie
hérésie,
La se.xte sera de l'exposition des songes Daniel que l'on voit en
dormant ou en merencolie, ete (*).
De cette table en prose française rimée, on rapprochera
celle du Spéculum humanœ saluationis, en prose latine rimée.
L'artifice des homoioteleuta est de ceux que Denys d'Hali-
carnasse a qualifiés d'enfantins. Si le sévère critique a jugé
ainsi les homoioteleuta de Gorgias, qu'aurait-il dit de la prose
« rimée par doublettes » des Vies de saints et des Sermons,
du Spéculum ecclesiœ et du S. H, S, ? M. Mâle a raison d'y
voir un style de barbares. La rhétorique antique, à ses débuts,
avait inventé les homoioteleuta ; elle y revint à son déclin,
au temps des rhéteurs chrétiens, et s'y complut, car la sénilité
s'amuse souvent des mêmes choses que l'enfance. Le Moyen
Aqe, qui hérita de ce procédé, s'en engoua; la prose « rimée
par doublettes » lui plaisait par sa symétrie élémentaire et
par sa musique monotone :
Oh ! qui dira les torts de la Rime !
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ? (^)
Pourquoi la prose rimée a-t-elle été affectionnée par les
hagiographes et les sermonnaires ? Sans doute, comme l'a dit
M. Mâle à propos du Spéculum ecclesiœ, parce qu'elle était
facile à a[)prendre par cœur. Elle devait ses qualités mnémo-
niques, non seulement à la rime, mais encore à la concor-
dance antithétique à laquelle étaient généralement soumises
les lignes appariées. Il est croyable aussi qu'elle se récitait
(') Mélanges de l'École de Rome, 1881, p. 267, article d'Antoine Thomas.
(-) Verlaine, Art poétique, dans Jadis et Naguère.
»/
— i6 —
d'un ton de mélopée, avec une modulation sur la rime, pour
bien marquer celle-ci et la faire entrer dans la mémoire. On
sait en effet que les Vies des saints étaient lues à Toffice de
leur ft^te : c'étaient des sortes de panégyriques. II était naturel
qu'elles fussent écrites dans une forme qui permît de les
retenir par cœur. De même pour les sermons : les prédicateurs
apprenaient eux-mêmes plus facilement des sermons en prose
rimée, et les auditeurs en devaient assez aisément retenir des
passages.
Puisque la prose rimée a été si souvent employée aux dou-
zième et treizième siècles pour les sermons écrits, on peut se
demander si le S. H. S., qui est en prose rimée, n'est pas à
classer à la suite des sermoniiaires. On verra plus loin qu'il doit
avoir été écrit [)ar un docteur de l'Ordre des Prêcheurs. Or,
justement, il j)résente certains des caractères du sermon latin
écrit, tel que l'ont compris les prédicateurs du Moyen Aqe. La
prose rimée est un de ces caractères. La péroraison qui termine
chaque chapitre en est un autre. Cette péroraison, dans le
Sperulani proprement dit (^), consiste en deux vers commen-
çant parles mots o bone Jesii et terminés par le mot amen;
elle résume le chapitre et en tire la leçon édifiante : ainsi, à la
fin du chapitre Vil, qui est consacré à rinearnation :
0 bone Jesu. da nobis tuain incarnalionem ita venerari,
Ut pociilo i'ontis vitie in a^lernum increainur satiari ! Amen.
La péroraison est autre dans les trois opuscules qui formeiit
les trois derniers cha[)itres : chaque développement sni* Tune
des sept stations de la Passion, ou sur l'une des sept Tris-
tesses ou des sept Joies de la Vierge, se termine invariable-
ment ainsi :
Quod nobis omnibus p;'ieslarc clignetur Dominus noster,
[Jésus Christus,
Qui cum Pâtre et Spiritu Sancto est in perpetuum bene-
[dictus ! Amen.
Le nobis il if noster semblent bien indi(|uer une oraison à
(») l'rologue, ch. II-XLH. Par exception, le ch. I n'a pas de péroraison.
(-) Il faut rétablir, dans notre édition du Spéculum, ce mot amen à la un de
chaiiue péruraisoa.
1
— 17 —
prononcer en commun. Relisons maintenant ce que dit Lecoy
de La Marche sur la péroraison des sermons du treizième sièck •
« Apres avoir dégagé de son récit une conclusion pratique lé
prédicateur termme ordinairement par une nouvelle prière indi
quéedanslesmanuscrits tantôt parle mot rogabimus, tantôt par
une phrase comme celle-ci : Quod nobis pnestare diqnetnr qui
vwit et régnât Deus per oninia sœcula sœculorum! Amen. Cette
formule finale, qui est une tradition léguée par les Pères est
toujours exprimée en latin, môme dans les manuscrits français •
tout porte à croire qu'elle ne se disait effectivement pas, comme
le reste, dans la langue du peuple. On sait qu'une péroraison à
peu près semblable est encore en usaqe de nos jours (0 «
Un autre caractère du sermon est' l'emploi fréquent de la
prosopopée et de l'apostrophe : le prédicateur interpelle volon-
tiers son auditoire. II y a plusieurs de ces apostrophes et de ces
j)rosopopées dans le Spenilum :
XIX, 19. 0 ffatres ! si aliquis ex vobis talem alapam sustineret
xxvi, 29. (Juantum putatis, fratres carissimi...
XXI, i3. 0 iniqiii Judaei, inventores novaium malitiaram...
En soinme, on ne se trompera pas en considérant chaque
chapitre du Spéculum comme une sorte de sermon en prose
rimée, et l'ouvrage entier comme un recueil analogue, à cet
égard, au Spéculum ecclesiœ d'IIonorius d'Autun (^) Et je
ne serais pas surpris qu'il soit arrivé souvent qu'un prédica-
teur de l'Ordre dominicain, au lieu de composer un sermon
original, se soit contenté de lire à ses auditeurs un chapitre
avec ou sans commentaire, du .S'. H. S. L'auteur même de
cet ouvrage semble avoir souhaité et prévu cet emploi de
son livre :
X, i5. Propterlegentiumetaudiontium utilitatem hic annotabo
Lt brevi quadam glosula clucidabo,
di(-il, avant de transcrire le Décalogue et de l'expliquer.
0) La Chaire française au Moyen Agre, a« éd. (Paris, .886), p. 3o5.
J, -'^^■'^/f *^ différence que le S. //. S. suit l'ordre historique du drame de la
t J/.V' "''7'vn' ^^'^^Z'-"^'- -^'--^ J'ordre'du calendri" (/LÏ^
PERDRIZET, ÉTUDE SUR LE S. H. S.
'i^
h
1
— 18 —
5. — Quelquos manuscrits ne donnent (jue le texte du Spe-
ciiliini, sans illustration. Mais ces manuscrits sont l'exception :
le plus souvent le Spéculum est orné, comme nous Pavons vu,
de 192 dessins ou miniatures. Il résulte du proloyue {|ue l'au-
teur du Spéculum entendait que son livre fût illustré :
In prcTsenti vita nihil «Tstimo homiiii utilius esse
Quam Dcum creatorem suum et propriain conditionem nosse.
Hanc cognitionem possunt litterati habere ex Scripturis;
Rudes autem erudiri debent in libris laicorum, id est in picluris.
Quapropter ad glorlam Dei et pro eruditione indoctorum,
Cum Dei adjutorio, decrevi conipllare librum laicorum.
Ainsi le Spéculum devait être, dans la pensée de sonaulcur,
un livre à imaqes, dont rillustration, moyennant des explica-
tions fournies par les clercs, pût édifier les illettrés. Le Spé-
culum appartient donc à la caté()orie de ces livres à images,
destinés à rédilicatiun, aux(piels M. Léopold Delisle a con-
sacré une étude si savante ('); mais cette étude, à peu près
définitive en ce qui concerne les Bibles historiées et les Psau-
tiers, a laissé de côté le S, IL S. ainsi que les ouvrages con-
; qénèiTS, Biblia pauperum, Concordfintiiv can'fatis, Defenso-
rium uwiolativ virijinitutis beatœ Muiue.
In libris laicorum, id est in picluris. Cette théorie, contre
laquelle la Réforme a eu le mérite de réagir, remonte à une
époque très ancieiuie du christianisme. Il en faut tenir compte
pour ex[)li([uer que les catacombes aient été décorées de fres-
ques. L'adversaire des iconoclastes, Nicéphore, patriarcbe de
Constant inople, disait au neuvième siècle : « L'image possède
sous une forme plus grossière, mais plus expressive, la puis-
sance de l'Évangile ('). » Quod legentibus Scriptura, hoc idiotis
pnestat Pictura, écrivait déjà au sixième siècle Grégoire le
Grand à l'évéque de Marseille, Sérénus Q). « Le pape Grégoire I,
(') Livres d'images destinés à rinstriiction religieuse et aux exercices de piété
des laïques, dans VHist. litt. de la France, t. XXXI.
(2) Cité par Millet, La collection byzantine de l'École des hautes études, p. i.
(') Et non au reclus Secundinus, comme le dit L. Delisle, dans Vllistoire litté-
raire de la France, t. XXXI, p. 791 : cf. Oreg., Epist. XI, i3, en rapprochant
une autre lettre au même Sérénus, Epist. IX, io5, où il est dit '.pictura in Ecclesiis
adhibetar, ut hi qui litteras nesciunt, saltem in parietibus videndo legant quai
légère in codicibus non valent.
. \
I !
i
d
— 19 —
dans son épître à Sérénus, écrit Gilles Boileau Q), disait que les
tableaux des peintres étaient les bibliothèques des chrétiens
ignorants. » L'abbé Boileau a attribué à Grégoire le Grand le
topique des docteurs du Moyen Age, pictunè quasi libri laico-
rum, qui se trouve dans Honorius d'Autun(^), G. Duranti ('),
Pierre le Mangeur (^), Albert le Grand (>), Molanus (% et bien
d'autres. Un opuscule cistercien du treizième siècle ("), com-
posé pour S4»rvir aux artistes de manuel de synd)olique ligurée,
sVxprime ainsi : « Notre époque aime trop les peintures pour
qu'on puisse les bannir des églises, et personne ne saurait
trouver mauvais qu'on les fasse servir de livres pour les
laïques (^). » A la fin du quinzième siècle, le Dominicain
Michel François dit dans sa Quodlibrtica decisio de VII dolo-
ribus Mari'.r (') : /loc etiam probant anti(ju:i' Ecclesùe pic-
tur.r r/uasi libri laicorum, in quibus D. Vinjo, F i lii sui corpus
de cruce depositum inter brachia cum lucrimis amplectitur,
vocatur in Francia imago IL Virginis de pictatc. Vn peu plus
tard, Érasme reconnaît (pie non inscitc dictum est picturam id
esse illitcratis quud cruditis sunt libri Q''). Au commencement
du dix-septième siècle, un moine lorrain, le père Jidet,
Minime, renchérit encore là-dessus : « On dit communément,
écrit-il dans ses Miracles et grâces de .Votre-/ Ja me de Bon-
secours-lez-Xancg (''), (pie les images sont les livres des igno-
rans, et je dis que les images sont les livres et des ignorans
et des sçavans ». « Nous sommes, par la grâce de Dieu, ceux
(') Histoire des JlageUans, |>. G de l'éd. d'.\msterdam, 1782.
(-) Hauhéau, Journal dfs Sauanta, 1884, p. 708.
(3) Rulional, 1. I, chap. III, $ i : pictura et ornamenta in Ecclesia sunt laicorum
lectiones et scripturse.
(<) P. L., CXCVIII, iD^o : etiam in picturis Ecclesiarum quse sunt quasi libri
laicorum, hoc reprsesentatur nobis. Il s'agit du bœuf et de l'âne dans la rej)réscn-
tation traditionnelle de la Nativité.
(*) Sermoncs, p. 11, éd. Hippolyte de la Croix.
(«) Pictune dicuntur laicorum et idiotarum libri {De historia SS. Imaginum
II, 2, p. 3i de l'éd. Paquot ; cf. p. G7).
(') Ms. Cheltekham n» 1 ioôq.
(•) Cité par Pitra, Spicilegium Solesmense, t. III, p. lxxv, et par Delisle,
Histoire littéraire de la France, t. XXXI, p. 214.
(») Citée dans les Analecta Bollandiana, i8y3, p. 33y.
(»«) Cité par Molanus, op. laud., II, chap, 54. Paquot, dans sa note sur ce
passaye (p. i5G de l'édition de Louvain), renvoie à la Vie de D. Le Noblets (Paris,
1668, 8"), qui contient de curieux détails sur l'emploi des images pour renseigne-
ment de la religion aux Bas-Bretons j)ar les missionnaires.
(") Nancy, i63o, p. 44 i«
20
qui manifestent aux illettrés les miracles opérés par la foi »,
déclarent fièrement les peintres de Sienne en i353, dans les
statuts de leur corporation ('). Ainsi, pour le Moyen Age, l'art
était une catéchèse : « Le premier objet qu'il se proposait dans
la peinture et la sculpture était l'enseignement (^). » Tout le
monde connaît la prière à la Vierge que Villon écrivit pour
sa mère :
Femme je suis, pauvrette et ancienne,
Qui rien no sais ; oncques lettres ne lus.
Au moustier vois, dont suis paroissienne.
Paradis peint, où sont harpes et luths.
Et un enfer, où damnés sont boullus.
L'un me fait peur, l'autre joyc et liesse :
La joye avoir me fais, haute Déesse !
[\
Cahier a extrait du catéchisme en usage vers 1700, au
temps de Fénelon, dans le diocèse de Cambrai, ce passage
caractéristique : « Demande. A quoi pensez-vous en disant
votre chapelet pendant la messe? — Réponse. A quelque chose
que Notre-Seigneui" ou Notre-Dame ont faite étant au monde,
ou bien à quelque image que je vois devant moi à l'autel, aux
parois, aux verrières... » (0*
(') MiLANESi, Docunienti per la storia deW arte Senese, t. I, p. i.
(') Rena>, État des Beaux-Arts an quatorzième siècle, dans Le Clerc et
Renan, Histoire littéraire de la France au quatorzième siècle, t. II, p. 264.
(3) Vitraux de Bourges, préface, p. 11.
IH
II
vit,;
CHAPITRE II
ORIGINE DOMINICAINE DU S. IL S.
I. Le S. H. S. composé par un moine pour des moines. — 2. Par un
moine Dominicain : le quinzième siècle le croyait du Dominicain Vincent
de Beauvais. — 3. Gladiiis in corde Prœdicaloris. — f\. La visiun des
trois flèches. — 5. La doctrine de la sanctificaiio in utero. — G. Men-
tion, dans le S. H. S., de saint Thomas d'Aquin et de saint Pierre
martyr. — 7. Qui ad justitiani erudiunt mullos.
^i
)
1. — Il ne me semble pas qu^on eût remarqué jusqu'ici que
le Spéculum doit avoir été composé par un moine, et par un
moine de Tordre des Prêcheurs.
Le Spéculum a été écrit par un moine. On le devine dès le
début, à la parabole du chêne, qui commence le proloque. Un
grand chêne se trouvait dans une abbaye; l'abbé le fit abattre :
28. Abbatia qua'dam qucrcum niagnam habebat, etc.
Ainsi, dès les premiers mots, le Spéculum nous transporte
dans le monde monastique.
Au cours de l'ouvraqe, le moine se décèle plusieurs fois, à
sa haine de la femme (I, v^i-53 ; XXII, 3i); à sa préoccupation
des tentations charnelles, qui rendent le sommeil si redou-
table aux religieux (XXIX, 90) ; à sa crainte de l'acédie (IV,
4i); à ce qu'il dit de l'orgueil, « qui règne non seulement
dans le siècle, mais aussi dans le cloître », non tantum inter
sœculares, sed et inter claustrales (XIII, 84); à la description
qu'il fait de la vie toute monastique menée parla Vierge Marie
dans le cloître du Temple, avant son mariage (V, 71 sq).
Comment vécut, dans le cloître du Temple, la jeune Vierge
Marie? Dans les Evangiles canoniques, il n'est point parlé
— et pour cause — de moniales, ni, d'une façon générale, de
vie conventuelle. Les Evangiles apocryphes se chargèrent de
suppléer à ce silence : aussi bien datent-ils précisément de
^"^■♦«^inaUpF»--
22
Tépoque où naquirent et fleurirent les premiers couvents
d'hommes et de femmes. Dans le Protévangile de Jacques, il
n'y a pas grands détails encore sur la vie cloîtrée de la Vierqe;
ils sont déjà beaucoup plus abondants dans le Pseudo-Mat^
thieu. On imagina que dans le Temple aurait existé un cou-
vent de nonnes, contubernium vîrginum, in quo die et nocte
virgines in Deilaudibus pernianebantQ), Le cloître des vierges
du Temple fut proposé en modèle aux couvents de femmes; la
jeune Vierge Marie devint le modèle des nonnains. On con-
çoit combien Tétat de religieuse croissait en dignité du mo-
ment où il était admis que la Vierge, avant son mariage, avait
vécu sept années — nombre mystique — de sept à quatorze
ans, de la vie des moniales.
Le Pseudo-Matthieu ne s'étend pas encore sur les exercices
spirituels de la Vierge, ni sur les soins qu'elle prenait pcmr
entretenir le sanctuaire. Dans les textes plus récents, dans le
sermon du moine Épiphane Q), la Vierge se transforme peu
à peu en religieuse. Le caractère monàsliciue s'accuse dans
notre Spéculum d'une façon bien plus prononcée encore : la
Vierge y devient une sacristine accomplie, qui ne laisse à [)er-'
sonne la tâche de balayer l'église et de laver la nappe de l'autel :
V, 70. QucT in temi>lo Domini lavaiida erant, ijisa lavabat,
Et quc-e mundanda erant, ipsa mundahat.
Dans le Pseudo-Matthieu y sous le latiii duquel transparais-
sent les idées grecques de l'original, la jeune Vierge était très
belle, speciosa et splendida, tellement — et ceci sent l'Orient —
qu'on pouvait à peine la regarder en face, vix aliquis in ilh'us
iHiltum posset intendere; dans le Spéculum, celte préoccupation
tout hellénique de savoir si la Vierge était belle, disparaît, et
l'on voit passer, encapuchonnée dans son voile, une nonnain
qui, lorsqu'elle traverse un endroit où sont des hommes, cache
son visage, tient les jeux à terre :
98. NuQquam in virum projecit oculum noc infixit aspcctiim ;
Nunquam cervicem, nunquain colliim portai at eroclum ;
Oculos ad terram dcfixos inter honiincs sempcr habebat.
(•) Ps. MaUh., ch. IV, p. Go Tischendorf.
(-) MiG.NE, P. 6\, GXX, 191 ; huitième siècle, croit-on : cf. Krumbaciier, But.
Lit., a« éd., p. 193. '^
— 23 —
Dans le Pseudo-Matthieu y la Vierge était une poétesse qui
faisait de bons vers sur des sujets pieux, nulla in carminibus
elegantior ; dans le Spéculum, elle a perdu ce don artistique;
elle se contente de psalmodier :
C5. Psalmodiam aut versus liymnidicos jubilando psallobat.
En revanche, grâce à TEsprit-Saint, elle comprend les pro-
phètes et l'Ecriture aussi bien qu'un docteur :
91. Libres prophctarum et Sacras Litteras optime intclligebat,
Utpote (juam Spiritus Sanctiis doctor peroptimus instruebat (').
Le portrait de la pauvre Vierge, tel que nous le trouvons dans
le Spéculum, se ressent d'avoir été tracé par un moine latin,
docteur en théologie de l'ordre des Prêcheurs.
Que l'auteur du Spéculum ait été, non un séculier, mais un
moine, c'est ce qui résulte encore de ce passage du cha-
pit.^e XX \1 :
i5. Quidam faciunt caris suis per XXX dics XXX mlssas cclebrari :
Hoc bonum est, sed utilius esset animabus illas primo die consum-
Quia per XXX dies ibi exspoctare valde est amarum. [mari,
Il s'agit de la pieuse coutume de faire dire, à l'intention d'un
défunt, une suite de trente messes, dans les trente jours qui
suivent le décès : coutume dite du trentain grégorien, parce
qu'elle aurait pour origine une vision du pape saint Gré-
goire (f). Notre auteur ne veut pas que les trente messes d'un
trentain soient dites pendant trente jours de suite, à raison
d'une par jour, comme pourrait les dire un séculier, un curé :
il préconise l'usage de les faire dire toutes le même jour, pour
que le défunt, dans le purgatoire, en soit plus tôt « rafraîchi » :
pour cela, il faut disposer de trente clercs ordonnés, c'est-à-
dire s'adresser à un grand couvent.
Le moine qui a écrit le Spéculum appartenait à un ordre sa-
vant : « Si toute l'étendue de la terre et du ciel, s'écrie-t-il
I
(') Cf. IV, 89, hnbuif fieniqiie aureolam prœdicatorum et doctoriim.
(-) Légende dorée, ch. GLXIII {de commémorât io ne animarnm), p. 781 Grosse,
d'après les Dialogues de saint Grégoire (Migne, P. L. LXXVIl, ^21).
I
u
r
M
- 24 -^
quelque part (•), était un grand parchemin, il ne serait pas
encore assez grand pour y décrire suffisamment la plus petite
des joies célestes; si toutes les eaux étaient de IVncre, elle
serait épuisée avant qu'on eût décrit complètement la plus
petite des joies du paradis; si tous les arbres, les plantes et les
herbes étaient des calâmes, ils ne suffiraient pas à décrire com-
plètement la plus petite des joies éternelles. » Ce lyrisme,
d'une outrance bizarre (^), décèle le moine passionné pour les
patients travaux du scriptorium Q).
Le Spéculum a été composé par un moine pour des moines.
Les cinquante et quelques manuscrits que la Bibliothèque
royale de Munich possède de cet ouvra(|e proviennent tous de
bibliothèques monastiques : à la fin* du quinzième siècle,
chaque couvent de la Bavière avait le sien. Dans les exem-
plaires copiés pour des couvents, il arrive parfois que la pre-
mière miniature du chapitre XXXVIII, qui représente la
\ierge de miséricorde, la montre abritant sous le manteau
protecteur, non pas, comme le texte le dit, toute l'humanité,
mais uuKiuement une famille monastique^) : IVqoïsme mona-
cal réduit la Mater omnium à n'être plus cpie la protectrice
d un Ordre ou d'un couvent. Mater uniuersitatisQ),
2. — Le moine qui a écrit le Spéculum était un Dominicain.
.Notons d'abord qu'au milieu du quinzième siècle, Jean Miélot
attribuait le Sperulum au grand savant Dominicain du
treizième siècle,- « frère Vincent de Beauvais(^), de l'Ordre des
20
(') Spec. XXXIIF, 8o-o/,.
(-) « Tuules les langues des hommes ne suffiraient pas à louer la Vierqe alors
même q,,e tons leurs membres ^ changeraient en langues ., dit, dans Imtroduction
ZL x/' ^'T' '";;' •^'''^""'' ^^' ^■9"°'"'' 'l"' «'»'-'^"^' ^^tle hyperbole à
sa.nl Augustm. On ht en efTet .'ans un sermon apocryphe de saint Augustin, sur
I Assomp ,on : £'/^. omnmm nostrum membra uertermtar in Im.juas, eam laadare
sufjœeret nullus (P. L., XXXIX, ..ag). Ce sermon ne parait pas plus nncien que
le onzième siècle; et peut-être est-il encore plus récent. "^ ^ ^ *"" **"*'
(^) Cr. Henry Martlv, Les miniaturistes français, p. lo.
(0 Par ex. Bibl. nat. fr. 48o (^ 149).
{p C'est le nom de la Vierge de Miséricorde sur un tableau florentin arcliaiouc
Tri^ZlT^'^A,^''"^'^""^-'' "" '7^^ 1"' représente la Vierge (et n<,n, comme le
s^us^so^mlra:,.'^ """^'"'' "'"^'^ ^''^''''' '' "^"^^^^^ '^^^^'-^ ^'^ -"'^les
(«) Sur ce compilateur, cf. l'article de Boutahic dans la Rer. des questions hi,t.,
t. AVJI. Je renvoie avec regret, et faute de mieux, à un travail qui contient des
i
\
prescheurs et maislre en théologie, jadis confesseur du roy
de France monseigneur saint Lojs ». Le manuscrit que la
Bibliothèque nationale possède de la traduction de Miélot a
pour frontispice une grande et belle miniature qui occupe
toute la largeur de la page : ce qu'on appelait au quinzième
siècle une hystolre plainneQ); elle représente à gauche frère
Vincent de Beauvais dans son cabinet de travail, au couvent
dominicain de la rue Saint-Jacques à Paris : on suit que l'il-
lustre maison des Jacobins, par ordre de date la seconde
qu'aient fondée les frères Prêcheurs, fut l'un des plus grands et
des plus fameux couvents du Moyen Age, la résidence des
docteurs et prédicateurs Q) Dominicains que les écoles de la
« montagne latine » attiraient à Paris. Frère Vincent, coiffé
d'un fez de soie cerise, est assis devant son pupitre, le grat-
toir dans la main gauche, trempant de l'autre main la piuine
dans l'encrier ; sur la table sont ses lunettes et quelques-uns
des livres qu'il compile pour composer son Spéculum ; on en
voit d'autres dans une bibliothèque que ferme à demi un
rideau. L'air entre par une vitre ouverte. Le bon savant tra-
vaille en paix. (:e[)endant, hors de ce calme asile, se passe
quehjue chose de terrible, un dialogue d'Apocalypse. Dans
le ciel, parmi les nuages, apparaît l'Ancien des Jours, cou-
ronné, comme le vicaire de Jésus, du triregno ; sur la terre
est debout la Mort — mieux vaudrait dire le Trépas — sous
la forme d'une larve d'homme, nue, aux chairs |)OuiTies. Dieu
lui tend, de la main droite, trois flèches très longues et très
aiguës, de la main gauche un parchemin scellé d'un triple
sceau. Les trois flèciies sont les trois fléaux, la Guerre, la
Peste et la Famine, le parchemin est un acte en bonne et due
forme par lequel Dieu permet au Trépas de décimer les
hommes, d'user contre eux des trois flèches : il y a un para-
graphe et un sceau par flèche, un notaire n'y trouverait rien à
redire. La scène se passe près d'un beau fleuve qui décrit
appréciations comme celles-ci : « L'Encyclopédie (de d'Alembert) est un ouvrage
mal fait. Ce que le dix-huitième siècle ne put faire, cinq siècles auparavant un
homme seul, un moine l'entreprit et eut la gloire de l'accomphr. »
(') Martin, op. cit., p. 127.
(-) Sur soixante et onze prédicateurs qui se firent entendre en 1378 dans les prin-
cipales églises de Paris et dont un manuscrit de la Bibl. nat. (lat. 16481) nous a
conservé les noms, trente appartenaient aux Dominicains (Lecoy de la Marche,
La Chaire française au M. A., a* éd., p. 27).
i'/
m
'.Tg\w^-^i
— 26 —
ses méandres entre de fjrands rochers, des montagnes, des
prairies et des bois : on songe à la rivière de Meuse.
Il est sûr, d'ailleurs, que Vincent de Beauvais n'est pas
Fauteur du Spéculum. C'est un anachronisme assez violent
que d'attribuer à un écrivain mt»rl en 1266 selon certains, en
1264 selon d'autres, un ouvrage qui, comme nous le verrons,
date d'une soixantaine d'années plus tard. Mais la tradition
recueillie par Miélot est intéressante : elle montre qu'au
quinzième siècle les Dominicains savaient (ju'ils étaient en droit
de réclamer le S, IL S. pour un des leurs. L'attribution de cet
ouvrage à Vincent de Beauvais devait sembler naturelle à
ceux qui se rappelaient que le grand érudit Dominicain avait
consacré sa vie à composer le Spéculum majus, énorme compi-
lation formée de quatre parties appelées, chacune, Spéculum,
et (jui n'en savaient pas davantage (').
^ ^^•."" ^^ ï^s nombreux érudits qui se sont occupés du .V. //. S.
s'étaient donné la peine de le lire, ils y auraient relevé des preu-
ves évidentes de son origine dominicaine. Le chapitre XLIV
est consacré aux Sept douleurs de la Vierge. Il y est question,
d'abord, d'un moine qui, à force de méditer sur la Passion de
Jésus et la Compassion de Marie, reçut la grâce d'v être
associé : il lui sembla que ses mains et ses pieds étaient per-
cés de clous, comme l'avaient été les mains et les pieds du
Christ, et que son cœur était transpercé d'uu glaive, pareil à
celui dont le vieillard Siméon avait prédit que serait percée
l'âme (le Marie Q. Or, le moine qui fut gratifié de cette vision
insigne était, dit notre texte, de l'Ordre des frères Prê-
cheurs :
XLiv, 7. Frator quidam iii Online fratnmi Pni'dlcatoruin erat.
Et la miniature correspondante ne manque pas de repré-
senter un Dominicain, avec la robe et le scapulaire blancs et le
manteau noir, même dans les traductions qui, comme celle de
Miélot, ne disent pas expressément que le « frère » dont il s'a-
git fût un Dominicain. Dans l'édition latino-allemande publiée
V
.
— 27 —
à Augsbourg vers 1471, le litre de cette miniature est : Gladius
in corde Prœdicatoris,
4. — Le chapitre XXXVII, qui raconte une vision de saint
Dominique, n'est pas moins significatif:
Ouod plaçât iram Christi modiatri.v noslra Virgo Maria,
Istud patet in qiiadam visione et somuo authcntico.
Ouod divinitus ostensum est sanctissimo patri Domiuico.
C'était en 1216, pendant le concile de Latran. Saint Domi-
nique et saint François se trouvaient l'un et l'autre à Rome,
mais ils ne se connaissaient pas encore. Une nuit, comme saint
Dominique priait dans une église, il eut une vision. Elle a été
maintes fois racontée, depuis Géraud de Frachel {') jusqu'à
M. Jean Guiraud(^), par les auteurs pieux, surtout par les
Dominicains. Xous la laisserons raconter à l'auteur anonvme
d'un vieux recueil de Miracles de la sainte Vierge, qui se
trouve à la Bibliothèque nationale (>) :
« Saint Dominique vist en esprit que N.-S. tenoit trois
lances desquelles il vouloit occirre le monde et X.-D. ynelle-
inent (^) y alla et lui demanda qu'il vouloit faire de ces trois
lances et lui répondit qu'il vouloit occirre le monde qui estoit
plein de trois grant vices, c'est d'orgueil, de luxure et d'avarice,
et X. D. se laissa cheoir à ses piez et lui pria moult doucement :
« Mon cher lilz, ayez pitié du monde et jiar ta sainte miséri-
corde attrempe (^j ta justice. » Et il lui dit : « Ma chère mère,
vous veez cornent le monde s'eiTorce encontre ma deffense et
comandement de persévérer en pechie et especialement es
(') Cf. Paulin Paris, Les Ai S S français de la Btbl. du Roi, t. Il, ,,. ,,0.
(-) Luc, II, 35.
(•) Vies des frères de l'Ordre des Prêcheurs (commencées en \iô(S), I, i, 4
(éd. Reichert, p. 9). Cf. Thierry d'Apolda, Gi-66; Galuagni de la Flamma,
Chron. O. />., p. 5 Reichert; Légende dorée, p. 470 Gr.€Sse ; Qcétif et
EcHARD, Script. O. P., I. p. 37; GoNOx, Chronicon SS Deiparœ Virginis Marise
(Lyon 1637), P- 209; Bridoul, Le triomphe de X. D., (Lille i64o) II, p. 107;
Sausseret, Apparitions et révélations de la Très sainte Vierge (Paris, iSôa), l'
p. 27g; etc.
(*) Saint Dominique, p. 78 (Collection Les Saints).
(') Ms. fr. 1881, papier, quinzième ;siëcle, AT. 181-182.
(*) Ynellement : rapidement. Cf. Godefrot, s. r. isnelement.
(») AUrempe : tempère.
i«l>»<«*ir ^«>^■w^l^y»I^w^^llWiUl|l i'ji»»W
— 28 —
trois peschies dessus nommez. » Et elle lui dist : « Mon doulz
filz, j'ai un serf et chappellain bon et deligent qui avec ses
disciples yra par le monde et le fera obéissant a loy et a tes
comandements, et li bailleray un compaignon qui fera le monde
obéissant a toi come lui ». Et Jhesus Christ lui respondisl :
« Pour amour de vous, douce mère, je espargneray le monde
et retrairay ma justice et ma sentence que je voulois fere
contre lui, mais je veuil veoir les deux bons sers par lesquels
le monde a moy se convertira et sera obéissant. » Et elle lui
présenta saint Dominique et saint Françoys, lesquels N. S.
moult loua... »
La légende Dominicaine ajoute que, le lendemain de cette
vision, Dominique, trouvant dans une église ce frère François
qu'il avait vu en songe, se précipita sur lui et, le serrant dans
ses bras ('), s'écria : « Tu seras mon compagnon, soyons unis,
et nul ne prévaudra contre nous. » Et il lui raccmta sa vision.
Et désormais ils ne furent plus qu'un cœur et qu'une âme en
J. C. ; et ils prescrivirent à leurs fils spirituels d'observer à
jamais cette alliance (^). Ceux-ci, d'ailleurs, leur ont souvent
bien mal obéi.
On remarquera en ([uel endroit de son livre l'auteur du Spr^
cnlum a placé cette légende Dominicaine : elle fait le suj<'t de
l'un des chapitres qui expliquent le rôle de Marie dans l'œuvre
de la rédemption ; l'auteur attache à ce récit de vision la même
importance qu'aux faits capitaux de l'histoire évangélique ; il
en trouve trois préfigures dans l'Ancien Testament. Pour qui
connaît la naïve àpreté avec laquelle chaque ordre monasticjue
tachait d'augmenter ses mérites et sa gloire, le chapitre
XXXVII suffirait à prouver l'origine Dominicaine du S. Il, S.
Les variantes témoignent de ces rivalités entre les grands
ordres religieux du Moyen Age : un des manuscrits de la Biblio-
thèque natiimale (lat. 9 585), au lieu du texte ordinaire, qui
(') Pour des représcnlalions tle cette accolade, cf. par ex. la prédelle de Cortooe,
de l'Ançielico (Supino, Beato Angelico, éd. fr., p. 34); le relief d'A.della Robbia k
la loggia di S. Paolo, de Florence (Reymond, La sculpt. Jîor., 2« moitié du quin-
zième siècle, p. 182); la prédelle botticellesque du Louvre (PERDRizET-Kene Jeaw,
La Galerie Campana et les musées français, p. 60, pi. 11). Sur ce thème icono-
graphique, cf. Mrs Jameson, Legends of the monastic orders, p. 233.
(») Lacordaire, dans sa Vie de saint Dominique, ch. VII, donne de curieux
détails sur la cérémonie annuelle à laquelle aurait donné naissance, à Rome, la
légende de l'accolade de Dominique et de François.
— 29 —
dit que la Vierge aurait présenté au Christ saint Dominique et
saint François,
Unus erat bealus Dominicus, pator Prœdicatorum ;
Aller vero beatus Franciscus, pater Minorum,
donne le texte suivant :
Unus erat beatus Augustinus, pater Héremitarum ;
Alter vero beatus Paulus, primas Héremitarum (').
D'où il suit que le manuscrit a été copié pour un couvent
d'Ermites de saint Augustin.
J'ai signalé un autre exemple Q encore plus curieux de la
jalousie des Augustins et des Dominicains, de l'Ordre ancien
et de l'Ordre nouveau Q) : c'est, au musée de Besançon, un
tableau toscan de la fin du quatorzième siècle, qui représente
le Triomphe de saint Augustin sur Averroès : le sujet est évi-
demment inspiré par les peintures analogues qui représentent
le triomphe de saint Thomas sur Averroès Q). L'histoire des
(») Une deuxième main a rétabli dans l'interligne la vraie leçon : Dominicus ....
fratrum Pnedicatorum, Franciscus... fratrum Minorum. Non moins curieux est
le nnanuscril de Munich dm. 33 : les deux moines que la Vierge présente à Jésus sont
saint Dominique et saint Paul l'ermite :
Unus erat beatus Dominicus, pater fratrum Praedicatorum ;
Aller vero beatus Paulus, primus Héremitarum.
Le manuscrit n'a pas reçu ses miniatures ; la place qu'elles devaient occuper est
restée blanche, et le copiste, Hans Mulich (en i356), avait préparé la tâche au
miniaturiste en écrivant dans le champ les noms des personnages à dessiner. Voici
les inscriptions de la miniature XXXVII, i :
Fater ca'lestis in majestate sua,
Habens très cuspides in manu.
Maria Dominicus Sanctus Paulus primus lieremita
Au ch. XLIV, 1. 7, la vision du moine est attribuée à un Bénédictin :
Fraler quidam in ordine sancti Benedicti.
(*) Perdrizet-Jean, La Galerie Campana et les musées français, p. 5G et pi. 1.
(') Sur la rivalité entre Augustins et Dominicains, cf. J.-V. Le Clerc, Disc, sur
tétât des lettres au quatorzième siècle, I, p. 85.
{*) Fresjue de la salle capitulaire des Dominicains de Florence (chapelle des
Espagnols) : Alinari, n» 4077. Tableau de Traini à Sainte-Catherine de Pise :
Alinarî, n» 8862 ; Hist. de l'art en cours de publication chez A. Colin, t. II, 2,
fig. 547. Tableau de Benozzo Gozzoli au Louvre : Lafb.nestre-Richtenberger, Le
Louvre, p. 73. Cf. Renan, Auerroès et l'Averroïsme, II, 2, $ 16 : « Du rôle
d'Averrocs dans la peinture italienne du Moyen Age. » M. S. Reinach m'a reproché
• d'avoir prétendu que l'hérétique loulé aux pieds de saint Thomas, sur le tableau de
Benozzo, soit Avern>ès et de n'avoir pas consulté l'excellente notice des tableaux du
Louvre par Villot, où il est établi que rhérétique du tableau de Benozzo est Guil-
Il II m " ' iiii']ii|i>i''i^
5Î
-> 3o —
Ordres religieux au Moyen Age est pleine de ces rivalités et de
ces pieux larcins.
Mais pour attribuer le Spéculum à un Dominicain, il va des
raisons intrinsèques encore plus décisives.
5. — D'abord, au chapitre III (sur l'Annonciation à Joachim),
la façon dont rauteur entend la pureté de Marie. On sait (piel
est, sur ce point, depuis le décret du 9 décembre i8r)4, la
théorie catholique (') : la Vierge, dès Je premier instant de sa
conception, aurait été exempte de la macule du péché originel.
Cette théorie, d'origine orientale, est, dans l'église latine, assez
tardive (^). Quand elle apparaît dans la liturgie, au douzième
siècle, avec la fête de la Conception de la Vierge, instituée
par l'église de Lyon, qui a eu longtemps avec le christianisme
oriental des affinités si curieuses, saint Bernard s'éleva vive-
ment contre cette nouveauté (voir sa lettre CLXXVIl) : tout
ce qu'il put concéder au-\ chanoines de Lyon, c'était ([ue la
Vierge, entre sa conception et sa naissance, in utero Anmv,
avait élé, par un miracle, sanctifiée, comme l'avaient été Jé-
rémie et Jean-Baptiste, et, par cette sanctification, rendue digne
de devenir un jour le tabernacle mystérieux où le Verbe se
ferait chair. La doctrine de saint Bernard fut admise par saint
Thomas : c'est celle que les Dominicains ont constamment
professée, jusqu'au jour où ils durent s'incliner drvant le dé-
cret de Pie IX.
La croyance à rimmaculée Conception est une crovance
populaire, que l'amour sans borne des simples pour la Vierge
et Feirort inlassable de celui des Ordres religieux qui a été le
plus en relation avec les masses populaires, l'Ordre francis-
cain, ont peu à peu imposée aux théologiens. Dès 1268, les
Franciscains adoptent la ïèXt de la Conception de la Vierge :
vers i3oo, un de leurs docteurs, Duns Scot, déclare l'imma-
laume de Saint-Amour » (/?et»af critiqae, 1907, I, p. Soi). Mais Villot s'est trompe,
comme M. Reinach s'en rendra compte en allant voir de ses veux le tableau cri
question. L'hérétique figuré par Benozzo est un Oriental, à longue barbe et à longs
cheveux; il est coiffé du turban.
(') Sur la question de Y Immaculée Conception, cf. J. V. Le Clerc, Disc, sur
l'état (les lettres au quatorzième siècle, I, p. 3 et 378 ; L'Encycloftédie de Lich-
TENBERGER, S. V. ct 17//a7. de f Inquisition de H. C. Lea, t. III, p. 717-740 de la
traduction française.
(-) On n'en voit pas trace, chez les Latins, avant Pascase Hadbert (f 865), le
même qui a soutenu le premier que Marie avait enfanté sans douleur et utero clauso.
< 4
— 3i —
culée Conception « chose admissible, probable en soi, et pos-
sible à la toute-puissance de Dieu ». Nous n'avons pas à parler
ici des luttes séculaires auxquelles les théories de la Sanctifi-
cation et de l'Immaculée Conception donnèrent lieu, depuis le
quatorzième siècle jusqu'au dix-septième, entre Dominicains
(l'une part. Franciscains et Sorbonistes de l'autre, car notre
texte date d'une épo(jue où ces luttes commençaient à peine;
mais certainement, en 1824, la bataille était déjà engagée :
c'est pourquoi, en ({ualre endroits du chapitre III (I. 36. 63.
65. 70), l'auteur du Spéculum proclame avec une insistance
énergique la théorie thomiste de la Sancfijîcatio in utero :
Benedictus sit Spiritus Sanctus qui te in utero sanctificavit (').
6. — Dernière raison, (ju'il est surprenant, vraiment, qu'on
n'ait pas remarquée. Que le lecteur se reporte à deux endroits
symétriques des deux derniers chapitres typologiques qui ter-
minent le Spéculum proprement dit, à la ligne 60 des cha-
pitres XLI et XLII : les deux passages se répondent, leur
symétrie n'est certainement pas un elfet du hasard. Au cha-
pitre XLI, la ligne 60 termine une éimmération des plus grands
martyrs de la foi : Isaïe fut scié avec une scie de bois, Ezéchiel fut
décervelé, Amos eut la tempe percée, Jérémie fut lapidé, Jac-
ques rintercis déchi(|ueté, Barthélémy écorché, Laurent grillé,
et pour conclure cette liste horrifique, Pierre le Martyr fut tué
d'un coup d'épée, Peirus martyr gladio confixus. Il s'agit d'un
des grands prédicateurs Dominicains, Pierre de Vérone, qui fut
assassiné près de Milan — d'où le nom de Pierre de Milan qu'on
lui donne généralement — et que les Dominicains se hâtèrent
(') Ligne 63. L'un des manuscrits de Munich (dm g^oO contient cette annotation
à la ligne 30, où il est dit que l'ange annonça à Joachim la sanctification de Marie
dans le ventre d'Anne : aliter et quidem pie sentitur in Ecclesia Dei, quœ
B. Virginem a peccato originali preservatam concélébrât. Vide Concilium
Dasiliense in sessione 36. Il est vrai que, en 1439, le concile de Bàlc s'est décidé
en faveur de l'Immaculée Conception, et en a ordonné la fête à la date du 8 dé-
cembre. Mais, comme le concile avait auparavant déposé Eugène IV, ses proclama-
lions toucliant l'Immaculée Conception ne furent pas reçues comme inspirées par le
Saint-Esprit, et la doctrine, bien que fortifiée par cette décision, ne fut pas acceptée par
l'Eglise; elle devait, jusqu'en 1854, restera l'état de /;/« sententia : Bossuet pouvait
encore enseigner au Dauphin la doctrine de saint Bernard et de saint Thomas :
« J. C, en qui seul Adam n'avait pas péché... », lit-on dans le Disc, sur l'hist.
universelle, a" partie, ch. I.
•■;:'mm'^^^-m''m^MimA-m^m-'immfswii^im^^^,^
■.^R.~»^JE
&:<.*'. .Jl^vdT
— 32 —
•
de faire canoniser, pour que leur Ordre pût, lui aussi, à Tinstar
des Franciscains dont quelques-uns étaient morts pour la foi
au Maroc, se glorifier d'avoir un martyr : IMerre le Nouveau,
Petrns novus, disait-on encore, pour ne pas le confondre et
peut-être pour le comparer avec Pierre le Porte-clefs.
Le passage correspondant du chapitre XLII n'est pas moins
décisif. L'auteur, s'adressant à Phomme, lui dit : « En Paradis,
tu seras plus savant que Salomon et qu'Augustin, que Grégoire
et Jérôme, qu'Ambroise et Thomas d'Aquin. » Au commence-
ment du quatorzième siècle, seul un Dominicain pouvait avoir
l'idée de mettre saint Thomas sur le même rang que les quatre
grands docteurs de l'Église.
Ainsi le Spéculum a été écrit par un moine de l'Ordre des
Prêcheurs. Et cela donne un sens plus précis et plus plein à
des passages comme ceux-ci :
XXVIII, 95. Si omnes homines et omnes creaturae pra^dicatores essent...
XIX, 19. 0 fratres ! si aliquis ex vobis talem alapam suscepisset...
XXVI, 29. Quantum putatis, fratres carissimi
xxxiii, 95. Si omnes homines et omnes creaturae prœdicatores essent,
Pulchritudinem Dei et caeli enarrare non possent.
xiv, 45. Prophetas Domini ipsum arguentes cruciat,
Ouando praedicatores et doctores audire récusât.
. Les frères, les prédicateurs, les docteurs dont il s'agit, ce
sont les frères de l'Ordre des Prêcheurs, les docteurs Domini-
cains.
7. — Et cela fait mieux comprendre encore le début même
du livre :
Prol. I Qui ad justitiam erudiunt multos [homines] (*),
Fulgebunt quasi stellai in perpétuas anernitates :
Hinc est quod ad eruditionem muitorum decrevi librum compilare,
In quo legentes possunt eruditionem acciperc et dare.
(') A l'exemple de Miélot, qui dans sa traduction française cite en latin le texte
de Daniel, il faut ajouter le mot homines, qui n'est ni dans la Viilgate ni tian» le
Spéculum : car ce mot est nécessaire pour que la citation de Daniel forme deux lignes
rimces ; et il faut qu'elle forme deux lignes rimées pour que le Prologue ait
cent lignes, comme les autres chapitres du livre.
— 33 —
Les deux premières lignes sont une citation de Daniel, XÏI,
3. Cette promesse splendide, faite par le Dieu d'Israël à son
voyant, le Moyen Age catholique l'entendait des docteurs,
des théologiens, des prédicateurs ([ui répandent les lumières
de la foi et qui aident les fidèles à être trouvés justes devant
Dieu. Or, au quatorzième siècle, quels docteurs et quels pré-
dicateurs y réussissaient mieux que les fils de saint Domi-
nique — à l'estimation, du moins, d'un Dominicain(')? Fiers de
leurs innombrables théologiens, forts de l'autorité d'Albert le
(irand et de saint Thomas, conscients des services qu'ils ren-
daient, par la prédication et l'inquisition, à la foi catholique, les
Dominicains parlaient avec une assurance intrépide des récom-
penses supraterrestres qu'ils se croyaient réservées. Leur
grand docteur, Thomas d'Aquin, démontre dans sa Somme (^)
que, a comme les vierges et les martyrs, les docteurs recevront
l'auréole, pour la victoire qu'ils remportent sur le Diable, par
la prédication et par le maintien de la bonne doctrine ».
(') Le texte de Daniel est cité, dans le même sens que dans le Prologue du
Spéculum, par Jacques de Varazze, au début de sa Vie de saint Augustin : Sicut
Augustus prœcellebat omnes reges, sic Augustinus excellit omnes doctores.
Unde (lia doctores comparantur stellis {Daniel XII : qui ad justitiam erudiunt
multos, quasi stellœ, etc.), hic aufem comparatur soli. L'auteur de la Légende
dorée aussi était un Dominicain.
(2) Suppl., qu. XCVI, 5 7.
l'EIlOniZUr, ETUDE SUR LE S. II. S.
CHAPITRE III
LA DATE ET L'AUTEUR DU S. ff. S.
I. Date du S. H. S. — 2. L'auteur a voulu rester anonyme. — 3. Le
S. //. S. n'est pas d'origine italienne. — 4- H a été écrit en Souabe ou
en Alsace. — 5. Extraits du .S*. //. S. dans la Viia Christt. — 0. L'au-
teur probable du 5. H. S. : Ludolphe de Saxe. — 7. De deux légendes
qui ne se trouvent que dans le S. //. *S'. et dans la Vif a Christt.
1. — Peiit-on préciser davanta()e, déleriniiier dans quel cou-
vent et par quel docteur le Spéculum a été composé?
Deux manuscrits de Paris (Bihl. nat. lat. 9084, Arsenal
093) qui, d'après leur écriture et le style de leurs miniatures,
doivent provenir d'un même scripforium, et dater du milieu
du trecento, contiennent, insérée dans le début du proœmhim,
une phrase en prose ordinaire :
Incipit proœmium cujusdam nova' compilationis
(editae sub anno Domini millesimo CCCXXIV; nomen uostri
auctoris humilitate siletur)
Cujus titulus sive iiomen est Spéculum humanii? salvationis.
II n'y a aucune raison de ne pas admettre cette date, car,
d'une part, le Spéculum a été composé à l'aide, notamment,
de la Léijende dorée, dont l'auteur mourut en 1298; d'autre
part, le Spéculum est antérieur à la fm du quatorzième siècle,
comme le prouve le style des plus anciennes œuvres d'art
qu'il a inspirées, par exemple les vitraux de l'église Saint-
Etienne à Mulhouse; on a d'ailleurs deux manuscrits du
Spéculum^ datés, l'un de iSyG, l'autre de i356 (Munich clm 33
et kjo^)' Le texte même fournit quelques indices chronologi-
ques, qui ne contredisent point la date fournie par les deux
manuscrits de Paris. Dans le chapitre V, qui traite de la Pré-
sentation de la Vierge au Temple, il n'est pas encore question
de la fête par laquelle l'Église latine, depuis 1372, célèbre cet
•-%ïsi^4ii.
iTJ
y
.
1
— 35 —
épisode de la vie de Marie ('). On lit, d'autre part, au cha-
pitre XXVIIl, ligne 53 : dicitur quod uhi est Papa, ibi est
Homana ruria. Ceci n'a pu être écrit que pendant la captivité
de Babylone, lorsque les papes résidaient en Avignon (i3o9-
1377).
. 2. — Nomen nostri auctoris siletur. Les pieux auteurs des
livres mystiques ont souvent tu leur nom, par humilité. Il en va
pour le Spéculum comme pour la Biblia pauperum, pour 17/??/-
tation do Jésus-Christ, ou pour le livre de morale chrétienne qui
porte le titre de Gesta liomanorum. De néologismes relevés
dans les Gesta, certains érudits ont conclu, selon leur nationalité
respective, que l'auteur était français, ou allemand, ou anglais,
dette façon de déterminer le pays où fut écrit tel ou tel ouvrage
latin anonyme du Moyen Age est, en règle générale, très
incertaine Q). Appliquée au Spéculum, elle ne donne aucun
résultat : le Spéculum est un ouvrage en latin savant, où l'on
ne relève aucun mot populaire, aucun idiotisme révélateur de
la nationalité de l'écrivain.
3. — L'auteur du Spéculum ne doit pas être un Italien.
Cela résulte de ce qu'il dit de la crucifixion :
xxni, 49- ^*on orat juris, quod homo cruci cum clavis annecteretur,
Sed ut funibus suspeiuleretur, donec moreretur.
Le Christ aurait été, par un raffinement de cruauté inventé
par les Juifs, cloué à la croix avec des clous, tandis que les
deux larrons auraient été simplement suspendus au bois
d'infamie au moyen de cordes. C'est bien ainsi que Tart du
Nord, France, Pays-Bas, Allemagne, a représenté la cruci-
fixion du Christ et des deux larrons. Mais l'art italien, confor-
mément à la vraie tradition de l'Église, ne fait pas de différence
entre la façon dont furent crucifiés les larrons et la crucifixion
(') L'établissement de celte Pète est dû à Philippe de Maizières, chancelier du
royaume de Chypre, qui, ayant trouvé dans la liturgie orientale une cérémonie
rappelant que la Vierge, à l'âge de trois ans, avait été présentée au Temple, en
apporta l'office au pape Grégoire XI, par ordre duquel cet office fut chanté pour la
première fois devant la cour d'Avignon, le 21 novembre 1872 (J.-V. Le Clerc, Disc,
sur l'état des lettres du quinzième siècle, t. I, p. 887).
(-) Cf. l'Introduction de G. Brunet à son édition, dans la Bibliothèque elzévi-
rienne, de la traduction française des Gesta, Le Violier des histoires romaines.
îi i
— 36 -^
du Christ ('). Que Tauleur du Spéculum ait parlé de la cruci-
fixion par les cordes, c'est la preuve qu'il était de ce côté des
monts.
4. — Le chapitre XXXIX permet de restreindre encore
davantage le champ de notre enquête.
On y lit une com[)araison, longue et minutieuse^ comme le
Moyen Age aimait les allégories, du Christus patiens avec un
chevalier : son destrier fut l'âne des Rameaux (le Palniesel des
églises allemandes), son heaume la couronne d'épines, ses
gantelets et ses éperons les clous de la crucifixion, son écuver
la Vierge Marie, etc; et il reçut la « colée » quand il fut frappé
au visage dans la .maison de Caïphe :
35. Miles iste, id est Christus, factus fuit more Alamannico,
Ubi in creatione militis solet dari ictus in collo ;
Sed miles iste, Christus, non suscepit tantum colaphum uuum,
Sed colaphoruni et alaparum quasi iiifiuilum iiumeruni.
On sait ce que les textes du Moyen Age api)ellenl la « eolée »,
alapti niilitaris, Ritterschlag (^) : un très rude coup sur la
nuque, que le récipiendaire recevait de celui qui le créait
chevalier. Ce coup, donné d'abord avec le poing ou la paume,
et plus tard avec le plat de l'épée, d<n'ait graver à jamais dans
la mémoire du néophyte le souvenir de son entrée dans la
chevalerie :
Lors le fiert de la paulme sur le viz, qu'il ot gras,
Puis luy a dit : « Beaul filz, bellement et par gas
Pour ce t'ay je féru que ja ne l'oubliras (f).
(') Latrones clavis fuisse criicibus affixos non tantum asserunt Augustinus,
Chrysostoinus, Gretjorius, Alciinus, Aoitus aliique nonnulli, sed et item notum
est ex Raffino et aeteris qui de inventione sanctse crucis scripserunt. Qui etiam
asserunt patibula haec ejusdem omnino forni/e fuisse cum patibulo Saloatoris
nostri. Cum quibus ItaliiP picluras convenire intelliijo. Pictores nostrutes fere
eos funibus in diuersœ fornx<e patibulis iitjant (Mola.nus, De SS inuujinum, iv, lo).
(-) Pour les textes, cf. Ahvin Schultz, Das hôjlsche Leben zur Zeit der Min-
nesinger'- (Leipzig, 1889), I, p. 184-186 ; Roth von Schrecke>stei>, Die liitter-
wiirde und der Hitterstand (Fribourg-en-Hrisfjau, 1886), p. aSi sq ; Guilhiehmoz,
Essai sur l'origine de la noblesse en France au Moyen Age, p. 476.
(3) Doo.N, p. 75, éd. Pey.
I
i
- 37 -
Des usages analogues se retrouvent aux époques et chez les
nations les plus diverses (*).
Si l'on compare les textes français et allemands concernant
la création du chevalier, on constate que le rite de Va/apa
militaris est d'origine française, et que l'Allemagne Ta emprunté
à la France à une époque assez tardive du Moyen Age (^). En
France, elle apparaît au douzième siècle ; l'usage s'en généra-
lise au treizième ; dans la suite, elle devient le rite essentiel de
r <f adoubement » ( ). Le plus ancien témoignage concernant
la colée, en Allemagne, est un texte de Jean de Béka(vers i3r)o)
(jui. dans sa chronique des évoques d'Utrecht, a raconté com-
ment fut fait chevalier, en 1247, le roi des Romains Guillaume
de Hollande (^). Il est probable que l'importation de ce rite
français en Allemagne dut se faire de proche en proche, et
que l'Allemagne occidentale l'adopta avant les contrées cen-
trales et orientales de la Germanie. Aussi bien le S, H. S.
qualifie-t-il la colée de mos aUimannirus. « Nul doute, veut
bien m'écrire M. Guilhiermoz, ({u'il ne faille prendre dans ce
passage du Spéculum Vad'jecùï alanutnnicus au sens étroit. »
(') Dans la cérémonie de rafTranchissement romain, le licteur frappait l'esclave
à affranchir d'un coup de baguette, plus tard il lui donna un soufflet (Pauly, Real-
encyrl., IV, lôo.")). Chez les anciens Allemands, quand on plantait une borne, quand
on établissait une limite, des enfants figuraient comme témoins, et on leur tirait
cnergiqueinent les oreilles pour qu'ils se souvinssent de l'acte juridiciue auquel ils
avaient assisté : cet usage, mentionné dans la loi des Kipuaires (fit. 60 de traditio-
nibus et testibus adliibendis, dans les Monurn. Germ., Leges, V, p. 25) a subsisté
très longtemps en Allemagne : cf. Ghimm, Deutsc.'ie Rechtsaltertliumer^ (Gôttingue,
1881), p. i44 et 545. Autrefois, en France et ailleurs, au moment d'une exécution
capitale, les parents qui y assistaient avec leurs enfants infligeaient à ceiu\-ci une
correction manuelle, ut, dit li.vLuzE ((^a/tiful. reg. Francorum, II, 997), alieni
pericali me/noria excituti nonerint se cautos et sapientes esse debere. Les coups
de poing (|u'on échangeait aux noces (Rabelais, Pantagruel, IV, 12) étaient un
usage analogue.
(-) KoTH von ScHRECKENSTEiN, Dus angebUchc Cérémonial bei der Ritteriveihe des
Kônigs Wilhelm 1247 (Forschungen zur deutschen Geschichte, XXII, 1882), p. 240.
(^) Guilhiermoz, op. laud., p. 47G.
(*) Cité par Roth von Schueokensteix, dans son article des Forschungen. Il est
intéressant de remarquer que ce texte, à peu près contemporain du S. //. iS"., met,
comme le S. II. S., la colée qui créait le chevalier en relation avec les soufflets que
le Christ reçut dans la maison d'Anne. Ilis atque peractis, rex Rohemix gran-
dem dédit ictum in collo tironis, ita dicens : fi Ad honorem omnipotentem Dei te
militem ordino, ac in nostro collegio gratulanter accipio ; et mémento quod Sal-
vator mundi coram Anna pontifice pro te colaphisatus et illusus est, coram
Pildto pnrside flagellis cesus et spinis coronatus est, et coram Ilerode rege chla-
mide vestitus et derisus est, et coram omni populo niidatus et vulnera^us in
cruce suspensus est ; cujus opprobria te memorare suadeo, cujus crucem accep'
tare te consulo, cujus etiam mortem ulcisci te moneo. »
â
— 38 —
Si l*auteur du Spéculum avait voulu dire que le rite de la
colëe était un rite allemand, il aurait écrit more germanico ou
teutonico Q). L'expression dont il s'est servi Qnore alaman-
nico) signifie « à la mode d'Alamannie », T^Vlamannie du
Moyen Age désignant TAlIemagne du sud-ouest, la Souabe,
c'est-à-dire les pays appelés aujourd'hui Wurtemberg et Bade.
Notre auteur, du reste, ne revendique point pour l'ÀIamannie
l'invention de la colée : il constate simplement l'existence de
cet usage en Alamannie, par rapport et opposition à des ré-
gions voisines où la colée était encore inconnue. Or, si le
S. H, S, a été, comme je crois pouvoir l'établir, composé à
Strasbourg par un Dominicain saxon, il est tout naturel que
ce moine ait qualifié de mos alamannicus un usage qui avait
été adopté par la noblesse souabe, mais qui était encore in-
connu aux Saxons, car la Saxe resta fort longtemps rétive à
l'institution de la chevalerie (^).
5. — C'est en étudiant le chapitre IX que je suis arrivé à
croire que le ^S*. //. S, doit avoir été composé au couvent des
Frères Prêcheurs de Strasbourg, par un Dominicain d'origine
saxonne.
Ce chapitre est consacré, pour parler comme notre auteur, à
r « Oblation » des Mages, qui vinrent offrir à l'Enfant les pré-
sents mystiques, l'or, l'encens et la myrrhe. La première
miniature du chapitre représente donc les trois Mages devant
l'Enfant, qui est assis sur les genoux de sa mère. Le texte
explique que l'Oblation des rois Mages aurait été préfigurée
par l'Oblation de la reine de Saba : la dernière miniature du
chapitre représente le roi Salomon assis sur son trône : comme
il est dit au 11^ livre des Rois, x, ce trône a six marches, sur
chacune desquelles sont deux lions ; au pied du trône est la
reine de Saba, présentant à Salomon, en signe d'hommage,
« des choses comme on n'en avait jamais vu jusque-là dans
Jérusalem » :
Thronus veri Saloinonis est beatissiina Virgo Maria,
In quo residcbat Jésus Christus, vera Sophia.
(«) Sur le sens des mots alamannicus, teutonicus dans les textes du Moyen Age,
cf. Waitz, Die deutsche Reichsverfassang' (Berlin, 1898), p. 8 et i38. Add. pour
Aiamanni = Souabes, Anal. BolL, XXV (icJo6), p. 284.
(') Sur ce point, cf. Gdilhiermoz, op. laiid., p. 457.
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- 39 -
Ainsi, la reine de Saba a préfiguré jadis les rois Mages ; le
trône de Salomon a préfiguré la Vierge Marie, et le roi Salo-
mon, l'Enfant Jésus.
M. Mâle, auquel ce symbolisme n'a pas échappé ('), en a
eu connaissance par la Vita Christi du Cliartreux Ludolphe.
En me reportant au chapitre de la Vita Christi (I, xi) qui est
consacré à l'Oblation des Mages, j'ai été frappé de voir Lu-
dolphe quitter soudain le style traînant de la prose scolas-
tique pour la mélopée du stylus Isidorianus. Le chapitre débute
par de longs développements, à la façon des docteurs, sur les
points suivants : Magorum genus et ilenominntio, reges undr
direbantur, cur ab Oriente venerunt, Stella a Magis visa ab
aliis differt, stellœ disparitio, etc., tout cela rédigé en un latin
diffus, farci de citations de l'Écriture, des Pères et des glossa-
teurs : il y en a ainsi quatre pages grand in-folio, à deux co-
lonnes. Tout à coup, le style change :
Eodcin autetn die cum Christus in Jiidœa csset natiis,
Ortiis ejus Magis in Oriente est ninUiatiis :
Videbant nainqiie, etc.
Nous reconnaissons cette prose rimée : c'est, à peu près
textuellement et intégralement, le neuvième chapitre du S.
II. 6\; Ludolphe l'a introduit sans crier gare, dans ce chapitre
de la Vita Christi. Le texte de Ludolphe sur l'Oblation de la
reine de Saba comme préfigure de l'Oblation des Mages est en
réalité un texte du Spéculum. 11 en va de même, comme l'in-
dique notre édition criti(|ue, pour un grand nombre de pas-
sages du Spéculum : Ludolphe a taillé de larges tranches dans
le Spéculum, et il les a insérées dans sa Vita Christi, sans
se soucier le moins du monde de l'efTet disparate produit par
l'insertion de morceaux de prose rimée au milieu de disserta-
tions en prose ordinaire (f).
(•) L'Art religieux'-, p. 190; cf. Le Clerc et Renan, Hist. litt. rie la Fr. au
(/uatortième siècle, II, 247.
(-) Déjà le prèlrc qui copia en i646 le manuscrit de Mtinich clm 9491, avait remar-
qué ces empnmls faits au Spéculum par la Vita Christi et en avait conclu que
Ludolphe devait être l'auteur de l'un et de l'autre ouvrage : Spéculum humanœ
snloationis ex veteri manuscripto incerti authoris descriptum. Nota de authore
hujus opusculi : Ludolphas Carthiisiensis habet eadem melra qaam plurima, et
tisdem verbis utifur in suo opère de vita Christi, unde videtur ipsemet author
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- 4o -
6. ^ La date de la Vita Christian Liidolphe nVsl pas connue,
mais cet ouvracje a certainement été composé après l'entrée de
Ludolphe dans l'Ordre des Chartreux. Outre les lémoignanes
des liisloriens ecclésiastiques, rassemblés, parexemple, en ti»le
de l'édition de Lyon ('), j'alléguerai une preuve interne, le
nombre et l'importance des passages qui sont consacrés, dans
cette Vie de Jésus, non pas au Christ, mais au Précurseur • on
sait que la dévotion à saint Jean-Baptiste est l'un des traits
caractéristiques de la mystique Carthusienne Q).
Faut-il croire (jue Ludolphe, pour orner et compléter la Vie
(le Jésus qu'il écrivit pour les Chartreux, ait pillé le Spéculum
Dominicain avec d'autant moins de scrupule que cet ouvrage
avait pour auteur un moine d'un autre Ordre ? Quels qu'aient été
le goût du Moyen Age pour la compilation et son indiiïérence
en matière d'originalité et de propriété littéraires, on croira
dithcilement que Ludolphe qui, quand il emprunte un texte
ne manque pas d'en indiquer la source, avec la plus parfaite
loyauté et le plus louable scrupule, aurait svstématiquement
déroge à cette règle, chaque Ibis qu'il aurait fait un emprunt
au Spéculum. Si jamais il ne présente comme citations les
nombreuses et copieuses découpures qu'il nous sert du Sne-
riilum, ce n'est pas que le Spéculum lui semblât res nullius
c est que le Sperulum était sa chose, qu'il en était l'auteur et
avait le droit d'y prendre ce dont il avait besoin pour son
nouvel ouvrage; mais il n'a pas dit qu'il fût l'auteur du Spe^
culum.y^vci, qu'il avait fait vœu de le laisser anonyme : nomen
auctoris humilitate siletur.
On objectera que Ludolphe était Chartreux, et qu'il vient
d être démontré que le Spéculum n'a pu être écrit que par un
Dommicain. On va voir que cette objection même se tourne en
preuve de notre hypothèse. Car, si Ludolphe a été Chartreux,
Mprr\\'y'7 ^f'-i, ''^""''^ '"^ ^"^"^'"" imperalore quarto, anno Donnai
MCCCAAX Je. Tnthemio leste. Poppe {Ueber das S. H. S., diss. Slrasbourq
V^l: F' '^\\''' connaissance de celle indication, mais il ne lui a pas accordé
J attention ([u elle mentait.
(»). R. P. Lndolphi de Saxonia. ord. Carlhu., Vita D. A'. Jesu Christi... Luqduni,
sumpt loann. C.a ffîn, MDCXLIV, fb. CVsl l'édition dont je me suis servi. La ph,
répandue aujourd hu. est celle qui a paru en i865 à Paris, chez Palmé, in-f" avec
un front .spice représentant le Christ en buste « d'après un camée provenanl de
Empereur T.bere contemporain de J. C. >,. (Juand donc chassera-l-on de nouveau
les marchands du Temple ?
(-) Perdr.zet. dans le Bu/ietin de ta Société des Antiquaires, 1906, p. 189.
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- 4i -
il a été d'abord Dominicain ('), et pendant longtemps — pen-
dant une trentaine d'années : Ludolphus natione Saxo, ex Or-
dîne Prœdicatorum, posf trigesimum suœ professionis annum,
ad instituta Carthusianorum translatas, et in Monasierio Ar-
gentiniensi receptus (').
Ludolphe a dû écrire le Spéculum quand il était Dominicain ;
la Vita Cliristi daic de la dernière période de sa vie, de la pé-
riode Carthusienne : ainsi s'explique que la \7ta Christi soit
en quelque sorte farcie d'extraits du Spéculum (>). Nous savons
d'ailleurs peu de chose sur cet auteur mvstique. D'après Tri-
thème, il aurait fleuri vers i33o, c'est-à-diVc qu'il aurait atteint
a cette date la maturité de Page 0). La date du Spéculum,
i324, s'accorde très bien avec celte donnée.
La nouvelle édition de la Bio4nbliographie d'Ulvsse Cheva-
lier (>) dit que Ludolphe entra dans l'ordre des Prêcheurs vers
i3i4, dans celui des Chartreux en i34o, qu'en i343 il quitta
Strasbourg pour Coblence, où il fut prieur de la Chartreuse jus-
qu'en i348, et qu'il mourut à Strasbourg le lo avril 1378. L'^W-
( ) A p usieurs reprises, les papes ont décidé qu'on pourrait passer des autres
Ordres même des plus rigoureu.x, dans celui de saint Bruno, mais non pas inverse-
ment, de la Chartreuse dans un autre Ordre (1>golu, Les Chartreux en Alsace,
Pans, Picard, 1894, p. i).
(5) Bibliotheca Sixti Senensis, I. IV (t. I de redit, de Naples, 17^2, t. A30 lé-
(') Il est curieux de noter, à cel égard, que le Franciscain Guillaume Le Menand
qui a publié en 1^97 l'une des éditions fran.;aises du Spéculum, a donné aussi une
traduction, plusieurs fois imprimée (cf. Brunet, Manuet^, III, ,225), de la Vita
IMristi. ^
(^) Grôber {Grundriss, II, i, p. ,91) fait mourir Ludolphe en i33o ; p. 201, il
m Ulule 1 ouvrage de Ludolphe Meditationes uitw Christi, par confusion avec Je
célèbre Inrc attribué communément à saint Bonaventure. La Vita Christi et le«;
Meditationes vitœ Christi sont d'ailleurs des ouvrages du même genre, et qui ont
jmii dune vogue <'gale, comme en témoigne H. Estienne dans V Apologie pour
Hérodote, ch. xxxv. éd. Kistelhuber, t. II, p. 228 : « (Les moines Prescheurs) ont
lorce questions curieuses touchant Jésus-Christ et la Vierge Marie, lesquelles ils
prennent des docteurs qu'ils nomment contemplatifs, du nombre desquels estoyenl
Landulphus et Bonavenlura. Comme a-sçavoir-mon si Jésus-Christ a ri. Olivier
MaiIInrd respond de l'autorité de Landulphus, qu'il a souvent pleuré, mais n'a jamais
n. » Landulphus = Ludolphus (cf. Chevalier, Bio-bibliographie du Moyen Age
(') Les traAaux cités par Uhsse Chevalier ne sont que des travaux catholiques.
Ajouter Charies Schmidt, Essai sur les mystiques du quatorzième siècle (Stras-
bourg i836), p. 61 ; du même, la Notice sur le couvent des Dominicains de
Strasbourg (Strasbourg, Schultz, 187G), p. 47 ; V Encyclopédie de Lichte.nberger,
s. V. Ludolphe, et les auteurs cités dans ces divers ouvrages.
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- 42 -
cyclopédie de Lichtenberger ajoute qu'il se distingua à Stras-
bourg pendant la grande peste ou peste noire de i35o, qui
dans cette ville, aurait fait jusqu'à seize mille victimes ('). En'
somme, la plus grande partie de la carrière de Ludolphe a dû sV^-
couler à Strasbourg ; la première partie de sa vie s Vst passée dans
un couvent Dominicain de cette noble ville de Strasbourg, qui
fut, pendant les soixante premières années du quatorzième
siècle, un foyer si intense de théologie mystique. Eckart, vers
i3io, plus tard Jean Tauler, sont les noms les plus fameux de
ce mouvement (^). Vers le milieu du quatorzième siècle, Ludol-
phe semble avoir joué, à Strasbourg, aux côtés de Tauler, un
rôle presque aussi important que le grand mystique Domini-
cain. Pour faire la preuve de cette assertion, qu\in nous per-
mette d'alléguer le témoignage de Daniel Specklin.
Quand Jean XXII, raconte Specklin, eut excommunié Louis
de Bavière et les villes de son parti, Strasbourg, qui avait été
comprise dans cette excommunication, fut privée de culte : les
malades mouraient sans recevoir l'extrême-onction et l'abso-
lution. C'était le moment où sévissait la peste noire. Les Domi-
nicains, qui avaient continué quelque temps à faire le service
des églises, finirent par obéir aux ordres du pape, et quittèrent
Strasbourg. Mais quelques hommes pleins de couraqe et de
piété étaient restés et avaient publié un écrit, adressé à tous
les prêtres, pour les inviter à assister les mourants, puiscjue
dans la grande peste les innocents périssaient aussi bien que
les coupables. A la tète de ces honmies était Tauler, assisté de
Ludolphe le Saxon, prieur des Chartreux. Et comme ils prê-
chaient contre l'excommunication dont était frappé le pauvre
peuple dans les (pierelles des grands, et dont lui seul avait à
souffrir, ils furent excommuniés eux-mêmes, et leurs livres
défendus aux clercs comme aux laïques. L'évêque Bertold de
Bucheck les ayant fait sortir de la ville, ils se réfugièrent dans
la Chartreuse voisine, d'où ils publièrent plusieurs écrits pour
éclairer de nouveau le peuple. Lorsque en 1.349 l'empereur
Charies IV vint à Strasbourg avec l'évêque de Bamberq, il les
interrogea et voulut entendre leur défense. Ils prononcèrent
des paroles remanjuables par leur hardiesse. «Jésus-Christ,
dirent-ils, a expié par sa mort les péchés de tous les hommes ;
(') ScHiiroT. Essai, p. 6i.
(-) ScHMioT, \oticf, p. 44.
1
-- 43 -
le ciel ne peut donc pas être fermé par le pape à ceux qui
sont injustement excommuniés, et tout prêtre est tenu de leur
donner l'absolution. La puissance spirituelle est distincte de
la puissance temporelle; quand cette dernière commet des
péchés, l'Eglise n'a d'autres droits que celui de lui en faire
d'humbles remontrances. Le peuple ne doit pas être puni pour
les crimes des grands, et c'est une injustice que de condamner
le sujet innocent avec le prince coupable. D'ailleurs, si l'em-
pereur gouverne mal, il en rendra compte à Dieu et non au
pape. Tous ceux, enfin, qui croient à la vérité de l'Évangile et
qui ne pèchent que contre la personne du pape, en refusant
tle lui baiser les pieds, ne méritent pas encore le nom d'héré-
tKjues; il ne faut appeler ainsi que ceux qui agissent contre
la parole de Dieu, et qui s'obstinent dans leur impiété. » On
dit (jue l'Empereur lui-même fut convaincu de la vérité de
ces paroles et qu'il leur enjoignit seulement de se modérer
et de révoquer par écrit leurs erreurs contre l'autorité papale.
Mais ils n'en continuèrent pas moins à écrire et à prêcher les
mêmes doctrines, soutenus qu'ils étaient par la population de
la ville (').
Je me suis permis cette digression sur un épisode particu-
lièrement remarquable et honorable de la vie de Ludolphe.
pour justifier ce que je disais tantôt du rôle que l'auteur de la
Vi/a C/irisiia du jouer à Strasbourg au milieu du quatorzième
siècle.
Au gable du grand portail de la cathédrale de Strasbourg,
on voit le roi Salomon sur son trône, gardé par douze lions,
et au-dessus l'Enfant sur les genoux de la Vierge. Ces sculp-
tures datent du milieu du quatorzième siècle : le grand portail
fut commencé en i345. Il n'y aurait rien d'invraisemblable à
ce que Ludolphe soit pour quelque chose dans le choix du
sujet symbolique auquel les Strasbourgeois réservèrent la place
d'honneur à la façade de leur cathédrale. Nous ne voulons pas
dire que les imagiers du gable de Strasbourg aient sculpté
Salomon sur son trône et, au-dessus de Salomonj l'Enfant sur les
genoux de Marie, pour avoir lu le Spéculum o\x\di Vita Christi,
0) Us collectanées de Daniel Specklin, chronique strasboargeoise du
seizième siècle. Fragments recueillis par Rodolphe Reuss, Strasbourg, 1890,
p. a3a (\e manuscrit a été brûlé en 1870, dans l'incendie de la ba)liothèque de
Slrasbom"g).
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- 44 -
L'an religieux n'avait pas attendu que Ludolphe eût écrit ces
deux ouvrafles, pour faire de Salomoa sur son trône une préfi-
nure de ! Enfant sur les genoux de Marie : en Allemagne
notamment (■), aux treizième et quatorzième siècles, ce sujet
symbolique paraît avoir été souvent représenté antérienremenl
a la diffusion du Speniluni et de la Vila Chrisli. Mais nous
croirions volontiers que Ludolphe a été consulté sur les sujets
a faire sculpter au grand porlail du dôme, quand cette décora-
tion fut arrêtée dans les détails. Ludolphe devait être le théo-
logien le p us en vue de Strasbourg, et nous savons qu'au
Moyen Age les clercs, les docteurs ont guidé donateurs et ar-
tistes dans le choix des sujets.
■ T;.~'^"".'' *:",""'"■ «^■•^•^ l'attribution du S. II. S. à Tauleur de
la \,la (.lirtsl,,^ appellerai encore l'attention sur deux lénendes
qui se trouvent dans l'un et lautre de ces deux ouvrages, et
que j ai vainement cherchées ailleurs : la légende concernanl
le nom de 1 homme qui souffleta Jésus dans la maison d'Anne,
et la légende des trois milliers de personnes qui se seraieiù
converties quand Jésus fut cloué à la croix.
XIX, 7. Duxenint primo Chiistiim nd domiiin Ami.p...
Slalini iiniis scrvoi-iim niniiiini levabat
Et sibi alaparii in rnaxillani suaiii dabat.
Iste croditnr fuisse ille serviis, videlicol .Malcluis,
Ciijiis aiiriciilani niodiciini antoa sanaverat Chrisliis.
Le .Moyen Age ne pouvait se résigner à ignorer le nom de
I homme qui avait souffleté le Christ. Dans le M.W-re de la
lasm,n{y ,g(Jo3), cet homme s'appell.- Dragon. I,a tradition
rapportée dans le Sper„l„m avait ima.|iné ,1e faire souffleter le
Christ par ce même Malchus, qui avait pris part à l'arrestation ;
dans la bagarre, Simon Pierre, le plus bouillant des apôtres
avaiUranclié loreille de Malchus ; mais Jésus avait aussitôt'
(') Vilraux d'Aucjsbourg, ,lf ll„pp,-,r<l, de Fribourg, do Cpponbera, et;, frosniip»
deuoslar, de Lubcçk (hospic,. du Saint-Esprit); .„tcp.„di„„?du m" Jo do HcZ
sculpturos .^ la cathodralo d-Augsbourg, dani IVgli o dos DommicXs d K^.'
Bassc^utnchc) etc. J'emprunte ees exemples à 0,dt«.v.>.x, Die clZicLder
fin rrs""\^ "'"^"f- '^f '• P- =*•■'• P"'i'>''i"™en éros^nte es. I. I^squo de
Ourk (b ivne), ropro.lu,lo dans les MUth. de,- h. k. Cenlratcomn.Mor,. xyTul,)
p. .6 ot dans la GeschaMe de,- de,„schen Malerei do J.vn,„c„ek (BoH.n, ,V)
- 45 -
guéri le blessé, il lui avait recollé son oreille, comme on le lui
voil faire sur une foule de monuments (i,|urés. Avec l'inqra-
lilude d'un Juif, ou d'un esclave, Malchus aurait fait expier à
Jésus la vivacité de Pierre. Je n'ai trouvé cette tradition que
dans le Spéculum et dans la Vila Chrisfi a\, chap. LL\
p. 582). '
Ce n'est pas .sans surprise que l'on entend l'auteur du 5/;m/-
liim assurer qu'à la mon du Christ, trois mille personnes, parmi
les spectateurs du drame, se seraient convenies, quand on
entendit le Christ prier pour ses bourreaux :
xxni, 39. (Juando cnicifixores Jesiiin ad cniceni rabritabant,
Christus dulcùssimani niclodiam pio ipsis Patri siio decantabat...
Tantif atitcm duliedinis erat \\xc beatissima nielodia,
yuod eadeni hora conversi sunt hominuni tria millia!
L'Evanr|iIe ne dit rien de tel. L'anteur a Iransporlé au récit
de la Pas.sion le fait rapporté dans les Actes, II, 4i : qui rece-
perunt sernionem Pétri, baptizati sunt; et appositœ sunt in die
illa antmiv nrciter tria millia. Il est vrai que cette conversion
en masse fut opérée par Pierre, lors de la Pentecôte; mais
l'auteur du Spéculum n'y regardait pas de si près. Quelques-
uns de ses lecteurs se montrèrent peut-être plus rigoureux.
Ainsi s'expliquerait que Ludolphe soit revenu dans sa Vità
Christi sur cetle conversion en masse, pour essayer de justi-
fier, par des arlifices d'exéqèse, l'erreur qu'il avait f\ute sur ce
texte des Actes : Secundum Bedam, écrit-il {Vita Christi,
II, 63), non frustra Christus orauit, sed eis qui post ejus pas-
sioneni crediderunt, impetravit, Unde dicitur in Actibus quod
conversi sunt una die tria millia et alla die quinque millia. Nec
dubium quin hoc provenerit ex virtute hujus orationis Christi.
Ad quam etiam vocem multi de turba Judœorum astantium
compuncti sunt corde et pœnituerunt, ut dicitur in Euangelio
Nazarœorum, et ponitur in glossa Esaiœ super illo verbo : « Et
pro transgressoribus exoravit. » 0 quam dulcis in oratione
Christi ad crarifixorum malleationem erat melodia, de cujus
consonantia conversa sunt tôt millia (') !
La ylossa Esaiœ auquel Ludolphe se réfère est celle de Wa-
(») On reconnaît, lôgèremenl modifiées, les deux lignes du Spéculum (xxm A5 A6^
que nou.s citions tantôt : Tarifée dulcedinis ^ ^ ^ j
y
NN«BMMaMHpi«||
•êtêÊÊHâSk
- 46 -
lafried Strabo, sur Isaïe, lui, i 2 : « Pro transgressoribus ora-
oit, » Ad hanc vocem, secundum Euangelium Nararœorum,
milita milliaJudœorum astantiuni circa crucem credidenint (^)
On voit que ni Walatned Strabo, ni l'Évangile des Naza^
réens Q) n'avaient établi de rapport entre les conversions opé-
rées par saint Pierre lors de la Pentecôte, et celles qui se seraient
produites sur le Calvaire pendant les derniers instants de
Jésus. Je crois que c'est Ludolphe le premier qui a établi ce
rapport, ou plutôt créé cette confusion ; et le fait qu'elle se
trouve à la fois dans le Sperulum et la Vita C/iristiesi une pré-
somption de plus pour admettre que ces deux ouvrages sont
du même auteur Q).
(•) P. L. CXIII, 1296.
(-) Cet Apocryphe, qui était propre à la secte chrétienne des Nazaréens était
cent en araméen. 11 fut traduit en grec par saint Jérôme. Ni le texte original ni la
traduction de saint Jérôme ne nous sont parvenus. Nestlé, dans son Novi Testu-
menh grœci siipplementam (Leipzig, Tauchnitz, 1896), où il a réuni les fragments
des Evangi es perdus, a omis de citer ce passage du commentaire de Walafricd
strabo sur Isaie.
(1) Je n'ai pas cru devoir surcharger ce chapiire de la discussion des attributions
erronées auxquelles a donné lieu le Spéculum. On la trouvera à la fin de la nnS-
sente étude, en appendice.
CHAPITRE IV
LES SOURCES DU S. II. S.
A) Ouvrages dominicains : la Somme de saint Thomas,
la Légende dorée
■ ^^.f- "■ ■?• «5' ""«^ compilation. - 2. La source des « faits » et des
I reOgures .ndiquée par les rubriques des illustrations. - 3. L'auteur a
dû se servir surtout de livres écrits par les docteurs de son Ordr*" de
ij.ques du 5. //. .S. _ /,. De la Légende dovée comme source de plu-
s.eurs ulees mystiques (les prêtres supérieurs au.v saints et même aux
anges ; Damd s.ve Chnsla-s ^uasi tenerrùnus ligni oenniclZ) o^
supej.t,t,euses contentjes dans le S. //. 5. (les démfns aussi n^mb eux
zi:^::'::v^:ix:^''^^ ^-'-«^ --« «--té l ^s
1. — Le S. H. S. est une compilation, le lecteur en est
averti par les premiers mois du proœiniuin :
Incipit proœmiiim ciijn.scl im novœ compilationis.
Il en va ,1e m^me de la plupart des ouvrages composés par
les docteurs du Moyen Age. C'est pourquoi l'histoire littéraire
du Move^i Age consiste surtout en recherches de « sources ».
1 our le A. //. 6., la question des sources est particulièrement
importante. '
Parfois, les docteurs du Moyeu Age - glossateurs, théolo-
giens, hagiographes-ont pris eux-mêmes la peine d'indiquer
lesouvrages dont ils se .sont servisC). Pour savoir, par exemple,
Il f'I " ^''■''"■'■■' 'f ?f *"*'" ' '""J""'^ S"i" d'indiquer le nom de l'auteur auquel
. fa,t uu emprunt. L'ul.l.té de faire des citations e.xacle,, était très ^p^Lv^li
cl.ron„|ueur connu sous le nom d'Albéric de Troisfontaines indique 1 s ources
auxquelles ,1 a pu.sé. Hélmand a suivi le même svstème . (Boutai, Vin^Tde
llmauais. dans la Revue des questions hisl., t. xVll p ,2)
i'.'(!l!m«uW.,. ,4J
"TiS^S-.
- 48 -
les sources où ont puisé Walafried Strabo, Thomas d'Aquin et
Jacques de Varazze, on n'aurait qu'à réunir les références con-
tenues dans la (rlose ordinaire, la Somme et la Légende dorée.
Parfois, les docteurs ont poussé la complaisance jusqu'à dres-
ser eux-mêmes la liste de leurs autorités : ainsi ont fait (iode-
froy de Viterbe, dans la préface de son Panthéon ('), le
Dominicain Etienne de Bourbon, dans la préface de son recueil
d' « exemples » (^), le Franciscain BartlnMemy, dans le dernier
chapitre de son Propriétaire Q). Ux concision à laquelle s'était
astreint l'auteur du Spéculum, en se donnant la tache de
raconter en cent lignes l'un des grands faits de l'histoire évan-
(jélique, plus trois [)réfiqures de ce fait avec les explications
et réflexions appropriées, la symétrie à laquelle l'assujettissait
la (( prose rimée par doublettes », l'intention déclarée de ne
pas s'adresser uniquement à des savants, tout cela explique fju'il
n'ait chargé son texte d'aucune référence. Mais il est assez facile
de retrouver les livres dont il s'est servi, et voici pounjuoi.
2. — D'abord, parce que, dans la plupart des manuscrits
illustrés, les illustrations sont surmontées de rubriques qui
disent où sont pris les sujets représentés. Notons en passant
que ces rubriques, qui ne se trouvent pas dans tous les
manuscrits illustrés, varient extrêmement d'un manuscrit à
l'autre, d'où l'on peut corn lure qu'elles n'existaient pas dans
l'archétype (^). Elles nous apprennent, avec [>liis on moins
d'exactitude, d'où l'auteur a tiré les faits de riiistoire évangé-
lique, qui forment les sujets des divers chapitres, ainsi (jueles
préligures de ces faits. A vrai dire, ces faits et ces préfigures
sont pour la plupart empruntés au Nouveau et à l'Ancien Tes-
tament; avec une concordance biblique, on les aurait retrouvés
sans peine : en sorte que, le plus souvent, les rubriques des il-
lustrations du Spernium otlVent peu d'intérêt. 11 n'en va pas de
même quand les illustrations représentent des sujets pris hors
de la Bible. Le cas est bien plus fréquent que l'on ne s'imagine.
Il est difficile, pour qui n'a pas étudié une de ces étranges
(•) P. L., GXCVIII, 878.
(-) Lecoy de i.a Marche, La chaire Jr. au Moyen Age\ p. 117; Anecdotes
hist. a Etienne de B., p. xin.
(*) Hist. litt. de la Frauce, t. xxx, p. 356.
{*) J'ai étudié les rubriques du S. H. S. d'après les manuscrits suivants : Bibl.
nat. lat. 9685 et 9586, fr. 6275, Chantilly 189, Munich clm i46, 18377 et a3433.
'^'^•'3^iiimémmmmm=ii!mmi%
Gh. IV.
Gh. v.
Gh. VI.
Gh. vin.
Gh. XI.
- 4o -
productions médiévales du çjeurc de celle dont nous parlons
de dev.ner combien, à l'histoire sainte telle que la raco 5
e Moyen Age se mêlai, la légende; combien, à l'or^^^^ "^
1 Ecn.ure s alhaa le plomb des fables juives, des apocrypl es
pa eochrél.ens, des Vies de Saints, et même des L/S-
rales, ou encore des « exemples „ pris d'une façon extrava-
CimeP:,r. '''■''"'•"'" ^^^'■''•"^'^' "'"^^P'-' -'-'i-'/Valere
Maxime. Pour donner nue première idée de cet élrauqe amal-
game, VOICI la liste des faits et préfigures du S. H. S al[
ne sont pas d'origine scripturaire : ^
Ch. m. Annonciation de la naissance de Marie (fait)
Songe .l'Astvage(/''/^/-é/;f/,„.e).
Nativité de Marie {/ml).
Présonlation de Marie an Toniple (fait).
L'obialion de la table d'or (i" préfgitre).
La nosUilgie de la reine de Perse (3' /,r,'fim,re)
La Unir ISaiis (.,' préfigure).
La sibvlle Til.nrtine .lovant rempo.eur Annnsle (3' nré-
Jigure). •' \ 1'"^
Cliute (les idoles <rÉgypto {fait)
La statne de la Vierge à rEnfant',,n'a,Io,aienl lesKqvn-
Utiis {i' préfigure). ^^ '
L'enfant Moïse brise la couronne de Pharaon (i- nréfi-
fjiire). ^ / v
Jaiis {i'^ f,re/ii/ure).
Lamecl. mallraité par ses deux (emmcs (i' préfiaure)
Tsaïe scie avec ..ne scie de bois (2' préfigure)
Lodrns se ,lévo„e pour sauver Athènes (^e>^)
Km mero,lach conpe en tiois cents morceaux le cadavre
(le son père Nabnchodonosor (S-^ préfigure)
Adam et Kve plen.èrent la mort d'Abel pendant cent ans
{2^ prefif/ure).
Gh. xxviii. Une autruche délivre, à l'aide du ver cham^'r, son
poussin que Salomon avait enfermé dans un vase de
verre (J<^ P^éfujure).
Jésus-Ghrist, par sa passion, vainc le Diable (fait-)
Marie, par sa compassion, vainc le Diable (fait)
Tomyns plonge la tête de Gyrus dans un bassin plein
de sang {3^ pré/îgure). ^
La descente aux Limbes {fait).
La Vierge Marie, après la mort de Jésus, visite les
lieux ou s était déroulée la Passion {fait).
PERDRIZET, ÉTUDE SUR LE S. H. S.
4
."^
Gh. XIX.
Gh. XX.
Gh. XXIII.
Gh. XXIV.
Gh. XXV.
Gh
XXVI.
Gh. XXIX.
Gh. XXX.
Ch. XXXI.
Ch. XXXV.
^4
tïi-s^îjaiiMWWSfiSaiîe^WMMaiisiinMiM
— 5o —
Ch. XXXVI. L'Assomption de Marie {fait).
VAï. xxxvii. L'intercession de Marie révélée à saint Dominique
{/lit).
Ch. xxxvni. La Vierge de miséricorde (Jait).
Tarbis sauve la ville de Saba assiégée par Moïse (/^*= pré-
Jlguré).
Ch. XXXIX. Jésus montre à Dieu le père les blessures que les
hommes lui ont faites Çi^^ /ait).
Antipater montre à César les blessures qu'il a reçues
au service de Rome (/''^ préfigure).
Mario montre à Jésus le sein qui l'a nourri (^2* fait).
Mais il y a, dans un chapitre du Sprcuhun, bien autre chose
que les quatre histoires représentées par les illustrations : il y
a des effusions mystiques, des dissertations théologiques, des
légendes hagiographiques, tout cela compilé dans divers ou-
vrages, dont les rubriques ne nous disent rien.
3. — La lecture attentive du Spéculum nous ayant appris que
•Tautcur de cet ouvrage devait être un Dominicain de la pre-
mière moitié du (juatorzième siècle, nous pouvons penser
a priori qu'il a utilisé de préférence des livres conq)osés par
les docteurs Dominirains du treizième, notamment la So/nnie
de saint Thomas et la Légende dorée.
C'est à saint Thomas, en effet, (jiie notre auteur paraît avoir
emprunté la majeure partie de ses développements théologi-
ques. \ oici ({uelques preuves de celle assertion.
Pourquoi, se demande l'auteur du Speculu/n, L\e ful-t lie
créée d'une des côtes d'Adam? Réponse :
I, 3i. Non est facta do pede, ne a viro dospicerotur,
Née de capite, ne supra vlrum doininarotur.
C'est exactement rex[)licati<>n de saint Thomas (.S'o////'/?^'. p. l,
qu. XCn, art. 3) : nequr miifirr drhrt dnminnri vîruni, et idnt
non est fornidta de enpite ; neipie débet a viro despicl tunipuini
serviliter subjectay et ideo non est formata de prdihus,
Lorscjue le Christ mourut, lorsque son àme (piitta son corps,
ce corps, qui avait été divin tant ([iie le Christ avait vécu,
cessa-t-il de l'être? Ou, pour poser le problèmo dans les
termes dont se servaient les scolasti([ues, (jue devint, à la
;)i
Mp
WttÉl
^ i ii m r I mêmmtmmiÊtimêm
jii.&â-»jJi
tm^ »1^:mi-^m0
mort du Christ, la qualité divine, divinitas, deitas, dont
avaient été pareillement doués, pendant qu'il vivait, et son
corps et son Ame ?
xxni, 65. Qiiamvis animam et carnem ad invicem Judœi dividebant,
Nunquam tamen deitatem a noutra earum dividere valebant :
Deitas enim a carne mortua non fuit soparata
Nec ab anima similiter fuit aliquatenus segregata.
C'est la même doctrine que dans la Somme, III, qu. L :
Utrnm in morte Christi fuerat separata diuinitas seu a carne
(§ 2), seu ab anima (§ 3)?
Le mariage de Marie et de Joseph amène notre moine à se
demander quelles sont les récompenses affectées au mariage,
au veuvage et à la virginité.
VI, 3i. Matrimonio debetur fructus triqesimus,
> icluis soxagesimus, virgnnbus oentesimus.
Cette proportion, qui est toute à la gloire du monde monas-
ticjue, et qui a sa source dans une interprétation arbitraire
de la parabole du semeur ('), se retrouve dans l'article de la
Somme intitulé : Ctrum convenienter assignentur très fructus
tribus eontinentiœ partibus, dont voici la conclusion : servan-
tibus continent iam conjugalem datur fructus trigesimus ; ni-
dua/em, se.ragesimus ; virginalem, rentesimusQ).
Ainsi la virginité recevra la plus grande récompense. Pro-
messe bien douce pour les religieuses. Mais, au Moyen Age,
quelle vierge pouvait avoir la certitude de n'être pas violée ?
VI, 43. Oiuo mente virgo est, etsi violenter oorrumpatur,
Non perdit aureulain, sed diipliciter coronatur.
Ces promesses rassurantes fiiites parnotre moineaux vierges
saintes rappellent celles de la Somme {Suj>pl. 111, qu. XCVI,
§ \ : utram auréola debeatur ratione virginitatis) : Si aligna per
violentiam oppressa fuerit, propter hoc non amittii aureolam.
(•) .MaUh. Mil. 8 cf 23 : .4//V/ reciderunt in terram bonam et dabant fructum ,
aliud centestiiiiun, (iliiid se.r<igesimum, uliud irigesimum.
(») Snf>pJ. m. q.i. xrvi, 5 4.
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52
51
(Iiun/fiodo praposifum vinjinitdtem perpetno serrandi inviola-
biliter servet, illi actui nullo modo consentiens : ncc per hoc
etiam virgi'nitatem perdit. Et hoc dico sine pro fîde, siue pro
quacumrjnr (tlia causa cornimpatur violenter : sed si hoc pro
Jlde siistineaf, hor ei erit ad meritnni, et ad grnns marfi/rii
pertinehit. f ^ridr Lucia dicit : « .SV me inritam violari frreritis^
castitds mihi (hiplirnl}ittir ad roronamQ^. » \on f/iiod hahrat
duas vinpnitdfis aiirrolds, sed tjind ihiphw p/\rmiam repor-
tiihit, iiruim pro rirr/inifatis riisfodia, alind pm injui'id (piam
passa est. Que Tliomas <rA(jirm et, à sa suilo. raut«Mir du Spe-
rii/iim se soient demandé si une vienje violent»'»' j)eidail
r « auréole », ou la couronne à laquelle elle avait droit dans le
ciel, c'est une [)r«Mive ptMiihle des conséquences abominables
qu'entraînaient pour les personnes les querres incessantes du
Moyen A»|e. Dans ces temps tra<|i(pn's, toute femme, nn^m»'
dans le cloître, avait à craindre l«' \iol [)ossible : à p«Mi près
comme aujounTliui les femmes chrétiennes de la Macédoine
et de l'Arménie.
Le chapitie \ll »lii S. II. S., (pii est consacr»' au baptém»'
de J.-Ci., contient, concernant le sacrement biiptisFnai, un
exposé d«' la <loctrine calli»)li(pie, ipii paraît bi«'n a\nir et»' fait
à l'aide de la Somme Q).
Mais peut-être nous objectera-t-on «jne la «loctrin»' de saint
Thomas sur le ba[>lème n'a rien «roriijina! ; »ju'»'lle est la
même, par exemple, que celle »le I )nianti, »lans le lidtiofidl Q^\
que le docteur au»piel nous devons le Speiulum a du lire bien
d'autres traitt's de théohujie »pH' la Sonunr, et (pi»', pour ii»'
pas sortir de l'Ordre dominicain, on [mmiI se demamh'r si
notre auteur n'a pas autant prolité de la lecture de son com-
patriote Albert le (Irand (^). J'avon»» n'avoir pas en l»^ conraqo
(i) Il .s'a<|it de sainte Lucie; voir sa vie dans la Lèijemh' dovèt', rh. IV, p. 3i
Grasse, (ui sont rap[>orl«'es les ni«"'rnes |iaroles ([ue celles (juc lui prèle saint Tlion»a>.
(*) S. //. 6'., Xn, i5-i9 (des trois sortes de ba[)tème) : cf. Sorurnr, p. III
qu. LXVl, 5 II. — >V. H. S., XII, 25 (le baptcme de l'eau est le plus important des
trois) : cl". Soinnw, i<l., $ i3. — .S". //. .S'., XII, 37-28 («pi'il laut baptiser avec de
l'eau pure) : et. Somme, id., $ 3. — .V. //. S., XII, 33-34 («jne n'importe «jui peut
contcrer le baptcme) : cf. Somme, p. III, ipi. LXVII, $ 3-,'».
(') L. VI, cil. 83.
(♦) Pour preuve, entre autres, i\i' la n'-putation d'Albert le Grand parmi 1(> All<-
inands, cl. l'une des tjravures d'Albert Durer jxjur les Quatuor libri umorum de
CoNiwD Celtes, Nuremben|, i5o2, reproduction dans /)a/r/* (Paris, Hachette, iyo8),
p. Kja. Au centre, la Pliilosopliie trônant. Sur le cadre, dans des m«''daillons, les
— 53 —
^ de m'enfoncer dans l'd'uvre innnense du docteur Universel
pour y rechercher les emprunts possibles du Speculiun. Je crois
d'ailleurs ([ue cette recherche n'aboutirait pas à des résultats
bien certains; car, d'une part, saint Thomas a été l'élève
d'Albert le Grand, et la doctrine de l'un ne dldère pas de la
doctrine de l'autre sur les questions importantes; d'autre part,
presque t<uites les <'xplications théologi(jues de notre auteur
<pii ne sj'inbh'nt pas enq)runtées à la Somme send)lent l'être
à la JA'fjemle dorée,
4. Ueporlons-nous, par exemj)le, au curieux passaqe où
notre autem* émet l'idée que les prêtres, »pii quotidiennement
opèr«'nl le miracle de la transsubstantiation, sont, par cela
même, supérieurs aux patriarehes, aux prophètes et même aux
anqes.
x>T, 91. Excolltint saconlotos in potestato patriarclias et propfietas
Et etiani "jiKxIainnKxlu ipsas virttitos ançjelicas; [nequcimt,
Sa<'er»lot('s eiiini saci-aineiitimi conticiiint. qiiod aiigeli facerc
Nec palriaieli;»', ikn- |tioph('!a' olim facefo potuernnt.
Sacerdotcs ijjitin- pi-opter saciaincntiim dehoinus hoiiorare.
('elle idée, cjui a été soment «wprimée par les mvstiques,
nolaniFuent par l'auteur de V htu'tafiorf {^^ et par Saint-Cvran(^),
\
(juatre ]>lus (|rands serviteurs de la Pliilosojdiic, Plolëmée, Platon, Cicéron, Albert
le Cîrand : celui-ci occupe la ]>lace d'hoimcnr. à la tlroite de la Philosoj»liie, comme
repr*^sentanl des sdpicntt's (îerina/iurum. En haut, cette inscription :
Soplii.im nif (Irrrri vocaiit, Latini sapicntiam.
,K«jyptii<'t Ghaldiei m»' iiivciirre, (ira>ci scripsere,
Laliiii traiistulerc, Germani ainpliavere.
Cet p|(Kje de la pliilosojiliie allemande, s'il est devenu juste j)lus tard, était en i5o2
sintpdiërement prématun'-. Le Cnfalogns script orum erclesidsticorum de Johann
von Trittenheim (Trithemius) tt'moitpic i\\\ iiicmc chauvinisme.
(•) (iratide imjslcrium et tiKignn dignitas sacerdotum, quihu.s datum est, quod
finf/t'Iis non rsf conffS'iinn : so/i nainque sfirerdntfs rde in Ecc/esia ordinati,
potcsUitcm Imbriit celehnindi et corpus consecnindi (I\', 5). On lisait n'-cemmcnl
ceci, dans le ctunptc r<Midu des débats de la (Ihambre : « Gomme député-pèlerin,
M. de (iailhard-liancrl, revêtu de ses insi(]nes, accompacjnait à La Louvescq un
prlcrinayc à saint Fn»n<;ois-Hégis. Au jiied d'ime croix de mission, aj>rès plusieurs
prêches d'eccli'siasticpies, il prenait la parole et, entre autres choses, il disait aux
paysans cpii l'i-coulairut : « N'ous devez vous a(jenouiller sur le passage des prèties,
car ils ont un pouvoir unique, un j«)uvoir émuKMit : celui de l'aire descendre Dieu sur
la terrr à leur volonté » {Journal Officiel, 58 juin 190O).
(-) Cf. Sainte-Beuve, Port-R<>yal, t. I, p. 4/^7 de la 4^ édition.
mî - / i.
.,^:n,^mm^:^'^»'-*tffK3s^^tlf^
i
r,
». *
l
- 54 -
semble bien d'ori(|iiie franciscaine ('). C'est par la Lf^gende
dorée que notre Dominicain en a eu connaissance : Sarer-
dotalibus manibus, qiiibiis conjiriendi dominiri rorporis sacra-
mentiim est collata potestas, magnam volebat Frnnriscus rêve-
rentiam exhiberi. Lnde et sxpius direbat : « Si Sancto euiqiuun
de cœlo uenienfi rt paiiperriili) alicui sacerdoti me roiitiiKjerrt
obvi'are, ad sarerdotis nianus deosruldndds cifins me cotijer-
rem et Sancto dicerem : Exspecta me, snnr/r La tirent i, quia
marais hujus Verbiim ritœ rontrertiuif, et ultra humanuFu ali-
quid possident (Ch. CXLIX, iJe S. Francisco, p. G71 (jrasse).
On peut indi([uer plusieurs rapprochements analogues, non
moins probants: ainsi l'cxpliralion concernant la ilesceîulnnce
de Jésus, telle que la donnent les Evanqélistes,
VI, i5. Mos Scripturœ est genealogiarn dm-ere non ;i<l tixores,
Scd tantuniniodo ad spoiisos et mares
paraît inspirée par une phrase du chapitre ch' la Légende sur
la nativité de Marie : e<aisuetudo Scnptune dicitur fuisse ut non
miilierum, sed virorum generati^aas séries texeretur (p. r>85
Grasse). De même l'étraiHje comparaison de David avec un
ciron et la préfigure qu'y a vue notre auteur lui mit été suggé-
rées par un passage du chapitre de U\ Légende sur la Passion.
XVII, 81. WTmiculiis hgni, diim taiigitnr, mollissiinns vidctur,
Sed cuin tangit, diirissiinmii Hgiimii pcrforare |n'ihil)('tiir :
Sic David, cuni ossct liiter domestifos, niilliis <m) inltior,
Sed in judicio et contra liostcs in pradio iiiilhis co durlor ;
Sic Christus in hoc miindo crat mitissiinus et [»atientissinnis,
In judicio auteiii contra hostt-s siios crit distiictissiinus ;
Conversahatnr aiitern inansucte et incessit incnnis
Et sustinuit ut vilitcr tractaretnr tan([uani verinis.
Et hoc vich^tur quaTulose doplangerc in I*sahno,
L'bi de se dicit : « Ego suni verinis et non h»inio. »
Dicitur autein non tantuin verinis scd vci micuhis hgni,
Quia in ligno crucis occidcrunt cnni nialigni.
La Bible parle, au verset 8 du vingt-troisième c}ia[)itre du
deuxième livre des /^>/.s• (-), d'un lieutenant de David, Josheb
)
.
(») Voir dans Sabatier, Snint'François d'Assise, p. 389, l:i traduction du « Tes-
tament de saint François. >'
(*) Voir les traductions de Relss et de Sego.nd.
— 55 —
Bashébelh,Takhémonite, qui aurait tué, dans une seule bataille,
huit cents ennemis. La Vnigate n'a rien compris à ce passage ;
voici comment (die traduit : sedens in cathedra sapientissimus
prineeps in ter très, David est quasi tenerrimns tigni nermicutus,
qui octingenttts interfecit impetu uno. L'auteur du Spéculum
trouvait ce texte cité dans Comestor, //. S., lib. Il Reg., XXII.
Phis lin texte de la Bible était obscur, plus le Moyen Age y
voyait de mvstères. David sapientissimus inter très, c'était la
sainte Sagesse, vera Sopida, autrement dit Jésus-Christ. Se-
dens in catiu'dra inter très : Fart ne représentait-il pas la Tri-
nit«'' comme trois personnes pareilles, trois rois à grande robe
blanche, assis cote à cote sur trois troues égaux? Quant à la
comparaison, vraiment ahurissante, de David avec un ciron,
c'était une ligure du Christus patiens pro[)hétisé par les pa-
roles de David, ego sum vermis et non homo (Ps. XXI, 7) : la
propht'tie et la pr*digure étaient concordantes, s'éclairaient
et se prouvaient Tune l'autre, .le ne sais quel est le mystique
(jui a invent<' cette explication. Je noterai seulement cjue
notre auteur a pu la trouver dans la Légende dorée, cha-
pitre LUI {De passione Dom/ni) : Passio Christi fud ex dolore
(unara, doior autem causabatur ex quinque... Quarto, ex
ratione tenerdudinis corporis, unde in fajura David dicitur II
Re<f. pcmilf. : ipse est quas' tenerrimns Hgni ver micu/us.
i\estait la lin du verset : David a tué d'une seule fois huit
cents ennemis. David est la figure du Christ. Or, (piand les
(|ens envoyés par les prêtres vinrent pour l'arrêter, Jésus leur
(lemanda : « Oui cherchez-vous? » — « Jésus de Nazareth. » —
(( C'est moi î » A cette parole, la bande (rhommes armés que
menait Judas fut jetée à terre par une force invincible : Ut
dixit cis « Ego sum », abierunt retrorsum et ceciderunt In ter-
ram (Jean, x.xiii, (i). Les mots du verset bibli([ue « octin-
qentos interfecit impetu une » auraient préfiguré cet épisode de
la Passion.
Plus signilicatir enc«)re le rapprochement de ce passage du
Spéculum, sur la multitude des <lémoiis épais dans l'air, avec le
cl»a[)itre de laj.égende dorée sur saint Michel archange :
[disset,
Mil, 25. Si Deus hoininlhus siiam et angeîorum custodiam non de-
Nullus hoino tentationcs da^monum evadere posset.
Nam slcut radius solis ploiiiis videtur esse pulveribus,
Ita iniindus isle plenus est (heinonihus.
,,*•
■'Km'.i*,-^ »»«'-;
f-»*»--^ *tri^<«i;-w3
ÊéMi3..i.i^^émf<^m»«%âmaÉmé»m*'ims^.ma
^
O
6 —
i
P
Ces lignes sont du plus vif iutrrtM pour riiisloire des su-
perstitioFis relatives aux esprits. Sur ces superstitioFis, qu'où
retrouve chez tous les peuples, et <{ui sont \rs d.'hris des plus
anciennes psyrholo<,ies que riioninie ait imaginées, je ne puis
mieux faire (jue de renvoyer à l'ouvraqe classiqn.^ d«^ Tvlor :
<( La doctiine des anciens philosophes', t.ds (pic P\îhii<jniv rt
Jamblique, relative aux êtres spirituels présents en t.Mil,' dans
l'atmosphère que nous respirons, a été continuée et développée
dans une directioFi 1res particulière par les Pères de i'K.jlise,
lorsqu'ils ont discuté la nature et la foncti<»n des multitudes
d'anqes et de diahles (jui encombrent le moud.-. LniiMacjede
Me^ Gaume sur /.'/mu bénite (iii (/Ij'-neiiuiènif su-rlf^ ouvrage
q^ui a reçu l'approhalion toute spéciale et très formelle de
Pie IX, est publié, lit-on dans la préface, « à unr èpcujiw uù
/es milUons de démons qui nous entourent sont plus entrepre-
nants que jamais (') ».
On lit dans la /Jijende dorée, CXLV {I)e sanrto Mir/taele
arr/iangelo) : Non dœnionibus j>erniissuni est in eielo /tahitare
nec in ferra, sed in aère inter eœlum et terram sunt. fréquenter
tanien ex diuina dispensatione ad nostrum exereitiuni ad nos
deseendunt, unde, sieut aliquibus viris sacris monstratum est,
j'requenter cirea nos volitant sieut muscle. Innumerahiles enim
sunt et velut museœ totum aerem rep/everunt. Unde dicit
Ilaymo ; « Ut p/iifosop/ii dixerunf et doctores nostri opinantur,
aer isfe ita plenus est dœnionibus et malicjnis spiritibus, sieut
radius solis minutiss.'mis puheribus (^). »
Ce passage de la Léjende dorée est la source où l'auteur du
Speeulum a puisé ce qu'il dit des démons. On en rapprochera
les tableaux des peintres flamands du seizième siècle (5), Pierre
Breughel le Vieux, Jérôme Bosch, qui représentent la chute
des anges rebelles : on y voit des démons en forme de mouches
monstrueuses, de papillons gigantesques, de libellules énor-
mes. Le texte de la Légende dorée prouve que ces imaqina-
tions ont des racines dans le folk-lore. Un résumé du Spéculum
(') Tylor, La Civilisation primitive, t. II, p. aaA de la trad. ; cf. t. I, p. 114.
(-) Les six dernières liynes de ce passage n'ont pas clé traduites par Wyzewa
{Légende dorée, p. 549). Ce traducteur bien pensant a-t-il voulu expurger, ad
majorent Dei gloriam, le livre vénérable ? Brunet ne s'était pas iH^nnis cette
liberté {La Légende dorée, t. II, p. i64).
(*) Tableau de Breughel le Vieux à Bruxelles (H. van Bastelaer et G. Huu.n
DE Loo, Peter Briiegel l'Ancien, Bnixellea, 1907, p. 118 et 283); tableau de Jérôme
B<>sch à Vienne.
^
ia
y
'/
- 57 -^
en vers français contient une miniature (') représentant le
« Trébuchement de Lucifer », où les démons sont représentés
comme d'affreux insectes.
L'homme, selon la croyance du Moyen Age, vivait au milieu
dune iiinliitude de diables, en hutte à leurs incessantes atta-
ques. Kntre tant de preuves qu'on pourrait donner de cette
dépriin;nite croyance, il me stilïira de raj)peler le sermon de
l'abbé Hichalnnis. où il est dit <pie a chacun de nous est
entouré d'autant de dénions quun homme plongé dans la nier
a d'eau autour de son corps » (^).
La comparaison, qui est exprimée en termes identiques dans
l'nn et l'an Ire texte {sieut radius salis j)lenus pulreribus),
«b'cèie I emprunt. Ce n'est pas le seul cas où le S. IL S,
<»irre avec la /Jyende dorée des sintilitudes, non seulement de
pensée, mais d'expression. En voici un autre :
XIX, 44. 0, quanta crat Juda^orum sa'vilia et insipientia !
Ocidos, qui cunota [)ersi)ieiunt, velavciunt;
Eum, qui omnia scit, j)crcutieiitem se nescire putaverunt;
Facicm illam dileclabilem, in quam Angeli prospicere
[desidcrant,
Sputis suis inmuindissimis maculare non timebant;
Manas illius ligare prœsumpserunt,
Ciijus manus in principio caelum et terram plasmaverunt.
Le développement ne manque pas d'éloquence ; mais il faut
dire que le meilleur en est pris de Jacques de Varazze, qui,
lui-môme, avait plagié saint Bernard. Cf. fjgende dorée,
chapitre L\\\ {/)e passione Doniini), p. 226 Grasse : qualiter
in omnibus sensibus dolorem /labuit J, C, dicit Bernardus :
« Manus quœformaverunt cœlos sunt in cruce extensœ. . . Vultum
tuum, bone Jesu, desiderabilem, in quem desiderant angeli
prospicere, sputis inquinauerunt. » La Vulgate avait dit du
Saint-Esprit : Spiritu saneto niisso de cœlo, in quem desiderant
Angeli prospicere (} Pétri I, 12); c'est saint Bernard qui paraît
avoir eu le premier l'idée d'appliquer ces paroles au visage du
Sauveur.
5. — La Légende dorée, quoique la théologie scolastique y
(») Ms de Saint-Omer, 184.
(*) RosKOFF, Geschichte des Teafels, I, p. 336. Cf. A. Réville, Histoire du
Diable, dans Bévue des Deux-Mondes, 1870, I, p. iig.
' I
.•-<»8«,i.-*~fw» »in;iijiiiii »jij»i«pii|iiiiiijj«i|ii||ii|||giii.ii],^a ,e,aq»»Ft-tr-qr' -qjy'SSy'**'
•.irMiifijr'''f 'T-''-[f'-^^
•^sss^
— 58" —
tienne beaucoup de place, est avant tout un recueil de folk-lore,
un immense amas des traditions pieuses inventées en Orient et
en Occident par douze siècles de christianisme. Si l'auteur du
S. H, S, y a pris des dissertations théologiques et des idées
mystiques, il y a puisé surtout des légendes. A cet égard, il
doit beaucoup aux chapitres GXXXI, VI, XIV et LUI, sur la
Nativité de la Vierge, la Nativité du Christ, l'Oblation des
Mages, la Passion.
Pour la naissance de Marie (ch. IV), comme pour l'an-
noiiciation à Joachim (ch. III), les rubriques renvoient à la
Les^em/e de la Vierge (•), c'est-à-dire au De nativitate beatœ
\ irginis Mariœ, qui forme le chapitre GXXXI de la Légende
dorée et qui dérive de l'Évangile apocrvphe attribué à saint
Matthieu (% lequel est lui-même une adaptation libre du Profé-
vangile attribué à Jacques le Mineur(0. Les rubriques appellent
(( légende » le De nativitate beatœ Virginis, [)arce cpie, tout
apocryphe qu'il tut, c'était le texte qu'on lisait aux fidèles, à
la fête de la Nativité de la Vierge (^).
C'est au chapitre de la Légende dorée sur la Nativité du
Christ que notre auteur a emprunté la curieuse tradition rela-
tive à la floraison des vignes d'Engaddi, pendant la unit du
premier Noël :
vui, 59. CuiH Christus naseerelur, vincée Engaddi floruenint,
Et Chnstum per viteiii figuratuni venisse ostenderunt.
In /tac nocte, dit Jacques de Varazze (p. 45 Grasse), ut
Bart/iolomœiis in sua compilatione refert, vineœ F.ngaddi,
quœ proférant balsaninm, Jloruerunt, frurtum protulerunt et
Uqurrem dedenint. L'ouvrage cité paria Légende dorée est, je
suppose, le De proprietatibus reruni du Franciscain Barthé-
lémy (>). Je ne sais où les docteurs du treizième siècle avaient
pris cette tradition relative à la floraison miraculeuse des vignes
d'Engaddi. Mais le sens qu'en ont tiré les mvstiques se devine
aisément : le Christ est le raisin dont le jus remplit le calice
(') ^^-/"j ^-^ ^^9e/ida ejus (Bibl. nat. lat. 9586). - Comme il est escript en
la Leijende de sa natwite (Bibl. nat. fr. 6^75). - Historia lombardica (Bibl nat.
lat. 9o8o> -- Ch. IV : Comme il est escript en sa Légende (Bibl. nat. fr. 6275).
(-) TiscHE>DORF, Eoamjelia apocrypha, a" éd., p. 54. (») /rf., p. ,.
(♦) MvLB, LWrt religieux du treizième siècle, a» éd., p. a8i.
(») Dit l'Anglais, probablement à tort. Cf. Hist. litf. de lu Fr., XXX, 35a.
- 59 -
de l'Eglise : la Vierge est la vigne qui a porté ce raisin ; dans
la nuit de Noël, cette vigne a fleuri et fructifié, ce qui fut
signifié par la floraison merveilleuse des vignes d'Engaddi
dont parlait le Cantique : botrus rypri dilectus meus ntihi,
m vineis Engaddi (I, i3). Un Cistercien du douzième siècle,
Adam de Perseigne('), appelle la Vierge uitis ex qua proressit
die magnas l)otnis rypri de vineis Engaddi, qui in torculari
cruris pressas, vinum gratiœ propinavitQ).
Un autre miracle aurait marqué, à en croire notre auteur,
la Nativité du Christ : l'apparition, dans le ciel de Rome, d'un
météore où l'on discernait l'image d'une jeune fille remarqua-
blement belle, qui tenait un enfant. Le sens de celte appari-
tion aurait été révélé à Fempereur Auguste par la sibylle
Tiburtine :
vni,8r).Circa idem tom|)ii.s Octaviaiuis toti orhi domlnabatur
Et ideo a Romanis tan(piani deus reputabatur.
Ipse autem Sihyllam prophetissam consulebat,
Si in rnundo aliquis co major futiirus erat.
Eodem die quando Christus in Jiidiea nascebatur,
Sibylla Rumœ circulum aureuFu juxta solem contemplabatur.
In circulo illo virgo pulcherrima residebat,
Quie pueruFii speciosissimum in gremio gorebat ;
Quod illa Caîsari Octaviano monstravit
Et regerti potentiorem ipso natum esse intimavit.
Potentiatu hujus régis Augustus Cœsar formidavit
Et ab hominibus deus vocari et computari recusavifc.
D'après B. N. lat. g586, l'histoire de la prédiction faite à
Octave par la sibylle Tiburtine serait empruntée aux Gesta
Hiunanorum, C'est une erreur (î). Le rubricateur a cité au
hasard. Sa rubricjue prouve simplement que les Gesta lui
étaient connus. D'après le Miélot de Paris, l'auteur du Speru-
A/m aurait emprunté cette légende à la Chronique Martinienne,
Cette indication n'est pas sans intérêt, parce que le Chronicon
(') t «a^i- Cf. ///*/. ////. de la France, XVI, 448, et Saime-Beuve, Port-
Royal, t. I, p. 353 de la 4* édition.
(*) MicNE, P. L., CCXI, 707; cité par Maracci, Polyanthea Mariana, p. 142.
<>n sait que le symbolisme du Christ au pressoir devait, à la fln du Moyen Age,
donner lieu à un thème Cguré vraiment bien étrange. Ce thème paraît avoir été
affectionné surtout dans les pays vinicoles (notamment en Champagne), par les
vignerons et par les corporations de tonneliers.
(') Cf. l'éd. ŒsTERLEY, Berlin, 1872, et le Violier des histoires romaines réédité
par G. Bru.net en i858.
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mwtiiiaiiiiiMBi.iiiii,iitri.-i
> WV'^. W^- ''f* - "^
I
— 60 —
pontificiim et imperatonun Q) est l'œuvre d'un Dominicain,
Martin de Troppau, Martinus Polonus.
La légende, telle qu'elle est racontée dans la Chronique du
frère Martin, se lit, en termes presque identiques, dans la
Graphia aureœ urbis Romœ {^) et dans les Mirabilia Ho-
m,TQ)oii Martin a dû la prendre. Elle se trouve encore dans
des écrivains postérieurs aux Mirabilia et qui l'v ont puisée (+),
notamment dans le Dittamondo de Fazio deqli l borli(î), dans
les lettres de Pétrarque (^) et, pour citer des auteurs moins
récents, dans les Ofia imperialia de Gervais de Tilburv, qui ont
été écrits vers 121 i-i2i4(7), et dans le Spéculum regum de
Godefroyde Viterbe(«), ouvraqe en vers, daté de ii84, ainsi
que dans le commentaire en prose du Spéculum reijum, qui n'est
pas de Godefrov. Je ne crois pas que, comme on l'a dit(>), de
tous les textes cpii racontent l'entrevue d'Auqusle et de la Sibvlle
le plus ancien soit celui de Godefroy de Vilerbe : les Mirabilia
Romœ doivent être antérieurs au Spéculum regum. Du reste,
les Mirabilia Homœ, tels (jue nous les lisons aujourd'hui, con-
tiennent des additions postérieures; ainsi dans le passage sur
la sibylle Tiburtine, les mots ubi mmc Fratres sunl Minores
sont évidemment une addition postérieure à 12 16, date de la
fondation de l'Ordre des Franciscains.
^ Los Mirabilia et la Graphia remontent au douzième siècle('^).
Nul doute ([ue la légende en question ne date d'une époque
beaucoup plus liante : on la trouve en germe dans Jean Ma-
lalas("), CédrénusCO, Xicéphore(n), Siiidas('^) et dans une
chronique latine du septième siècle éditée par Mai('i). Octave
(•) Sur cet oiivwge, rf. Potthast, Ribl. medii .coi, s. v. Marlinus Oppaïuensis :
le texte concernant la Sibylle dans Monum. Genn., script. XXII, p. ^43.
(-) OzANAM, Documents inédits pour servir à l'hist. litt. de lltalie, Paris, i85o,
p. i65; Ulrichs, Cd-'x arhis Homn topor/raphicus, Wurzbourg, 1871, p. 120.
(3) Grasse, Beitnhje car Litterntur und Sage des Mittelalters, p. C ; Parthey
Mirabiha, p. 33; Ulrichs, p. cj5, 108, i33.
{*) CI'. Graf, Roma nella memoria del medio evo, Turin, 1882, t. I, p. 319.
(0 ^'ers ï356 ; cf. Ulrichs, p. 247. (s) Ulrichs, p. i83 «t i85.
(0 UiBNiz, Srript. rer. lirunsv., I, p. yaS. Sur Gervais de Tilburt, cf. liist.
litt. de la Fr., t. XVII, p. 82.
(•) Monum. Germ., Script. XXII, p. 68.
(•) Mvle, Quomodn Sibyllas recentiores artiftcex repr.fsentaverint, p. 19.
('0) Graf, up. cil, t. I, p. Oi.
(»•) P. 321 de l'éd. de Bonn. (u) T. I, p. 320 de l'éd. de Bonn.
(") Hist. ecclés,, I, 17. (n) T. I, col. 852 Ber.nhardy.
i'')Spicil. Vatic, IX, 118; cf. Bu/L deWlnstitnto, i8:>2, p. 38.
— 61 —
Auguste demande à l'oracle d'Apollon qui régnera après sa
mort; la Pythie répond qu'un enfant juif ordonne à Apollon
d'abandonner le Capitole et de rentrer dans l'Enfer. Instruit
par cette prophétie, Auguste élève sur le Capitole un autel au
iJeus primogenitus. Sous cette forme plus ancienne, la légende
ne parle encore ni de la Sibylle, ni de l'étoile merveilleuse, et
la question posée par Auguste à la Pythie diffère des scrupules
que, dans le récit des Mirabilia, il ex[)Ose à la Sibylle (»).
Suétone (') rapporte qu'Auguste répugna toujours à se laisser
appeler seigneur, dominus. Les chrétiens, dès l'époque la plus
ancienne, avaient été frappés de ces répugnances : ilsles ex[)li-
quaient en disant qu'Auguste n'avait pas osé se laisser appeler
seigneur, au moment où naissait Celui qui devait être le
vrai Seigneur du genre humain : eodem tempore hic, ad
quem rerum omwum summa concesserat, dominum se hom:-
num appellari non passas est; immo non ausus, quo verus
Dominus fotius generis humani inter homines natus estQ). Le
récit des Mirabilia est le résultat de l'amalgame de la tradi-
tion rapportée par les historiens byzantins, Malalas, Cédré-
nus, Xicéphore, avec la tradition (latine?) qu'on voit poindre
dans Paul Orose.
La version suivie par U Spéculum diffère en un point impor-
tant de celle des Mirabilia : Auguste, dans le Spéculum, demande
à la Sibylle, non pas, comme dans les Mirabilia, s'il devait f^e
laisser rendre les honneurs divins, mais s'il y aurait jamais
quelqu'un de plus puissant que lui. Cette divergence indifjue
que la source du Spéculum est, ici, non pas les Mirabilia ouïes
récits qui en dérivent, — Chronique Martinienne, Ot'a impe-
rialia, — mais la Légende dorée, où les deux versions de la
légende sont juxtaposées: Octavianus imperator, ut ait Inno-
centius papa tertius, universo orbe ditioni romanœ subjugato, in
tant uni senatui placiiit, uteum pro Deo colère vellent. Prudens
autem imperator se mortalem intelligens immortalitatis nomen
sibi no luit usurpare. Ad illorum instantiam Sibgllam prophe-
tissam aduorat, scire volens, per ejus oracula, an in miindo
major eo aliquando nasceretiir, Cum ergo in die Natiuitatis
Domini consilium super hac re conuocasset et Sibylla sola in
(•) Cf. Gregorovius, Geschichle der Stadt Rom im MiUelaUer (Stuttgart, 1877),
t. IV, p. 443, et Graf, op. cit., t. I, p. 3o9-323.
(-) Oct. Aug., 53. (a) Paul Orose, Hist., VI, 22.
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— 62 —
caméra imperaiorls oraciilis insisteret, in die média circulas
aareus apparuit circa so/em, et in medio circnli virgo pulcher-
rima, piierum gestans in gremio. Tune Sibglla hoc Cœsari
ostendit. Cam autem imperator ad pnedictam visionem pluri^
mum admiraretur, audiuit voce m dicentem sibi : Hœc est ara
cœli. Dixitque ei Sibglla : Hic puer major te est, et ideo ipsum
adora,.. Intelligens igitur imperator quod hic puer major se
erat, ei thura obtulit et De us de cœtero dici reçu sa oit (').
L'ouvrage d'Innocent III, auquel se rt^fère Jacques de
Varazze, est sans doute le deuxième sermon sur la Nativité (^);
mais Innocent dit simplement ceci : Octavianus Augustus fer-
tur in cœlo vidisse virginem g estante m filiuni ad ostensionem
Sibgllœ, et extunc prohibait ne qui s eum domina m appellaret,
quia natus erat « liex regum et Dominus dominantium » (î).
D'après Graf (+), la plus ancienne représentation de l'entre-
tien d'Auguste et de la Sihvlle serait une mosaïque sur un très
vieil autel de l'Ara Caeli, dont Muratori(') a donné le dessin.
On y voit la Théotocos apparaissant dans la gloire à Auguste,
qui s'agenouille pour l'adorer. Cette représentation s'ex[)rK|ue
par la légende dont nous parlons, mais, puis(jue la Sibylle y
manque, ce n'est pas encore la scène de l'entrevue si souvent
traitée, à partir du quatorzième siècle. Muratori a reproduit,
sur la même planche que cette mosaïque, une miniature con-
tenue dans un manuscrit de la bibliothèque d'Esté daté de 1 280,
qui représente la Mère de Dieu assise sur les nuées ; sur la
terre, devant le Capitole, Auguste et la Sibylle. Muratori cite
le texte dont cette miniature était accompagnée ; c'est exacte-
ment le même que celui des Mirabilia. Muratori note que les
mots : hune locum modo inhabitant Fratres Minores sonià^mx^
main plus récente.
Grat'p rapporte, d'après Vasari ("), que Pietro Gavallini
avait peint à San Francesco d'Assise l'histoire d'Auguste et de
la Sibylle ; mais, comme il croyait encore, sur la foi de Vasari,
que Gavallini avait été un giottesque du milieu du quatorzième
(') Légende dorée, cli. VI : De natiuitate Jesii Christ i.
(») MiGNE, P. L., GCXVII, 457. (3) Apoc. xvn, i4.
{*) Op. cit., t. I, p. 320; cf. MÂLE, Qiinmodo Sibyllas..., p. ao.
(») Antiq. ItaL, t. III, p. 880.
(•) Op. cit., t. I, p. 320; cf. Mâle, Quonwdo Sibyllas..., p. ai.
(') 1, p. 539 Milanesi.
}
'I
— 63 —
siècle, il ne donne pas au renseignement de Vasari l'importance
qu il mente. En réalité, Gavallini est un peintre romain de la
deuxième moitié du treizième siècle, antérieur à Giotto (') et
la fresque d'Assise, aujourd'hui détruite, est la plus ancienne
Illustration connue de l'entrevue d'Auguste et de la Sil.vlle.
Cette légende d origine romaine, a été répandue hors d'Italie
par les M,rabt/,ael par les ouvrages que nous avons cités,
Légende dorée. Chronique Marlinienne, Otia imperialia. PuisI
qu elle ligure dans 1,- Spéculum, c'est qu'elle était déjà bien
connue, de ce côté des monts, dans la première moitié du
quatorzième siècle. Il est croval.le, d'ailleurs, que le Spécu-
lum \ a rendue encore plus populaire. Elle a été très souvent
représentée ('), depuis Jan van Eyck (0, Hoger de la Pâture «
«■t Dirk Bouts (0, jusqu'aux vitraux champenois du seizièine
siècle, à Sa.nt-Parre et à Saiiit-Léger-lez-Troyes (<). Il serait
impossible et oiseux d'éiiumérer les œuvres d'art du quinzième
el du seizième siècle, tableaux, gravures, vitraux, tapisseries;
ivres d heures, qui représentent ce sujet. Xous noierons seu-
lement que 1 une des productions du Mattre de l'an iMO ne
représente pas, comme le dit Bartsch (0, Salomon adorant les
Idoles, mais bien Tentrevue d'Auguste et de la Sibvlle.
Les passages du Spéculum (pi'i concernent l'Adoration des
•Mages sont extraits presque Icxluellemenl du chapitre de la
Légende dorée qui est consacré à l'Epiphanie :
IX, 5. Viaonuil Magi stellam novani, in qua puer apparebat,
Supra cnjus caput crux aiirea splendebat,
Audiveriint(|ue vocoiii iiiagnam dicentem sibi :
« Ile in Judieam el novum regeiii invenietis ibi. »
(ji.fjgende dorée, chapitre .\IV (p. 89 Grasse) : /// die
nalalis Dommi, stella ad Magos uenit , qua: habebal formam
pulcherrimi puer,, super cujus capite crux splendebat, qaie
letne
direc-
,/i^// w"""' ^" /'e'>^/«/r r.%..«.. en Italie Jusqu'à la fin du quatorziè
iinn h'a M '.' l'^''^^' ?' ^'^^'^^' ^^"' ^'^'*'- ^^ ^'«'"^ Publiée SOUS la dir
tion d A. Michel, t. II, i (,906), j». 443.
(-) Cf. PiPÈR, Mythologie der christlichen Kunst, Weimar, 1847, < I D ^87
; J'-'I^yquc Helleputte. (.) Triptvquc de Berlin.
(») Panneau du Studelsche Institut à Francfort.
(•) Reproduits ,mr Fichot, Statistique monumentale de l'Aube, t. I, p. 43 et 443
(0 Le Peintre graveur, l. VI, p. 7. '
/
- 64 -
Maffos alloctila est dlcens : « //e uelocius in terram Jada et
ibidem recjem, qiiem quœrilis, nalam invenielis. » « L'étoile
qui guidait les Mages avait, dit M. Mâle (■), la figure d'uu
enfant et, en effet, c'était un ange. ,. tJne tradition d'origine
orientale assure en effet que l'étoile qui apparut aux Mages
aurait ete un ange métamorphosé en astre (0 : par là s'exi'li-
que qu'à .\otre-Dame de Paris, un relief représente l'étoile
portée par un ange. Mais une autre tradition, non moins
ancienne et, semble-t-il, plus répandue, ideuiifiail l'étoile
avec le Christ même. Cette tradition prenait à la lettre la r.ro-
phetie de Balaam : « Orletur Stella e.e Jacob. >, Sur les plus an-
ciens monuments chrétiens, l'étoile qui apparaît aux .Mages est
presque toujours remplacée par le monogramme du Christ
inscrit dans un cercle. La miniature L\, 2 dans le manuscrit de
Munich dm Joo3 re]>résenle, au milieu de l'étoile l'Enfuit
nu ,.ortant la croix, exactement pareil à celui que certains
tableaux de I Annonciation représentent, descendant du ciel
dans un rayon, vers le sein de la Vierge. La miniature du
manuscrit des Johannites de Sélestat représente un cirand
astre rayonnant entouré d'un halo; dans l'astre est l'Enfant
en l.uste, pnant, nimbé; au-dessus de lui est une petite croix,'
que 1 enlumineur devait dorer. La miniature du manuscrit <lê
Munich dm. 23/i3;{ montre un grand astre ravonnaut dans
lequel est le Sauveur, en buste, priant, nimbé — du nimbe
crucifère, naturellement ; au-dessus de lui, la même petite croix
que dans la miniature du manuscrit des Johanniles. Même
représentation sur le vitrail de Mulhouse - on insistera plus
loin sur le rapport étroit qui unit les verrières de Mulhouse au
manuscrit de Munich dm .3 433 - sauf que le peintre verrier
a supprimé la petite croix, faute de place.
Notons encore que, d'après une troisième tradition, nui
semble avoir été propre à l'Orient, l'étoile de lÉpiphanie aurU
été 1 .ma(ie glorieuse de la Théotocos : « (Juand le S.Mgn.-ur
lut né a Bethléem, lit-on dans le Combat d'Adam et d'Eve 0)
son étoile apparut dans l'Orient, et les Mages la virent, car elle
(') l'Art religieux ilu Ireicième siècle, a« rd., p. aôi.
(') Cf. VEvanaelinm infamie, oh. 7, dans les 'Evongelia npocryuha de Tischen
DORr, ..éd., p. ,84; le texte de Théodore Sludite cité j«r B.,,et, o^W n TT
Maurt, Croyances et lé,jen<les du M. A., p. io5. ^' ' '
(') MiOHE, Dict. (les Apocr., l, 387.
— 65 —
étoiles et brillait d'une lueur extraordinaire; et elle portait
dans ses bras un petit enfant d'une beauté admirable. »
IX, 19. Caspar, Balthazar, Melchior sunt nomina Magorum.
Cf. Légende dorée, chapitre XIV, p. 88 Grâs.se : Très Mani
J/ieroso/imam vrnerimt, quorum nomina in //ebr.ro sunt Une/.
latme, t.aspar, Ihilthazar, Melchior. Jacques de Varazze a
emprunté ces noms à V Histoire scolasIiquctoL i542. Comes!
tor avait pris les noms grecs des Mages pour les noms hébreux
et réciproquement : .Jacques de Varazze a reproduit cette
erreur^ Pour les noms des Mages, cf. le Dictilnnairc dlla
Bible de y.gouroux, s. o. Mage, col. 548. Une mosaïque de
Sant Apollinare-Nuovo de Ravenne serait, d'après BavetfO le
plus ancien monument figuré où ces noms soient indiqués.
IX, 87. Magi venienlcs a.ssiiiiipsoruiit inmieia lalia,
Quia talia puero videi-eiitur congrua et non alia
Aurum emm propter .sui nobilitalem munus est i-eqale
Per guotl ostendohanl pucram regem esse et .se decere'tale
i hus aiilem ohlatio erat sacerdotalis.
Et piier ille erat sacerdos oui nunquâm fuit siiualis
Cuin myrrha solebaiil antiqtii corpoia mortuortim condiie
tt Clinstus rex et sacerdos vol ait pro salute nostra mortèm
[subire.
.fj"Z\ 'yi^' ''"■i!'""}^^' '"««^''« obtnierunt, dit la Légende
dorée (cl.. XI\ siib /me, p. g3 Grasse), mulUplea. estiatio.
L auteur .bi Spéculum a donné l'explication que l'Énlise
depuis le cinquième siècle (0, considérait comme la plns-^prol
hjnde : lh„s Deo, mijrrham homini, aurum régi, A\l Léon le
Grand Hononus d'Autun(.), Guillaume Duranti(4), et sans
doute bien d'autres théologiens antérieurs à notre auteur don-
nent la même explication, mais c'est à la Légende dorée que
(.) Dans DucuEsxE et B.vtet. Mén.. sur une nussion au mont Athos. p. ,„ el .o5
' "'i^CLxxn 8% "" '" 'T '" "''"' "^^ ^•""' ""•'''«"•. P- ^«3:
()l. L., CLX.MI, 845. (.) nationale, VI, ,6, $ 4.
PERDRIZET, ÉTUDE SLR LE S. H. S. r
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— 66 —
celui-ci a dû remprunter : aiirurn ad tribalnm, fhus ad sa cri-
/icium, myrr/ia ad sepiiltnram pertinet mortuorum ; per heec
tria ergo in Christo intimatur regia potestas, dinina majestas
et humana mortalitas.
Quand Joseph et Marie, fuvant le massacre ordonné par
Hérode, parvinrent avec l'Enfant à la terre d'É(|ypte, toutes
les idoles de ce pays tombèrent de leurs piédestaux et se bri-
sèrent :
XI, 5. StatifH cum Christus et mater ejiis cuin Jose|)h .Egyptum
Omiiia idola et statua^ .Kyypti comierunt. [intraverunt,
A en croire quelques rubri([ues('), notre auteur aurait em-
prunté cette léqende à Comestor. Il est vrai qu'elle se trouve
dans V Histoire sco/asfif/ueQ); mais elle a été si répandue
au Moyen Aqe, tant d'ouvraqes en ont parlé ('), qu'il paraît
difficile (riiuliquer avec certitude celui auquel l'auteur du
Specalum a du la prendre. S'il fallait en indiquer un, je pré-
férerais, puistpie notre Dominicain lisait la Légende dorée,
renvoyer à celle-ci. On y lit en effet, au chapitre X {De Inno-
eentibus) : ingrediente Domino ^Eggptum, secnndum Isaiie
vaticiniiim, nnioersa idola corruernnt. Ouanf à la tradition
elle-même, elle est des plus anciennes : elle remonte juscpi'aux
Evangiles apocryphes et paraît une invention des chrétiens
^'^îiyP*^ • ^'* finam nrbeni qnœ Sotinen dicitur ingressi sunt ; et
quoniam in ea nulltis erat notas apnd qiiem potnissenl hospitari,
templum ingressi sunt, qiiod Capitoliuni .Kggpti vocabatur.
In quo templo CCCLX V ido/a (*) posita erant, quibus singulis
diebus /lonor deitatis in sacrilegiis perhibebatur. Fartuni est
aiitem euni beatissinia Maria cum infantulo templum fuisset
ingressa, iiniversa idola prostrata sunt in terra m... Tu m adim-
(•) B. X. lat. 9Ô86; Munich clm 18377. (î) Hist. schoL, in Eoang. X.
(3) Par ex. le Spéculum Ecchsiœ {P. L., CLXXII, 837).
(^) Les Gnostiiiues désignaient le Dieu suprême par des périphrases comme
celle-ci : « Celui dont le nombre est 3G5 .. (cf. Perdrizet, Isopstphle, dans Revue
des études grecques, 1904, p. 353). Le Dieu sui)rème unissait en lui, d'après
Basdide, les 305 dieux secondaires qui pn-sidaient aux 365 jours de l'année, quibus
singulis diebus honor deitatis perhibebatur, comme dit le Pseudi^-Matthieu. La
chute des 365 idoles du « Capitole » de Sotine était donc la chute complète des
faux dieux devant le vrai. Ce passage du Pseudo-Matthieu est de ceux (pii prouvent
qiie cet ajH)cryphe a été écrit dans un milieu imbu d'influences ou, à tout le moins,
de souvenirs gnostiques.
-jbw
iMi.
f t.'W»*»-.:-^.'^"**' ' •?«
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- 67 -
pletum est quod dictum est per prophetam Isa'am (xix, i) •
hrce Dommus veniet super nubem levem et ingredietur Equp.
tum et niorebiintur a Jacie ejus omnia mantifacta .EquntL
rum (Ps.-Matt/t, Kvang., xxii-xxiii, dans Tischendorf, £^^
apocr,, 2^ t^dit., p. 90; cf. Evang. injantiœ^ X, dans TiscuenI
DORF, p. 180).
Ainsi, la léqende de la chute des idoles est une invention
nj^e, comme beancoiqi d'histoires contenues dans les Evan-
qiles, apocryphes ou canoni(pies, d'un texte prophétitiue qu'il
saqissait de juslilier('). ^
L'art du Moyen Aqe, aussi bien en Orient qu'en Occident
na qarde d oublier, dans la représentation de la Fuite en
Egypte, la chute des idoles. « Elle se retrouve, dit M. Mâle
dans toutes les séries peintes ou sculptées consacrées à
1 Lnlance. Le treizième siècle lui donna une forme abréqée
presque hiéroqlyphi(juee). On ne voit ni la ville, ni les prêtres,'
m le temple, comme dans quelques œuvres des hautes épo-
ques. Deux statues tombant de leur piédestal et se brisant par
le milieu suffisent à rappeler le miracle. Un vitrail du Mans
publie par flucher, présente une particularité curieuse • les
idoles égyptiennes y sont multicolores : leur tête est d'or leur
poitrine d'argent, leur ventre de cuivre, leurs jambes, peintes
en bleu, semblent de fer, leurs pieds sont couleur d'arqile II
est évident que le peintre a songé à la statue du son(ie de
Xalmrho(lonosar. » Cette façon singulière de représenter les
idoles d'Egypte se comprend très bien quand on connaît le
chapitre XI du Spéculum, où la statue vue en songe par Xabu-
chodonosor préfigure les idoles d'Egypte.
i'
(') Cf. Mâle, L'Art religieux du treicième siècle, 2^ éd., p. 204.
(-) Quelques remanpies sur des représentations pUis récentes. La chute des idoles
est f.gur.-e sur le tripty<,ue de Hrœderiam nu musée de Dijon (mauvaise reproduc-
tion de ce tnptyque dans Wauters, La Peinture Jîamande, p. 3i, où le détail qui
nous ocrupe est omis) et sur le tripty^p.e de la collection Cardon à Bruxelles fmal
decnt par fioucHOT. dans le texte de la pi. XI de V Exposition des primitifs fran-
çais : ce nest jkis u..e, mais deux idoles «lue l'artiste avait représentées). Dans la
lap.ssene de la Fu.te en Egypte, à la cathédrale de Reims (seizième siècle; phot.
nolhier, n" i4j, les idoles, exceptionnellement, sont au nombre de trois.
î
1
iii'.isi;fii
■«MMIM
CHAPITRE V
LES SOURCES DU S. IL S. (suite)
B) L'Histoire scolastique
I. Pierre de Troyes et son Histoire scolastique. — 2. Vogue de ce livre au
Moyen Age. — 3. Nombreux emprunts qu'y a faits l'auteur du ^V. //. S. :
textes sur T « acrisie » dont Klisée frappa l'armée syrienne, et sur les
deux derniers Commandeiuents. — 4- Histoires profanes : le songe d'As-
tyage, la nostalgie île la reine de Babylone, Anlipater se justifie devant
César. — 5. Légendes juives provenant de Josèphe : le serpent avant la
tentation, le mariage de Moïse et de Tarbis. — 6. Légendes juives em-
pruntées par V Histoire scolastique à saint Jérôme et à Kaban : baggada
{\c Lamecb. — 7. Légendes juives empruntées par Pierre de Troyes aux
rabbins de son temps : Evilmérodach coupe en trois cents morceaux le
cadavre de Nabuchodonosor, Ilur meurt sous les crachats des Juifs, Moïse
enfant brise la couronne de Pharaon. — 8. Comment Pierre de Troyes
a-t-il eu connaissance de ces lécjendes : floraison du rabbinat troyen et
champenois au douzième siècle ; les descenilants de Kaschi. — (>. Lé-
gendes relatives à la mort des prophètes.
1. — Une [)réti(|iii't', par déliiiitiou, est prise de rAiicien
Testament. On voudrait croire que c'est la lecture de l'An-
cien Testament (jiii a fourni à noire atitenr l<*s préfiqures du
S. II. S, Mais c'est peu probahle, «'tant données les méthodes
du Moyen Age. « (^e serait mal connaître l'esprit <ln Moven
Age, dit excellemment l'iMlitenr du Mistri'p <lu \ir/ Testa-
ment ('). (jne de sn[)poser que les auteurs des Mystères se
sont ins[)irés directement du texte sacré. » Je ne youdrais pas
(') T. I, [). IX. Ou peut ajtuilcr ({lU" ce serait mal coniiaitre r(>>|)rit du eathu-
lieismc. « Aj>j»rK[ue-toi à la lecture », écrivait Paul à Tiniolliée, I, iv, i3. « Los
apôtres, écrit Pascal, ont ordonné de lire » {Pensées, t. II, p. 4'^ Havel). « Malijré
la recommandation de Paul à Timothéc, écrit Havet {Id., t. II, p. 46), l'esprit «ir
rÉ()lis»' cathorKiue est jilutôt de défendre de lire la Bible. Nous avons »me lettre de
Féuelou à l'évètjue d'Arras sur lu lecture de l'Écriture Sainte en langue vuhjaire.
11 examine s'il est à pro]>os d'aut(>ris«M" les laïques à lire l'Écriture, ri \\ se prononce
nétjativement. Il va jusciu'à dire : .< 11 faut avouer que si un livre de pié-tc, tel (juc
« Ylniitatio/i dr ,/. C.^ ou le Combat spirituel, ou le Guide des pécheurs, contenait
« la centième partie des difQcullés qu'on trouve dans rÉcriturc, vous croiriez en devoir
1
A
— 69 —
dire que le docteur à qui Ton doit le S, H, S, n'a jamais lu
la Bible ; mais je suis sûr que, quand il « compila » son
livre, il devait se servir, au lieu de la Bible, d'un résumé de la
Bible. Ce résumé, c'est le plus célèbre des ouvrages composés
au Moyen Age potir répandre la coimaissance de l'histoire
sainte, le livre qui, de la fin du douzième siècle jusqu'à la
Uéformation, s'est interposé, comme une verrière trouble,
entre la Bible et les fidèles : c'est la fameuse Histoire scolas-
tique, de Pierre de Troyes, le « Maître des Histoires ».
Pierre de Troyes — preshi/ter Trecensis, dit-il modestement
dans la dédicace de son Histoire — était, dans sa ville natale,
chargé an scholasticat (juand il fut, en 1 147, promu à la dignité
de doyen. En ii()4, il fnt nommé chancelier de l'église de
I^iris. En cette qualité, il eut à Paris, connne il l'avait eue à
Troyes, la surveillance des écoles : c'est pour les besoins de
renseignement qu'il publia, en 11 yS croit-on, sur le plan de la
Bible, une longue Histoire Sainte cpii, pour avoir été adoptée
dans les écoles, a reçu le nom iïl/istoria scholcistica. Ses im-
menses lectures avaient valu à Pierre de Troyes le surnom de
« Mangeur de livres » (Manf/f/cator, domestor)^ qui rappelle
celui de Chalcentère qiu' les Alexandiins avaient donné à
Didyme. [.'Histoire scolastique n'est pas, à beaucoup près, la
plus imposante de ses productions : ses commentaires sur
l'Eyangile forment un eusemble beaucoup plus vaste, tellement
vaste (ju'il a fait reculer les ('ditenrs du fjtiinzième et du
seiziènu' siècle (').
2. — Le succès de V Histoire srolustique a été prodigieux. II
est attesté pai' le nomhre des manuscrits, des traductions et
des éditions (') de l'œuvre même, comme par la multitude des
auteurs qui s'en son! inspirés ('). Si, dans les pays où la l\é-
(f défendre la lecture dans votre diocèse. » << Lue sans notes et sans explication,
l'Écriture sainte e>t un poison •> (J. dk Maistixe, Les soirées de Saiid-l'étersbourg,
J'aris, 182 1, II, |>. .'^V'î). Cf. Mài.e, L'Art reli;/ien.v^, p. rîoS.
(•) Sur Picrn- il»' Troyes. cf. les notices d'OuDiN et de Fabricius réim[)i'imées
par Mit)ne m tète de miu «(litiou de Yllist. scol . (P. A., GXGVIII, Io4">); VHisl.
lift, de la Francr, t. \I\'. p. 12, avec les compléments (I'Hauukau, Not. et e.rtr.
de la fiild. Xaf., t. I, |». o.l.f. encore Anecdotrs hisf. iiréi's d' Etienne de Bourbon,
éd. Lectty de La Marche, p. /JiS, et (irôbeb, Grimdriss, II, i, 187.
(*) Cf. Yliist. litt. dr la Fr., XIV, p. i5, d'après Fabricius. \S Histoire scolastique
fui traduite en français par Guiars des Moulins vers i2ji (Grober, Grundriss, II, 1,
r^2); la traduction de Guiars a ('té impriuK'e j)ar Vi-rard pour Charles VIII.
(\) Cf. iiHônyn.' (i/i. laud., p. 71.'), 728, "jCh), 86.5.
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S-
— 70 —
forme a triomplié, ce livre perdit sa vofjue dès les premières
prédications des réformateurs, il la (p^rda jusqu'à la fin du
dix-septième siècle dans les pays restés fidèles à la foi romaine.
Richard Simon, en i685, s'exprimait ainsi à ce sujet (') :
« Pierre Comeslor s'est rendu autrefois célèbre dans toute
rE(|lise d'Occident par le livre qu'on nomme encore aujour-
d'hui Ilistorid st'holastica, où il a renfermé à sa manière toute
l'histoire de la Bible, depuis la création ilu monde jusqu'à
l'ascension de Xotre-Seigneur. Son dessein n'a pas été de rap-
porter simplement les paroles de rÉcriture, mais de les expli-
(juer quelquefois, soit par les Pères, soit par les histoires des
auteurs profanes (pi'il a aussi insérées dans son livre : de sorte
({ue cette Histoire de la Bible n'est pas tout à fait pure. La
plupart (au Moyen Aqe) lisoient l'Ecriture dans celte Histoire
scolasti([ue de Pierre Comestor {)lntot que daiis les versions
de la Bible, ce qui fut cause ([u'on négrujea l'étude de l'Ecri-
ture Sainte, n Et en 1690, revenant de nouveau à Pierre Co-
meslor, Uichard Simon disait (^) : « Il n'y avoir rien en ce
leinps-là (au Moyen Aqe) de plus qrand ni de plus estimé pour
l'Ecriture Saint»», (pie le Pierre Comeslor qui a été traduit
dans phisieurs langues de l'Europe : on ne lisoit hi Bible que
de la manière (pr«'ll«' «Moit dans ce coni[)ilateur, rt avec ses
gloses. Cet usaffe a duré longtemps en France. » L'ainiée
même où Richard Simon écrivait ces lignes, \ Jlistitii-e sco-
lastique était réimprimée à Madrid. Encore au dix-huitième
siècle, même dans le clergé de France, alors pourtant si éclairé,
elle gardait (b^^ bn^feur< : un abbé, Xadal. cii extra vrtit tine
tragédie sur le mariage de Moïse avec Tarbis, piincesse éthio-
pienne (').
3. — • Dans certains passages du V. //. s., r.'mpinnl fait à
YHisfoire srniitstiqno est (h'M»'!»'' par des indices si pr«''cis, si
paiticuliers, qu'il iie saurait faiie dnule : lels le passage eon-
cernant Vacrisie dont Elisée tVa[>pa Tarmée svrienne, ou en-
{*) Ilisfoirr critif/ue du Vieux Testament (RoWcrdaiu, i68ô). t. I. p. 'ji3.
(-) Histoire critiqua' i/ii Xoureau Testament {Ri)Hcn\aiu, \h<jo]. t. II. p. .H20.
(») L'abbt* Nailal était de l'Acadt'mie des inscriptions. Sa pièce, imprimée eu i-3H.
ne fut jtas jouée : le sujet fut jur|é dan<jereux, et la représenlalidu interdite (. f. Le
Misterr tiu Vie! T^stauwnt, •■.!. j. ,!,> KotliM-hiM. t. III. y. xr.).
I
I ,.,,jH^^y^^
-**éa
^ÏPi
.1
— 71 ~
core le commentaire des deux derniers commandements du
. Décalogue.
xvn, 25. O deinentissimi Jiidiei...
Nonne vldetis Chiistum solum potontiorem vobis omnibus
59. Posset vos ppreutcre CcÇeitate et acrisia, [esse ?...
Sicut sub Elisa'o percussus fuit exercitus de Syria.
Si notre auteur, pour désigner l' « hallucination négative »(•)
dont Elisée frappa l'armée des Syriens, s'était servi seulement
du mol CiPritate, qui est celui de la Vtdgate (IV I\e<j. vi, i8),
on pourrait croire qu'il connaissait cet épisode directement
par les livres saints. Mais le mot acris'a, (pii glose cxcitate,
décèle rem|)runl à Comestor : cf. llist. schoL, lih. IV lieg, ix :
cil m intrurent hostes ad e uni, orante P^lisœOy perciissit eos Do-
mimis rircitdic, non onmi qiiidcm, sed acrisia, ne eiim agnosce-
vent. Une note additionnelle à ce chapitre de V Histoire sco-
/astique explique joliment le mot acrisia : amentia uisiis, sci-
tiret qiiando qii.rriiims quod in manu tenemus. Il est regrettable
pour Du Cange qu'il ait ignoré ce passage de Comestor, (juand
il a écrit dans son Glossaiit» dti latin nH'dit'val, s. r., tpi'acri-
sia, arrois.'a étaient des formes fautives pour aorasia, dont
s'étaient servis les Septante en cet endroit de la Bible.
X, 14. hi labulis Movsi scripta erant decem j»ra'cepla iJei ;
<Jiia' propter legentlum ot audienliiim utilltatom liic annotabo
Kl brevi quadani glostila elueidabo.
Primum est : Deos alienns non adoiabis...
Nouuiu est : Domum vel agriim proximi lui non dtbes desiderare,
Tali videlicel mente «juod velles tibi ciim siio damno adoptare.
iJt'ii.Tium est : Uxorem, sorviim. ancillam proximi non con(U|tiscas.
Pra'cedens de ro immobili, isliid de mobill iiUelligas.
Ibec (bin iiltiiiin {>i\e epta in millo videutiir dist'i-epare,
Nisi <jiiO(l res mobiles vi immobiles voliiiit designare.
(•) J'emprunte celte expression à la terminolojie consacrée par les travaux de
l'Érole de Nancy (cf. LiÉ(;eois, De la suf/tjestion et du somnauilmlisine, Paris,
188.», p. 324). A l'approche des Syriens venus pour le prendre, Elisée frappe son
serviteur (i' « hallucinalinn positive n : il lui fait voir des cavaliers et des chars de
feu (IV, Rois, Vf, 17) accourus censément pour les défendre tous deux, le propliète
et lui, contre les Syriens; et [x>ur éch-ipper aux Syriens, \\ les frappe, non pas
d"aveu<jlement, comme le dit la Vulijale, mais, comme le dit Vllistoire scola.stique,
d'une aherration de la vision, amentia uisiis, dont la descri[)tion, telle que la donne
la Bible (v. iH-:>u). indi.pie exaclem^^nt un cas d'hallucination négative.
I
M
n
i
— 72 —
Le Décalo<jiio cathûlH[iie dilÏÏTe en deux points du Déca-
Io(]uo biblique. Les deux premiers counnaudeinculs de celui-
ci (1° tu n'auras pas d'autres dieux (jue moi ; 2 lu n'adoreras
pas d'imarjes) sont dans celui-là réduits à un seul, ou, plutôt,
l'Église catholique a supprimé le second, (pii eut condamné
les imaqes et doimé raison aux iconoclastes. D'autre part,
la Décaloque catholi(jue scinde en deux le dixième comman-
dement mosaïque. Notre auteur justifie cette division d'une
façon surprenante, en alléguant la distinction juridi([ue des
biens mobiliers et immobiliers. Il tant, [)our comprendre ceci,
se rappeler (jue le droit du Moyen Age établissait une diffé-
rence profonde entre les biens meubles et immeubles : vilis
mobiliiim possessio ('). Les biens immobiliers seuls étaient
considérés comme devant produire des fruits : les biens mobi-
liers, dont faisait partie l'argent, devaient rester stériles.
C'est à Comestor (jue l'autf'ur du S, //. ^\ a euq)runté sa
(jlosiila sur les neuvième et dixième commandements : lYoniim
privcejitum : « Xon conciipisces dotnum proxi/ni tui. » Sccun-
diini Aiiguntiruun, hic prohibetconcupiscentiam reialienœ irnmo-
hilis. Decinuiin prœceptum : « Xon desiderabis uxorem ejtiSy
non servuniy non ancillani nec omnia qiur illins sunt. » Ilic
aufeni prohibet concupiscentiani rei niobilis (/Jisf. schoL, lib,
Exodi, XL).
Ainsi, d'après Comestor, ce serait sain! Angusliii qui aurait
appli(jiié à l'iiilerprétation de la lin du Décalogue la distinc-
tion juri<li(|ue des biens meubles et iinnicubles. I/assertion est
sur[)ronaiite, car on n.- saciu' pas (ju'au temps de saint Augus-
tin cotte distinction eut déjà l'importance qu'elle prit pour le^
juristes du Moven Age. 11 est vrai (\\u^ saint Anqnstin s'est
prononcé pour la fusion des deux premiers commandements
en un seul, et pour la division «In dernieF' m deux : mais c'est
tout ce <|n'il faut retenir du secnndiiin Au(/f/s/i/in//i de Co-
nu^stor. Saint Augustin foinnile ainsi le neuvième commande-
ment : Xon concn/tisces nxorern proxiini tni, et le dixième :
i\on connipisres donuim proximi tnt, nt'ijuc iKjtnni r/ns,
neqnc sermun ejns {'). La distinction établie par les deux
commandements ainsi formulés ne concerne j)as, cojnme on
voit, les biens meubles et immeubles, mais la nature très di-
r
y
. r.-^
verse des objets sur les(juels peut se porter la concupiscence,
d'une part la femme, d'autre part les biens de fortune, — la
femme, qui éveille la concupiscence de chair, d'où naît le
péché d'impureté ; les biens d'argent, qui éveillent la concu-
piscence des yeux, d'où naît le péché d'avarice. Dom Morin,
l'un des érudits les plus versés dans les questions augusti-
niennes, veut bien m'écrire ceci : « Je ne connais rien, même
dans les Apocryphes de saint Augustin, ({ui justifie l'assertion
de Pierre le Mangeur. »
4. — Richard Simon remarque que « l'Histoire biblique de
Pierre Comestor n'est i)as tout à fait pure ». Elle est mêlée,
en effet, de renseignements sur l'histijire profane : De historiis
etlinicorum, dit Comestor, quxdant incidentia pro ratione teni-
jtornin inserni ('). Non qu'il ait compris, avant nos orienta-
listes contemporains, l'impossibilité de séparer l'histoire juive
de celle des peuples avec lesquels les Juifs ont eu affaire : si
Comestor, soit à la fin d'un chapitre, sous forme (Vinridenfia,
soit dans le corps même d'un chapitre, donne des détails
parfois assez circonstanciés sur l'histoire profane, c'est simple-
ment par obéissance respectueuse aux traditions du genre
histori(|ue, telles que les avaient fixées les annalistes de Fanti-
<juité et les ju'emiers auteurs d'histoires universelles (^).
Ainsi, le Moyen Age trotivait pêle-mêle dans Comestor l'his-
toire sainte et l'histoire profane. Il n'a ])as distingué entre l'une
et l'autre. Et il ne le pouvait pas, ses théologiens ne le lui
eussent point jHMinis. Car tous les événements antérieurs à la
vie du Christ étaient, poui- la théologie du Moyen Age, des
préfigures de l'histoire évangéli<pie. Comestor, se reidermant
strictement dans sa làclie dliistorien, n'avait pas indi<jué le
sens caché de ces évtMiements : pebujns inystei'iornm pentio-
ribus relinquens, dit-il dans sa dédicace. L'auteur du ^^. //. S.
s'est proposé de dégager ce sens caché, en apj)liquant la mé-
thode allégori(jue à des faits de l'une et de l'autre histoire,
indistinctement, aussi bien à l'histoire profane qu'à l'histoire
sainte. C'est ainsi (pie le songe d'Astyage, la nostalgie de la
favorite de Nabnchodonosor, le geste d'Antipaler montrant à
I
(') Cf. Pi.AMOi-, Trailé <le droit civil, 4» ^.^\, (l'aris, 190O). I. ], p. 632.
(*j Quwst. in J/tpiuL II, -i (/.. /'., XXXIV, C20>
(») Dédirai e dr ïlli.sf. .srol. ;« larchcvèque de Sous (y\ L., CLXXXVll, io54>
(«) Se rappeler la Chronique de Paros et la BilAiotheqiu- hiduiiqae de Diodore.
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I jMMjtll' ^ ^Hh '^i^'^i' i ^^ '
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■ ^'s f»ir^«»,ii-.i^---«.'»-, mKH!^^^,, >• .~ •*
.?
XXXIX,
- 74 -
César les cicatrices de ses blessures, sont devenus des pré-
fjyures de l'iiistoire de Marie et de J^sus.
m, 4i- Rex Astyages visioncm mirabilem videhat,
Quod videlicet de utero filiie siut vitis pulcherrima crescchat,
Oua' foliis et frondihus se amœnissimc dilatabat
Et fructiis profereiis totuni regnum siiiim obiimbrabat...
Dictiim est ei qiiam inter[)retationem hcec visio gerat,
Ouod videlicet de filia sua rex magnus nasciturus erat.
Hiec fliia post ha»c Cyrum regem generavit.
Cf. Coinestor, //. S., lih. Danie'is, XVI (De Ci/ro) : Ctjrusfui't
nepos Asti/agis ex filia. Porro Astijatjes uniram hahitit fiiam,
et vieil/ somniiim, quod de fjenitalihusfdix oriehatur uitis, qiue
totam occiipahat Asiam, et arrepit a conjectordms se hahitiiruni
nepotem exJîUa, qui dominiis esset Asiie; d'après Jusliii, 1, 4 :
Astyages per somnum vidif ex noturalUnis fliœ, qiiam iinicain
habebat, vitem enatam, ciijus palmite ornnis Asia obumbra-
relur; consiilti, arioli dixerunt ex eadem fdia nepotem eifiitu-
mm, ciijus maijnitndo pnenuntiaretur,
V, 55. Qualiter Maria Deo servivil et quani vitani amplexabatur,
Hoc in horto illo, qui suspensus dictus erat, pra'figurabatur.
Oueni rex Persaruin uxori suiv in alla strurtm-a plantavit,
Do quo patriam suam de longe contemplari desideravit.
Cf. Comestor, //. S., Idt. Dtmielis, V : Xalmchodonosor
superpluntarit hortiim, qui suspensdis dicebatiir, eo quod uxor
ejus, qux in finibus Medix nutrita fuerat, regionem suam a
longe videre desideraret. Par une erreur qui n'est pas impu-
table à Comestor, le Spéculum a fait de la reine de Babvlone
une reine de Perse. C'est à Josèphe {Ant. Jud., X, n) (pn»
Comestor a pris l'histoire de la nostal(|ie de la sultane l)abv-
lonienne. Diodore (II, T») tait le même récit (jue J(>sèphe; cf.
encore Qninte-Curce, V, i, 35, et Pline l'Ancien, XIX, 5.
II Aiitipater, miles strenuus, delalus fuit iiiiperatori Jtdio,
Quod iufidelis et inutilis miles fuiss«'t Homauo imperio;
Quaproplor ille, se exueus. nudus coram impcratore assislebal
Et ei cicatrices vulnerum suoruui coram omnibus ostendebat,
Dixitque, non esse opus se verbis expurgare,
Cum cicatrices videreutiir ejus fldelitatem acclamare ;
Quod videns, Ca'sar ejus excusationem approbabat
Et eum tidelem et strenuiiiu uniitem aftirmabat.
1
1
r
i
- 75 -
Cf. Hist. scliol., lift. Il Macch., XIV : Eo tempore Antipatruni
et Ilircanum cviminabatuv Antigoniis apiid Cxsarem, dicens
eorum consilio patreni suum et f rat rem interiisse. Ad hoc Anti-
pater, veste projecta, multitudinem vulnerum demonstrans,
verbis non opus esse dixit, cum cicatrices, se tacente, clama-
rent ipsuui fuisse fidelem IXomanorum. Comestor a emprunté
cette histoire à Josèphe, (hierre des Juifs, I, 8, ou, moins pro-
bablement, au IV*" livre des Maccliabées, chapitre 43 (Migne,
Dict. des Apocryphes, ï, 810).
5. — Les ouvraçies historiques de Josèphe avaient, pour les
docteurs du Moyen Age, un attrait singulier. Xnl doute qu'ils
ne considérassent les Antiquités judaïques comme le com-
mentaire le plus précieux et le pins autorisé de l'Ancien
Testament ('). Comestor doit beaucoup à Josèphe. Il h' cite à
chacine instant. Il lui emprunte, sans hésiter, les légendes les
plus naïves. Deux des fables d'origine juive, que contient le
Spéculum, dérivent de Josèphe, par le canal de Y Histoire sco-
bistique : la légende de la béte dont Satan prit la forme pour
tenter Eve, et la légende du mariage de Moïse avec Tarbis,
princesse de Saba.
I, II. Diabolus, homiui iuvideus, sibi insidiabatur
Et ad pnecepti traugressiouem ipsum iiiducere nitebalur.
Quoddam ergo geuus serpentis sibi Diabolus eligebat.
Qui tune erectus gradiebatur et caput virgineum habebat.
Cf. Comestor, //ist. srhol., lib. (ien., X XI : Lucifer invidit
homini... Muliereni minus providam et certam per serpenteni
aggressus est, quia tune serpens erectus est ut homo, et adhuc,
ut tradunt, phareas (') erectus incedit. Elegit etiani quoddam
genus serj)entis, ut ait Beda^ virgineum vultum habente/n,
quia similia similibus applaudunt. Les Juifs avaient conclu
de la malédiction lancée par Dieu contre le serpent ("') que
la béte dont le diable avnit pris la forme pour tenter Eve
devait avoir été, avant d'être condamnée à ramper, tout autre
(') Cf. BouTARU., dans Heu. des quest. historiques, XVII, j». 8.
(-) Sir MiG.NE. On attendrait jtttreias, du groc ri-^iii;-
(*) Et (lit Dotninus Deus ad ser/jenteni : Quia fecisti hoc, niulfdirtus es inter
omniu unimantia et bestius terrs ; super pectus tuant gradieris {Gen» III, i!\).
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. À ' T -^ .-.,_£*' »j
«?«■-' _'5»»;5«»i,».rf&».-»Hr -
:àÉtLM'»m^itm:.»ttnjKr'.
~ 7^ -
chose qu'un serpent; crautre part, si Satan en avait pris la
terme, c'est que cette bête devait être alors la plus merveil-
eiise de la création; le serpent, tel qu'il est depuis la ma-
lédiction, ne ressemble pas plus à ce qu'il était dans le jardin
d Eden, que les anges déchus, devenus depuis l'instant de
leur cluKe d'horribles démons, ne ressemblent à ce qu'ils
étaient quand ils entouraient le trône de Dieu. Josèphe (')
parle de la beauté du serpent et des quatre pieds qu'il avait
alors « Adam et Eve, lit-on dans l'Apocrvphe éthiopien du
fMm/,af dAdain et d'Eve contre Satan{% rencontrèrent, quel-
que temps après avoir été chassés du paradis, le serpent dans
leipiel Satan s'était transformé pour tromper Eve; il léchait
tristement la poussière et se traînait à terre sur la poitrine, à
cause de la malédiction du Seigneur. Autant il avait été élevé
autrefois, autant il était abaissé maintenant ; il était abaissé
au-dessous de tous les animaux; lui qui avait été le plus beau,
était devenu îe plus hideux; lui qui avait mangé de bonnes
choses était réduit à dévorer la poussière, et toui les animaux
qui, jadis, attirés par sa l>eauté. accouraient auprès de lui le
juvaient maintenant. » Tous les Orientaux ont répété cette
légende, aussi bien les Musulmans et les Chrétiens que les
Juifs. Avant la faute d'Eve, racontent les Musulmans, le serpent
surpassait en beauté tous les animaux, et il était leur roi Sa
tête était comme un rubis, ses veux comme des émeraiules'. sL
taille était celle d'un chameau, son corps était ,liapré des plus
vives couleurs; ses cheveux, pareils à ceux d'une jeune fille,
exhalaient une odeur de musc et d'ambre, etc. (Q.
xxxvni, 5. Per Mariam enim protecti sumus a Dci indignationc •
L>uo(l figHratum est in Tarbis, filia régis Saba, et MoVse.
Movses cum exercitu .Kgvptiorum urbem Saba obsedit,
>cc eral aliquis. qui haiic obsessionem dissolvere sufTpcit •
Farbis aiitem. filia régis, in eadem urbe habitavit.
Qua» urbem ab .»hsidione hoc modo liboravit :
Movses orat amabilis valde et pulrher adspectu,
^>uem filia régis de mum coutemplabatur crebro respectu,
Kr m tautuin ei pulchritudo Moysi cornplaoebat,
<Juod eurn in sponsuin habere clesideranter satagebat ;
(•) Antiq, J,oL, I. .. ' (.) M,G>-E. Dict. des Aporr., I. 3o4.
( ') Weil, Bih/. Legenden der Mus^-Imânn^r, p. 23 ; >Ug>-e, Dut. des Apocr., 1. 3^, .
+-;*»IV»-/-.j,
J
'• i
■
Tandem patri suo desideriuni suuni aperuit
Et se xMoysen, principem exercitus. diligere asseruit;
Placuit hoc régi, et complevit filia^ voluntatem,
Dans Moysi filiaiii et cuin ea ipsam civitatem,
Et sic cum adjutorio Tarbis et ejus consilio
Liberati sunt inclusi, et dissoluta est obsidio.
Comme l'indique la rubrique du ms Bibl. Xat. lat. 9686, la
légende du mariage romanesque de Tarbis, princesse d'Ethio-
pie, avec Moïse, est prise de Comestor, //. S., lib, Exodi M
{De iixore Moysi .Lthiopissd) : Erat Moi/ ses uir bellicosas et
peritissimus.,. .Ethiopes expugnans inrlusit eos fagientes in
civitatem Saltaregiam... Quam cum, quia inexpiignabilis erat,
diutins obsedisset, ociilos siios injecit in eum Tarbis filia régis
jEthiopum, et ex condicto tradidit ei civitatem, si diiceret eam
nxorem, et ita Jactiim est. Inde est qiiod Maria et Aaron
jurgati sunt adversus Moysen pro uxore ejus /Ethiopissa. De
Vllistoire scolastique, cette légende a passé non seulement
au S. II. S. y mais au Spéculum historiale (IIL 2) et au Mis-
tére du Viel Testament, v. 233oi et suivants Q) :
MoYSE. Depuis à une Ethiopisse
F'ille du rov. Tarbis nommée.
Me mariay, par renommée
Oue j'avoye d'estre vaillant.
Comestor l'avait empruntée à Josèphe, Ant. Jud., II, 5. Elle
a sans doute pour origine le passage des Xombres auquel ren-
voie Vllistoire scolastique (Jocuta est Maria et Aaron contra
Moyses propier uxore m ejus .Ethiopissam).
6. — Mais toutes les légendes juives que Comestor a reçues
dans son Histoire Sainte ne proviennent pas de Josèphe;
beaucoup proviennent des rabbins. Vllistoire scolastique et
les ouvrages analogues, dont la lecture a tenu lieu, pour le
Moyen Age, de celle de la Bible, « ne dérivent pas unique-
ment de la Bible : les légendes empruntées aux Apocryphes
V figuraient nn mt'Vûo titre que les épisodes tirés des li\Tes
(') Sur les traditions relatives au maria.|e de Moïse avec la fille du roi d'Ethio-
pie, cf. Bru>et, Le violier des histoires romaines, p. 27.
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caiionlquos ; bien [)lus, les traditions lalmudi({iies y occu-
paient une certaine place ('). » L'art du Moyen A(je représen-
tait la Synafjo()ue avec un bandeau sur les yeux el, dans la
main, un sceptre brisé : ce type icono(jrapirK[ue ne sendjle
pas très exact, quand on se rappelle le crédit dont jouirent
alors les fables juives. L'auteur du S. H, S,, pas plus cpie les
autres auteurs chrétiens du Moyen A(|<\ n'a échappé à la con-
tagion des lérjcndes orientales. Des annotations, en marge de
certains manuscrits du Spéculum, constatent le fait, non sans
surprise : Idlinudica fuhelhi, lit -on dans un manuscrit de
Munich (clm 234.'^3), en marge de l'histoire de Tarbis. Dies
schnieckt auch nach de in Talinud, dit une note du même
manuscrit à propos du deuil centenaire qu'Adam et Eve au-
raient gardé après la mort d'Abel.
Ces légendes rabbini([ues qui s'étaient imposées à la cré-
dulité du catholicisme médiéval sont pour le folk-loriste un
attrayant siijet. Aussi connues des fidèles que les histoires
au(henti((uement bibliques, elles ont doimé lieu h. des repré-
sentations figurées, d<mt l'archéologue chercherait en vain l'ex-
plication dans la Bible. Nous ne pouvons nous soustiaire à
l'obligation de donner des renseignements précis sur toutes
celles dont notre auteur a parlé, et qui, par le S. II. S,, se sont
introduites dans le répertoire de l'imagerie.
Au moment d<' me risquer sur un terrain (pii n'est pas le
mien, je ne me dissimule pas les difficultés de ma tenlalive.
« L'histoire de la littérature juive du Moyen Age, écrit Henan,
a toujours été considérée comme le domaine propre des
savants israélites. Lu philologue ([ui ne s'est point préparé
dès l'enfance au rabbiiuit aurait une peine extrême à se mettre
au courant de ces études et n'y dépasserait pas la médio-
crité ('). » Aussi bien n'ai-je pas la prétention
D'éclaircir des Rabbins les savantes ténèbres (î),
ni de traiter eœ professa, et d'une façon exhaustive, le sujet
auquel je suis obligé de loucher. Je voudrais simplement, en
— 70 —
m'aidant des recherches de spécialistes autorisés ('), grouper
(juebpies renseignements indispensables à l'intelligence des
légendes juives que l'auteur du ^'. //. -V. a puisées dans V His-
toire scoiasfir/ue.
Saint Jérôme s'est fait traduire la Bible hébraïque i)ar les
rabbins de Palestine. Raban Maur, au neuvième siècle, a utilisé
les recherches d'un grand exégète juif, son contemporain,
Ih'hrœus in /rt/is scientiu Jlorens (-) ; au neuvième siècle
encore, Agobard, lilhislre archevécpie de Lyon, l'auteur du
De judairis superstitionibusy nous ap[)rend qu'il eut de nom-
breux colloques avec les Juifs (5). l^ar saint Jérôme et Raban,
([uelques-unes des légendes de Thaggada sont entrées dans
la tradition chrétienne : telle la légende de Lamech, dont il
convient que nous parlions (4), puisqu'elle a fourni une préfi-
gure au S, //. S.
XX, 59. Notanduni qiiod dîne sunl geiites, quie Christuni llagellave-
111a» per duas uxoros Lamech pra^figuratœ fuerunt : [runt ;
Duje uxores Lamech appellal)antur Sella et Ada,
Dîne génies fuerunt gentilitas et svnagoga ;
Sella et Ada niariluni suiim verbis et verboribus afflixerunt,
Gentilitas et synagoga Salvatorem suiuii flagellaverunt ;
Gentilitas verberavit eum llagellis et vinjis,
Svnagoga llagcllavit eum linguis et verbis.
La Genèse (IV, 18. ig) dit de Lamech qu'il descendait de
Gain à la cinquième géné'ration et qu'il avait deux femmes, Ada
et Sella. 11 leur dit une fois : Audi te vocem nieam, uxores La-
mechj auscultate sernioneni nieuin, quoniani occidi uiruni in
(') Le Mistére du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, I, p. ix.
(•) Avertissement du t. XXVII de VHist. litt. de la Fr., p. 2. Cf. J. Sourt,
dans la Bihl. de l'École des chartes, 1898, p. 783.
(^) HoiLEAU, Satire VIII, 220.
(') Je me suis servi des notices de 17//*/. litt. de la Fr. sur la littérature juive
en France, notamment du tjrand travail de Renan sur les rabbins (t. XXVII) ; des
matériaux réunis dans le Dict. des Apocryphes de Migne et de la Bibliofheca rab-
binica de Bartolocci ; des notes qu'lsinoRE Loeb a fournies à l'éditeur du Mistére
du Viel Testament; de la thèse de Samuel Berger, Quam notitium linguœ he-
brtdcie habiierint Christiuni medii ievi temporibus in Gallia (Nancy, 1898), ainsi
que du remanjuable compte rendu que Socry a fait de cette thèse dans la Bibl. de
l'École des chartes, 1898, pp. 788-788; enfin, de VHist. de la littérature juive de
Karpelès, traduite par Isaac Blocli et Emile Lévy. J'ai consulté aussi, mais sans
grand profit, la Jewish Encyclopedia.
(*) VlIebrîPiis dont il s'agit est l'auteur des Quiestiones hebraicie in libres
Regum et Paralipomenon {P. L. XXIII, 1891 sqq).
(') Opéra, éd. Baluze, I, 76; cf. Berger, op. laud., p. 4-
(^) Sur la légende de Lamech, cf. Mâle, op. laud., p. 241.
I;
j
■HMM
— 80 —
rii/ruis meum et adolesrentulum in Uvorem memn (Gen. /T^ 23.
24). Ce pnssago obscur a été généralement expliqué par le
rapprochement du verset i5 du même chapitre, où il est dit
(jue Dieu avait mis un signe sur Caïn, pour défendre de le
tuer : les Juifs (') et. à leur suite. les Musulmans et les Chré-
tiens, ont compris (pie Lamech avait, sans le vouloir, tué Caïn,
et ils ont raconté tout un roman, dont les péripéties expli-
quent les paroles êniqmatiques de Lamech à ses femmes. Cette
histoire devait être déjà connue de saint Jérôme {'), qui ne la
jugeait pas sans valeur. Théodoret est plus sévère ().' Les com-
mentateurs du Moven Age occidental, sur la foi de Jérôme,
l'ont acceptée sans hésitation. On la trouve déjà chez Raban
Maur(^). d'où elle a passé dans la (ihse ordinaire de W ala-
fricd Strabo. Pierre Haie () et Comeslor (^) la répètent à leur
tour; cehii-ii y ajoute quelipies détails qui semblent indiquer
qu'il lie l'a pas copiée dans la Glose ordinaire, mais qu'il se
l'était fait raconter par (juelque rabbin :
Lamech rir sa(/iffarius dit/ rirendo ca/if/inem oculorum in-
currit et y hahens adnlescenteni duce m. du m exerceret rena-
tionem. pro delerfatione tan tu m et usu pellium, ffuia non erat
usas carnium ante diluvium, casu interfecit Gain inter frwteta.
œstimans ferani, quem, quia ad indicium jurenis dirnjens sa-
gittam, interfecit. Et cum e.rperiretur r/u'od hominem. scilicet
Gain, inter/ecisset, iratus illir cum arcu ad mortem rerberarit
eum. Occiderat enjo Gain in rulnere, adolescentem in livore
vulneris. Vel utrumque occiderat in ruinus, et livnrem suum,
id est in damnationem suam. FA ideo rum pecratum Gain pu-
(') Cf. daM> le Dit. dr-s Ap^^rryphes de M.g.ne. I. 344, !<- Livrt Ha cmhat
(TAdam eldKre contre Satan, ei II. ,093, le r<ischar. Voir encore Sie-^fried dans
I Archio nir wissensch. Erforschan.j des Alten Testaments, I, p. 43o et le^
ec.airoNsement< donnes dans rcd.lion du Mistere du Yiel Tettament di J de
Rothmhild, t. I. p. LXXV.
r-i p. L.. XXII. \:^ : re/erehat mihi quidam Hebneas in aporrushorum librit
'^P^'^ri... 0)/». 6\, LXXX iVi.
(M Cité .bn> la Glose ordinaire (P. Z.. <:\III. ,01). dapr« un livre de Ralxin
tpii ne nous est jxis jvar^enu : Aiunt Hebr.ei Lamech dia virendo calininem
ocu.oram mcurnsse, et adolescentem daeem et rectorem ifin^ris Habuiss^
Exercens eiyo venationem, stvjittam dire.rit qun adolescens indicarit, casuque
t.ain mîerrructeta latenîem interfecit. Et hoc est quod dicit : . Occidi virum in
vutnas meam •. id est . oulnere, quod injhci, non bestiam. sed hominem occidi.
Lnae et jurore accensus occidit adolescentem.
(M Attrora. dans P. L.. CCXIF. ., = Pi,ra. SpicU, Solesm., Il, .V^.
(•) P. L.. XCVIII. lo-o.
— 81 —
nttum essct septuptum. ut diximus. suum punitum est sept ua^
ipes septtes, td e.st septuaginta aninue et septem, eqressœ de
Lamech. tn dthiino periertmt : vel hor numéro maioritatem
pœnœtanttim notât. Hefn.etts ait : Mtdieres suœ sœpe maie
trac tabant eum Unde ip.se irattis dicebat eis se pati hoc nro
dupitct honuadto qtiod egerat, Tamen terrebat eas, stibdendo
pœnam, quast dicat : Cur me vtiltis inter jicere? Gravius jni-
ntetur qui me tnterjîeiet, quam qui Gain,
m
7. — Comeslor raconte la lé{,e.ule de I,;,mecli avec des .lé-
ZtT' ''';''' '"''r "' "■•''^■''" '"^ ^-'"''''"' \'^^ «voir connus,
i olamnienl ,eln. des .nauvais traitemenls que Lamech endura
.le ses deux femu.es. Dm, Comestor k-nail-il ces détails nou-
veaux : y„el est le savant juif dont il allègue lautorité (f/..
n "*/'' ■'." ■''"''"''■« «"'P «••''/"' "'^//" trartnbant eum .V'
De mjme de quel ral.bin Comestor tenait-il ces .|ualre aulrrs
légendes lia.,qa.liques que nous retrouvons <lans le .V // v'
promues, comme celle des misères cnjuqales de Lameéli'
a la d..,n,t.- .le préfigures : la lé.jende d'Évilmérodach coul
pant en Iro.s cents morceaux le ca.lavre de son père Xabucl.o-
donosor. la le.,ende de Hur, frère d'Aaron. mourant étouffé
sous les crachats des Juifs pour avoir v„ulu s-op,,oser au culte
du veau d or, la léqende du deuil c.-ntenaire dAdam et d'Eve'
après h. mort dAl.el. la hVjende de l'enfant Moïse qui l.risa la
couronne .le Pharaon ? '
Avant ,Ie chen-her comment Comeslor a pu avoir connais-
sance . e ces leq.-n.les. il convient de citer, e„ le. accompaqnant
de .pielques eclaircs.em.-nts, les passaqes d.. V/J,stoire .4ola.-
tiqiip .m I auteur du .V. //. V. les a trouvées.
x.vv. 39. OuaiMvis Cl.ristus orucitixus fueiit tantis dol,„il,u<=
ramen super hoc Jud;ei invaseruiit eum «uar.irn linr,„,-,ru,n
!..•: ^\- .■ • , Iqladiis.
Wi o im pra-t,guiat. fiieruiit |,er Evil,„cTo.larh req^'m
yui desa-vierat m suum mortuun. et Sf-pultun, patiein'-
. .orpns paln> de .ep.doro effoss.im in CCC parfs divisit
Lt U^L vulturihus ad devoraiiduni dJMril.nit.
Lii.TiiLl,- l,.-.j,MKi.' .IKMl,nér,Mh,rhC). cupHnl en trois cents
I
I
I
4
L^tlm^rcM^h e>t nomn^» .\milxnan>ud.>cr^ d^ns J.^phe (in App. J. o. d'après
PFnr.Ri/fT, ETur.E sur le s.
H.
f^f^S^
^^yOiHIlLMM
— 82 —
morceaux le cadavre de sou père Xahuchodonosor, de peur
que celui-ci nv ressuscitât, est assurémeut l'une des plus éton-
nautes que contienue le Spéculum. Notre auteur l'a trouvée
dans le Liber Danirlis de Vllistni'rr scoldsdffue {An\y\\vi^ \ :
ratdlogifs rcfjufn Bahi/I(tnis) : Tiuulnut quidam ijuod Krilme-
roddc/i frafer uunoris Xiihur/iodonosor {'), in diehtis rlrctionis
jmterniv, multu efjit impie in terid, rf, pâtre restitulo, (ktu-
s/ûus apud eum, nu'ssus est in carcerem, uhi Jodchim .'rat,
usque dd morte m Jrdtris sui. dunufue ret/nare id'pisset, ele-
UdvitJodr/r'm, quem socium ludmerut m cdreere, titnrnstjne ne
resurgeret pdter i^uiis, qui de bestia redieruf in hnnimem, eon-
suluft Jodchim. Ad eu/ us- ronsilium ruddrer patris sui e//'ossum
divisit in CCC pdrtes, et dedd rds CJ iC ru/turibus. Et dd dd
eum Jodchim : « Non resuryet ptiter tu us, nisi redeunt ruitures
in unum. »
Coniestor n'indique pas à (jiicll»' source ii a crnprunh' celte
légende. Sans doute la tenait-il des rai)l)ins. Mais ceux-ci, où
l'uvaient-iis prise? Pour qui se rappelle les sculptures assy-
riennes et chaldéennes, les reliefs (ui I'ofi voir les amas de
mains coupées, ou encore la « Stèle des \anl(.urs » (^), cette
léqende a une saveur sj>écialement ninivite.
Le iM/d/'dsr/i /{dbbd (î) raconte autrement les oulra()es
({u'Evilmérodach aurait lait suhir au cadavre de son p«''re Xaini-
chodonosor : il ordonna .pie le cadavre fut exposé eu pidjlic
et lardé de coups d'épée par les enncnus du l'eu roi.
MX, 57. .Iiida'i isti, qui facieiii Cliristi sputis suis maculavenuit,
Per idolâtras vituli conllalilis pra'fnjurati fucrunt.
Cuin lilli Israël deos alienos si})i facere volebant,
Aaron et Hur, rnaritus Maria\ ipsis resistebant ;
Tune illi, indijpiati, in IIiu^ iiruerunt,
Et m eum exspuentes, ipsum sputis sulTocaverunt.
Hrvosc). C.meslor avait dû lirr, dans une tradurtion de Josèphe, ce nom d'Ainilina-
nmdooos (Ainiltnardouk, transcrivent les orier.talistes). Il lanl évidennnent le n'tablir
dans cette phrase de l7//.v/. srol., l,h. Dan., .7; Nahucho,hnosor mnrtno, regnavit
pro eo Amihtiina puffns : hir est Evilmero,lach. Lisez : .\. uiortn... n-inavit nro
eo AmdmaroudocHs : liic est E. '
(') Coniestor croit (ju'il y a eu deux rois de ce nom, Xabucluxlonosor le Grand et
Aabuchodonosor le Jeune, l'un père, l'autre frère d'Évilmémdach.
(-) Maspéuo, Hist. nnr. des peuples de l'Or, classir/uc, t. H, p. G35; t. I, p. G07.
(0 in, cil. 18. Le Midrascli Rahhu ou Grund Midrasch, » le plus ancien peut-
être des recueils sp,-ciaux de ha.jaada, est une œuvre collective de différentes éiKxiues .
(Uloch et Levy, IlUt. de la liU. juioe, p. 214-218).
— 83 —
I^a HiMe ne dit point qu'Aaron m que Ilur se soient oppo-
ses a.t mouveme.it idolàtrique qui aboutit au culte du veau
dor; pour ce qui est de li.u', non seulentent elle ne dit pas
que les Jmfs latent fait périr sons les crachats pour avoir ré-
sisté a idolâtrie : elle ne le nomme pas dans Phistoire du veau
(lor. hlle ne du pas non pins qn'il ait été l'époux de Marie. le
l»eau-trere, par consé(pieiit, de Moïse et d'Aaron.
Comment Aaron, ampnd Moïse, en partant pour le Sinaï
avait confié Israël, pnt-il céder à ceux qui voulaient « un dieu
'Pi' n.arclial devant eux )> ? Comment put-il consentir à fabri-
quer le veau d'or? Les Pères ont cherché, par des s.ibti-
litesdexeqese. a pall.er la défaillance d'Aaron Q. La léqende
juive, rapportée par notre aufe.ir, répond à une intenticm ana-
l<»qne.
Le Specub^m a e.npmnh' cette lé(pM.de à Comestor, (lui la
le.iail (les rabbit.s : Cf. ///,/. ,./,o/., bb. Aœodi, LXXIII
(Dr ntu/o rnnfldfdf): \,dens populus quml Moqses nwrum
Ideen'L dui:U dd Advon : lac nobis Deos, qui pnvreddnt nos •
M<>!/s, m, m Hjnoramus quid arridrrit (Lxod. xxxn, i) Aaron
vero et Ilur restdrrunf. Srd indujudtus pnpub^s, spaens in
fanrm Ilur, sputis. iif truditur, eum sujjbcdvit,
XI, 20. Pliarao rox Jvivpti roronam rogalom hahebat,
In <pia iiiiarjo dei sui A.ninonis artificialiter sculpta erat
\ aticnatiun est .Kgvptiis cp.od de Judaàs quidam puer nascoretur
lerquem poptdt.s .ludaicus liboraretur, et .Eçjvptus destruerotur'
necepit icj.l.u- Pha.ao ni .ludaù pueros suos in tlumen nrojicerent'
Lt SIC illuni, (juein tirnebant, pariter interirneient. '
Ariiram et .locabcth decrcverunt se ab invicom separare,
Ouia inallent carere liberis quain ad nocein procreare.
Heceperimt autem responsum a Deo, ut siinul habitaient,
yiua piieruin. .pieni .Pfjvptii tirnebant. ipsi gencrarent. '
Goncepit ergo Jocabeth et peperit [julchenimum liliuin
Et abscondit eum lri])us mensibus intra suuin domicilium.
Cunnjuo diiitiiis occullare eum non valebat,
In fiseellani cufii lerludens, in ilumine exponebat.
Eadem hora tilia Pharaonis secus iluinen deand)ulabat
Et |>iieruin ipsuin inveniens, sibi in Jiiium adojjtabat.
Quem illa Movseii vucaiis feeit edueari,
Et postea decrevit eum regi Pharaoni videnduin pra-sentari.
(«) Cf. saint AunusTLN, Quœstio CXU^ in Exod., cité par Walafried Strabo
Glosm urdinana, lib. Exod. XXXW (/>. L., GXIII, 287).
r
.*
t
■-^ft±(£:r
— 84 -
. Cui Pharaon, alludens, coronam suam imponebat,
Quam ille projiciens ad terram, penitus confringebat.
yuod videos, quidam pontifex idoloruni exclamavit :
« Hic est puer, (juerii deus nobis occidendum dernonstravit ! »
Cumque eva*,nnato qladio ipsurii occidere voluisset,
iJixerunt quidam (|uod puer hoc ex insipicntia fecisset :
In cujus rei arqumeiitum carbones vivos sibi quidam afrerebat,
De quibus puer nutu Dei in os suum projiciebat.
Cf. Coinestor, //isf. sc/io/., lib. Exodi, \\\-\ : Oiiiddm .sv/rro-
l'Uin srrihd nuji pnvdixerat en frnipore in Isiael rnasculuni
nasriturumy qui regnuni ÂLyyjiti Inimiiuiret, Pharao rrgo
prœrppit ut quidquid nias-rrifirii sexus nnscnrrtur in Isr ael, in
Jlumrn projirrr''li(i\ Lerifa no/ni ne Anmi, rr/ Anntun, qui
accf'pit (ij'oreni cnntribuleni noininr Jocahet/i , ualrbaf (trredrre
ad uxorein p<tst edictuni, nuf/ens carrre liberis quant in ncrem
jtracrrarr. (lui Di'us prr sornniuin astifit, iif <i'f .lascphus,
dtcrns nr tinicret uxormi cof/nosrrre, quia puer, qurm tiuif'-
hfiftf Aî,(jiiptii, nasrifiirus cssi'f t\r ea... Moi/scn du/zt quadani
dif Tainiith Jdia Pharaonis obtulissrt Pluiraoni, ut et ipsp
euni adoptaret, adinirans rex pucri i^rmistafetUy coronaru,
quant tu/tr forte gesfftbuf, ruftiti illius intpasuit. Erat autant in
ea Ant/noufs intaqo fabrefarta. Puer auteni coronam projreif
in terrant, et freijit. Sacerdo!^ aident Ileliopnleos, a hdere ret/is
surqens, ej-rlantat^it : llir est puer, (piem nohis occidendum
Deus mnrtstrarit ! Et volud irruere in eunt, sed nuj'ilin rer/is
/tbe/atus est et /tersuasio/te cu/usda/n supienfis, tpu per iqrto-
rantiant hoc fiutum esse a puero ttsseruif. ht cujus rei artju-
mentunt cunt prunas allatas puero of>tiilissef, puer eus ori suo
<q}j)osint, et Iimju;r sux suntutitatent itjne cori'upif. Ende et
Uettriet impeditioris tiitipiie eunt fuisse autumartt.
D'oij Coniestor a-t-il |)ris rcltt' b'NpMide? Lui-nir'ine nous
leiivoie aux Antiqf/ités Judaïques (') de Jos^plie, où nous trou-
vons eu cfrel rbisloire do la prôdiclion coin ornant rcntant (jui
devait humilier Pharaon, et riiisloire de la couroiuie rovale
brisée [)ar le petit Moïse. Mais Josèphe iijnore encore Tordalie
(les charbons ardents. Je ne suis pas compétent [)our (b'cider
si, comme on l'a dit ('), cet enjolivement des « Ennuices
(»} Ant. JuiL, II, -j, 5 7.
(-) J. DE Rothschild, Le Mlstérç du Vifl Testament, t. Il
|>. I.XXXVIII.
<
— 85 —
Moïse » est un emprunt aux légendes musulmanes. Je re-
marquerai seulement que Touvraye juif intitulé le L'vre du
Juste (Vase/utr, Sêpher Ilai/ase/iar) raconte la fin de l'his-
toire ainsi (') : « Pharaon était à table, avant à sa droite la
reine et à sa (jauche sa fille Bathia, qui tenait Moïse sur ses
qenoux. Tout à couj) le petit Moïse s'empara de la couronne
du roi et se la posa sur la tête. Le grand prêtre Balaam con-
seille de faire mourir reniant. Le roi mande tous les mages
de l'Egypte, pour décider ralfaire. Un ange envoyé par Dieu,
ayant pris la forme de l'un d'eux, dit : « Que le roi fasse
apporter un vase contenant des diamants, et un autre vase
rempli de charbons ardents : suivant (jue Tefifant prendra de
Puii ou de l'autre, nous verrons s'il agit ou non avec discer-
nement. » L'ange pousse la main de reniant . i\\\\ prend de
la braise et la porte à sa bouche ; sa langue en fut entamée,
c'est depuis ce jour (jue Moïse lut, comme dit X Exode, lourd
de bouche et de langue. »
Le Séplier nayasehar, dans sa forme actuelle, paraît dater
du douzième siècle : c'est précisément l'époque où Pierre Co-
niestor apprit (les rabbins les récits concernant l'eniaiice de
Moïse. Par Comestor, ces récils sont deveinis familiers au
Moyen .\(p' occidental. Au' milieu du (juinzit'ine siècle, le J//,v-
tère du Viel Testantent les met à la scène :
i.K BOY coHDKi.AMOH. Je liiv viieil Hiettrc ma couronne
Sur le chef, ou le dieu Haiiioii
Kst ligui'é. que tant avriion :
Eu signe d'amour, je luy mets.
Ici/ Mot/se prent ht couronne et la jecte contre terre et la
roid en pièces.
L'enfanl Moïse jette |>ar terre la coui'onne de Pharaon, parce
qu'elle .'lait oiiiée d'une pierre gravée, représentant le faux
dieu des Egyptiens. Les conseillers, ou, comme dit le Mistére
du \'iel 7'estament, les <( médecins » de Pharaon, croient, les
uns que l'enfant a fait cela avec intention, les autres qu'il a
péché par ignorance. On recourt alors à une expérience, d'où
(») Bartoi-0( «i. liitillothcra magna raftliinira, \. IV (Roimp, iOq.'^, f"), j». ii5 ot
124 ; ("f. MiGNE, Dict. (les Aporryphes, t. II, oui. loO.'i. La />a/«/a (Vassiliev, Anec-
(lota (jrœrd-biicantina, Moscm, i8.,3, p. 227) raconU' la ir.jcmlo à peu j)rès de la
luènic laçini que le Srpfifr If'.i/dsr/m,-.
i.
4
■>:::<,.. ^■. • :j'.jt^--
'"""^^"'«^'Kf^mw-iiswê
— 86 —
dépendra le sort de Moïse. On apporte des rharhons ardents :
llfaulf, dit le Mistére, des f/tarbnns uifc ri quil ij en ait iing
faint.
MOYSE. J'en veuiî tastor, j'en veuil manger.
Ils me semblent Ijcaiix, par mon àriie !
% met le charbon m sa bonclw, i>f /nus dit en plearant :
Hélas ! m'amje, hélas ! madame,
J'ay la bouche toute afFolée.
Les conseillers concUnMit qne >roïse, en InisanI la couronne,
a a(p avec aussi peu de discernement cpi'en pirn;inl des char-
bons pour des choses honnes à niaïKjer, et le roi lui faii <|ràce(').
S- — Ilevenons maintenant à la question rpie nous nous po-
sions plus haut. Comment Comeslor a-l-il .mi connaissance de
ces légendes haijqa.licp.cs ? On remanpina d'abord avec ([nel
soin il a noté lui-même (pi'il leur man«pie l'anlorilé des livres
saints : si, dans son Histoire, il a entremêlé les laits lonrnis
par l'Ecriture aux fables dr l'flaçi.iada, il n*a dn moins jamais
tronipé le lecteur sur la valem- de celles-ci : /// tradifiir, dit-il
encommeneant l'histoire répn.piante de Hur; tnnlunt <inulnm,
en commençant le conte macabre d'Évilmérodach. Mais quels
sont ces gens, quidam, dont il rapj)orte les traditions? NUI
doute (pie ce ne soient les Juil's. Cha(pM' l'ois (pi'il miploie ces
formules : /// tra<litin\ tmdnnt quidam, c'est pour dési.pn-r
une léqende ha(j.|adi(pie : /// fradifur é(piivant à nt tra'ditur
Sijnaffiuju; traduid (fuidatu a tradind Ilrbnri . Parfois même
il déclare Toricpue juive de telle on telle léip^ide : llehnri
Mof/srn imprditiiuis linguir fuissr autuuund. Par Ilrbnri,
on doit entendre, je crois, non d'une façon (jénéralr les Juifs'
mais plus précisément les docteurs juifs' les" rabbins.
Comestor m» savait pas l'hébreu, pas [.lus (pie rimmense
majorité des docteurs cath(»li<iues de sim temps. On s'est de-
mandé pounpioi ils ne l'apprenaient pas, eux (pii en auraient
eu tant besoin pour comprendre la Bible. < Ils ne l'appre-
naient pas, ont répondu les Bénédictins de Saint-.Maur (^),
pour (V^<. motifs malentendus, (ju'ils nous laissent à deviner'
sans nous les faire manifestement coimaître. L'ordre de Cî-
(') J. DE Rothschild, /..■ Mlstére du Viel Testument, I. III, p. aôi.
(*)///à-/. ////. ,U In fr., IX, ^:^2.
■'
i
1
- 8-
teaux lit une défense expresse à ses moines de s'adresser aux
Juifs pojir apprendre les langues orientales, et mit en péni-
tence un moine de Poblet en Catalogne qui se trouvait dans
ce cas. Il craignait apparemiuent (pTiJs ne s'alfaiblissent dans
leur religion par leur commerce avec les infidèles. » Bagdad,
au dixième siècle, a\ail vu les niotrrallrniin (') des diverses
religions, musulmane, juive, chrétienne, discuter {.aisiblement
sur la religion et la philosophie. Mais c'était en pavs musul-
man. Dans les îégions où le christianisme (Mail maître, cette
tolérance, (pii rums a valu l'inoubliable parabole des Trois
annrauj', était inconnue. La fresque de la salle capitulaire du
couvent Dominicain de Morence, où l'on voit les docteurs de
l'Drdre des Prêcheurs discutant sans violence avec les Albi-
geois, les Musulmans et les Juifs, est mensongère comme un
panégviique. m I| ,>st triste, écrit Kenan ('), <pie les contro-
verses publicpies entre chrt'tiens et juifs, qui eurent lieu en
Iw'ance au douzième et un treizième siècle, aient été con-
duites dans un esprit beaucouj) moins liljéral qu'en pays
musulman. Trop souvent le controversiste ehiétien avait
recours à un dernier argument, cpii était d'assommer le juif.
On est allligt' de xoir saint Louis approuver une telle concluite
et poser en principe «pie <( nulz, se il n'est très bons clers, ne
doit desputer à ans; mais Ihom lays, quant il ot mesdire de
la lov crestienne, ne doit pas desfendre la loy crestienne ne
mais de l'esy^'c, de (pioy il doit donner parmi le ventre dedens,
tant «MMiime elle y puet entrer )) (5). Il est vrai que Ravmond
Martin, le Dominicain catalan «pii écrivit en 1:^78 le Pu(fio
i-lifisfuniorum ad uupnuuiu pri'Jidiam jui/uiandam rt uuixinw
Jud,roruni(^'), S(»uhaitait (jue les docleuis catholi«pies appris-
sent rin'breu poui- pouvoir létorcpier les aiwjuments <les rab-
bins : hnir auuuiulrrrtr, Irrtoi', écrit-il, quani sit utdr fidri
rhristuin.r liltt'ras non igtiorarr hrbraicas. Ouis rnim urajuam
nisi rx suo Talmud sua /tossrf in ros pro nobis jacula con-
torqur/f/ Mais je vumi exprimé par Raymond Martin n'avait
pas trouvé d'écho; le l*u(fi<) n'a décidé personne à l'étude de
l'hébreu.
(') Les docteurs (proprement : les logiciens). (2) Jlist. litt., XXVII, 557.
(ï) JoiNVii.LE, éd. de Wailly (Paris, 1874, in-8), p. 3i.
{*) I/nprimé en i65i par Boscjnet, ovèqiie de Lodëve, le Puijio fidei esf célèbre
pour avoir -ervi de manuel d'exéfjese liéhraique à Ulaise Pascal : cf. les Pensées,
éd. HvvtT, l. Il, p. y; cd. -Moi.i.MEK, t. I, p. xxxn: éd. Hnr.NScnvicc, t. I, p. xci.
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— f^H —
De ce (|ne les docteurs clirétirns ,|„ Mnvm Aqo ont i.inon'.
hébreu, .1 ne s'ensuit pas (lu'il. n'mmt pas ru <\r n.n'nnris
J»yec les ral)I)u,s. Ils 1rs eouvo.juairut à .1rs <ollcH,urs p.u..
laehrr ,|.. les eouloudir. Ils s'adressaient a eux pour eirr
♦rlaires sur le sens des passages (.hseurs dr la V,d.)atr, pour
reviser et eorri,|er le textr latin de la Hd.lr. « La manière
d(U.t se laisau-nt ees travaux ,1.' rrvis.ou ri dv eorivction,
ernt Sourv, d(uine la ni.'sur.' du savoir des rxiu^Mr^ rlin'--
tiens. Ouand ou erovait devoir eorriqer à faidr du l<-xtr
liebre.i (juehpn.s passarjes ohsrurs dr h, Vul.jal.'. ou d'autres
'•"tiennes versions latines, on faisait venir des Juifs instruit.
et on leur adressait drs cpnvstions Mir (>rs passages. L.'s Juifs
apportaient leurs rouleaux n, iuhMT<MpVs, traduisaimi \r t.-xtr
^»';'»'"''" en lan.p.r vulr,airr. ( :Vst ainsi (prÉtimnr, aLbr dr
Uteaux, lit, ,M. iio(), sa révision d,- fnus 1rs (rxtes de la
Bd»|p('). » C'rst ainsi qur Niellas de Lire a ivdi(,é ses /^o.v-
///A'.v eonnnr il \r déclan- lui-nuMur, av.v nnr parlaitr siner-
nté. (.est ainsi «p.r \v chrf i\r lilr dr r,v\r,p\s,' eatlioiiour
sanit Jérôme, a fahri.pié la \'ul.jat.'.
On ne sait si Coinestor a soutenu des controverses avec les
rahluns. Mais les fonctions qu'il a r.MuphVs, a Troves d'ahnrd,
a lans ensuite, \r .lési.p, aient poui- ce rôle. D'aillrurs 1rs
recherches .pi'il eut à fain- pour écrire s,mi llisinuv Sainte
iinreni lui donn(>r la curiosité qu'avaient déjà eue saint Jé^c^nu'
et Haban, d avoir connaissance des traditions in\ stérieuses
que la Svnaqogue possédait sur l'histofre du peuple de Dieu.
En fait, VHistorH, srolasfira est ind.ue. connue nous l'avons
constaté, de légendes juives. Cela sVxf.li.pie. ,e erois, si l'un
se rappelle ce qu'était pour le judaïsme cette illustre ville de
Iroyes, à l'époque où Comestor, (jui en était natif, v a vécu et
travaillé.
« F/histoiiv littéraire <les juifs .le Frau.e, écrit U.Mian, com-
ineiice au onzitMue siècle. Après la lente élahorati.u, .1,. Talmu.l
et ih^^ écrits (pu sy rattachent, travail .pii s'acconq.lit t. .ut
entier en Orient et qui se termine vers le sixième ou leseptième
siècle il V eut uiu' iut.'rruption, au moins apparente, dans le
travail nitellectuel .lu peuple juif. L.' réveil se lit au .lixième
siècle, a Bagdad, et le mouvement se propa.jea rapidement
jnsqu en hspagne et au Maroc. Au onzième siècle, la renais-
(0 SouRY, op. rtt.. {>. 730-738: cf. Brnr.ER, op. cit., p. n. -
\
\
- 89 -
sanee pénétra en France, surtout dans les riches juiveries que
les loires et le commerce entretenaient dans les domaines des
comt.'s d.' Champagne, notamment à Troves. La littérature
juive .lu onzième et du douzième siècle en* France est surtout
religieuse. La Bible .«t le Talmud en sont l'objet exclusif.
I) innoud)rables glossateurs entourent ces deux textes d'expli-
<'afi..ns ei .le cmimentaires. On n.' saurait dé.lai.pier ce vaste
labeur exég.Mi.pu' .lu .mzièm." .'( <lu .louzième siècle. 11 en est
^orli. pour l'interprétati.m chrétienne de la Bible, une complète
ren..vati.)n. Le créateur de cette grande école d'exégèse fut le
<v|èbre Habbi Sal.Mu.)n, iils d'isaac, de Troves, connu sous le
nom ,1e Haschi ('). Mcolas de Lire, gui a .)péré une si (|ran.le
revoluti,.n (lans la science bibligue .lu Moven Age, et au.pi.d
Luther .loir une grande partie du mérite de sa traducti.)n de la
i^d»l.', ne fait .pu'n' ,pie suivre Bas.-hi. Lntir Baschi et Nicolas
«)•' I^nv s'écoulent .leux cent cinguante ans, durant lesguels
1 autorité .lu d.»cteur de Troves ne cessa de dominer le judaïsme
occidental. In.' écoh' très nombreuse, en elFet, sortit de lui et
le commenta, comme il avait lui-même commenté les textes
antérieurs. Au premier raii.) .1.' cette éole, il faut placer
«'abor.l la famille .lu maîtiv. Son pelit-hls. Babbi Samuel
beij Meir. rejuil s.'s travaux et acheva cpielgues c«»mmentaires
M'i il avait lusses inachevés. T.)us les parents et alliés de Bas-
elii, .'tablis omme lui dans les .livers<'s localités de la Cliam-
pa,pi.\ paraissent uni.piement occupés de textes sacrés ou
tnuliliorinels (-). »
Le l.'ct.Mir .l.'\in.' la conclusi.)n (pie nous crovons j.ouvoir
tirer de ce .pie .lit B.uian des rabbins chanqx'uois du douzième
siècle. Ce n'est certainement pas un hasard si le (hjcteur (pii a
intégré dans la tra.lition cath..Ii.{ue tant .le fables rabbinicjues
a passé la plus grande partie de sa laborieuse existence dans
une ville (jui abritait alors les plus savants rabbins de l'Europe.
Bierre de Troves et les successeurs de Baschi étaient compa-
triotes : il ne faut pas chercher plus loin pour expliquer la
présence dans Vllistoirr scolastique d'un si qrand nombre
d'haggadas. Comestor les tenait de la bou.lie des rabbins de
(') Sur ll..sch.. voir 17//^/. I,ti. d,- h, Fr., XVI, p. 340 ; Bloch et LÉvy. Hist. de
la litt. juive, [>. 3i2.
(-j Hk>a>, Les Rabbins j'ranrais du ronimmcef/ienf du quatorzième siècle
dans VHist. litt. de la Fr., XXV II, 43a-43/,.
1^
— ()(> ^
Troyes, ses contem|)orains : les llcbrœi auxquels il s»' réfèro,
(jiiand il en raconte une, sont les descendants de l\asclii.
9. — Tl est (juestion, dans le .V. //. V., d'aulres légendes
encore, dont i'oriyine est certainement juive, les N'-ijendes le-
latives à la mort des prophètes, (-elles-ci aussi send)lent avoir
été prises par notre auteur à V Histoire scolastiijiie. Mais elles
di lièrent des précédentes en ceci (pie Comestor n'avait pas
du les apprendre des rabbins : elles étaient entrées dans la
tradition chrétieinie bieu avant le douziènn' siècle.
xxn, 8^. Prophetas Judiei divi-rsis inodis arflixorunt et interfeceruul :
Isaiaiu serrahaiit. Jereuiiani lapidahant,
Kzecluelein excerehrahant, Arnos clavo pcrfurabaiit.
Mêmes traditions, sur le supplîcede ces quatre prophètes, au
chapitre XLl. Notre auteu!' les a em[)runtées à Ciunestor (').
Le Moyen Aqe s'est beaucoup préoccupa' de la façon dont
étaient morts les pro[)hètes et les pères de Tancienne alliance ;
chacun de ces grands persomiaqes n'avait-il pas et»' à son tour
la liqure du Christ et le porte-parole de Dieu? Deux ouvrages
apocryphes furent composés pour satisfaire cette pieuse curi(v
site, le Ih-^ 7(ôv 7:::9r,T(7)v, tSk £x:'.;j.T,Vf,jav x.al r:0 x.îlvTau at-
tribué à saint Épiphane de C kypre (-), et le De oifii et <>/>itu
Patnim, attribué à saint Isidore de Séville("').
<:onn\stor relate en ces termes la mort d'Kzéchiel : /7 <lii-it
Ejtiphdnius..., pnniixit Kreehiel (/iiod Dan et dnd non i-rrrr-
terentiir ad profuia, sed in Medi.e re(/ionibiis renianerent :
pr-opter (/uod, e.rarerlniti in eum, distra.veni/it <iifn ftpiis per
crep'dines sa.r<a'f//n et e.veere/frarerimt runi, La l.'q.ende ia|H
portée par le Pseudo-Isidore est îiès ditlV^reute. Le Pseudo-
Epiphane, auquel se réfère Comestor, sait i\\w les <p'ns des
tribus de (iad et de Dan firent périi- Lzéchiel, Fuais il m' dit
pas de quelle façon. On peut donc admettre (pu' la tradition
adoptée par t ajmestor lui venait des rabbins.
('j Supplice d'Isai-- : Cumotur, col. l'ji', ; — de Jen-mie, col. i4',o ; — .l'Ézr-
chiel, col. 1V4C; — <l'Amos. col. 1^02.
(*) Supplice d'I>air : l\eudo-Kpiphaar, daii> Mu. st., /'. (;. XLllI, col. 897; —
(le Jér»'inie, col. 3(j., ; — crEzécluel, col. 4o2 ; — d'Amos, col. 14.').
(') Supplice d'Isaie : Ps.udo-Nidore, dau^ Micnk. /'. /.. LXXXIII, col. 142 • —
de Jérrmie, col. i',a; (rKzéchiel, col. l 'j'^ ; — «l'Amos, col. 144.
— 91 —
Des quatre prophètes qui furent martyrisés, Isaïe est celui
dont la niort avait le plus frappé Fimaqinaticm du Moyen
Aqe. Déjà, au deuxième siècle, saint Justin fait allusion à' ce
supplice dans son dialogue avec le Juif ïryphon (') : après
avoir cité les passages de l'Ancien Testament qui prouvent la
mission et la divinité de J.-C, il ajoute que, si ces textes avaient
été compris des Juifs, ils les auraient supprimés, comme ils
lont fait pour ceux où était rapportée la mort d'Isaïe, « qui
fut conp('' avec une scie de bois )).
L'ouvrage gnostique intitulé Ascension d'Isaïe Q. Ori-
gèm^(^). Tertullien (^), Augustin (Q, rapportent la même lé-
gende. Klle est certainenient d'origine juive : la Mischna (')
raconte «pie le rabbin Sinn'"on ben Azai, qui vivait au début
du deuxième siècle de l'ère chrétienne, trouva dans Jérusa-
lem un rouleau où il était dit que Manassé tua Isaïe. Raba,
docteur de la (ilu'inara, au (piatriènn» siècle de notre ère,
connaissait la tradition relative au genre de mort d'Isaïe (").
XI, 5. Slalirn ciun Cliristus et mater ejiis ciun Joseph .Lgvptuni intravc-
<>iiinia idola et statua- .Kgypti corriieiiuit. ' [runt,
ht hoc <pion<larn Jeieinias .Lgyptiis prophetaverat,
<Jiian(lt) in Jùjyj.tuin por captivitatoin adductus fiierat.
<Jueiii cuiM .Lgvplii sanctiun prophetam esse audivissent,
Sciscitahantur ah eo si aligna niirahilia in ,Kgypto fiitina essent.
<Jui (bxit eis quod in fntuio qiia*dani virgo esset paritura,
Kt tune (Hnncs dii et oinnia idola /Lgypti e.ssent ruituia.
.Lgvjjtn ergo illuin puoiinn potentioiern diis suis judicavorunt
Lt, qualein silti leveientiarn exhibeient, inter se tractaverunt.
Iniagnietn igilui virgineain cinn puero pulcherrimo sculpobant
Kt sd.i divmos honores jnxta suuni inodiun exhihehant.
Intenogati postea a Ptolenia-o, cnr hoc agerent,
Dixerunt .piud talein }»rophetiam adhuc implendani exspeetarent.
Ha'c auleni prophetia. quarn pra'dixerat sanctus ille propheta.
-Modo (juando Christus cuni rnatre intravit .Kgypturn, est inqdeta ;
Nani oinnia idola ^'Egypti et statua» corruerunt
ht viiginein, sicnt pradictuni fnerat. peperi.sse indicaverunt.
(•) -MiG.Nt, Dict. des Apocr., I., 038.
(') Id., iOifi., I, 674.
(••') Jn cap. XXIII Mntth. (/'. L. X. iS ; .XllI. 882. 1G37) ; Éptst. ad. Jul. Afric.
(P. L. XI, ti.'.j; Ilomel. in haium (/'. /.. XIII, 2 23).
(') I>e patientin, \\. {') De ri oit. iJei, XVIII, 24.
(«) Traité Jehammoth, ch. IV. (-) .Migne, Dict. des Apocr., I, 682.
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MiPiyic, n jiir ,j,-pjiiirpj^
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Cr. Cornestor, //fsf. sc/io/., ///,. /o/>/>, /// (/Jr dcsrrnsu rr/i-
cjuuwum Jadiv in .h(jijptnni et nbitu Jrrrmi.v) : De ende,n
{8r.,leremi(i)aitEp,pfuinnis: ... /irrjiùus . h\,,^p/i s,\^nnm iledit.
qiindeorum idida everti oporferef, mm virgn pa'rerel. l'nde
etsacerdotesennim, ,n secretn templi Inen inunjinen, r,ni,nis
et piiertsfafiientes, adurabant. /Jumuero Pto/om,eu, rr.r ùiter^
rof/aret eos, fpia luee fUeerent ratume, dixerunt pnt,-nuv tru-
ddio.us esse mi/sferiiun (pind a stinrfn pmpheta aerepenint
majores, et credebanf ,n re/ms ,fa /mw ventarinn. Il s'a(|i( du
Ils?'- T(5v TTpcQT.Twv, altrihiir, à tort, à saint Kpiphaiie, «HVNine
(le(.ons(anlia e,i Chvpiv, Pèiv du (|Halririn.' si.'vir. I.,. Ih:\
Twv '-^r^iùyj «vsl co.irni [uir ileiix textes qrecs, |, ni. liés Inn par
iejesnite lVfan(0, ''^^utio par Tischendorre). «ï'' "^'n ai pas
tronve d ancienne traduction latine, et je Fie suis pas arrivé a
déterminer comment Comestor, rpii ne savait pas le .nec, ;,
eu connaissance de cet (Mivra()e.
Conime le remanpiait déjà en i8:>3 nnérudit strashonnfecis,
<;.M.Ln.felliardt(),<.Vstlelait(pielesK,,vpliensa(I,.raientiine
clivinite temmine, Isis, représentée souvent allaitant l'.'nranl
Hcrus, qui doit av.ir donné naissance à la léqende rapportée
par le IVudo-Kpiphane. « I/art reli.jienx de l'épcMpi,' hellé-
n'stnp.e et romaine s'est plu, dit Erman(0, à marquer dans la
"î|ure dlsis les caractères d'humanité : il représentait eett«'
déesse avec son nourrisson, Horus-llarpoerate, dans des atti-
tudes qui parfois la font ressemhler étnnnamment a nos ma-
dones. » Holiault de Fleurv, qui a siqnalé les anal.Mjies entre
la leqemle de Marie et celle d'Isis. mppelle la statue «p.. se
ti-ouvait, an .pimziéme siècle (î), à Saint-Germain des Prés, et
que de pieuses qens Unirent par vénérer, ce (pii ..bliqea Pahhé
de Saint-(.ermain, Guillaume Briçonnet, dont les tendances
1)3
«'fo
réformatrices sont connues, à la faire retirer en i5i4; mais
<»«i ne sache pas (pie la statue de Saint-Germain ait été prise
pour une statue de la Vierqe : elle représentait « une qrande
l;;»Hne hâve, maïqre et déchevelée « ; aucun témoiqnaqe ne
dit qu elle tînt un enfant (').
( ) 1 o;.r oeil, .laïuc r.ii.j.Maliqn.', .,ù l'on a voulu reconnaîtro au soizième siècle
une .ma.jc d Is.s, yo.r Lakave, dans le RerueU de mémoires publiés à l'occasion
du centenaire fie la Société des Antiquaires de France (Paris, i.jo',) p 2-9
( ) Dans son éd.tion do sainl Kpipl.ane (Paris, ,623, a vol. f"). Moine violenl
mjurieux H borné (voir le ju,,ernent de Battikol, Ane. litt. chrèl., I. y. Son) Éni-
pîiane efa>f lait pour plair. aux honmies de la coutre-réformation, d'autant plus .,ue
son ouvra.je principal, la , Huile aux dro.jues „ {Pnnarion\ était regardé connue Ir
meilleur livre qu'on eût écrit entre les hérésies.
{■) Anerdofa sucra rt profana (Le.p/i.,. ,85:.). p. no. Les deux l.-vtex repro
duits dans Mir.NE, /'. G., XMII, 3.,:{ et 4ir.. ^
(') D^r Riffer von Stauffmhcnj (Strasbourq, 1823). p. aa.
(♦) La Religion è,jijplienn>' (Paris, 1907), ,,. 3i',. «,,. i',2.
(') Bibl. de l'École des chartes, t. XXVI, p. ,-.,',8.
)
>iwt rii;i,i|i|<,li^
CHAPITKK \ I
LES SOL'RCES DU S. II. S. i^fm)
' '^■■■''-^■';'' -y'-";;""- : "î^ons de sa vogue .■,„ .Moyen Aye. - l,a lëaeudc de
la table .l'or. - Le dévouemenl de Codrus. "
2. Vof,ue de la liiiéralure parado.vo,|r.-,|,hl,|,„. .„ .M„ve„ A.,e. - Tr-ices de
ce>.e l,t„.,.a,,„.e dans le .V //. V. .. |,., L,„„,e ,.ald,i„i, „e dn eW / •
erovanees fniklonques relalives a„ da.phin, a IVI,^,,!,' „,, à l-ell' '
ypres et de la v,,,ne lleurie sur les se.pen.s. - 1,'., vi.,,,.- n.-ur e '
le cyprès s.vnd.oles de la pureté virqlnale de Marie
'■ ''«lulcT/""'.' r ''"/";''"•: ""-li-ls. -iVserIption du Saln,-
Sepulcie. — La leyende du champ daniascùne.
Si t.olre at.le,„- s'esl servi s„rlo„t. pour .Vritv s. « .•„„miln-
tMM. .. ,1,. \/[isU,irexc„l„.tH,„r n ,1,. la ly;,,'ndr ,lnrrr il ', ,|,-,
co.ts.tllef dattltx-s livfos encoiv. ,lai mi >i,.c.-ss;,i,v ,1,. ,„•,.,,-
qtffir a,t ,„o,ms ,|,. ceux a„x,|„e|s ,1 , ,.,„|,,„„i,-. oMlames
li'yt'tnlesjiarliiuliéiviiienl luiieuscs.
1. Le 5. H. S. et le Recueil des Faits et dits mémorables
La cott,pila,i„„ de Valètr Maxi„„-, /lr,„r,7 ,/,■ /;„/, ,,/ ,/„
<ù/s me,>,orM.s, ajotti crut.e ,|,a,„l,. lav,.,,,- ;u,mès .les sa-
vants d„ .M,,ve„ A,,e. Elle I,m.,- ....ta,. i„.„ dr l,il,l,,.,l,..,,„„ |„.
tonque et „,„n,le ; elle était ,,o„r eux ce ,,„e l'Iuianme m.'tis
ne couua,ssa,e„t pas, lut pou,- !,. sei.iè,,,.. siècle. Dal.s I,. pia,,
lac .ce su.v, par le rheteu,- la,,,,, dans ces anecdotes ra,„ ees
""" f * f '"" ' '"■'''■'■ l"^l'"i mais selon les parties de la
morale dans cette division des chapitres en ,le„x s'ct „
consacrées, la pn-nnè,. aux Uo.nains. la deuxién.e aux a,,.,,.;
euples lesscolast„|uesretrouvai,.ul avec plaisir la lac,,, a,-,i-
l.c.elle de présenter les faits et hvs idées à |a,p,e||,. iu' ..„„.,„
accoutun.es : .Is eus^eat rté dépaysé,» é^ lLc>did , |.„-
rtousrages du .Movcu .\.je ont de con,;us sur le plan de Va-
'■1
- 05 -
1ère : il sulfira <!♦' rappeler l»- plus célèbre, le /Je eœcmplis
Scriptiinr SanrLr, de Nicolas de llanapes('). Le nom même
du rlu'teur laliii peut bien avoir été pour (pielque chose dans
la considération dont il a l<>u(|temps joui : pour le Moyen
A(]c, \'alère ne s'appelait j)as Valère >ia.\inie, nuiis Valèr'ele
(irand, le tr«'s «jrand liistorieu et moraliste Valère. Les ser-
ni<»nFiaires ('), les auteurs de livres moraux, comme les Ges/(/
lioindnoi'um, puis<Mit de prélV'rence leurs « e\emj)les » dans
Valère. Les com[)ilateurs, comme Vincent de Beauvais, re-
connaissent en lui un devancier, un esprit de leur genre ; ils
lui emjuunlent (rJFniond)ral)les extraits ('^). Par les sermon-
naires et les moralistes, (piehpu's-unes des histoires racontées
par le rltéteiu' latifi s'imposent aux arts fujuiés : telle Thistoire
du iu()e p[«''vaiicateur Sisamnès (').
L auleiii du \. //. S. doit à Valère deux de ses préficiures,
celle de la « tal.le » d'or, et celle du dévouemenl de Codrus.
v, -. Piscatores quidam rote suurii iii mare projecenmt
Kl casu iiiiraliili iiiensani ann^arn extraxenuU...
IhidcFii iii littore maris teruj)limi quoddain erat a^dificatiim
Et iii honorem .solis, ({uem qen.s illa coluit, dedicatum.
Ad teniphnii illnd inoa.sa illa est deportata
Va ip.si .soli taïKpiaiii dco, <piorn colebant, ubiala.
L'Iiisfoire de la table d'or, dont le .V. //. .V. a fait une préii-
qure de la Présentation de la Viorqe, est la déformation d'une
léqendc qrec(pn' sui" l«'s Sept saqes, (|ui avait été racontée par
Plutaïqu.' (•), d'après Théopompe, et [)ar Dioqène de Laerte(^'),
et que le >b)ven Aqe comiaissait par Valère Maxime : lihro /\°
Valrrn\ ,lit la rubricpu' <lu Miélot de Clumtilly. Voici le récit
de \ alèi'e ( J :
A j)iscatoribus in Milesia reqione verriculum trahentibii.s quidam
jaclmn oiiicrat. E.vtracta doinde maqiii poiideris aurca mensa Del-
plnca, orta controversia est : illis pisciam se capluram vendidis.se
atfirrnaiitihus, hoc forlauaFn jaclus se émisse diceute. Qua condi-
tiorie. propter novitatem rei et in;i(jnitu(liiiem pecunia^ ad imiver-
(») Cf. J.-V. Le Clerc, dans YHi.sl. Utt. de la Fi\, t. XX, par^e 0^.
(*) Cf. Hauréau, dans les Mt-m. <{>' l'Acad. des iruscr., t. XXVill, 2, page 261.
(î) Cf. liouTARic, dans la Revue des f/ufst. hisf., XVII, page 46.
(*) \al. Max., VI. :i. L'hisloirr d*» Sisamncs a été peinte, notamment, par Gérard
David, a Hrui|.s (LAhL.\ESTHK-UicnTE.>BKR(,ER, La lielgujue, p. 32.'^).
(») Solon, 5. («J I, I Thul^^s. (■) IV, i, 7 ext.
ppap
h ■-
- 96 -
sum ejus civltatis populum delata, placiiu Apolllnem Delphicum
consuli, ciimam adjudicari inensa deberet. Deus rospondit illi esse
dandarn qui sapientia caîteros pnestaret. Tiirn Milesii coiisensu
Ihaleti niensam dederunf. Ille cessit eani Bianti, Bias Pitlaco, is
protiniis alii, deliicepsque par oninium septem sapientiiini orhen.
ad ultinium ad Solonem perveiilt : qui et titiiliini ainplissiina'
sapientiœ et pra^mium ad ipsum Apollinom transtulil.
^ Je croirais volontiers que c'est à Valère, directenient, (jue
raiiteur du Specu/uni a eiiiprimlé riiistcdre de la « tal)Ie »
«l'or. La riil)ri({ii(' du nianuscrit des Johanuites de Sélestal
renvoi^e à VJIistoire scolastujur, e( la ruhrique de Bihl. Xat.
lat. 9r)8r) au Lévitiqne ; mais ni V Histoire scolastique ni —
est-il hesoin de le dire ? — le Lévitiqne ne contiennent rien de
tel. La rubrique de Bibl. Naf. lat. ,)58r> renvoie au Spéculum
historiale; mais ceci encore est une erreur : l'histoire de la
table d'or ne semble pas avoir été racontée par VIik eut de
Beauvais. Elle l'a été dans les Gestn linmiinonim^'), mais avec
des modifications ou plutôt des déformations telles (jue, cer-
tainement, ee n'est pas aux (îesta que Fauteur du Sprculiim
a dû rem[)ruutor. Du reste, les érudits s'accordent à dater les
Gesta du milieu du ([uatorzième siècle: ce recueil serait (h^ic
postérieur au S. IL S,Q). I^armi les textes médiévaux qui ra-
content l'histoire de la table d'or, Œsterlev n'en coiuiaît pas
qui soit plus ancien (|ue celui du Speca/f/m (J) : car !" Anqlais
Robert Ibdkot, (jui raconte l'histoire dans ses Moralitates, est
contenq)orain de notre auteur, étant mort en 13^9 (^).
XXIV, 59. Quamvis passio Christi fuit a Pâtre cadesti prœordinata,
Tamen non invite sed voluntarie est ab ipso acceptata.
Et diud Codrus, rex (îraHonim, olim per figuram pr.Tmonstravit,
Oui pro suis civibus liberandis sponte mortem acceptavit.
(^ivitas enim Atheniensis obsessa erat
Et per nullius subventionem liberari poterat;
(') 5 208. page r.i8 de l'édilion Œsterlev : Refert Titus Liuius {sic) çuod inventn
Juerat mensa aurra, et ronsnltus Apullo rni dari d^heret n-spondit quod snpien-
iiori. Propt^r qaod data fiut philosopkn dicta Thaïes. Isfr aiitem Thnlrs e r ha-
mihtate nnsit eam Biaci (sic), Bias alteri et sic usquf ad septimum saptentem
(Jnecorum, sciitcet Salonwnem (sic) qui in ea pin,rit imaginem hamilitatis et po-
sud eam in templum ApoUinis. Suit un développement sur la vraie humilité dont
l'auteur énumère les cinq conditions. '
(-) (i. Bru.net, Le violier des histoires romaines, page o-
(3) Page 744 de son édition. (*) Id., page 246.
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— 97 —
Tnnc pnedictus rex consuluit deum suum Apollinein,
Si per aliquem niodum posset liberare civitatem ;
Et quarnvis paqaniis esset et non cofjnosceret Deuni,
Tarnen iiutu Dei recepit per Apollineni responsum veruni Q);
Dicliim est ei quod civitas niillo modo posset liberari,
Nisi oporteivt ipsurn ab hosfil)us occidi et mactari ;
Oui in tantuiM dilexit suos, qui erant intra urbein,
(jijod exivit de urbe, volens propter eos subire mortem.
Jlosles hoc scientes, nolebant ei in aliqiio nocere,
Cupientes potius civitatem quam ipsius moitem habere ;
Quo audito et experto, rex ad civitatem rediit.
Et vestes reqias exuens et serviles induens, iterum exivit,
Statnn liostes, in eum irruentes, eum interfecerunt,
Quia ipsum recfem in servili habitu non cognoverunt.
Gum autem vidèrent regem mortuum, de eaptatione urbis despera-
Et, ab inq)U(jnationc cessantes, ad patriam redierunt. [verunt
L'histoire de Codrus, à laquelle le Spéculum ne consacre
pas moins de vingt vers, n'est pas empruntée, comme le dit la
rubri({ue du manuscrit des Johannites de Sélestat, au Spe-
culum Ecclesiœ d'Honorius d'Autun, ni, comitie le disent les
nil.ii.[ues du H. N. lat. GjSô ou de Munich dm 18877, à
V Histoire sco/asttque. Elle est raj)portée par Justin, II, 6, et
par Valère Maxime, V, 6; mais la mention d'Apollon, qui se
trouve dans Valère et rpii man«jue au récit de Justin, indique
que Valère est la source médiate ou immédiate où notre auteur
I a puisée. La même histoire se trouve dans nombre d'auteurs
In Moyen Aqe, énumérés par Œsterley dans sa note sur le
Ml'-' chapitre des Gesta liomanorum. Voici comment la racon-
tent les Gesta :
De Victoria Christi et caritate ejus nimia. Gosdras (^) imperator
Alheniensium contra Dorenses puqnaturus congregavit exercitum,
(«) Cf. Pascal, Pensées, t. II, page 4i de l'édition Havel : « La religion païenne
sans fondement aujourd'hui. On dit qu'autrefois elle en a eu, par les oracles qui en
ont parlé... » — a L'opinion, remarque Havet, qu'il y avait eu chez les païens de
vrais oracles, rendus par les démons avec la permission de Dieu, était encore géné-
rale chez les croyants du temps de Pascal; Fontenclle a l'honneur, par son Histoire
des Oracles, de l'avoir fait abandonner. » La croyance exprimée dans ce passage
du .V. //. .Ç. explique (pie la tra-lilion catholique ait cru à l'inspiration prophétique
de la Sibylle : teste David eum Sibylla. Cf. supra, page 69, la légende de la Sibvlle
et d'Auguste.
(*) Codrus, dans les Gesta, s'appelle Cosdras, autrement dit Chosroës, par confu-
sion avec le roi parthe de ce nom : cf. j)ar exemple Honorius d'Autun, dans Mig.ne,
P. I.., ('LXXII, ioo4 : Cosdras rex Persaruni Jadœum depopulavit.
PERDRIZET, ÉTUDE SUR LE S. II. S. m
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- 08 -
et super eventu belli consiiliiit Apolllnein. Cui responsum est qiiod
aliter non vinceret, nisi ipse gladio interiret hostili. Dorenses, hoc
audito, dixerunt ne quis lœderet corpus régis Cosdri. Quod post-
quam Cosdras cognovit, mutato régis habita arma accepit et exer-
citum penetravit. Quod videns unus niilituni cum lancea eum usque
ad cor penetravit...
Moralizatio. Carissiini, sic dilectus Dorninus noster J. C, con-
sulto Deo Pâtre, quod genus hurnanuni non posset redinii, nisi si
ipse nioreretur, venit pugnaturus in hello isto contra diaboluin.
Et sciens quod agnosceretur, niutavit habituni suuni, quando natu-
rain hunianarn assuinpsit : « Si cognovissent, nunquani Doininuni
gloriie crucifixissent. » (I Cor., II°.) Imminente vero die belli, unus
militum stans juxta crucem cum lancea cum usque ad cor penetra-
vit, et sic per mortem suam totum genus humanum morte juste
adjudicatum liberavit.
Dans le Miélot df Paris, la rubri([ue renvoie au Prolo(jue de
1(1 Bible; de mémo, Munich dm 18^77 in j>rnlogo Bibliœ, in
primo capitiih, in fine. H s'agit du Prolo(jus (/aieafiis mU par
saint J.Monie en tète de la Vnl.jate; il n'est du reste pas (|ues-
tiou de la table d'or dans ce proln(}ue ; on aura vu un»' allu-
sion à rbisti»iiv (le la lahle d'or dans le passage où saint
Jérôme parle, d'une l'aijon tout a fait générale, des olVraudes
précieuses qui sont vouées dans les églises : J/i temj>l<) hei
offert unusquisqur qiioil potest : afii auruni, argentuni rt la-
pides pretiosos, alii hijssnm et purpura m rf coecuin nljerunt
f'f hipicinthuni : iiohiscuni hene (Ujitur, si obtuleriruus j>rUrs
et cnjiraruni pilos.
2. Le S. H. S. et les paradoxographes
Parmi les préfigures du .S". //. S., il en est une qui n'est em-
pruntée ni à l'histoire sainte, ni à l'histoire j)rorane, mais à
l'histoire naturelle, telle ({uc le Moyen Age l'a entendue. On
sait ([ue, pour le Moyen Age, l'étude des animaux et des
plantes, des pierres précieuses et des astres, n'avait d'autre
but que de dégager les symboles renfermés dans rieuvic de
Dieu. On sait, d'autre part, combien le Moyen Age, héritier
des paradoxographes grecs, a été curieux des récits de mer-
veilles. La |)lu[)art des ouvrages d'histoire naturelle du M(>\en
Age, Bestiaires et Vuhicraiies, Ilerbiaires et La/a'daires, dé-
— 99 —
rivent du Plu/siologus et ne contiennent que des fables allé-
gorisées. Mais c'est justement parce (ju'ils renfermaient tant
de fables, et qu'ils en tiraient des explications édifiantes, mys-
tiques ou morales, que les livres issus du Phijsioloyns ont "eu
tant d'attrait pour le Moyen Age. Notre auteur ne serait pas
tout à fait représentatif de la piété de son temps s'il n'avait
emj>runté qu 'hjues symboles 'àwxjabuhe naturales.
xxvHi, 89. Quamvis infernus multis arnns et da^monihus munilus erat,
Tamen eum (Jiristus sanguine suo faciliter confrinqebat.
Istud olim in struthione Salomonis pra'fîguratum fiierat,
Cujiis pnllum rex Salomon in vase vitreo incluserat ;
Stnithio. cu[)iens lihorare de indusione suum pullum,
Ahlit in desertiini v[ attidit inde qnemdam vermiculum,
Quem comprimons, siipra vitrnm sanguinem exprimehat,
Et ad tactum illius vitrum per médium se scindehat :
Sic, cum sanguis Christi in patibulo crucis est expressus,
Infernus tanquam vitrum est confractus, et homu liber egressus.
L'histoire de Tant ruche (pii délivra son petit enfermé dans
un vase de verre a été empiuntée j)ar noire auteur à VHistoire
scolasfirjne, chap. 8 (\\\ Lifter 11/ lietpnn :
Fahul.uitiu- .Iud;ei, ad eruderandos lapides celerius. habuisse Sa-
lomonem sangiiinein vermiculi, qui tamir dicitur, qucm invenit
hoc modo. Erat Salomoni struthio hahens piillnm, et inchisus est
pulliis snb vase vitroct. On<'m cmii videret slrulliio, sed hajjere ne-
quiret, de désert.» tulit vermicidurn. cnjiis sanguine linivit vitrum,
et fracturn est.
C'est aussi par V Histoire scolastique que cette légende a
été connue de Gorvais de Tilbury (0//V/ i/nperialia, II, io4, éd.
Leibniz. {». i ooi»: ('d. Liebn»cht. pp. f\?) et loS), de l'auteur
anonyme des (iesta llanianorum (eh. •î7)(^ (Esterlev), de Vin-
cent de Beauvais (Sjtecnlum doctrinale, XVI, 23; Spéculum
naturalr, XX. 170) et d'autres auteurs médiévaux dont (Es-
terley donne la liste dans son commentaire des Gesta ; il v faut
ajouter Albert le Grand, qui, dans son De animalibus, 1. XXVI
(t. VI de Vvd. de Lyon, page <)83), rajqxirte la h'gende rela-
tive au tfiamur rel samir : hoc est fabula , dit le docteur uni-
versel, et puto esse de erroribus Judieorum. Albert le Grand a
ï
e-
— I oo —
raison ,ri,„f„„,.r oetl,. lé;|,Mulo ai.x Juifs. Les nihl.lns ,■;„„„-
aient quo I),ou ayanl iMl..r,li, (l-,.„,plover lo Ter (lans la ,„n^
irnction ,1„ ,.„,,,le (||I /,„„. ,,^ .) Sa|,„ , ,,.,.,„ ,rAs,no-
dt-e, pnnce dos dén.„ns, lavis dr se |,r,Mm,T „„ ,-..,l.,ln ver
donl la iirosseur élait eell,. .l'un ,,,.,1,, ,rnnje ,-1 ,l,„„ les de„i:
.■aient ,1 une luire merveilleuse. i;e ^er s-ap,u-l;,i, s.-iamir „u
cha„ur; c rUut lune des dix choses que iJieu avait r,,.ées
pondant la semaine de la crëatio,,, h, vei lu sal.l.at au
crépuscule (Barlolocci, lilbUolkecn mn,,na rabhuur,, t 'iX
p. 1^2). Le rh.wvr a(,par ait au « Prince de la iiut » „ui
.'" avait eonlié la .jarde, s„us le sceau du secret, au ,„',, lie
'"■";'■'■'■• ■^"' '«e cnsoillc à Sainmou d'all.r dénicher les
petits du coq de l,rnvère, et de les ,„uvrir d'une niaMue rie
verre. Le coq de |,ruvore apporte lo charnu, I,. n„se sur la
plaque, qui se fend. Loiseau .Ldivre ses petits, et Salnu„.n
se.npare du chamir, qu'il euqdoie à (ailler I,.s pierres ,lu
leiuple (Hartolocc, t 1, pp. 33. et 4,r; Uoehar., iLocokon.
V-'/', oi, • '""■''• ''•"" '•'■" D'-nL-schrift,',, ,lrr Mc.„l -„
/./■A//-/ ,8,,/i pp. ',8-M. : Teudiau, /A,.v Burh ,/,;■ S,,./,;, '„',„l
Lyndonjûdi.chor Iw-r,-//, 3« éd., Francfort. ,8-3.,,; 3-, • et
d autresauteurs cités dans Th.-Mur,,,, i:„r,,,-lo,Jia, s. s.'sr'h,,.
.;-//• auxquels ,1 fan, ajouter .S. l!ariiuKi„uld, rnrin,,, )t,,il,.
Ollh.'mnldle.uje, Lomires, i,,oi. pp. 3Sf,-', , f,). |., „,.■,,„,,,.
qende existe cliez les .\rabes, .„u. un.. f„ni,e léqère.neut
dderente. C était, disent-ils. pendant la construction , lu Tem-
ple; les scies des scieurs de pierre qriiieai,.i,t d'une fa,„„
insupportahle ; un djinn donne ce conseil à Saloniou : . Prends
les œuls d un c,u-l>oan, couvre-les .ruiie plaque de cristal et
VOIS ce que lera la mère. „ Salomou suit le conseil. Le corl,,'..»
va chercher la pierre .nmur, et le cristal se fend en deux aus-
sitôt que le samur Ta touché (C. Weil, Bihlisrlw L.nrndèn drr
Musrlmannn-, p. 23(',). -^
La légende de lautruche rpii délivra son petit enf.Miné dans
nu vase de verre n est pas seule ,1e s,u. espèce dans le 6'. //. .^.
x.vvi, 3i. Drlphini (licuMtar ,n,.iti,is suis compati et oos scpelire •
^-.' quomodo potesl I„„mo planctiun Mari.T sine dulore andire "
n, 4d. s. e lophas adspectu sana„inis uva- ad pa^aan, animatar. '
^.. 8y. .Non solum a se tentat.ones et pecoata .Maria ropellehat. rcala
Sed etiam ah alns, .pnhas radios suœ grati.-e ial'andehal
I
lOI —
Oiiainvls Maria Virçjo piilcherrima erat,
Taiiien nuin|\iaiii ab ali(jU() iiiale conciipisci poterat ;
Nani vlrtiis quaHlam ilivina ab ipsa [JiHxcdebat,
Et ipsa intiientiiiiii conciipiscentias illicitas exstiiujiiebat.
Sicut piiiiii ryprcssus (uloro fiiçjat serpentes.
Sic eiiiiii Maria gratia sua depiilit inalc concupiscentes;
Et sicut in viiiea llorente iKMjueunt serpentes habitare,
Sir ^ï^riit' imlLi main rniicn[»is('entia })<>tiiit appropinquare.
La croyance relative aux soins <{ue b's daupbins preinlraicnt
tle leurs morts [iruvicnl i\i}<, ( Irecs de l'antiquité ('), qui ont
raconté de ces animaux tant de fables, et de si toucliantes. Ce
que n<>tr«" anteui- dit <les éléphants provient de I }tacli(fh. vi,
34 '■ ''f t'/('/>/t<//ifis nsh'ndri'iinf sdrujuineni uvœ et moi'i, nd
acucndits fas m jii-.i'liiun (-).
Il taul descendre jnstju'au Bestiaire uaiidois Q) pour trou-
ver, dans un Lil/ei- nafi/n/fis issu du J^hi/siolotjus, l'assertion
(jue \r stMpenl liiil Itideur de la viqne lleurie : mais le Bes-
tiaire \aiid()i> ne voil pas dans cet ell'et de la viqne sur les
serpents un svmbnie de la pureté virrjinale de Marie. Par
contre, les ailleurs anciens, Nicandre (^), Virqile Q) et, à
leur suite, Isidore de Séville('), liaban Maur('), les auteurs
de Bestiaires ('), les encyclopédistes du treiziènn' siècle (') ra-
content (jue la lumée d'un feu de cèdre, ou de la résine <lu
cèdre, met en fuite les serpents. Et, depuis le treizième siècle,
(')Cf. Pline, Ilisl. mil., IX, lo, et Élien, De animalibiis, XII, *'i((i'a]»rès -\rislote).
(*) La même croyance est rapportée j)ar Tliomas de Chanlimprô, Jactpics de Vitry
et Vincent de Beauvais (Spcc. naf., XX, 43).
(i) f^f. A. Maykh, dans la Fcatschrift fur K. Ilofmnnn Çlioinan-Forschiint/fn
de Vollmoller. Krlanijon, V, 1890, j». '4 17). Je suis rf'dcvablo de cette indication,
ainsi ijne d»- [thi>ieiir> autres, à M. Max Cioldslanb. île Berlin, le .srx'ciali.^te qui
connaît le mieux les (}uesli(»n.s relatives an Pfiysioloijns.
{') Ther.. .T.. {•) ljeor<j., III. 41^. sq. («) /-.Vym., XVII, 33.
("j y. L., idX, 482; CXI, r»i7 : ced/'u^ nrhor est odoi-is juviiiuli, serpentes
nrcenso niJore fiujana ac pernnens. Cf. CIX, 929.
(•j De bfstiis ft nliis rébus I. IV ", dans l<-s Opéra de Richard de Saint-Victor
(/*. L., CLXAVII, i4o : odor rrdri srrpentes fiKjat).
("j Arnoldus Saxo, D'- l'iantia, III, 12 : et ndorem cedri serpentes fuffiunt,
qui, rum senserunt ipsum, tnoriuntur. — • Vincent de Beauvais, Spec. nat.,
VI H, 12 : redrus est iirbor altitudinis et odoris prœcipui ; cujus odor serpentes
fugat et interiinit. — B.\KTHFn,t:.MY l'Anijlais, De propriei. reruin, XV^II, 28 : odor
cedri J'uijat serpentes <'t omnia venenota.
)
I02
les mystiques, Richard de Saint-Laurent ('), Jacques de Va-
razze (-), Jean de S. Giinignaiio Q), voient dans cette vertu du
cèdre un symbole de la pureté virqinale de Marie.
Or, l'histoire naturelle du .Moyen Aqe rai>|)r(»rhait le cvprès
et le cèdre : fo/ia redri, dit Isidore, ad ci/pressi similitudinem
respondent ; Utjnum ci/pressi redro piene proximam hahef
rirtutem (♦). Albert le ( îrand les étudie ensend)le, dans un même
chapitre : de redro aufe/n et cijpiess(ts dit-il, sinuil ageinus,
propier iKUiim arboriiin in imiltis conrenien/ia/tt Q).
Si les docteurs du Moyen Age ont étudié ensemble le cèdre
et le cyprès, c'est qu'ils les trouvaient rapprochés dans deux
textes bibliques sur lesquels, plus que sur tout autre, se sout
appliqués les s[)éculatirs : un texte du Cantùpie {}, i6 ; tigmi
domorum nosfraium cedrina, laquenria nosfn/ ci/pressina), et
uu passage de cette fameuse description de V Fj-rlésùistique où
il est questiou de la sagesse, et où les mystiqu«'s ont reconnu
tantôt l'Église, tantôt la Vierge Marie {KcrK. xxiv, 17 : quasi
cedrus e.valtata siim in Libano et quasi redrus in mante
Si on).
Ce rapprochement du cèdre et du cyprès dans deux textes
bibliques aussi célèbres explirpie, croyons-nous, la confusion
faite par le .V. //. 6*. Les confusions abondent chez les couipi-
lateurs du Moven Age.
Où notre auteur a-t-il em|)runté ce renseignement touchant
reflet du cyprès sur les serpents ? (Ki a-t-il pris l'idée d'ex-
pliquer cette propriété du cyprès comme une allégorie de la
pureté de la Vierge ? Sans aucun doute, dans le chapitre de la
Légende dorée sur la Présentation de la Vierge. Jacques de
Varazze n'est d'ailleurs pas l'inventeur de l'allégorie qui nous
occupe : lui-même l'a empruntée à un ouvrage mystique, écrit
dans un milieu Cistercien, vers i23o : le De làudilnis beatip
(') Z>f landilms b. Mari.e, XII, C, $ A.
(-) Uff. aiir., XXXVII, page iG^ Grasse.
(*) t i323 ((uit\BER, Gntnt/riss, H, i, 199). Maria mater Ihnnini asshnilatur
cedro. Cedri sunt ra/dr procene et odorifersp ; quaram odor fugat ser/tentes et
intei'fecit vermex. Prr iitramqtu- redriim heata Maria signijicatur. Ipsa enim
instar cedri fugat serpentes, i. e. dietnonfs e.rstini/uif; fermes, i. e. pravas rogi-
tationes, et reddit candidas mentes {De regetalibus et plantis, III, r. 3;, éd. "de
Bàle. 1^91»).
(«) Etym., XVII. 33 (de cedro). 33 (de c\parisso>.
(') De regetalil»us et plantis, VI, ii {Opéra, éd. Jammy, t. V, p. ^Sâ h).
r
'T
J
— io3 —
Mariie, communément attribué à un prêtre de Rouen, Richard
de Saint-Laurent.
Leg. aur.y XXXVII (p. iG^
Grîisse)
DicuntJudœi quod cum Maria
pulchcirima fiierit, a nullo tamen
unquam potult concupisci, et ra-
tio est, quia virtus siue castitatis
cunclos adspicientes penetrahat
et omnos in iis concupisccntias
ropellehat. l'nde comparatiir
cedro, quia, sicut cethus ser-
|»entes odore interfîcit, ita ejus
sanctificatio in aliis radiabat. ut
omnes niotus in carne serpentes
occidohat.
De laudibas b. Mario?, XII, G
§0(0
Maria cypressus. Quia cypres-
sus arbor est odorifera : ut supra
de cedro. Si l'on se reporte à
Vendroit indiqué (XII, G, § !\),
on lit ceci : Maria cedrus. Quia
cedrus odore et succo fugat et
exstinguit sorpentes. Sicut tes-
tantur Judaii, Maria pulcherrima
virfjinum fuit : nec unquaiii ali-
quis. cam intuens, ipsani mâle
concupivit. Et h;ec gratia trans-
fusa est in eam in sua singulari
sauctificatione quasi quiedani
respi ratio vel quoddam spira-
menlum oedrîni odoris, ad occi-
dendum in iiituentibus eam car-
nales concupisccntias et motus
qui quasi venonosi serpentes in
carne serpunt. Kt ideo dicit ipsa
se quasi cedrum in Libanu exal-
tatam [tccli., xxiv, 17].
C'est du De latidibus encore que proviennent et l'assertion
concernant relî'et de la vigne lleurie sur les serpents et l'idée
d'expliquer cette propriété de la vigne comme une allégorie de
la pureté de Marie : Maria ritis, dit Richard de Saint-Laurent,
quia vitis odore JJorum suoruni serftentes et venenata fugat [f).
Ainsi le cyprès et la vigne en Heur sont des figures de la
Vierge immaculée. Ce symbolisme fondé sur l'histoire naturelle
sera développé au qui?izième siècle, surtout par les Domini-
(•) Dans les 0/)fra d'AtBERT le Grand, éd. Jatnmy (Lyon, iOji), t. XX, y. ^12,
Jammy ayant, sans droit, attribu*' à Albert le Grand le De laudibas h. Marine.
(-) De laudibus, XII, 6, 5 ' (Jammy, p. 396). Ges allégories sur l'odeur du
cx^pres et de la vi<jne en Qeur ont passé du D" laudibus dans les sermons du Fran-
ciscain milanais Bernardin de Busti (7 i5oo). Cf. Maracci. Polyanthea Muriana
(Cologne, i683, f»), page 106. J'ai copié, en iSj3, la poésie suivante, écrite sur la
— I o4 —
cains, dans le Defenson'um inviolatœ virginitatis heatœ ManœQ)
et dans les ouvrages similaires, où les fables des Libri naturales
sont employées à démontrer la virginité sans lésion de Marie.
Ce symbolisme très particulier ne semble pas remonter plus
haut que le treizième siècle. La première période du Moyen
Age n'en avait pas eu l'idée : Raban Maur, dans ses Allegoriœ
in Sacrani Scriplaram Q), recomiaît dans le cèdre dont parle
la Bible, suivant les passages, soit le Christ, soit le bois de la
sainte Croix, soit l'Église, soit les docteurs de l'Église (i);
jamais il n'en fait une figure de la Vierge Marie. L'application
du symbolisme physiologique à la mariologie est une preuve,
entre bien d'autres, de ia place de plus en grande que, sous
l'influence de la foi populaire et des Ordres monastiques,
prend, à partir du treizième siècle, le culte de Marie.
3. Le S. H. S. et les Descriptiones Terrœ Sanctœ
L'une des grandes préoccupations du Moyen Age a été la
Terre Sainte : le « voyage d'outre-mer » était le pèlerinage
par excellence, celui que chaque fidèle souhaitait de faire. Les
page de titre d'un livre grec du seizième siècle, à la bibliollièque de l'École normale
supérieure (coté L. G. p. 96 4'>) :
PARABOLE
Le serpent meurt de déplaisir,
Lorsque la fifur sent de 1 1 viyne.
L'homme au contraire y prend plaisir
Et en boit droit comme une ligue,
(le nous pst un évident sicjne
Que toutes l«'s bonnes liqueurs
Ne sont pas bonnes à tous cœurs.
Le serpent, c'est l'homme mécLunl.
Et la vigne, r'est Jésus-Christ ;
La liqueur, son verbe tranchant
(Jue ses Aposlres ont escrit.
Chacun en use en s^)n esprit ;
Le simple sans danger y mord.
Mais le mérhant y prend la mort.
(•) Pour le De/ensorium, voir infra, rli. VIll, $ 7. Il a pour auteur un Domini-
cain, Fra>z von Retz (1337-1421), qui fut, de i385 à i^ii, professeur à l'uni-
versité de Vienne. Cf. le travail capital de J. von Schlosser, Zur Kenntnis dtr
kanstlerischen Ueberlieferiing im sptiten Mittelalter, dans le Jahrbuch dtr allerh.
Kunstsammlungen (Vienne, 1902). Schlosser explique très bien que les Dominicains
ont tenu à se faire les champions de l'immaculce virginité de Marie, prccisémenl
parce qu'ils ne croyaient pas à son imnjaculée Conception.
(*) P. L., CXII, 891. (3) />. /:., ciX, 929.
100
prédicateurs y encourageaient leurs ouailles. Les moines men-
diants, n'étant pas astreints comme les autres moines à la vie
contemplative, le faisaient souvent. C'était parmi eux que la
papauté recrutait ses missionnaires et ses émissaires aux pays
du Levant. Qu'il s'agît d'aller discuter avec les prêtres schis-
mastiques de Byzanre ('), de tenter la conversion du Mira-
molin (^) et du Soudan de Babvione (5), de négocier avec le
Soudan de Damas et le Vieux de la Montagne (+), il se trouvait
toujours quelque fils intrépide de Dominique ou de François
pour se lancer dans l'aventure. Le courage de ces enfants
perdus du catholicisme est aussi admirable qu'il fut vain.
Beaucouf) de moines mendiants, même après la perte défi-
nitive de la Palestine, devaient donc coiniaître de insu les
lieux saints. Aussi était-il souvent parlé, dans leurs prédica-
tions, de la Palestine et du Saint Séptdcre. Plusieurs d'entre
eux, d'ailleurs, avaient écrit des descriptions de la Terre
Sainte, pour compléter et rajeunir la description vieillie
d'Adamnan ('). C'est à Tune de ces descriptions que notre
auteur a emprunté, je suppose, les renseignements minutieux
et précis qu'il donne sur le Saint Sé[>ulcre ('^).
xxxn, 3. Sciendum auteni quod .sepulcrmii Ghristi est cavatuiii in petra
Et videtur esse tanquain duplex caméra parva ;
Quando homo primo intrat, invenit parvulam cameram,
Quae excavata est in petra jacenle, non in terra, sed super tcrram,
Et hahct circa .septein vel octo pedcs tam in longum quam in latuin,
Et in altuin, quantum homo potcst extondere luanum ;
Ex i.sta carnera intratur per parvuin o.stiuni in aliam,
(Juae habet fere eamden longitudinem, latitudinein et allitudinein ;
Et quando homo ingreditur per ostium parvulum jam prœfatuin,
A dextris videt locum uhi corpus fuit collocatuin.
Et est Umquam .scainnuni latitudinis circiter trium pedum,
Et longitudo extendit se de uno pariete ad alteium ;
Altitudo vcro prœdicti scanuii habet fere pedeni et diniidiurn,
(') Voir les Scriptores de Quétif et Échard, t. I, pages 911 et sqq.
(-) Sabatier, Vie de saint François d'Assise, paye 256.
(^) Id., page 263. (<) Joinville, chap. 87 et 90.
(*) Ecrite à la un du septième siècle et conservée dans VHisf. ecclès. de Bt:DE le
Vénérable, 1. V, chap. 16 {P. L., XCV, 367); cf. les Itinera HierosoL, de Tobler
et MoLiNiER, pages 178 et suivantes.
(•) Sur le Saint Sépulcre, cf. Molanus, De hist. SS iinar/., IV, i3, avec le com-
mentaire de Paquot. Se rappeler le Sépulcre de l'église Saint-Nicolas à Tro^-es.
i
— jo6 —
Et non est concavinn, erg(. corpus non est intra, sed supra ipsum
Quidam pereçjrini hoc scamnuni sepulcrum appellant, [positum.
Sed Judaei totam petram cum atiilialms cameris sepulcrutn vocant.
Ostium moûumenti grandi lapide erat obturatuin
Et sigillis Judaeorurn cornmunitum et signatum.
De tontes les descriptions de la Terre Sainte que le Movea
Afje nous ait laissées, la pins intéressante est assurément
celle que composa, en i2S3, une quarantaine d'ainiées avant
la publication du Sprciiliim, un Dominicain allemand, Sur-
rhardus de Monte Sion ('). Est-ce à Bourcart (jue notre auteur
a emprunté la léqende, tardive Q, concernant Adam et le
champ damascène ?
Notandum quod vir in agro damasceno est formalus
Et a Domino in paradisum voluptatis est translatus (>).
Assurément, on la trouve dans la description de linur-
cart (*). Mais, comme elle j)araît avoir été bien connue des
Latins dès le début à\\ treizième siècle, il serait très impru-
0) Sur Bourcart, cf. la notice de J.-V. Le Clerc, dans VHist. litt. ,h la France.
t. A\I, page i8o, et Laurent, Prrnjrinaforcs nwdii .roi ^/untiior (Leipzl(|, 187.3),
page A- Pour les iiiss et les éditions, cf. R.iiimcHT, /iiU. ;/ro;/r. Palest., p. âO.
C») Adamnan n'en dit rien dans son chapitre sur Flebron et les lomUeaux des
patriarches : cf. P. L. XCV, 258; Tobler et Moli.mer, /////. llierol, page 224.
(3) LuDOLPHE en a parlé encore dans la Vita Christ i, I, 3g : in Bethlehem se-
cundus Adam est nalus, de ,fua ad septeni milliaria vel circa contra Austrum
est Hehron cwitas, ubi in agro daniasreno fuit />rimus Adam de ruhra terra
forniatus, de quo agro ad jactum arcus es} spelunca dupie.r, ubi ipsr Adam
cum conjuge sua est conditus et sepultus.
{') Descriptio Terrw sanctœ, chap. LX (éd. Laurent, p. 81) : .1 spelunca duplici
{in ,fua sepulti sunt Adam et Eva, Abraham et Sara, fsaac et Rrberca, Jacob et
Lia) contra Occidentem, quantum jacere potest arcus, est ager damasrenus, in
quo plasmatus fuit Adam. Ager iste in rei reritate rai de rubeam hnbet te-ram
quip omnino Jîexibilis, sinit erra. De qua tuli in magna quantitafc. Similiter
Jaciunt peregrim alu et Christiani visitantes loca ista. Sarraceni insuper ferram
istam portant camelis in .Egyptum et .Ethiopiam et Imliam et ad aiia loca, pro
speriebus ualde caris (c.-à-d. en échange d'epices de grand prix) rendentcs eam.
tt tamen modira appnret fossio illo in loco. Dicitur enim quod, nnno renoluto
quaritumcunque magna sit fossio, semper miraculose repletur. Cf. la traduction
de Jean Mielot, Description de la Terre sainte par le F. lirochard, dans nis. Arse-
nal 479S. <" i34 V». Bernard de BRtYDENBAr.H (P» 09 yo de Péd. de Lvon, i48o)
a copie ce passage dans Bourcart, (pji lui-.nènie s'est servi, pour rédiger ses sou-
venirs, touchant le champ damascène, de l'ouvrage d'un de ses devanciers, car il
donne a peu près les mêmes détails, et dans les mêmes term-s que Gervais et
Thietmar.
lo-
r
i
)
dent de vouloir indiquer la source où l'auteur du Spéculum a
pu la puiser. On la trouve, en effet, déjà dans les Otiaimperia-
lia de Gervais de Tilbury ('), dans X Aurora de Pierre Raie(^),
dans la Pereyrinatio de Thietmar (), dans V Itinéraire de Lon-
dres à Jérusalem attribué à Mattliien Paris (♦). On peut seule-
ment remarquer qu'elle était familière aux Dominicains du
treizième siècle, puisque Jacques de Varazze, dans la Légende
dorée (>), et Etienne de lîourbon, dans son De diversis materiis
prœdicalihusy en ont parlé : Nous devons, dit Frère Etienne,
faire, si nous le pouvons, le pèlerinaqe d'ouîVe-mer, car c'est
de la Terre sainte ([ue nous tirons notre oriqine, tant corpo-
relle que sj)irituelle : JésiLs-Christ, le second Adam, y ost
mort pour nous, et Adam, notre premier père, y a été créé
dans le champ damascène, pater omnium Adam in ea creatus
est, scilicet in agro damasceno.
Lecoy de la Marche, qui a publié ce texte dans ses Anecdotes
historiques (P Etienne de Bourbon ('), traduit à tort : « Adam
fut créé dans la campaqne de Damas. »
Cette erreur, qui n'est pas nouvelle, puisqu'on la trouve
déjà dans maint texte du treizième siècle (■), nous oblige à
entrer dans (fuelques explications.
(') I, 8 (Leibniz, Script, rer. liransi:, I, 8go) ; II, 117 (Leibniz, I, ioo3).
(-) P. L. CCXII, 21.
(•') Ed. Laurent, page 2g : Est ager quidam in Ebron, qui in multo habetur
honore pro spede preliosn. Soient enim Sarraceni e[}odere terram illam et déferre
in .Egyptum ad vendendum pro nobili specie. (Juantumcunque autem terrx
effossum est, post anni circulum reperilur redintegrafum. De qua terra dicunt et
in eodem loco esse Jormatum Adam. Terra illius agri rubea est. Alii autem
dicunt Adam esse plasmatum in agro damasceno.
(<) A Damas lu Adan fait, nostre premier père, et la terre cultiva cl lahora (Iti-
néraires à Jérusalem rédigés en jram^ais, éd. Mkuei.ant et Raynaud, (ienève,
1882, p. 127).
(') Cf. LUI (De passione Domini), page 22g Grasse. De la Légende dorée, elle
a passé au Catalogus Sanctorum, de Petrus de NATAMBUs(Pctrus Equilinus), III, i.
C) Publications de la Société de l'Histoire de France, t. LX, pages 45o et 453;
cf. page 172.
C) Primas homo fuit formatus ju.rta Damascum in agro Damasceno (^Légende
dorée, chap. LUI, De passione Domini, p. 22g Crasse). Le continuateur de Guil-
laume de Tyr écrit en laOi : ^^ A Ebron Xostre Sires forma Adam de la terre de
Damas » (Michelant et Raynaud, Itinéraires à Jérusalem, Genève, 1882, p. 170).
\J Itinéraire île Londres ii Jérusalem, attribué à Matthieu Paris (vers I244), dit, à
propos de Damas : « Là fu Adan fait, nostre premier père, et la terre cultiva et
lalx)ra » (Michelant et Raynaud, />/., f>. 127). Thietmar, qui rapporte la légende
relative au champ damascène dans sa notice sur Hébron, ne se rend pas compte
«lue ce champ se trouvait près d'Hébron : visiblement, Thietmar croit, lui aussi, que
le cliamp damascène était près de Damas (vo r le texte cité à la note 3).
M
<
^^
— io8 —
Le Moyen Age s'était de bonne heure demandé, à propos du
texte de la Genèse, ch. H, verset 8 {plantaverat Dominiis Deus
paradisiim voluptatis a principio , in quo pomit hominem
quem formaverat), si Dieu avait formé l'homme dans le pa-
radis. Les docteurs avaient répondu par la négative ('). Où
donc Dieu avait-il créé notre premier père? En (juel endroit
de la terre? On peut, je crois, reconstituer la suite des rai-
sonnements par où l'on parvint à répondre à cette curieuse
question.
La tradition orientale, acceptée depuis saint Jérôme par
l'Eglise latine, faisait d'Hébron le li«*u de sépulture d'Adam.
Nomen Hebron, disait la Vulgate {Josné, xiv, i5), ante voca-
batur Cariath Arbe : Adam maœimus ibi inter Enacim situa
est. Le texte hébreu dit tout autre chose : « Hébron s'appelait
jadis Kirjath-Arba; Arba avait été le plus grand des géants. »
Notons en passant cpie cette traditioil sur !a sépulture
d'Adam est inconciliable avec une tradition catholique qui
place cette sépulture sur le Golgotha, à l'endroit même où fut
placée la croix de Jésus.
Le contresens de la Vulgate, qui localisait à îîébron la
sépulture d'Adam, devait conduire logiquement la tradition
catholi(|ue à localiser aussi à Hébroil la création d'Adam :
« A Hébron, écrit Bertrandon de La Broquière, Notre Seigneur
forma premièrement Adam notre premier père {'). » C'était à
Hébron que le corps du premier homme était retourné à la
terre : c'était à Hébron aussi, avec de la terre d'Hébron, que
les mains divines avaient dû le former Q).
Mais comment expliquer le nom de « damascène », donné
au champ avec l'argile duquel le Créateur aurait modelé le
corps d'Adam ?
Formavit Dominas Deus de limo terrx, dit la Genèse (H, 7).
Le mot hébreu qui correspond au de limo terrœ de la Vulgate
(')Cr. Thomas d'Aquin, Somme, partie I, question Cil, art. 4 : Utrum homo
Jactus Juerit in puradiso ?
(») Voyage d'oiiltremer, éd. Schefer, p. 18. Cf. L. Palustre, De Paris à Subaris
page 2bi : « Depuis que j'ai vu à Hébron la terre dont Dieu s'est servi ijour créer
Adam, les souvenirs romains me semblent empreints d'une trop grande jeunesse. «
(î) De même, la tradition qui localisait la sépulture d'Adam sur le Golqotha eut
pour conséquence la localisation au même endroit de la création d'Adam • Cf le
Bremarms de Ilierosolyma (vers 570), dans les Itinera Hierosolymitana et des-
cripUones Terrse Sanctse, éd. Tobler et Molin.er, Genève, 1880, pages 57-68.
est adamah. C'est ce mot qui est l'origine du qualifîcatil
damascenus. Le champ d'Hébron serait plus exactement
dénommé « adamascène ». Il n'y a qu'un rapport fortuit et
j)urement verbal entre la partie de la Syrie du Nord qu'on
appelait la Damascène, ou pays de Damas, et le damascenus
ager.
On racontait que l'argile du champ damascène était de cou-
leur rouge. Ce détail a son origine sans doute dans le nom
même d'Adam, qui en hébreu signifie rouge (').
Là ne s'était pas arrêté le travail de la tradition. On racon-
tait que Caïn avait tué Abel dans Vager damascenus (f).
Quand on eut oublié le sens du nom d'Adam, on localisa le
crime d'Abel dans le champ damascène, pour expliquer que la
terre de ce champ fut de couleur rougr : elle était teinte en
rouge, depuis qu'elle avait bu le sang du premier meurtre.
I
(') JosÈPHE, Antiq. Jud., I, i, 52.
(*) Gervais DE TiLBURT, Otiu, I, 19; VcN'CENT DE Bexvwis, Specu/um hintoriule,
I, 56; Petrus de Natalibus, Cat., III, l\.
ifiMfalf m-
CHAPITRE Vil
DU SYMBOLISME TYPOLOGIQUE
AVANT LE S, IL S,
1. Définition de la méthode typologique. — 2. Cette méthode était en
germe dans le Nouveau Testament. — 3. Origène en Orient, Au()ustin
en Occident en sont les créateurs. — l\. Elle n'a commencé à influer
sensiblement l'art religieux que depuis le douzième siècle. — 5. Les
émaux typologiques du douzième siècle : ateliers mosans et rhénans.
— r». Le crucifix de Saint-Denis et l'ambon de KIosterneubourg. —
7. Les verrières typologiijues du treizième siècle.
1. — « Dans rÉcritiin» Sainte, le sens littéral <'st fiiux »,
enseignait au début du quinzième siècle le fameux théologien
Jean Petit ('). « D'autres docteurs du m«'me temps, sans le
dire, pensèrent de même et ne virent jamais dans l'Ancien ni
dans le Nouveau Testament un simple récit, une morale appli-
cable à la vie humaine, des pensées ouvertes et naturelles;
rien ne Irur semblait plus indigne d'un texte sacré (*). »
Le S. IL S. et d'autres livres à images de la même époque,
sur lescjuels nous reviendrons plus loin, BibJia pnuperum^
(loncordantix raritatis, sont les productions les plus curieuses
de la singulière méthode d'exégèse allégorique Q) que les
(')t lAii- Voir sa notice dans la Noiw. biogr. gén., XXXIX, 700.
(*) J.-V. Le Clerc, Disc, sur l'état des lettres au quatorsièine siècle, ». I, p. 369.
(3) Allegoria, quic per factum aliud Jactum figurât. Sumitur allegoria quando-
que a persona, ut Isaac significat Christum ; etiam David quandoque hoc modo
signijîcat Christum. Quandoque a re quœ non est persona, ut verve.r occisus
humanitatem passam signijîcat, et lapis duritiem cordis ; quandoque a numéro...
(ver) a loco... {vel) a tempore... (uel) a facto. (Pierre Comestor, pn)lo«jue de
Yllist. scol.). Cr. Thomas d'Aqlmn, Somme, pars I, (ju. I, 5 10 « utnim Sacra
Soriptura sub una littera habeat pUires sensus ? > : Secundum quod ea quœ sunt
veteris legis significanl ea quœ sunt nooœ legis, est sensus allegoricus. Secundum
vero quod ea qu^e in Christo sunt Jacta sunt signa eorum quœ nos agere debe-
mus, est sensus moralis. Prout vero sijnijîcant ea quœ sunt in œterna gloria, est
sensus anagogicus.
i
I I I
théologiens ont ap|)elée(( typologique » ou « figurative », parce
(ju'elle considère les faits de l'histoire antérieure à la vie ter-
restre du Christ comme des « figures » ou des « préfigures
des faits de l'histoire évangélique : ceux-ci sont les « antitypes »,
ceux-là les a types » ('). Sléihode essentiellement symbolique
i'\ mysticpie, puisqu'elle est fondée sur ce principe qu'il y
aurait entre les deux Testaments une concordance mystérieuse,
TAncien étant, selon l'expression des docteurs dti Moyen Age,
la figure perpétuelle du Nouveau.
2. — On se tromperait en croyant que l'idée d'expliquer
l'Ancien Testament connue la préfigure du Nouveau soit une
invention du Moyen Age. Le Moyen Age, en cela, n'a fait
que coordomier, systématiser, déve'^l()pper l'enseignement qu'il
avait re(;u de la tradition. L'Évangile de Matthieu Q) répétait
que le Christ était venu pour accomplir les prophéties (Q; les
E[)îtres appienaient qu'il était le nouvel Adam venu pour
sauver le monde que l'ancien avait perdu (+) ; l'Évangile de
Ji'an reconnaissait dans le serpent d'airain érigé par Moïse
pcmr sauver les Juifs la préfigure du Christ crucifié pour le
salut des hommes Q) ou, dans la manne, la préfigure de l'Eu-
charistie (^); le C:hrist lui-même n'avait-il pas dit : a Comme
Joiuis fut pendant trois jours et trois nuits dans le ventre de
la baleine, ainsi le Fils de l'Homme sera pendant trois jours
et trois nuits dans le sein de la terre ("). »
Il n'entn' |>as dans mon sujet de montrer que les auteurs
dt's livri's du Nouveau Testaim'ut, «mi voulant prouver que les
pnqihéties ont été accomplies dans le Christ, ont altéré l'his-
toire vraie du Christ; et que maint détail légendaire de cette
(') Pour cette terminologie, cf.THOLucK, ap. Real-Encyclop. de Herzog, XVII, 392.
{-) Sur les ori.jines srriptiiraires du symbolisme tyjHjlocjicjiie, cf. Heider, Beitrdge
zur christUchen Typologie aus Bilderhandschriften des Mittelalters, dans le Jahr-
buch der K\ k\ Centralcommission, t. V (18C1), p. k S(i, qui a résumé les articles
fondamentaux de Hoffmann, Mystischer Sinn der Bibel et Typen, dans les t. VU
et XI du Kirchenlexicon de Wetzer et \\'elte.
(•>) Malth. I, 22; u, i5; iv, i4 ; vm, 17; xni, 35; xxi, 4; xxvii, 35. « Un des
traits caractéristiques de Matthieu est l'emploi fréquent des passages de l'A. T. qui
sont alléques Comme contenant la prédiction des faits évanqéliques... Il y a lieu de
se demander quelquefois si c'est l'Evangile qui a prévenu et provocjué l'application,
ou bien si c'est le texte de l'A. T. qui a influencé et enrichi la tradition évangé-
lique ') (LoiSY, Les Évangiles synoptiques, I, 336).
(«) I Cor. XV, 22. (s) Jean m, i4.
(•) Jean vi, 3i. (7) Matth. xii, 4o.
'* 4
^
.Wfeéif
I 12
histoire, aussi bien dans les Évangiles canoniques que dans
les Apocryphes, provient de croyances et de textes antérieurs
au Christ, a sa source dans les idées messianiques et dans
des prophéties plus ou moins détournées de leur sens pri-
mitif. Mais il faut se rappeler les résultats auxquels sont ar-
rivés sur la légende de Jésus les critiques modernes, si Ton
veut tout à fait comprendre combien il est vrai que l'exégèse
figurative se trouvait en germe dans le Nouveau Testament.
3. — Parmi les anciens théologiens ('), Origène chez les
Grecs, Augustin chez les Latins, furent particulièrement sé-
duits par cette méthode hardie. « L'Ancien Testament, dit
saint Augustin dans la Cité de Dieu Q), c'est le Nouveau
couvert d'un voile ; et le Nouveau, c'est TAncien dévoilé. »
Par exemple, Abraham, sacrifiant Isaac, f^réfigurc, d'après
saint Augustin, Dieu le Père sacrifiant pour le salut des hom-
mes son fils unique; Noé, ivre, montrant sa nudité, préfigure
le Christ dépouillé de ses vêtements avant d'être crucifié;
l'arche de Noé préfigure le corps de Jésus en croix, « parce
qu'un corps d'homme est six fois plus long (pie large, et (jue
l'arche aussi était six fois plus longue que large ».
(') Déjà, au deuxième siècle, Justin martyr, dans son DiaKxjue contre Trj'plion le
Juif, avait montré que le Messie qui avait accompli les prophéties était prt-Oyuré
par maint passaqe de l'Ancien Testament.
Sur l'emploi de la méthode allégorique par Orif|ène, cf. Denis, La Philosophie
d'Origène (Paris, i884), p. 27 et suivantes ; A. Franck, dans le Journal des savants,
1884, p. 181 ; MÂLE, l'Art religieux du treizième siècle, 2^ éd., \k 164. 11 faut
remarquer, à la louanyc d'Oriqène, que chez lui l'exégèse allégorique est en somme
une tentative de l'esprit critique pour maintenir ses droits vis-à-vis des absurdités
d'un texte révéré. « Quel est l'homme de sens, demande Origène, qui croira jamais
que les trois premiers jours de la création, le soir et le matin purent avoir lieu sans
soleil, et que le premier ait pu avoir lieu quand le ciel n'était pas encore ? Qui sera
assez idiot pour croire que Dieu a planté, à la manière d'un horticulteur, le jardin
d'Eden? » Le déluge, l'arche de Noé, la destniction de Sodome et de Gomorrhe,
l'histoire de Lof h et de ses filles lui suggèrent des plaisanteries que Gelse n'aurait
pas désavouées et que Bayle ou Voltaire auraient applaudies. L'exégèse allégorique
est pour Origène l'unique moyen de résoudre les objections auxfpielles la littéralit<*
de la Bible lui [)araît prêter.
(«) L. XVI, ch. a6 (Migne, Patrologie latine, XLI, 5o5) : Quid enim est qnod
dicitur Testamentam Vêtus, nisi occultatio Novi ? Et quid est aliud quod dicitur
Novam, nisi Veteris renelaiio? (Cité par Mâle, op. iaud., p. 167.) Un adage
souvent rép«''té au Moyen Age (cf. Schreiber, Biblia pauperum, p. a) exprimait la
même idée de^ la façon suivante : Novam Testamentam in vetere Intet, Vetas in
novo patet. Un vitrail de Saint-Denis porte cette inscription, due à Suger : Quod
Moijses oelat, Christi doctrina révélât (Sciilosser, Quellcnbuch, p. a8o.)
s *
— ii3 —
Les premiers Pères ne se dissimulaient nullement ce que
cette façon d'interpréter l'Ancien Testament avait de subjectif
et d'arbitraire : aussi n'en présentaient-ils les résultats que
comme des essais, à titre, pour ainsi dire, d'indications :
« Nous sondons comme nous pouvons, écrit saint AugAistin('),
les secrets de l'Écriture; d'autres le feront avec plus de succès;
mais une chose est sûre, c'est que l'Ecriture a un sens mys-
tique, il y a une correspondance secrète entre les deux Testa-
ments. »
Mais saint Augustin a beau recommander de n'admettre
que sous réserves et qu'avec prudence ses interprétations allé-
qoriques des Livres saints : pour le Moyen Age, elles seront
consacrées par cela même que saint Augustin les aura propo-
sées. Saint Isidore de Séville, au sixième siècle, les met en
forme de mémento (*); Bède le Vénérable au huitième, Raban
Maur et Walafried Strabo au neuvième, et bien d'autres doc-
leurs et commentateurs les répètent tour à tour, sansse lasser;
la tradition orthodoxe, le long des siècles, infatigablement,
redit la même doctrine ("') :
C'est un cri répété par mille sontlin'llos,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix...
4. — Cette fa«;on d'expliquer la Bible devait avoir sa réper-
cussion dans l'art. L'art au Moyen Age a été le serviteur do-
cile de la théologie; il a exécuté exactement les programmes
qu'elle lui imposait ; elle s'en servait pour instruire la mul-
titude des fidèles qui ne savaient pas lire: les peintures et les
sculptures, les tapisseries et les vitraux étaient alors, suivant
nn mot que les docteurs du Moyen Age ont aimé à répéter,
les « livres des illettrés », picturœ qiuv surit libri laicorum (^).
A quelle époque, donc, l'art a-t-il commencé à raconter les
Écritures suivant la méthode figurative? On ne le sait pas au
(') //<rc Scrîptunp sécréta divimv indagamus, ut possumus, alias alio inagis
minusve congruenter, verumtamen fideliter, certum tenentes non eu sine aliqua
pru'figuratione futurorum gcsta atque conscripta, neque nisi ad Christum et ejas
Ecclesiam esse referenda {Cité de Dieu, 1. XVI, ch. a).
(î) Allegoriir qun'dam Script ar/e Sacr.e (Migne, P. L., LXXXIII, 99 S(i.).
(S) Voir dans les Indices de la Patrologie de Mione, II, a^i scj, X Index figu-
rarum Veteris et Novi Testamentorum.
(<) Voir plus haut, ch. l.
PERDRIZKT, ÉTUDE SUR LE S. H. S. O
I^J
•^'gflpmMÈlSdr*.4»l*j.^,.¥J-_étà'i'àp^iVJf''i
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m ■wpii^^.î*'^^^-;
- ii4 -
juste. Quelques savants ont voulu remonter jusqu'à l'art des
premiers siècles, jusqu'aux peintures des catacombes romai-
nes et aux sarcophages chrétiens, il est vrai que les fresques
des catacombes, les sculptures des sarcophaqes chrétiens
représentent à satiété plusieurs des sujets de TÀncien Testa-
ment sur lesquels s'est le plus exercée l'ingéniosité de la mé-
thode figurative : Jonas avak' ou vomi par la baleint-, isaac
offert en sacrilice, Moïse fiiisant jaillir la source du rocher
d'Horeb. Mais prenons garde de confondre les (h'fférents
genres de symbolisme chrétien. Dans l'art des catacombes,
Jonas vomi par la baleine ne sigriilir p;i> le Christ sortant du
tombeau, mais l'homme échappant à la mort et naissaiil à la
vie éternelle; le sacrilice d'Isaac ne signirn' pas la mort du
(Christ, mais le salut de riioninie, miraculeusement délivré par
Jésus, et ainsi de suite ('). AutnMuent dit, \v s\ mi)olisiiie de
l'art des premiers siècles chrétiens c.nI pinrmcFif riio!;!l ; il a
rapport à Tàme chrétienne, il ne concerne point la \ir irir.stK'
de Jésus et ses préfigures dans l'Ancien Testaniciii.
Les mosaïques de la nef d.- Sain(»'-Mari»' Majeure à Roiih»
(côté de l'évangile) représeiileut uiu' longue séi'ie de scènes
prises à l'Aneien Testament : dans le nomhiv. il en est eerlai-
nement beaucoup, comme la rencontre d' Abraham et de Mel-
chissédech, la réception laile aux trois anges par Abialiam, la
bénédiction de Jacob par Isaac. le passage de la nier Houge,
qui ont pu être choisies {mmu- leur sens lignratil". Mais les
scènes de l'Ancien Testanient ne sont pas mises en parallèle
avec des scènes de l'histoire évangeli(pie dont elles seraient la
préfigure. I/intention syud)oIi<pie se dissimule, connue elle
se dissimulera encore, mille ans plus tard, dans les fres<|ues
quattrocentistes de la (:ha{)elle Sixtine.
Molanus(^) a cit.' des textes de saint .\il cl de Paulin de
>ole qui recommandent d'orner les églises de peintures repré-
sentant des scènes de TAncien et du Nouveau Testament. Les
citations suggèrent cette remarque à Pa.piot : /.v ///(*.v rtitim
niinrohti'net in LHffiis /nnnasfrrus, ubi in anibifu c/diisfri ride/r
est pirta in frnesfris plrnirjur C/irisfi Dnniini f/rsfd, adjrctis
utriniqur Ji(jnns r Veteri Testanwntn, ijiuc (jcstis illis respon-
(') PÉRATÉ, V Archéologie chrétienne, p. 69, 74, 102, 112 ; >rARucciii, Éléments
d'archéolofjie chrétienne, t. I, p. ;ioo-3o0.
(-) De historia SS. Imaginum, II, 17.
. \
S
[
I K) —
dent, Paquot se trompe : dans les textes cités par Molanus,
il n'est pas question eiicore d'une correspondance entre l'An-
cien et le Nouveau Testament.
5. — Les plus anciennes ceuvres de la symbolique figurative
qui nous soient parvenues ne remontent pas plus haut que le
douzième siècle.
La mosaïque de Saint-Géréon, à Cologne, qui date du
douzième siècle et qui a été restaurée — pas très heureusement
ni très correctement — de 1867 ^* 1871, comprend, entre
autres sujets, douze scènes bibliques ('): cinq de la vie de
Samson et sept de la vie de David. Cette mosaïque était placée
devant un aut<'l: ces épisodes de l'histoire de Samson et de
David étaient sans doute autant d'allusions à la vie terrestre
de J.-C. Mais les scènes de l'histoire évangélique qui leur cor-
resptjudaieiii dans la pensée des docteurs n'avaient pas été
représentées.
Sur la ntlulit de Kremsmûnster(-), l'artiste a représenté la
Résurrection et l'AscensiiMi «'t, au-dessous, des sujets em{)run-
(és au r^fn/siohxjus, dans les.piels la symboIi(pie médiévale
reconnaissait des allégories de ces deux épisodes de l'histoire
évangélifjiie : la lionne ressuscitant ses petits, les airjles qui,
pour retrouver leur \ igueur. [dongent dans une fontaine, puis
volent vers le soleil. Le pied sur lequel est montée la jotiila
est orné de trois pre'digures, dont deux (Moïse marquant du
ffiii les maisons des Israélites, le serpent d'airain), on! rajtport
à la ( Iruciiixion, et dont la (i-oisième (Samson enlevant les
portes de (iaza) coFieerne la H«''surrection.
Le nord de la l'rance, la Wallonie, le pavs de Meuse surtout,
sont rieli.'s eu monuments Ivpologicpies du douzième siècle.
L;) plupart d«' ces uKjnunients sont des croix, des autels por-
tatifs. C'est par la décoration de ces objets sacrés entre tous,
la croix et l'autel, (jue l'iconographie typologique devait
débuter.
La Crucifixion est le fait ca[)ital de l'histoire évangélique, le
sacrement de l'autel est l'acte capital <le la liturgi»'. Xul sujet
(') Aus'm W'eekth, Der Mosaihboden in Sanht Cereon rw Coin, Bonn, 187.3.
Cf. I« rccli lirai ions de Spri.nger dans la Zeitschrifl Jûr bildende Kunst, IX, p. 38i,
d'E^GCLMANN, dans Grentboten, 1874, t. II, p. 16^, el d' Aus'm Weerth lui-même,
dans les Jahrbilcher des Vereins von Altertumsfreunden im Rheinland, 1875, p. 25y.
(*) Rev. de l'Art chrét., i883, p. 38o.
f^..-'-X-^*-
— ii6 —
n'a autant préoccupé les contemplatifs que ces deux-là ; nulle
partie de Tœuvre rédemptrice ne leur a semblé annoncée par
des prénr,ures aussi nombreuses, aussi surprenantes, aussi
mystérieuses. Le pied de croix de Saint-Bertin ne montre pas
moins de huit préfuiures de la Crucifixion ('). Une plaque
emaillée, publiée par Didron (0, en montre douze.
Les spécialistes Q) attribuent aujourd'hui la croix de Saint-
Bertin a l'atelier du fameux émailleur mosan Godefrov de
Claire, bourqeois de Huy, né dans le premier quart du dou-
zième siècle 0). Au même artiste, ou aux artisans formés à son
école, ils attribuent une série d'ouvraqes émaillés, croix
retables, autels portatifs, tous objets que leur destination
litun|i(pie a fait orner de sujets symboliques.
Sur phisieurs de ces objets, le\symbolisme liquralif semble
0) Bro,,ze doré du douzième siècle, consené au musée de ^aml-Onwr (Annales
'^ ^rf' •' . ^* '''""*'' '^'" ^^*'"^ 1*^''*'*^=^' »'"*^ '^«^♦' spl.éri.ine et un montant
parallel.p,,.e<lu,ue, rouverts Tune et l'autre de représentations tv,K.Iom.,ues • sur la
base Mo.se la..u.t j^llir la soun-e du rocher; le' serpent dairaiJ ; J^il.ib bén L
tau, - sur le montant, Isaac jK.rtant le bois du sacrifice, les espions Jrtant la
Urappe, la veuve de Sarepta tenant deux bo,s cn.isés, les Israélites mannrdu «a
Toutes ces représentations étaient des tvpes de la Crucilixion,
C-) Deuxième moitié du douzième siècle; cf. Annales archèoL, Mil, pi. ,.
Aboi oiTrant Melchisséilech Abraham
l'agneau avec le pain et le vin iK)rtant le bélier
Xoé avec
l'arche
Les maisons des
Israélites marquées
• du tan
Moïse et le
serpent dairain
Les enfants des
Israélites marqués
du tan
Isîiîe
Ascension
Crucifixion
Résurrection
David
Salomon
Naac portant
I»' layol
Jacob bénit
Kpinaîm et .Manassé
Moïse fait
jaillir la source du
rocher
Les espions portant
la grappe
La veuve de
Sarepta
•lérémie
pl!?,0; '"'" ''"'"" " ^'^■^^•«^"«^•^' ^^"'^■'•^'^ SchneUarbeiten des Mitlelalters,
V) J. Helbig, L'Art mosan (Bruxelles, 1906), p. 39.
encore un [)eu incertain et hésitant : tel par exem[)le le tri-
ptyque du South-Kensinqton Muséum ('), ou Fautel portatif de
Stavelot, au musée de Bruxelles (f). D'autres présentent, au
contraire, des types bien choisis et bien ordonnés : telle la croix
du South-Kensinqton Museum('>), avec un type à chaque bout,
en haut Jacob bénissant Epliraïm et Manassé ; à droite les
maisons des Israélites marcpiées du tau\ à yauche la veuve de
Sarepta, en bas le serpent (rairain.
Ces ouvraqes syinl)oliqii('s des émailleuis mosans répon-
daient trop bien aux recherches allégoriques où se complaisait
de plus en plus la théologie pour ne pas susciter des imitations.
Elles semblent avoir été nombreuses, surtout en pavs rhénan,
comme le prouvent par exemph' l'autel portatif de Miinchen-
Cladbach rt c<'hii qui de la collection Spitzer a passé dans la
(')
Vu.N FvLKE,
op. laud., i»l. 7
0-
Jouas
vomi par la
baleine
Les .\farit;
au tombeau
Hésurrrclion
de Lazare (?)
Sacrifice La Crucijîxion
d'Isaac
Le serpent
d'airain
(--)
Le llhri-t
péchant (?)
Vox F.vi.KE, op. laud., pi. 78
La descente
auj; titubes
Samson
enlevant les
portes d(> (Jaza
Le
l'orlemenl
de
«Toix
La
Crucifixion
Les Marie
an
tombeau
Isaac
portant le
fa«jol
Samson
pllloViUlt
la |K»rte
de Gaza
L'Église
Le ser[>eiii
d'airain
m t
la j
ïney
Jon
VOI
par
baie
Oblation
de
Melchissédech
La
Synagogue
Oblation
d'Abel
La
Cène
Les Juifs
demandent à
l'ilate la mort
de J.-C.
La
flagellation
>vl
(*) Vo> P ALKE, Op. laud., pi. 70.
;/
ïiPfS5^5P?5B^^^^^-
— ii8 —
collection Martin Le Roy Q). Le centre de l'autel Le Roy est
occupé par un rectangle de marbre; adroite età qauche, quatre
prophètes prononcent des paroles qui se rapportent au sacre-
ment de Tautel; en haut et en bas, des préfigures de la Gène
et de la Crucifixion.
Oblatioii
de Mt'lchissédecli
David
Malachie
Moïse érige
le serpent d'airain
Abraham
sacrifie Isaac
Le Christ en croix
entre l'Eglise
et la Synagogue
Oblation
d'Abel
Salomon
Isaïe
La récolte
de la manne
L'autel de MiiiK hen-Gladbach est composé à peu près de
même.
6. — L'atelier de (îodefroy de (-laire n'est pas le seul atelier
mosau du douzième siècle (jui ait fait appel, pour décorer les
objets sacrés, à raHégorii' ty[)ologique. NCidiin a vn lleuric, a
l'ombre de sa cathédrale, une «'coh' d'éniailhius, dont la célé-
brité n'a pas été moindre que celle de la Wallonie.
Erjtre autres merveilles dont Su(jer avait oruf' ITMjlise abba-
tiale de Saint-Denis, était un (jimiuI emeilix d'or char()é
d'émaux; h' |)ied était orru' (h's iina()es des (juatre I^vaugé-
bstes et j)iuiait une eohunie ('mainée, où l'on vovail les di-
verses scènes de hi vie de Jésus avec h'uis [)[<''li(|ures : « Ledit
pilier, dit un \ieil auteur qui en a paih' (/ri^isn, lut re\estu de
toutes parts depuis le haut juscpies au bas de très excelhiis
émaux de cuivre, contenant l'histoire de nostre Sau\eur. avec
des témoignages des allégories (h' la fov ancienne (-). >>
Ce crucilix a\ait été exécuté par une (h'mi-douzaine d'or-
fèvres lorrains (jui v avaient travaillé deux îins( ).
(') N'ti.N F.vi.KF, l'/i. liiiuL, \K -îli-L'â ; CdUection Spifcrr (l\iri>, 1900, 1") : Orfr-
vrerie relKiieiisr, |i. 100, pi. iv ; Marquet de Vasselot, (mI. raisonné de la coll.
Martin Le Roy, i'asc. I, pi. I\ , p. (j-io.
(*) Doublet, Hisf. de iahhaye de Saint-Denis l'n Frdiire. T^nri^, iCm', p. s'i,
citô par l-ABAUTiiE. Hist. des arts irulnstrirls, 2'' ('(i.. t, 1, p. /ji'(.
(') Pedf^rn ueru quatuor Euaiuielistis coinptuni, et columnant, cm sa/irfa instdet
imago, subtilissinto opère ainaltitani, et Sa/raforis lustoriani < uni antiqu.r lejis
Nous ne possédons plus cette œuvre insigne de l'orfèvrerie
du douzième siècle ; mais nous pouvons nous en faire une idée,
à l'aide d'un monument analogue comme technique, prove-
nance,et composition, (jui a subsisté jusqu'à nous — l'ambcm
de l'abbaye de Klosterneubourg ('), près Vienne, qui lut com-
mandé, une cin([uantaine d'années après h' crucilix de Saint-
Denis, à un orfèvre lorrain, et qui était décoré de T)! émaux
sur cuivre. Ces émaux, qui sont aujourd'hui disposés en retable
— cet arrangement date du quatorzième siècle — et qui mesu-
rent cliacun environ 20 centimètres de haut sur 25 de large,
étaient rangés verticalem«'nt trois par trois, celui du milieu
représentant un fait de l'histoire évangélique, ceux du haut
et du bas représentant d<'ux préfigures de ce fait, prises dans
l'Ancien Testament.
Une inscription nous apprend le nom et la patrie de l'artiste,
ainsi que la date à laquelle il termina son travail: l'ambon
de Klosterneubourg fut fini en 1 182, l'auteur était de Verdun,
il portait le nom bien lorrain de Nicolas. \ul artiste n'est plus
grand gjie celui-là dans l'histoire de l'émaillerie médiévale;
il est le représentant par excellence «le l'école des émailleurs
de l;t \iill.M- ,ie la Meuse, qui a lleuri au douzième siècle et
dans la {uvniière moitié du treizième, et (jui, en son temps, a
été sans rivale (-). C'<'st le même maître qui fit pour la cathé-
drale de Tournay la châsse Notre-Dame, achevée en 1200O);
c'est à lui (jiie les savants allemands les plus compétents en
la matière ('} viennent de restituer la fameuse chasse di's
a/leyoriaruni Ir.sfinioniis desii/natis... per plures aurifahros Lotharimjos, ijnan-
dw/uc quimpie, t/uandoque septeni, vi.r duobus annis perfectani habere piduimus
{Sugeri abbatis S. Dionysii liber de rebn.s in adniinistratione sua gestis, cap. :\-i,
p. igG dr l'rdition des œuvres de SiKjer, par Lecoy ue La MARtiiE, p.iblicalic.iis de
la SocK'lr de l'histoire dr France). On s'étonne (pie Sehlosscr se s(.il n'si.pi<- a (vrire
de cette cdition {(Jnellenbuch, )>. 2G8) : « Lecoy de La Marche ist niir nicht zn-jan.)-
lich .p'w.sen. Ce leMe a été souvent cité : cf. A. uu Sommekard, Les Arts au
Moyen Age, 1. IV, p. (io.
(i) Der Altariinf'safc iin Cborberrenstifte en KIosferneubnrg, ein Eniailwerk
des XU. Jalirhunderts, angefrrtigt von Xikolnus nus Verdun, anfgenonvnen und
i/an/estr/lt von A. CamesÙna, bèsclirieben und erlautert von (i. Heider, Vienne,
iHGo. — .Mi<iix encore, Der Verduner Altar, i»ar K. Drexler, Vienne, igo.'i, i vol. f".
{■) Sur Nicolas de V.-rdun et les émailleurs uiosans, voir en dernier lieu les j.acjcs
dont M. Lalhem, professeur à l'Université de Liè()e, a enrichi l'ouvrarjc iM)Sthume de
J. Hei.bio, L'art niosan (iiruxelhs, Van 0<'st, u,oO. in-A), t. 1, p. 92 et suivantes.
(1) Cf. Ci.o<>UET, La Châsse de X.-D. de Tournay, dans la Revue de l'Art chré-
tien, iHl)'!.
(^) \...N Falke, dan- In Zritschrift fur christlicke Kunst, 1906, fascicule 0.
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120
Trois-Rois (lu trésor de la ratliédiah' .le Coloynr, (|Lii, jus-
(jifici, avait été adribuée à Tart coloriais.
Oc ces chefs-d'œuvre, celui dont s'euonju.'illit Kloslernru-
Imunj est le [)lus merveilleux, uon seulement [)ar la heauté du
dessiu et i)ar riiahil.Mé du travail, mais pai' l'iu.jéuiosité du
symbolisme.
Xous avoFis vu que sur les émaux rhéuaus de .Nrfirulieu-
(^dadbacli et de la colleetiou Le Uov ( ), conuue sur la pla.nie
émaillée publiée par Didrou (^), l'autitvpe, .p,i forme le sujet
prmcipal et central— CÙFie ou Cruciiixi.ui -est aecompa.|né
non seulement de ses tvpes, mais des prophètes (pd l'ont
amioncé. Sur Tambou de Klosterneubourrj, à chaque scène de
Thistoin' évanqélique assistent deux prophètes, teiuiul des
phylactères où sont écrites des prophéties couqrueutes.
11 y a plus. Les théoloqiens du Moyen A«|e, à la suite .les
Pères, divisaient en deux [)arlies l'histoire du peuple de
Dieu(-) : la prendère allait .rAbraiiam à Moïse, la seconde
prenait 1 histoire des Juifs
Ouaud sur le mont Siiia la Loi Iciii- fut d
nlliK'O,
et allait jusqu'à la prédication de Jean-Bapti^tr, <.u jus.prà
rAnnonciation de Marie. Autreuu'nt dit, le pnq»lr de Dieu
avait vécu d'abord dans l'attente de la Loi, anfr ln,em, puis
sous le rèqj.e de la Loi, sub Ir,,,-. Sur l'ambou de Klosterneu-
jjourq, les deux préiiqures qui accompagnent chaque fait de
1 histoire evan.jélique sont choisies, l'une dans l'histoire anté-
rieure, Fautre dans l'histoire postérieure à la pr..mMlqaiiou de
la L«u. Celles de la rangée supérieure porleni celte inscripliou
Qvn ^ r ^^i^'^/^' ' '^'^"'^' *''' ''' ''*"•'''*' '"'•'^•■'*^'"'i'»'' l'inscription
î^VH LLt.E; les représentations des faits évan.|éli,pM>s, (pu* lor-
meut la rangée du milieu, portent l'inscription S\'H (dWTIA.
Si l'idée d'associer prophètes et prophéties aux piéh.pires a
lait lortune, comme le prouvent la iJibUu /xiuperiin,, îa Hofa
i^) Supra, ,..1,8. C') Supra, ,>. ,,6.
^sàu Z U '^Z' 'l r ''"^' ^"^'' '''''''"' '"^ ^'•"""- '^"f-^-Ue'n ab Abraham
Hs.iaead Moysem. Sub h,je a Moysr usçur ad Juannnn. Inde jam ad Dominum
et çu^d.fujd restât, trrt,us dies W'atùe est. Cf. HuGUES DE S v,>t-V., tob. TsZZ
christ/. Typologie, j.. lo. ri«fwyr tur
I
I
I
12 1 —
Ezechielis et les Conrordantiœ cari/afis, au contraire, l'idée
de diviser les préfigures en deux catégories distinctes, selon
qu'elles élaienl aulérieures ou postérieures à la promubjalion
de la Loi, n'apparaît pas ailleurs que sur l'ambou de Kloster-
ueubourg. Cette distinction, évidemment, complicpiait trop la
tache des alh'gorisles, (juaud ils voulaient élever un ensemble
aussi vaste que la Biù//a /xiu/x'rum, le S. IL S. ou les Concor-
dantiœ caritatis : le nombre des préfigures anf(* lerjrin eut été
trop restreint. Du reste, observer cette distinction eût été se
priver des [)réfigines fournies par la (ienèse antérieurement à
Abraham : l'auleur du .V. //. .V. a tiré des préligures de l'his-
toire de Caïn et AIh'I, de .Iiibal et Tubalcaïn, de Lamech, de
Xoé; celui de la Bihlia pnupcnini en a tiré de riiistoire d'IIé-
uoch et de \o<''.
Une composition comme l'ambon de Kloslerneubourg, (jui
suppose une connaissance si profonde des prophéties et des
allégories cachées dans l'Lcriture, n'a vraisemblablement pas
été (M3n«;ue j>ar Nicolas de Verdun. IVieu ne nous [>ermet de
prêter à cet artisan la science théologicpie d'un Isidore ou d'un
Kaban. La chaire de Kloslerneuliourg, le crucifix de Saint-
Denis, <.nl ('lé seulement exécutés, réalisés par des émail-
leurs lorrains : le [)lan général, le choix des scènes, leurs
places respect ives, les prophéties correspondantes, tout cela
a du leur être indiqué par des thé(dogiens ('). Sans doute
c'est Suger lui-même (pii avait choisi les sujets et les inscrip-
tions du crucilix de Saint-Denis, de même rpie c'est lui qui
choisit les sujets «M fournil les inscriptions des vitraux (') et
(\\\ retable (') dont il orna son église abbatiale : vitraux et
I
(•) Rapprocher des rinaiix dr KI<)sl«'rneul)<Mm| ceux du ircsor de Sainl-Élicnnc, à
Vienne, publi«'s ,.;tr Heider, dans les Mitth. der Oulralconimission, III fiS^H),
p. 3o8, pi. xn. Ce sont (juatre panneaux (pii n'pn'sentcut : i" Abraham otrrant Isaac
en sacriUce; a" les espions rapp<>ri..Ml la <irappe ; 3" Jacoh Ix'-nissant p:phrann et
Manassé ; 4" Moise manpianl du tau les maisons des Israélites, On ne sait de <piel
ensemble i)niviennent ces païuieanx. Connne les lypes (pi'on y voit fujurés se rappor-
tent à la Crucifixion, il est croyable <jue ces émaux décoraient jadis un reFujuairc
contenant une parcelle <le la vraie Croix. Trois de ces comjK)sitions (n"* i, 2, 4) se
retnMivent à peu près pareilles dans la série de KIosterneubouni. I.a techniciue aussi,
et le style, sont .identi(iues de part et d'autre. On doit donc attribuer aux émailleurs
lorrains la série de Saint-Étienne.
(*) Slt.er, p. 206, éd. Leroy de La Man-hc (Schlosser, Quellenbuch, p. 280).
Cf. MÂLE, J.'Art religieux du treizième siècle, •>•* éd., p. 20.'? et suiv. Plusieurs de
ces vitraux subsistent encore.
(^) Suger, p. uj8, é-d. Lecoy de La Marche (Schlosser, Quellenbuch, p. 276).
— 122 —
retable étaient, comme le crucifix, des œuvres de symbolique
firfurative.
Ces productions capitales, exécutées par les meilleurs
artistes du temps pour la première abbaye de la chrétienté,
datent du deuxième quart du douzième siècle. Remarquez le
rôle d'initiatrice qu'ici, comme en tant d'autres choses, paraît
avoir joué la France du Moyen Age. La chaire de Klosterneu-
bourg est postérieure d'un demi-siècle au temps de Suqer;
l'étranger ne semble s'être engoué qu'après nous du synd)o-
lisme figuratif. Les savants autrichiens le reconnaissent ex-
pressément : Die Umtnnlrtmg sollte von Frankreirh kominen,
écrit >L Tietze (^). Au douzième siècle, l'inlluence française
est sensible dans les parties les plus civilisées de l'Allemagne,
en Souabe et en Autriche(-). Trois poèmes allemands du dou-
zième siècle, la Genèse de Vienne ( ), le Marienleirh ou
Afarienhed de Melk (0, le Moïse de Vorau (>) témoignent de
cette influence. En 1142, quand lingues de Saint-Victor
s'éteint à Paris, la nouvelle de sa mort se propa(i»' juscju'en
Basse-Anlri('lu', vWe est inscrite dans les aiiiialcs du couNt-nl
de Melk( ). Honoré d'Autun dédie im livre à l'abbé autrichien
Gotlschalk (").
On n'insistera jamais trop ^nr le rôle gu»» la France a joué
à cette époque dans la chrétienté, n(^n seulenuMit par ses
chevaliers et ses croisés — ges/(t Dei per Fnt/icos — mais [)ar
ses théologiens et j)ar ses professeurs, par ses trouvères et par
ses artisans.
Le douzième siècle est le temps où elle d.jnne à l'Église
saint Bernard et Abailard, Honoré d'Autun et Pierre le
Vénérable, Hugues de Saint-Victor et Pierre de Troves; c'est le
temps aussi où, lasse du style roman, elle crée le style nouveaii
auquel la Renaissance italienne a imposé le nom inexact et
(>) Typol. Bilderkrnse, col. 28, d'après Hauck, Kirchengeschichte DeutscUlands,
t. III, p. 964.
(*) W. ScHERER, Gescfu'r/ite der dnitschen Dichfung im XI. u. XI/. Jh. (dans les
Quellen iind Forschnngen cur Spruchf und Kulturgcsrhichte der gcrnum. Vôlker,
XII, Strasbounj, 1K75), p. vni : . Vom Rlicinc her wirkon rnuizosiM^hr Eintîussp
auf Geistlioho, Spiellouto und Ritfrr. Sie driiuien lan.jsam die Dcnaii hinunirr :
zuer>t franzosist'lK- Thoolo.jic, daiui IraFjzôsischcEpik, ziiletzJ iranz.isis<-|ie Lvrik. *
(3) Publiée par Massmaan, Gedichte des Xll. Jahrh,, I, 235.
(')l*"blié par Strobl (Vienne, 1870).
(') Publié par DiE>iER, Dnitsche Gedichte. Cf. Scherer, op. luud., p. 46, 50.
(«3 Monum. Germnn'up, Scriptores, t. IX, p. 5o3. (') Tietze, lue. luud.
123 ■- —
injurieux de gothique, mais que le Moyen Age, mieux instruit,
appelait, de son vrai nom, opiis f ranci ffeniim, le style français,
né dans l'Ile-de-France ('). A la même époque où le style
qothique se répand dans l'Europe, le symbolisme figuratif s'y
répand aussi, et, comme pour rarchitecture gothique, le mou-
vement svmbolique part de France. Dans la plupart de nos
grandes cathédrales du treizième siècle, la fenêtre principale
du sanctuaire, celle qui se trouve au fond du chœur, est déco-
rée d'une grande verrière symbolique, conçue selon la mé-
thode figurative. De ces verrières, la plus belle et la plus cé-
lèbre est celle de Bourges. Elle a été magistralement expliquée
il y a quelque soixante ans, par Cahier ("), dans un travail qui
a été, jusqu'aux recherches de Heider, la meilleure introduc-
tion à l'étude du symbolisme figuratif.
A l'imitation des cathédrales françaises, la cathédrale de
Ganterhurv fut ornée de vitraux dont plusieurs étaient des
productions du symbolisme typologique. Voici, par exemple,
le plan de la première fenêtre du côté nord('):
David
prononçant la prophétie
GaudelnuU rampi (Fs. xcv, 12)
La verge d'Aaron
Habacuc
prononçant la jjrophétio
O/teruif rœlos (Haï», ni, 3)
L'Annonciation
aux bergers
La statue vue en songe
par Nabuchodonosor
La Miséricorde
et la Vérité
La Visitation
L'Enfant Jésus
au berceau
La Paix embrassant
la .lustice
Le buisson ardent L'Annonciation La loisou de Gédéon
à Marie
(») Cf. Dehio, L'Influence de l'art français sur l'art allemand au treizième
siècle, dans la Revue archéologique, iooo, t. Il, p. 2o4 ; Weese, Die Bamberger
Domsculpturen, 1897 ; K. Franck-Oberaspach, Der Meister der Eccl^sia und
Synagoge uni Strassburger Munster, Dusseldorf, igoS.
(*) Vitrawr peints de Saint-Etienne de Bourges, Paris, 1842-1844. Cf. Mâle,
VArt religieux du treizième siècle, a« éd., p. 178.
(») D'après W. Sommer, The antiquities of Canterbury (Londres, i64o, in-4),
p. 385. Cf. Clément Heatow, Earhj stained glass in Canterbury cathedral {The
Burlington Magazine, juin KJ07).
124 —
De la même épo(|ue date \c vitrail du chœur de TérjUse
abbatiale de Saint-Vit, à Mûnchen-Gladbacli('). II est divisé
dans le sens de la hauteur en deux parties, consacrées Tune au
Nouveau, l'autre à l'Ancien Testament:
Le Christ en majesté.
La Pentecôte.
La Résurrection.
La Mise au tombeau.
La Crucifixion.
La Flagellation.
La Cène.
Le Baptême du Christ.
L'adoration des Mages.
L'Enfant Jésus présenté
au Temple.
La Nativité.
L'Annonciation à otarie.
(Manque. Sans doute.
l'Annonciation à Joa-
chim.)
La Vierge en majesté.
Moïse recevant les tables de la Loi.
Jonas vomi par la haleine.
Jonas jeté à la mer.
Le serpent d'airain.
Achior lié à un aihre.
L'agneau pascal.
Le bain de Naaman.
La reine de Saba devant Salomon.
L'enfant Samuel présenté au Temple
Le buisson ardent.
L'Annonciation à Ahiaham.
Balaam et l'ange.
A Brandebourg, dans IT-glise des Dominicains, le vitrail de
la fenêtre centrale du chœur représente les sujets suivants(') :
L'Ascension
(dans la lunette)
Jonas vomi par la
baleine.
Moïse avec les tables
de la Loi.
9
Cham se moque «l
Noé.
L'arche de Noé.
Le buisson ardent.
e
Lu Uésurrection.
La Crucifixion.
Le Portement de
croix.
La Flagellation.
La Cène.
Le Baptême de J.-C.
La Nativité.
Samson enlevant
la porte de Gaza.
Le serpent d'ai-
rain.
La veuve de Sa-
repta.
Klie bafoué.
La manne.
Moïse sauvé" des
eaux.
La verge d'Aaron.
(•) Llemes, kunstdenknia/er, t. III, 4, p. .la. [.1. v; Oidtmann, Giasmnlerei, II,
p. 222. Les vitraux de l'ancienne église des Dominicains de Coloync pn-sentaicnf
une typologie analogue (Oidtman.n, op. laud., II, p. aa5).
(-) Oidtmann, op. laud., II, p. 3o*i.
jjjituAn' É'«i;aiirfr'-^'^y^
I
120
Ce vitrail est du quatorzième siècle. Du quatorzième siècle
aussi datait la clôture du chœur de N.-D. de Paris, où étaient
sculptées les « ystoires » de la vie de J.-C, accompagnées,
croitHDn, de leurs préfigures (*).
Mais la clôture du chœur de N.-D. de Paris, le vitrail des
Dominicains de Brandebourg, sont postérieurs au S, //. -S".
Nous voilà loin du douzième siècle. 11 y faut revenir pour finir
de retrouver les origines de l'ouvrage dont nous parlons.
(•) llist. lut. de la Fr. au quatorzième siècle, par J.-V. Le Clerc et Renan,
t. II, p. 273.
-.r*" ^' ""—
JSÉlMiââk-
|r^,."«t»fc ■
CHAPITRE VIII
LES LIVRES TYPOLOGIQUES A LMAGES
DU OUATORZÏÈME ET DU QUINZIEME SIÈCLE
I. La Biblid pauperum : que" cette appcllaliou est erronée. — 2. Les lihrt
porfativi pauperu/n. — 3. La B. P. non illustrée. — l\. De la li, P.
dans ses rapports avec le S. H. S. — 5. La Rota Ecechielis. — 0. Les
Concordantiœ caritatis. — 7. Le Defensorium virginitatis beatœ Ma"
rix. — 8. Que tous les livres typologiques à images du quatorzième
et du quinzième siècle sont d'origine allemande. — 9. Les origines im-
médiates de leur illustration sont dans les enluminures du douzième siècle
(Missel d'Hildesheim) et du treizième siècle (Bibles moralisées).
Le s, fL S. n'est pas le seul livre à images conçu selon la
méthode fiffurative, et il n'est ni le plus étendu ni le plus
ancien. Ici, quelques renseignements sur les ouvrages de ce
genre ne seront pas inutiles.
1. — Le plus ancien paraît être l'ouvrage anonyme que les
bibliographes et les bibliothécaires désignent, depuis bicFitôt
deux cents ans, de l'appellation erronée de /Jiô/ia pdiiperum,
« La cathédrale du Moyen Age, a-t-on dit ('), eût mérité
d'être appelée de ce nom touchant, qui l'ut doinié par les im-
primeurs du quinzième siècle à un de leurs premiers livres :
\'A Bible des pauvres. » En réalité, ni les éditions incunables,
xylographiqiies {f) ou imprimées (>) du livre en question, ni
(') Mâle, L'Art relifjieux du treizième siècle, 2« éd., p. i.
(-) Herje.vu, Biblia pauperiun (Londres, 1809, 40), réimpression de l'édition
latin*' à !\o groupes, d'après un exemplaire du Musée britannique ; PiixNSKr, Monu-
ments de la xylot/raphie, t. II (Paris, i883, /»»), réimpression de la même édition,
d'après un exemplaire de la BibIiothè(|ue nationale ; Einsle et SchÔ.nbrunner, lii-
blia pauperum (Vienne, 4"> s. d.), réimpression de la même édition, plus fidèle
que les précédentes, d'après un exem[)lairc de l'Albertina ; Heitz et Schheiber,
Biblia pauperum (Strasbourg, igoS), réimpression de l'édition latine à 5o groupes,
d'après l'exemplaire unique de la Hiblit)tbèque nationale ; Ehwai.d, Biblia panpC'
rum, deutsche Ausgabe von i^ji (Weimar, iyo6); Kkisteller, Biblia pauperum,
Unicum der Heidelberger Uniuersitats-Bibliotkek (Berlin, 1906), réimpression d'une
xylographie à légendes latines manuscrites. L'exemplaire d'Heidelberg a appartenu
à l'électeur palatin Othon-Henri \v Magnanime (i5r)«j-i559), (pii lui avait donné ce
litre : Das buech der sr/irein oder schatzbehalter des waren reicUthums des heils
und der ewigen selitjkheit.
(^) Pour les éditions imprimées de la Biblia pauperum, cf. en dernier lieu
SciiuEiuER, op. laud., pp. 34-38, en ajoutant Peli.echet, Catalogue général, t. II, p. i.
Il
— 127 —
les manuscrits illustrés (') qu'on en coimaît, n'ont de titre.
D'où lui vient donc ce nom énigmatique ?
Lauterbach (*), un des prédécesseurs de Lessing comme
bibliothécaire de Wolfenbûttel, avait remarqué dans la biblio-
thèque dont il avait la garde, sur la première page d'un exem-
plaire de l'ouvrage en question, une note ainsi conçue : hic
incipitur bibelia pauperum ('). Sans être arrêté par le fait que
cette note était d'une seconde main, il crut qu'elle donnait le
titre de l'ouvrage. Cette oj)inion a été reçue par Meerman (+),
puis, sur la foi de Meerman, par Heinecken (^) : c'est ainsi
que l'appellation Biblia pauperum s'est imposée aux biblio-
gra[)hes (^).
Que signiliait-elle pour l'anonyme qui l'iuscrivil en tête dti
(') Les mamiscrits de la Biblia pauperum ont été décrits par Schheiber, op.
laud., pp. 23-32. Ajouter à ce cataloyue : I. Mss illustrés : Munich rqm 297, 34i ;
Vienne 370, 3oH.'j; Pracjue, Musée National XVI a C; — II. Mss non illustrés : Bàle
AX 118, 37; Munich clm. 4358, 12717, 22098,26700, 26847, sOgoS ; Vienne, 4477 ;
Zweltl, Slirisbibliolhek, ms 325, IT. 47-^2; Vienne, Bibl. imp., ms 3o8r), ff. 46-127
(date de i475). Deux mss illustrés ont été reproduits en fac-similé : celui de Saint-
Florian ((Iamesi.n.v et Heiuer, Die Darstellungcn der B. p. in einer llandsckrift des
XIV. Jahrh. aufbewafirt im Slifte Saint-Florian, Vienne, i863) et celui de Cons-
tance (Laib et ScnwARZ, Biblia pauperum nacli dem Original in der Lijceunis-
bibliotlieli eu Constanz, i^^ éd., Zurich, 1867 ; 2^ éd., Friboun|, 1892 j.
(-) Mort en 1701. Cf. Me.nzel, Sckriflstellerlexilion, \'III, 91.
(^) On croyait naguère ce ms perdu (Heitz et Schreibkh, Bibliti pauperum,
p. 3i, n'' 23); Dutuit {Manuel de l'amateur d'estatnpes, I, p. 100) assurait qu'il
avait été transporté, sous le premier Empire, à la Bibliotliè ]ue nationale : il le con-
fondait avec l'exemplaire xylograj)liique à 5o groupes, qui a été transj)orté par
Daru, en 1806, de Wolfenbûttel à Paris. En réalité, il n'avait jamais (juillé la
biblioth('(iue de Wolfenbûttel; M. Lutz l'y a trouvé dans le ms 2950, 1^ 33 &i\\,, à
la suite d'un S. H. S. du (piatorzième siècle : c". son article du Zentralblatt fur
Uibliotheliuyesen, 1907, pp. 24<>-255. La planche i4oa de notre S. H. S. reproduira
le feuillet ou se trouve la mention hic incipitur bibelia pauperum.
(•) Orig. typogr., 1765, I, p. 224: Figur.e typiav Veteris atque untitypiae Novi
Testamenti otim appellabantur Biblia pauperum, ut constat e codice sœculi XII
oel XIII, sed octo et triginta modo Jiguras continente, bibliothecœ Guelpherby-
tami', ut ad me scripsit illius pr.pfectus, vir longe humanissimus atque doctis-
simus C. B. J. Hugo.
(*) l'iée générale d'une collection complète d'estampes (Leipzig, 1771), p. 292 :
« Le pn-mier livre d'images sans texte dont je parlerai est intitulé Historiée veteris
et novi Testamenti (Histoires du vieux et nouveau Testament). En Allemagne, on
l'appelle la Bible des pauvres. C'est le nom qui lui convient le mieux ; ces images
étaient faites pour donner une connaissance de la Bible à ceux qui n'étaient pas en
état de se p<»yer un ms de l'Écriture sainte. »
(«) Les bibliographes antérieurs à Heinecken avaient désigné la B. P. de titres
divers, qui en indiquaient le contenu, d'une façon plus ou moins heureuse : Typus
et antitypuji V. et N. Testamenti {]iei\x\\i\s, i"] 10), Biblia typico-harmonica (B'irche-
rodius, 1735), llistor'ue et vaticinia V. Testamenti (Schelhorn, 1724; Schœpflin,
i7(>o), Figur.e typiae Veteris atque antitypiav Xovi Testament i, seu Historiée
J. C. in Jiguris (Meerman, 1765). C. Sciirelber, op. laud., p. 10.
!!*'■:
— 128 —
.nanuscrii de Wollenbul.el ? Pour répon.lre à celle question,
I faut examiner es autres ouvrages, assez nombreux, auxquels
le .Moyen Age a donné ce même nom de BibUa pauperum.
à i?R7f ^'" *■?'"";' ':°"''":e ^e vleiUcs Bibles latines antérieures
alaRéfonnafon(Bâle, ,009 et ,5,4, Lyon, 15,2) contiennent
parm, leurs tables un sommaire bizarre, en 2,2 hexamètres
ou chaque chapitre de la Bible est représenté par un mot
que que,o,s deux. En voù.i le premier vers, qui .^présente le
sept premiers chapitres de la Genèse : ■
Sex. j.rohibot, poccant, Al.el, Hri.ooh, archu fit. intrant (■).
Ce sommaire, (|u'un manuscrit d'Erfuri (') dénomme très
exactement tabnla cupilulorum /otias liibliœ per versus existe
dans un très .j.and nombre de manuscrits (0 : il est «lénérale-
ment intitulé liiblia pmipemm et attribué à Alexandre de Vil-
Un sommaire analor,ue se trouve dans divers manuscrits sous
divers titres : ^.^/,,, metrica - Compendiiim BMariini - Me^
monale B^blue ~ Index BMœ{^), Il commence par ce vers :
Astra créât Dcus et terram, mare rei)let, Adam fit.
écliiTZ7^1%^" '''/'f '^" '^"^ Schlitpacher, celui qui a
écrit en i44i la Sumniula hu marne saluât innis
Le nom de Biblia pauperam désigne encore un abréqé de la
Bible en prose commençant par les mots : In principio creavit
Deas cœlum et terrant Q), et une généaloqi/ biblique, corn-
mençant par les mots : Considerans sacrœ scnpturœ pro^
/œUatem Elle est formée de tableaux généalogiques qui vont
d Adam a Jesus-Christ, et dans lesquels sont inlerca ées ^é
ZTiTv- rt''^'!''^ »- P'"^ -tables. On l'attribue
'^'''^' " ^^'''' ^' P^^tevm, tantôt à un Franciscain anonyme.
(^) i>ar exemple à Paris, bibl. sJeGeZtT'^'li, T' r
'les dép. I, p. 3; Bàle A V II ., 8- A IX ^ aXI Tfi- r ^' TT ^"'^ ^''''
Q i5i, 36; Huhcnfurt XGI, 7; Lilienfeld iA5 a M..nil ' ô,^ f ' ^' ^ '9. 2;
3070. etc.; Sain.-Florian Xl[\TZl ^^^ '' ^''""'^^ ^'J™ ^^'> '^^ '^' 3oio.
(|) Augsbourtj, ,0 ,3, i ; Meik, 606; Munich chn O82, 443o. 87.5 elc
C») Hanovre 9, i ; Munich chn 9068. ' '
— 12g —
Parmi les ouvrages faussement attribués à saint Bonaven-
lure, figure une /h7)/ia pauperum qui est une concordance
« réelle » de la Bible, c'est-à-dire que, sous des titres tels que
de abstinentia, de acedia, sont reproduits les passages scrip-
turaires, exempta sacrœ scripturœ, qui se rapportent au sujet
déterminé par le titre Q), Ce pseudépigraphe est la reproduc-
tion, avec quelques légères dilTérences, d'un des ouvrages les
plus célèbres du Moyen Age, le Liber de Kxemplis sacne scrip-
turx, composé, à la fin du treizième siècle, par le Dominicain
français Nicolas de Hanapes {f). Une concordance analogue se
trouve dans divers manuscrits sous divers titres : Antonii
Rampegoli repertorium biblicum ordi'ne alphabetico, Biblia
aurea sive pauperum, Direriorium BibliœQ). Elle a été impri-
mée en 147C. L'auteur est un Génois, Antonio da Rampegolo,
Augustin, qui vivait au début du quinzième siècle.
Toutes ces Biblix pauperum ont pour caractère commun
d'être des résumés mnémoniques et des ouvrages à bon mar-
ché, destinés à tenir lieu d'une Bible complète pour des per-
sonnes peu fortunées, />aM/>^'r<?,v, qui n'avaient pas de quoi s'en
acheter une. De quels pauperes s'agit-il ? De ceux que nous
appelons aujourd'hui les pauvres ? Assurément non : au Moyen
Age, les pauvres ne savaient pas lire; eussent-ils su lire, on se
demande quel profit ils auraient tiré des ouvrages dont nous
venons de parler. Résumés de la Bible, concordances et
généalogies bibliques, toutes ces Bibliie pauperum devaient
être destinées à des clercs : les pauperes dont il s'agit sont
les pauvres clercs, qui n'avaient pas de quoi se constituer une
« librairie » : la tabula per versus leur tenait lieu de Vulgate ;
la Concordance morale de Nicolas de Hanapes leur tenait lieu
de Bible moralisée.
« On voit naître au treizième siècle plusieurs abrégés, ou
sacrés ou profanes, destinés à la foule de ceux qui ne pou-
vaient pas acheter les grandes encyclopédies, comme celle de
Vincent de Beauvais. A la lin du douzième siècle, les écoliers
(') Ue.TpHcit indique très bien la méthode et la destination de l'ouvrage : e.rpfi-
rant exempta sacrœ scriptar/f onlinata secundwn alphabetum, ut possint quœ
saut nccessavia in materiis sermonum et pnedicationum Jacilius a prwdicatoribus
inveniri (Bonavektdic« opéra, édit. de Lyon, 1668, t. VII, p. 434).
(*) Nicolas de Hanapes fut le dernier patriarche latin de Jérusalem ; il périt a la
prise d'Acre, en 1291 (Hist. litt. de la Fr., t. XX, p. 01-78).
(3) Erfurt F 16; Munich clm 6179, 7^73. 9 734, i34io, i5557, etc.
PERDRIZET, KTUDE SUR LE S. H. S.
9
Tf
tf,.
K.«;.
^iw.,.
— i3o —
de Paris et d'Orléans avaient cntro les mains un abrégé de
droit canonique et de droit civil appelé Liber pauperiini ('). »
Vers 1270, un Dominicain, Nicolas de Biard, compose un !)ic~
tionnarius panperum omnibus prœdicatoribus pernecessarius ,
qui est un répertoire de lieux communs à Tusage de la
chaire (*). Un manuel de métaphysique, attribué à Albert le
Grand, est intitulé Philosophia paupenim, siue isagoge in
iibros Aristotelis (^). Le Prémontré Pierre de Kaiserslautern,
qui vivait dans la première moitié du quatorzième siècle, au-
rait écrit qiioddam chnmiron t/iiod Joannes Pa/.eoni/doriis ait
vocari Biblia panperum {f). Dans un programme d'enseiqne-
ment adressé à Philip[)e le Bel, Pierre Du Bois proposait la
rédaction de manuels abrégés destinés d.\x\ pauperes, c'est-à-
dire aux étudiants pauvres et aux élèves peu fortunés : fuec
abbreviata et extracta forent libri portativi paupei'um et etiam
eorum qui circa alias scientias occupati, ut circa philosophiam
et theologiam, solitum et necessarium studium ad notitiam ma-
gnorum voluminum non apponerent (>). Dans sa Schedula,
Théophile décrit un procédé de niellure sur cuivre, imitant à
bon marché la niellure d'argent ; et il ajoute que ce procédé
économique s'emploie avantageusement pour la reliure des
livres destinés aux pauvres clercs : ornantur etiam libri pan-
perum (f).
Ces preuves suffisent, je crois, pour établir que les libri pan-
perum du Moyen Age étaient les manuels, généralement suc-
cincts, des clercs peu fortunés. Ce point acquis, le titre de
Biblia panperum convient-il pour le livre à images qui m'a
forcé d'entrer dans ces longues explications ? Je ne le crois
(•) J.-V. Le Clerc, dans VHist. litt. de la Fr., t. XX, p. 65, d'après Lebeuf,
Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et ciuile de Paris, t. II, p. 2i5. Ce
Liber pauperum ëtail en grande partie un abrégé de Gratien.
{-) Il a été édité à Paris en 1A98 (4®) et i5i2 (8»), à Strasbourg en i5i6 (80).
CL Lecot de la Marche, La chaire chrét. au M. A., 2« édit., p. i35 et ôaS.
{}) Albertus Magnus, Opéra, édil. de Lyon, i65i, t. XXI.
{*) Le Paige, Bibtiotheca Prxmonstratensis Ordinis (r*aris, i633), p. 307.
(^) De recuperatione Terrer Sanf.r, dans Boncars, Gesta Dei per F/ancos, 161 1,
t. II, p. 338, cité par Renan, dans ses Études sur la politique religieuse de Phi-
lippe le Bel, p. 337.
(«) Diuersarum artiuni schedula, 1. III, ch. 71, cité par Ambr. Firmin-Didot
dans son Essai tijpographique et bibliographique sur Ihist. de la gravure sur
bois (Paris, i863), col. i3, et d'après Didot, par Guibert. Les origines de la Bible
des pauvres, dan-» la Revue des bibliothèques, 1906, p. 3 16.
— i3i —
.lon. chacun lonet^ ,17"^' 7"" "''^ '^ ^'' ^oC^), e,
d'un triptyque, en ro s 1 l?/ "ù" " '^''''^'' ^ '=» ''«?»"
prophètes on buste''..„::;.:ria ;;,rS:;,e'dr^' \"^'"
deux en bas. Ouelle n.,P c^ii i « • . ^^"^'^^'^» «eux en haut,
ornent les divc^rij ^ 'ie ,a tïr '" """^""''^^ ^"'
■soi. le r.le ,ue les dessins „„ putvo " Cl^;- ''"' ''"'^
au Moyen Age ('), on croira .lillLlome. , ou'u . n '^"""'""•
i.:^sri, z^:.::r '--v--'" ^"""Sio^u-s
''•autan, pln.^ ^fe '^St/rKr/Srr '' '-"' =
forment pas un mam.^.rif • i i panperum ne
quelques 'd.V.i.'IL TZZ^tl^tl' .•T^''^'"''"^-"'
u-aJan.aisd,l,...eaho.dai>;:lî :,i : it '"" '^ '"'^
Co„„nen. don,- expliqnerons-nous qu'au dXtdu n„l •
s-ecle, ,-,.|,e .ncntion yji p„ ,xi,^ écrit, p„.-,,^ .,'''"-'"'*'
de ^^•olfenLa.tel : /,. Jp,::'â2 ;:,:;::^::: ^'^''"^^^^^^'^
crif; ,^ I^"'"" '■'"""''■'■ ''^'"9'"^'' " •■«"' «'«voir que les manus
crus (le I ,)uvrage coniinunénienl aniinU ^' - manus-
Guelpherbvtcnsis Ihhl.n 1 '^' ' '^P'"'"' '•""'' """^' du
les ...anus;.rit 1 l'usât et'^rjf r'"' '"" ^' ^•^"■^- ^'^•''- ^
On n,. s'est occu, ," ,s„,Vf, i ZT " '""^ '"-"•«"ous.
in.ér., pour l'i/on';?a ili^^ ^'urrhiSe' d'T '^ 'r--
seconds, qui n'ont pas encore annelé l'I r ""''• ^^'
'■eproduire, sans ilInstratio^aucTe /es '''"'' " ''T"" *
^^-a-ions des u.anuscrir;::V;riStr,rS-
^vlographiques et tvp<K,raphiq„es coZ,e„ii m - ' ^'""^ 'J™P"- Les éditions
(*) Cf. Lebeuf, Dissertations niir /'h;.f^- ,. ■
'•.". p. .33 : . Comme les liv^s coûta "m be/" ":"'^"' " ''""' ''' ^'"•«.
n-etait pas usitée comme à prése,^,, | " a^i ZT'' ' 'Z'" "' 1"' '» •J^='™'-é
peaux étendues, sur les unes des mêles étaient re:;^ """?■ '''' ''''"^" * 'J^»"""
h..lo,res et flénéalogies de l'ancien TesiamenTe? ''P.?'""'"" <■" fo™e d'arbre les
« des vices. On peu, voir un môdèl' de c," arlre^H "'r' '"'"''°3- d« vertus
Sa-nt-Mctor. Pierre le Poitevin, chancelier de Vole A"' !, ""o""'" «"^ ""9"" "e
ua nécroloye, pour avoir inventé ces espaces d'el'T,' ^"'"^ "' '»"«■ «i»"^
duuts et en avoir fourni les cl««s . "* «■''«"P" * I "sage des pauvres étu-
■v^
l
l32 —
page de la Btblia pauperum illustrée porte, en effet, les
légendes snivantes :
1° Au-dessus des deux types, deux résumés du passage
biblique auquel le type est emprunté ;
2° Sur les banderoles des prophètes, les prophéties relatives
àl'antitype;
3^ Sous chaque type et antitype, un hexamètre qui donne
Texpliralion de la scène représentée.
Soit, par exemple, la première composition de la Diblia
pauperum illustrée. Le sujet on antitype est T Annonciation
à Marie ; les types sont la Tentation d'Èye et la Toison de
Gédéon. En haut, Isaïe et David. En bas, Ézéchiel et Jérémie.
Les légendes explicatives sont les suivantes :
Tentation d'Eve. — Logitur in Gonosi (IH, i4) quod Domimis
dixit serpenti : Siipor pectiis tuinn gradieris. Et postea ihidtMn le-
gitur de serpente et muliere (III, i5) : Ipsa conteret caput tiiiiin; et
tu insidiaberis calcaneo ejiis. Nam istud in anniintiatione beatie
Mai-itP Virginis adimpletiini est.
Toison de Gédkon. — Item legitur in Libro Jiidicnm(VI, 37)qii<)d
Gedeon petivit sigmim victoriie in vellere per pliiviam irrigando.
Quod figurabat Virginem gloriosam sine corruptione corporis im-
pnegnandam ex Spiritus Sancti infusione.
Tentation d'Ève. — Vi[)era vim perdet, sine vi pariente puella.
Annonciation. — Virgo salutatur, innupta maneiis gravidatur.
Toison de Gédéon. — Hore madet velliis, manet tamen arida telliis.
Isaïe, vu, i4. — Ecce virgo concipiet et pariet lilium, et vocabitur
nomen ejus Emmanuel.
David, Ps. lxxi, 6. — Descendet siciit pluvia in vellus, et siciit
stillicidia stillantia super terram.
Ezéchiel, xliv, 2. — Porta han^ claiisa erit : non aperietiir.
Jérémie, xxxi, 22. — Greavit Dominus novuin super terram : fe-
inina circuindabit virum.
On comprend, par cet exemple, de quoi se composent les
chapitres de la Biblia pauperum non illustrée : chacun est un
assemblage de textes prophétiques et de courts résumés de
récits bibliques : le symbolisme figuratif fournit le fil qui
réunit les grains de ces mystiques colliers.
Chacune des trois scènes dont la réunion constitua' un groupe
a pour titre un hexamètre, généralement léonin. M. Guibert(')
(») Art. laud., p. 3i4.
— i33 —
a donné de bonnes raisons de croire que ces titres doivent
être empruntés à VAurora de Pierre Raie.
Maintenant que nous avons fait connaissance avec les
B^ô/LT pauperum non illustrées, revenons à l'annotation du
Ouelplierbytensis, hic incipitur bîbelia pauperum.
Je ne doute pas que si Fauteur de cette annotation a dé-
nonrimé, à tort, Biblia pauperum Touvraqe illustré dont nous
parlons, c'est à cause des exemplaires non illustrés de cet
ouvrage, qui, eux, méritaient tout à fait cette appellation mo-
deste. II en est allé de la Biblia pauperum illustrée comme du
A //. 6.: les exemplaires illustrés du Spéculum coûtant fort
cher, on en fit, à l'usage des pauvres clercs, des copies sans
•Nustrations et, même, des résumés qui ne comptaient que
(pielques centames de lignes : nous avons parlé plus haut de
ces compendia ou summuhr du Spéculum,
La table n.éme du Spéculum — le proœmium, comme rap-
pellent les manuscrits — qui en 3oo li(|nes résumait Touvraqe
avait été composée non pas tant pour servir d'index de Pou-
vrage a ceux qui possédaient le Spéculum, que pour tenir lieu
tin Spéculum complet à ceux qui ne i>ouvaient acheter un livre
aussi coûteux. Vexplicit An proœmium est très net là-dessus :
Et sic terrninantnr capitula libri hujus et voliiminis.
Pni'dirtiim proœmium de contontis hujus libri coinpilavi,
Et propter pauperes prœdicatores appoiiere curavi,
Qui SI forte iiequiverint totum librum eomparare,
Si sciant historias, possimt ex ipso proœinio pnedi(;are(»),
c'est-à-dire, comme traduit Miélot dans son « cler françois )> •
« J ay fait et compilé la table cy-dessus prémise des choses
qni sont contenues en ce petit livret. Et l'av ainsi voulu mettre
pour contemplation des povres prescheurs qui par aventure
nont de quoy pour acheter tout le livre. Car se ils scevent
bien les histoires, ils pouvront prescherà l'ayde deceste petite
table, qui j)rocède selon les chapitres du livre »
On réservera donc l'appellation de Biblia pauperum aux
exemplaires non illustrés de l'ouvrage qu'on avait accoutumé
^LLLn ntr "*' """''' ^^''f'^9'' P- 24), plusieurs crudits (par exemple
S. H. S. sans 1 avoir lu et qu. n'en connaissaient que es extraits nubuTs nar
t
— i34 —
jusqu'ici de désigner de ce nom. Mais comment appeler Tou-
vrage illustré ? Gomment Tappelait le Moyen Age ?
Il existe à la Bibliothèque royale de Munich un manuscrit non
illustré (') qui contient, entre autres choses, le résumé des pré-
figures du ^\ /y. .V. et de la soi-disant BiMa pnitperiim. Ce
résumé commence ainsi : Sequitiir summiilu fujararum Xovi
Testamenti tracta a spernlo humawF saivationis ac a biblia
picta. M. Lutz pense que cet incipit nous a conservé le titre
véritable de la soi-disant Biblia panperum (^). En tout cas,
il nous apprend (pfen 1470, date à laciuelle fut copié ce ma-
nuscrit, les Bénédictins de Wessobrunn, auxquels le manus-
crit appartenait, désignaient la soi-disant Biblia panperum
illustrée du nom de Biblia picta, qui convient, en effet, très
bien au livre à images dont il s'agit.
4. — Le manuscrit de Wessobrunn, qui résume à la suite
6\ //. S. et B. P,, nous amène à rechercher les rapports de ces
deux ouvrages.
La B. P. a le même objet que le S, IL S., et à peu près le
même plan. Elle aussi raconte l'histoire de la chute et du salut
humains, suivant la méthode typologique. Aussi les deux
ouvrages ont-ils été souvent |)ris l'un pour l'antre. Certains
manuscrits de la B. P. ont été intitulés Spéculum humame
saluationis, non seulement par des bibliothécaires moder-
nes (J), mais au seizième siècle (f).
Le cabinet des Estampes de Berlin possède une B, P, illus-
trée, du quatorzième siècle, à trente-quatre groupes, où la
(') CIm. 22098. Papier, folio. Contient en outre des sermons de ^'icolas de Din-
kelsbulil sur les Évangiles de tous les dimanches de l'année ; un traité des Sacrements,
extrait du quatrième livre des Sentences, de Pierre Lombard ; un traité De quatuor
noiu'ssimis, de Frère Etienne, moine de Sainte-Dorothée de Vienne.
(*) Dans Lutz-Perdrizet, Spéculum humaïue salvationis, p. xiii.
(') lierlin, cabinet des Estampes, 78 D 2 : iste Liber intitulatur Spéculum
human,T .sa/vationis. CL Schreibfr-Hettz, op. laud., p. 29, n» 6. Munich, c<jm. 297.
Cf. Die deutschen Handschriften der k. llof- und Stnatstnbliottiek zu Munchen
(Munich, 1866), p. 4i ; Vienne, bibl. imp., 3o85 : cf. Tah. cod. manuscr. bibl. pal.
Vindob. (Vienne, 1868), t. II, p. 198, Spéculum humamp saloationis germanice
versum. Cette indication erronée du Catalogue de Vienne a passé dans les listes de
PoppE (n" 107) et de LP (n» 223).
(<) Munich, clm. 4523 et 19^1 A- L'ne autre preuve de cette confusion est le titre
que porte la B. P. non illustrée contenue dans le ms 32.'» de la Stiflsbihliothek de
Zwettl {Handschriflenverzeichnig, t. I, p. 412), 1^ 47 : Spéculum Salvatoris.
In isto tractatu continentur LXXll hystorig cum auctoritatibus et concordanciit
théologie et sacre scripture et cum versibus qui comprehendunt easdem historin*
et dicilur vel appellatur vel intytulatur iste traclatus Spéculum Salvatoris.
— i35 —
reine de Saba, qui dans le troisième groupe préfigure les rois
Mages, est appelée Sibylla; or, la B. P. ne parle point de la
Sibylle ; l'auteur du manuscrit de Berlin devait connaître le
S. H. S,, où l'entrevue de la Sibylle et d'Auguste est racontée
et illustrée, au chapitre de la Nativité.
La B. P,, sous sa forme la plus ancienne, c'est-à-dire la B, P.
à trente-quatre groupes, semble antérieure au S. IL S. On peut
la dater du début du quatorzième siècle. Le succès qu'elle ren-
contra dut susciter des imitations, dont le .S'. H, S. paraît avoir
été la plus réussie, ^ova compilation dit de son ouvrage l'au-
teur du S. IL S,
bicipit proœmiimi cujusdam novœ cortipilationis.
La vetas compilatin, (pie le S, ILS. a voulu remplacer, doit
être la B, P. La typologie, dans celui-là, était plus abondante,
plus ingénieuse et plus nouvelle que dans celle-ci. Le.V. //. S.
avait, sur la B. P., cette supériorité de comporter un texte
étendu et un nombre presque double de concordances. Pour
maintenir sa propre vogue et participer à celle du livre qu'elle
avait inspiré, la B, P. fut obligée de beaucoiq) enqjrunter au
6^ //. .V. .• les exemplaires manuscrits à 38, 4 1 et 48 groupes,
les xylographies à 4o et 5o groupes sont les résultats de ces
emprunts, dans le détail desquels il serait trop long d'entrer.
Nous venons de dire quelques mots de l'influence du S. H, S,
sur la B, P. L'influence réciproque de la B, P. sur le S, IL S.
est attestée par des manuscrits du Sfjcculum, tels que Munich
clm 3oo3, où chaque chapitre est précédé d'une miniature
unique, qui rappelle plutôt les illustrations compliquées de la
B. P. que les « histoyres » beaucoup plus simples du Spécu-
lum : au milieu, le « fait » du chapitre; tout autour, quatre
prophètes en buste, deux en haut, deux en bas, avec leur nom
et la prophétie appropriée au fait correspondant. Par exemple,
la miniature du chapitre VII, qui représente rincarnation, est
cantonnée des bustes de David et de Jérémie, d'Ezéchiel et
d'isaïe ; ce sont les mêmes prophètes et les mêmes prophéties
que dans le groupe de la B, P,, qui est consacré à l'Incarnation :
David, Ps. lxxi, 0. — Dcscendet sicut pluvia in vellus.
Jérémie xxxi, 22. — Crcavit Dominus novum super terram :
femiua circumdabit virum.
KzÉCHiKL xLiv, 2. — Porta hœc clausa erit : non aperietur.
IsAÏE vu, 14. — Ecce virgo concipiet et pariet.
— i36 — .
Heinecken(») dit avoir vu à Osnabruck une B. P. qui por-
tait ïe titre de S. H. S. Le même titre a été mis, au quinzième
siècle, en tête de deux B, P. de Munich (^). Les deux ouvrages
ont, en effet, de si grandes analogies que de telles confusions
ne sauraient surprendre. Mais c'est abuser du droit qu'un éru-
dit a de proposer des hypothèses, que de prendre prétexte de
ces confusions pour supposer, comme l'a fait M. F. Falke, que
le nom primitif de la B. A aurait bien été S\ II. S., et que
l'ouvrage que nous appelons communément S. II. S. serait la
forme développée de la /y. P. : que celle-ci serait l'archet vpe
de celui-là, ce qu'on pourrait appeler V Urspieffel Q).
Si le S. H. S. et la B. P, sont des ouvrages congénères, ils
présentent cependant quelques différences (pi'il vaut la [)eine
de relever. Nous avons déjà noté celle-ci que, dans le Spécu-
lum, les images ont moins d'importance que le texte, tandis
que la B. P., au contraire, est avant tout un recueil d'images.
Mais on trouve des différences plus profondes si l'on étudie de
quelle façon l'un et l'autre ouvrage racontent l'histoire de la
Rédemption. La B, P. commençait cette histoire avec l'Annon-
ciation à Marie. Mais comment comprendre l'histoire de la
Rédemption sans l'histoire de la Chute? La li. P. est donc
bien obligée de parler de la Chute. Elle fait de la Tentation
d'Eve l'une des préfigures de l'Armonciation. Or, il est clair
que si la Chute d'Eve a rendu nécessaire rincarnatiori, elle
n'en est pas, au sens strict du mot, une préfigure. Du reste, la
Tentation n'est que le troisième acte du drame de la Chute :
le premier acte est le « Trébuchement » de Lucifer et de ses
compagnons; le deuxième, la Création de l'homme mis au
monde par Dieu pour « réparer » la chute des mauvais anges.
Le *S'. //. S,, qui commence l'histoire de la Chute au Trébu-
chement de Lucifer, qui montre la Création de l'homme, et
qui raconte la Chute d'Eve à sa place chronologique, sans en
faire une préfigure de l'Incarnation, enseigne donc une théo-
logie plus exacte, plus complète et plus profonde que la B, P,
A d'autres égards, celle-ci paraît supérieure. Toutes ses
préfigures sont prises dans la Bible ; les fables rabbiniques,
l'histoire profane n'en ont fourni aucune. Parmi les « faits «
(*) Idée, p. 293.
Ô) Cira 4523 et 19414. Cf. Tietze, op. laïuL, col. 4o.
(3) Zar Entwicklung und sum Vei'stiindnis des S. H. S., dans Zentnilblatt fur
BibUothekwesen, 1898, p. 4ao
- 137 --
de l'histoire évangélique, un seulement provient des Apocrv-
phesrla Chute des idclcs d'Égvpte, qui forme le fait du
groupe VI (').
La B. P. n'est pas seulement plus « bibhque » que le Spé-
culum, elle est, dans sa typologie, plus traditionnelle, plus
conservatrice. On est étonné, quand on s'est familiarisé avec
I exégèse allégorique et avec l'art symbolique du Moven Age,
de ne pas retrouver dans le Spéculum des préfigures qu'on
peut appeler classiques, tant les docteurs et les prédicateurs les
avaient expliquées, tant les artistes les avaient représentées, le
Sacrifice d'Isaac, par exemple, l'Ascension d'Hénoch, les Israé-
ites marqués du tau, eux et leurs maisons, Jacob bénissant
les fils de Joseph de ses bras en croix, la Femme de Sarepla
tenanl deux bois croisés, le Serpent d'airain érigé au désert.
Ces histoires mystérieuses, aux({uelles la foi chrétienne, de-
puis les temps les plus lointains, avait prêté un sens émou-
vant, l'auteur du S. IL S. les a négligées. C'est d'autant plus
remarquable que, parmi ces histoires, plusieurs avaient été
expliquées par l'Évangile même : telle l'histoire du Serpent
d'airain, qui déjà, dans l'Évangile selon saint Jean, est donnée
comme une préfigure de la Crucifixion.
Autre différence : la B. P. consacre plusieurs de ses groupes
aux miracles du Christ; elle insiste, autrement dit, sur'ce qu'il
y a eu de consolant, de bienfaisant et, pour parler comme les
Grecs, de « philanthrope » dans la mission du Christ. L'auteur
du *S'. //. .y. est un Dominicain impitoyable et fanatique, préoc-
cupé de détailler jusqu'à l'horreur fes tortures et jusqu'à la
nausée les outrages de la Passion. Pour satisfaire sa haine
féroce des Juils, c'est aux Juifs mêmes qu'il emprunte les armes
dont il les perce. Évilmérodach coupant en trois cents mor-
ceaux le cadavre de son père; Hur mourant étoulfé, ou noyé
— je ne sais comment dire — sous les crachats des Juifs, voilà
les histoires qu'il insère dans l'Évangile. 11 est bien de cette
lignée redoutable d'écrivains féroces et souillants qui com-
mence à Epiphaiie et qui se continue, de notre temps, avec les
héritiers de Veuillot, les gens de la Libre Parole et des Croix.
Si les miracles qui ont rempli la « vie publique » du Christ
sont passés sous silence par l'auteur du S. H. S., il s'est complu
(>) Dans les exemplaires à 34 et à 4o groupes ; groupe X de l'exemplaire à
5o groupes. ' '^
— i38 —
en revanche à parler de la Vierge, à raconter sa l«îgende, à
exposer le rôle de Marie dans Fœuvre de la Rédemption. La
niariologie ne tient pas moins de huit chapitres dans le SpeciH
liim. Elle est à peu près absente de la B. P. A cet égard, le
S. //. .S', est plus représentatif de la piété catholi(jue que la
/y. P. y et l'on comprend qu'un pareil livre, où il était tant ques-
tion de la Vierge Marie et si peu de l'Evangile, n'ait pas eu de
lecteurs dans les Églises évangéliques; la P. I\, au contraire,
n'était pas antipathique aux Prote^ilanis : elle édifiait l'un des
protecteurs de la llciormation naissante, le palatin Othon-
Henri(0.
Aucun témoignage extérieur, aucun indice interne ne per-
met de faire sortir la B. P. de l'anonymat où son |)ieux au-
teur a sans doute voulu qu'elle restât. Tandis (jue, dès les
premières lignes du ^S". //. .V., on devine (jue l'ouvrage est
d'origine monastique; tandis qu'à le lire en entier, on y trouve
des preuves certaines de l'origine dominicaine, dans la B. P. y
au contraire, l'orgueil monastique ne se marque nulle part. 11
est vrai q^ue, dans l'édition xylographi(jue à quarante groupes,
Elie et Elisée sont plusieurs fois représentés comme des
moines (*), avec la tonsure et les habits monastiques, et en
Dominicains, puisque, sur la robe, ils ont un scapulaire et que,
dans l'exemplaire de la Bibliothè(jue nationale, dont les gra-
vures ont été coloriées au (juinzième siècle ('>), robe et sca-
(') Cf. supra, p. 127, noie 2.
(*) Noter surtout, yroupe XXllI, Elisée hafoné par les enfants de Béthel ;
groupe XXIV, Elie et la veuve de Sarepta ; groupe XXXII, Ascension d'Elie;
sacrijice d'Élie sur le (^arniel.
(') Exposition de la galerie Mazarine n" 1. M. Guibert {Revue des Bibliothèques,
1905, pp. 3 12-320), qui a le mérite d'avoir le premier attiré l'attention sur le cos-
tume d'Elie et d'Elisée dans la B. P. à 4o planches, et sur l'exemplaire colorié de
la galerie Mazarine, attribue aux Carmes l'édition à ^o planches, jiarce (jue, dans
l'une des gravures de cette édition (groupe XXXIV), Elisée lui a |iani vêtu en
Carme. J'ai examiné la gravure en question, dans l'exemplaire de la Mazarine ;
je ne crois pas (|u'Élisée y |x>rte l'habit du Carmrl. Étant donné que, dans les gra-
vuTcs de l'édition à 4o i>lanches où le costume d'Elisée ne saurait faire doute, ce
costume est celui des Dominicains, c'est l'influence des Dominicains (jui se fait
sentir dans cette édition, et non l'influence des Carmes. Il est vrai qu'Élie et Elisée
paraissent jusqu'à neuf fois dans les 80 préfigures de la B. P. à ^o groupes, et que
le Carmel regarde Elie et Elisée comme ses pères spirituels ; mais, comme le recon-
naît M. Guibert lui-même (op. cit., p. 824)» il n'y a pas à faire état |M>ur son
lni)Olhèse de la grande place que tiennent dans la B. P. Élie et Elisée : ces deux
personnages de l'Ancien Testament n'ont pas intéressé les Carmes seulement : tout
le Moyen Age a rêvé d'eux, |»anN» que la Bible les lui représentait comme les thau-
maturges par excellence (cf. Mvurv, (Croyances et légendes du M. A., p. 116J.
pulaire sont restés blancs, tandis que le manteau a été peint
en noir. Mais que conclure de là ? Que les Dominicains, au
milieu du quinzième siècle, ont tâché de s'approprier la B, P.
et, par jalousie pour les Carmes, de travestir en frères Prê-
cheurs Élie et Elisée. Mais cette constatation, si piquante
qu'elle soit, ne préjuge rien de l'origine de la B. P. elle-même,
car ce livre a été composé environ un siècle et demi avant
d'être reproduit par la gravure sur bois.
5. — Quoique la Bib/ia pniipcrum et le S. II. S. dussent,
dans l'intention de leurs auteurs, être ornés d'illustrations, un
bon nombre d'exemplaires de l'un et de l'autre livre ne don-
nent (jue le texte seul, sans images. Cette circonstance nous
permet de rapprocher de ces deux ouvrages un opuscule non
illustré, (jui énumère sommairement les faits du Nouveau Tes-
tament, avec leurs types dans l'Ancien Testament, le nombre
des types variant suivant les faits et suivant les manuscrits.
Cet opuscule qui, d'après les endroits où il s'en trouve des
copies, est d'origine allemande et que certains manuscrits
attribuent à Albert le (irand('), n'a jamais été imprimé. Il
porte des noms divers, suivant les manuscrits : Aurora mi-
nor ('), par opposition à V Aurora major de Pierre Raie,
Biblia pauperum de operibus Christi Q), Liber figur arum (^),
liota Ezechielis (5), Boia in mcdio rotiP (^). Le titre par lequel
nous préférerions le désigner, si ce n'était prêter à des confu-
sions, serait celui de dom^ordancea de l Ancien et du Nouveau
Testament, que lui donnent trois manuscrits ("). Nous lui gar-
derons donc, faute de mieux, le titre bizarre de Bota Eze-
chielts, {\\\\\ porte dans un manuscrit de Baie, et qui a son
origine dans \m passage fameux d'Ézéchiel Q),
(') Munich, clm. 4627 (jwrchemin, (juatorzième siècle); Saint-Florian, XI 82, 5 :
Biblia pauperum, quatn edidit Albert us Magnus...
(*) Ms de Saint-Floriau : Earplicit Biblia pauperum, qu;p alio noniine dicitur
Aurora minor. C'est l'opuscule que Schreiber (dans Heitz, Biblia pauperum, p. 10)
confond avec le résumé mnémonique Sex, prohibet, etc. 11 fait suite, dans le ms de
Saint-Floriau, à V Aurora de Pierre Haie.
(^) Munich, clm 9025. {*) Munich, cira 18728. («) Bàle AX i35.
(«) Munich, clm A 627; Zwettl, 325, 4 (papier, (piatorzième siècle).
(') Id. : Rota in medio rot.r... ExpUciunt conrordanti/r per manus Alberti
sacerdotis scriptfe et complétée anno MCCCXXX. Zwettl, 25A, 7 (papier, commen-
cement du (juatorzième siècle); Incipiunt concordantiœ V. et N. T.; Wilhering,
X i36, 5.
(•) 1, i5.
Il
— i4o —
Voici, à titre d'exemple, d'après le manuscrit de Bâle, le
chapitre de la Rota qui traite de l'Annonciation à xMarie :
De anniintiatione Dominica (f. i34)
Gen. XVIII. — Annuntiatur AbrahcT nativitas Isaac per angelum.
Ge.n. VIII. — Venit columba vespere portans ramuiii oliv;e viren-
tein.
Gen. XXIV. — Rebecca descendit ad fontem et irnplevit hydriain.
JuDic. XIII. — Praedixit angélus ortum Samsonis parentibus.
JuD. VI. — Datiir signuni victoriîc Gedeoni in vellere.
Ez. xLiv. — Vidit Ezechiel portarn elausain.
^ Heg. X. — De throiio cbunieo Salomonis régis.
4 Reg. II. — Ait Eliseus : Afferte mihi vas noviim.
4 Reg. IV. — Eliseus divertit ad cenaculinii parvuin et re«juievit ibi.
Ex. XVI. — Servatur mauna in uniaaurea.
EsTHER V. — Osculatur Estlier sumniitatem virgaî Assueri régis.
EsTHER VII. — Surrexit rex de convivio et inti'avit hortuin arbo-
rilms consituni.
In nntiiris. — Rhinocerus dormit in sinu virginis.
La fin de ce chapitre montre que, parmi les figures énumé-
rées dans la Hota, quehiues-unes sont empruntées non à l'An-
cien Testament, mais à l'histoire naturelle. J'en citerai deux
autres exemples :
/> 0.SV7//0 (Du baiser de Judas): Joab. Amusa. (In naturis)
elepfmns cadit in marins venatornm.
De crncifixione : AbeL Abraham ojjert Isaac. Dno viri por-
tant botrum. Samson. Pellicanus.
6. — On chercherait vainement dans hi B. I\ des préfigures
empruntées aux libri miturahs. Le S. II. S. a fait une pré-
figure de l'histoire de l'autruche délivrant son poussin au
moyen du rhamir; mais cette histoire ne provient pas des fibri
natnrairs, elle est d'origine haggadique. Il était réservé à un
Cistercien du quatorzième siècle d'intégrer l'histoire naturelle
dans l'exégèse typologique.
Nous voulons parler du livre composé vers i35o, sous le
titre de: « Concordances (') de l'amour de Dieu », Concor-
(») Il se peut que ce titre soit une réminiscerire de celui que Joachim de Flore
avait donné à son fameux ouvrage, Liber concordia' V. et N. T. Sur le livre de
Joachim, cf. Engei.hardt, Kirchengeschichtliche Ahhandlungen (Erlangen, i83a).
pp. 99-i5o: Renan, Nouvelles études d'hist. religieuse, pp. 217.322; Gebhart
L'Italie mystique, p. 49 et suivantes.
- i4i -
dantiœ Q) caritatis {% par Ulrich, abbé de Lilienfeld. Pour
donner idée au lecteur de ce livre singulier, nous ne saurions
mieux faire que de céder la parole à Ulrich lui-même, qui s'est
exprimé en ces termes sur son dessein (5) :
Notitia (4) hujus libri, qui Concordantiœ caritatis appellatur
talis est. 1 1 »
In supremo cireulo primi folii semper ponitur evangelium, et juxta
illud quatuor auctoritates de prophetis cum ipso evangelio concor-
dantes. Sub quo duœ iiistoriae Veteris Testamentis ponuntur, et sub
illis duœ naturae rerum, ad ipsum evangelium similitudinaii'e perti-
nentes. Et semper sub qualibet materia unus versus, qui déclarât
ipsam materiam et exponit. Et in opposito folio oiiinis pictur» ex-
I)ositio, qualiter evangelio concordent, singula cuni sua moralitate
conlinctur.
Iste enim totiis liber per griseuni monachum, Ulrigum nomine,
quondani abbatein in Campo Lilionini, ex i»arvitate sui ingcnioli
propter simplicitatem et penuriam pauperum clericorum multitu-
ilinem librorum non habentiuin est specialiter compilatus, quia pic-
turfe sunt libri simplicium laicorum.
Dividitur auteni iste liber in duas parles, videlicet de tempore et
de Sanctis. De tempore, quia ponuntur ibi omnia evangelia doini-
nicalia et ferialia totius aniii, quibus tamen habentur evangelia piu-
pria et leguntur. De Sanctis vero semper ponitur ibi illius Sancti
passio et concordantiai sub eodem. Postea autem communia Sanc-
torum sunt posita et deeem pra^cepta cum concordantiis, in dextra
parte pi-cTcepta servantibus quid reniunerationis, in sinistra traiis-
gredientil)U.s quid punitionis sentiant, assignatur. Ponuntur et post
haec plura notabilia satis pulchra. Et in toto libro una historia
pluries quain semel nullibi fore cognoscatur. Sed in Adventu Do-
mini de tempore, et de Sanctis Andreae apostoli inchoatur.
Precor ergo te, o leotor, quatenus mei compilatoris habere di-
(») Concordantiœ, et non Concordant ia, comme l'a désigné Heider, par erreur
de lecture {Beitrûge sur christl. Typologie, p. 37).
(>) Le mol caritas, dans le latin d'église, signifle l'amour du fidèle pour Dieu
(Mâle, L'Art religieux du M. A„ a^ édit., p. i44).
(î) Sur les Concordanti.T, voir les Beitrûge de Heider et le savant mémoire de
TiETZE, Die typologischcn BUderkreise des Mittelalters in (Ester reich, col. 67-69,
avec un appendice (col. 79-88) donnant la typologie biblique des 106 « cx)ncordances » ;'
il est regrettable que Tietze ait laissé de côté la typologie empruntée aux libri
nafurales.
(*) Notitia, lecture certaine. Heider a lu Natura. Les lectures de Heider ne sont
pas toujours exactes : nous nous en sommes aperçus, M. Lutz et moi, en colla-
tionnanl, pfuir notre édition du .V. //. S., les extraits assez étendus qu'il avait pu-
blics de ce livre dans ses Beitrûge.
1^2
gneris memoriani apud Doum. Et si forte aliqua minus hene aut
plene dicta invoneris, emendare ac caritalivo corrigere non obmittas.
Valetudinem opto omnibus legentibus et salutem. Amen.
Ainsi, le livre d'Ulrich est formé d'autant d'ensembles lypo-
lofjiques qu'il y a de dimanches et de fêtes dans l'année, en tout
cent cinquante-six. Chacun de ces ensembles est une « con-
cordance ». L'ouvrage s'appelle donc Concordant ûv, au pluriel.
Chaque a concordance » montre, à côté d'un f\iit de l'Évan-
gile, deux préfigures tirées de l'Ancien Testament et deux
figures tirées de l'histoire naturelle. Chacune comporte un
texte étendu, qui occupe le verso d'un feuillet. Le recto qui
fait face à ce verso porte l'illustration correspondante, nne
grande composition à compartiments munis d'inscriptions
explicatives : en haut, le fait évangélique ; au-dessous, les
(leux préfigures bibliques; en bas, les deux figures prises de
l'histoire naturelle. Telle est la disposition que présentent les
exemplaires illustrés; on n'en connaît que trois, dont un entré
naguère à la Bibliothèque nationale ('). Les exemplaires non
illustrés sont beaucoup plus nombreux.
7. — Les Conrordances de l'abbé Ulrich, où les fables des
libri natiira/es s'allient de si étrange façon à l'exégèse tvpolo-
gique, nous amènent à dire quelques mots d'un autre produit,
non moins curieux, du genre auquel appartient le S. //. .V.
« Pourquoi une vierge ne peut-elle enfanter? Une poule ne
fait-elle pas des œufs sans coq? Qui les distingue par dehors
d'avec les autres? Et qui nous dit que la poule n'y peut former
ce germe aussi bien que le coq? » Ces questions déconcertantes
se lisent dans les Pensées de Pascal ('). Je ne vois pas (jue les
éditeurs se soient risqués à les commenter.
a L'enfant [Gargantua]... sortit par l'aureille senestre... Je
me doubte que ne croyez asseurement ceste estrange nativité.
Si ne le croyez, ie ne m'en soucie, mais ung homme de bien,
ung homme de bon sens croit tousiours ce qu'on luv dicl
(') Ms Lilieiifeld i5i (c'est le ms original; Heider l'a étudié dans ses Beitrâffe);
— Bibl. du prince de Liechtenstein, à Vienne (parchemin, t^, quinzième siècle); — Bibl!
nat., lat. nouv. acq. 2129 (pai^ior, f», avec ce colophon : ujjinitus est iste liber
per Joannem Jnralller presbyterum in sua domo Wienne dicta do der WolJ}
den Gensen predigt [cf. le coin du vieux Strasbourg wo der Fac/is den t'nten
predigt] anno domini lijî).
(') Éd. Havet, t. II, p. 97.
— 143 -^
et qu'il trouve par escript. Ne dict saint Paul, prim, Co-
rinih. XI II : (Viaritas omnia crédit? Pourquoy ne le croiriez-
vous?... Est ce contre nostre loy, nostre fov, contre raison,
contre la saincte escriplure ? De'^ma part, je ne trouve rien
escript es bibles sainctes qui soit contre cela. Mais si le vouloir
de Dieu tel eust esté, diriez-vous qu'il ne l'eust peu faire?...
Je vous Ay que a Dieu rien n'est impossible. Et, s'il vouloit,
les femmes auroyent doresnavant ainsi leurs enfans par l'au-
reille. Bacchus ne feut-il pas engendré par la cuisse de Jupi-
ter?... Mais vous seriez bien dadvanlaige esbahvs et estonnez
si je vous expousoys présentement tout le chapitre de Pline,
auquel parle des enfantemens estranges et contre nature Q. »
Peut-être, pour comprendre la pensée que Rabelais avait
derrière la tôle en écrivant ceci, et pour rattacher les questions
de Pascal aux raisonnements analogues des mystiques anté-
rieurs, conviendrait-il de relire l'ouvrage composé, au début du
quinzième siècle, par Franz de Retz, Dominicain, professeur
de théologie à l'Université de Vienne, de i385 à \l^\\, sous
ce titre : Defensoriiini inuio/at,e virginitatîs l)catœ Mariœ Q\
C'est un livre à images, reproduit au milieu du quinzième
siècle par la xylographie 0) et l'imprimerie (+), et qui a inspiré,
connue le .V. //. S. et la B, P., d'ailleurs beaucoup moins fré-
quemment que ces deux ouvrages, l'art symbolique du quin-
zième siècle (î). L'auteur s'est proposé de rechercher dans
l'histoire humaine, tant profane que sacrée, et dans l'histoire
naturelle, tous les faits qui lui paraissent aussi invraisembla-
bles, et pourtant aussi. vrais, que la virginité sans lésion de la
Mère de Dieu. Si la vestale Tuscia, demande-t-il, a pu, comme
le raconte saint Augustin, porter de l'eau dans un tamis, pour-
quoi Dieu n'aurait-il pas pu être enfanté par une vierge (^)?
(') Rabelais, Gargantua, I, 6.
(*) Pour le Defensorium, cf. le travail défmitif de J. von Schlosser, Zur Kenntnis
der kunstlcrischen Uebertieferang im spàten Mittelalter, dans le Jahvbuch der
kunsthist. Sammlangen de Vienne, 1902, pp. 287-813, pi. XVI-XXIII.
0) Blockbàcher de Fr. Walthern (1470) et de J. Eysenhut (1471); celui-ci repro-
duit par J. VON ScHLOssER, op. laud., pi. XVIII-XXIII.
(*) A Wurzlwunj, chez G. Hcisscr (1475-1480).
(') J. VON ScHLOssER, op. loud., pi. XVI-XVII.
(•) J. VON Schlosser, op. laud., pi. XX, p. 3o8. Si cribro virgo Thuscia aquam
portare valet, eur procrenntem omnia virgo non generaret ? Augustinus, De eivi-
(tate) Dt'i. Les <juattrt)ccntistes italiens ont souvent représenté l'ordalie à laquelle
fut soumise la vestale Tuscia (Perdrizet-Jeak, La galerie Campana, p. 27, n0 222),
le Defensoriani nous fait comprendre pourquoi ; c'est que les mystiques avaient
reconnu dans celte histoire une préflgurc de la virginité immaculée *de Marie.
m
- i44 -
Si le lion, par son rugissement, peut ressusciter ses petits,
pourquoi le Dieu de vie n'aurait-il pas pu être enfanté par
une vierge (') ? Et ainsi de suite. Sous ces raisonnements par
analogie, on reconnaît sans peine la ty[)ologiede nos figuratifs.
On voit d'ailleurs que, si le Defensorium rappelle \c^ Conror-
dantiœ par la façon dont il entend l'histoire naturelle, il se
rattache au S. IL S, par l'usage qu'il fait de l'histoire profane.
De même que dans certains manuscrits les (Umcorduntue
voisinent avec le .S'. //. S., de même sur les murs du cloître
de Brixen le S. //. .V. et la B, P. voisinent avec le Defenso-
rium (^) : ils y sont peints à fresque, non seulement leur illus-
tration, mais leur texte. On ne saurait souhaiter une preuve
plus sensible de la connexitë qui unit le Defensorium aux j»ro-
duits antérieurs de la littérature symbolique.
8. — Jetons maintenant un regard d'ensemble sur cette lit-
térature, qui commence vers l'an i3oo avec la B. P, pour
aboutir, quelque cent années après, au Defensorium. Elle
nous apparaît comme un genre essentiellement monastique
et germanique. L'auteur des Conrordantiie, Ulrich de Lilien-
feld, l'auteur du Defensorium, Franz de Retz, l'auteur probable
du Spéculum, Ludolphe de Saxe, sont des moines allemands.
Tous les exemplaires du Concordantise et de la Hotu sont
allemands. De même, la plupart des marmscritsdu S. II. S. et
de la /?. P., et les plus anciens. Ainsi s'explique la médiocrité
artistique de ces manuscrits. Le seul exemplaire de la B. P.
qui paraisse avoir une valeur d'art semble, même aux savants
allemands, d'origine française (9. Je connais jusqu'à deux
manuscrits du S. II. S. du quatorzième siècle, dont les minia-
tures ne soient pas désagréables à voir: ce sont deux manu-
scrits italiens (ou français ?) conservés à Paris (»). L'illustration
(') J. VON ScHLOSSER, Op. luufi., pi. XXIII. p. 809. Lco sî ruffUu prolem siisc:-
tare valet, car VUam a Spiritu virgo non generaretf Ysi{dorus) XII > ethuinio-
logiarum) ca(pitulo) AT/o, et Alanus in de planctu naturw prosa prima.
(-) Le Defensorium de Brixen est reste ignoré de J. von Schlosser; et le
« Dombeneficiat ». Walcheggek, qui a publié les inscrif>lions de cette fresque (c*.
sa brochure, Der Kreuzgang am Dnm ru Brixen, i8<j5, p. ii3), se serait mieux
tire de sa tâche, s'il avait connu l'ouvrage mysticiue dont la fresque de Brixen est
la reproduction.
(•«) Jadis dans la bibliothèque des Condé, aujourd'hui à La Hâve, Muséum Meer-
mano-Westreenianum. Le frontispice de l'ouvrage de HEiT^-Sr.HREiBER, Bihiia pau-
perum (cf. pp. a6 et 82) reproduit en grande dimension une j^ge de ce manuscrit
{*) Bibl. nat., lat. 9084 ; Arsenal, lat. ôgS.
— 145 —
du S. If. S ne donne naissance à de belles séries d'enlumi-
nures que lorsqu'elle est proposée comme thème aux a s es
de Flandre La miniature allemande du treizième "du oua-
orz^eme siècle fait œuvre de métier seulement; elle pj '
beaucoup mais ses productions sont d'une technique nros
sière et négligée : telle est l'aonréciatinn rm. ^ ''
M HaseloffCÔ les "-nuscrils ilE 'd Tp I^Th S
consiste le plus souvent, non pas, à proprement parler en
mnnatures, mais en dessins à la plumée), parfoi cXiis
c est-a-dire relevés de gouache. ^^i^^nts,
9. — Le .9 //. S les Concordantiœ caritatis, datent du
ireiz . me. Ma.s, dos la fin du douzième siècle, on voit paraître
des hvres a .mages qui préludent, si Ion peu. ainsi'di.e à
ceux dont nous venons de parler, nihlio p„ï,,er„n,, S. H S
tZT ! u ''"'""'"' "'"" '^'"'-'''""^''^nsoriL oirginî.
Tmo e A 7''- '""''' "' productions ,,ui attestent le goût
fi^nll • . •'V'""'""' P°"'' '•= ^J'n'^"li«'ne méthodique, mé-
l.culenx et outre, soûl, nous venons de le voir, d'origine aile-
.nande. „ est .ntéressant de noter que les enlum'inures'de la n
du douzième s.ecle, qu. annoncent ces ouvrages de la patience
germanique, son. un travail allemand. Elles ornent u^ n^Z
exécute a H.ldeshe,m(0. Chacune Ibrme un ensemble compli-
qué. La parlie centrale représenle l'un des fai.s principaux de
Ins.one évangéhque. Le res.e représen.e les préfigure de ce
fau e. les prophètes qui l'on, prédi. : chaque^,roph^; lient
"ne ba,u^e.ole où est inscrite la prophétie app.'opL. Voie
a ...re d exemple la description et le plan d'une de ces mU
•nal.ires (.). La p us grande par.ie de la miniature est occupée
par une cro.x la.u.e divisée en cinq par.ies, les quatre coin!
(') Histoire de VArl. en cours chez Colin, t. II, i, p. 367
puS/lc'L™:;-'!"'"" '" """"•'"' "" •'»"--'" de Séle'sta., don. nous avons
PERDRIZKT, ÉTUDE SUR LE S. H. S.
10
tfm iJBlBtfiiiji è
H »••
— i40 —
de forme rectangulaire et, au centre, un carré. Dans le carré
central on voit les saintes femmes s'approchant du tombeau;
Tune porte une banderole où sont ces mots : Qnis reuolvet
nobis Ifipidem ? Un ange apparaît ([ui Iciir dit : JesuSy qnem
qiiœritis, non est hic, sed siirrexii. Derrière l'ange, dans le
coifi de gauche, les gardiens du tombeau, endormis. Derrière
les saintes femmes, dans le coin de droite, Isaïe ([ui dit : Erif
sppiilchriwi ejus gloriosiini (Is. xi, lo). Dans le coin supérieur,
au-dessus du sépulcre, le Psalmiste (^), que la main de Dieu
fait ressusciter : la main de Dieu tient une banderole où Ton
lit : Kxsurge gloria mea (Ps. lvi, 9); le Psalmiste répond par
la fm du même verset : Kr surgain diliiculo. Dans le coin infé-
rieur, le phénix dans son nid, sur lui arbre, faisant pendant
au Psalmiste. La croix est cantonnée de (piatie préfigures de
la Résurrection : Elisée ressuscitant l'enfant, Samson erdevani
la porte de Gaza, Banaias déchirant la gueule du lion, David
égorgeant Goliath.
Le P. Beissel et M. Haselolf, qui ont fait connaître le missel
d'Hildesheim, ont vu dans les miniatures de ce curieux ma-
nuscrit une première idée de la Biblia pnupcrum. Ce n*est pas
exact tout à fait, car il nV a pas dans la BibUn pauperuni de
types empruntés à l'histoire naturelle. Le phénix de la minia-
ture que nous décrivions tantôt annonce l'éléphant pris par les
chasseurs, qui, dans la Kota Ezechielis, symbolise le baiser
de Judas ; mais surtout il annonce les allégories puisées dans
l'histoire naturelle, comme on en trouve à toutes les pages
des Concordantiœ raritatis. En somme, le missel (PHildesheim
annonce, d'une façon générale, toute cette série des livres sym-
bolirpies à images, dont la Bihlia pauperum paraît le plus
ancien et dont la vogue a été croissante au ([uatorzième et au
quinzième siècle.
L'histoire de la miniature au treizième siècle permet de
comprendre encore mieux comment s'était lentement j)réparé
le terrain où sont finalement écloses ces Heurs singulières du
symbolisme médiéval.
Dans un psautier du treizième siècle, qui provient du couvent
de Wôltingerode, près Goslar en Thuringe, et (jui est conservé
(») Beissel {loc. laud.) et Hareloff, dans V Histoire de l'art d*A. Michel, II, t,
p. 539, disent : « un homme ». Mais cet ■ homme » est nimbé, comme, sur la même
miniature, les « types » du Christ, Elisée, Samson, David, Isaie.
ti.ïoT'"""' " "■°"'''""'= « histoire plainne „ composée
L'E(jlise
Le serpent
d'airain
Oblation
d'Abel
Les maisons dos
Israélites
marquées du ian
LA
CRUCIFIXION
La grappe
de Chanaan
Oblation
«le Melchissédech
Abraham
sacrifie Isaac
La Synagogue
wi7''-"i '"' ^\^''''''^orouç,h (0, qui date du milieu du trei-
zième s.ecle, renferme n.g petites miniatures, qui montren la
ZTIT" .7 ''r '^«^'-"-'«' e. don, chacune est a xom-
pagnée d une éqende en vers latins. Par exemple, la nreu.ière
page pemte (!■■ ,o) montre l'Annonciation en ,e< ard du buis-
Se^r^oÏ-rt",;"' '"''V'! ''■ ""'''''' 'ï- -« -'"'«•"-
n aient olFea beaucoup d'analogie avec les grandes peintures
ham n ' ;^o^ r "" ""•"'""'* "^^ '''''^'"'' ^'^cle (Chelten-
lam n ,,059) qui contient une collection de t//a/Un v.-rs
L auteur de celte collection, sans doute un Cistercien pro-
sou^enl c.t^ contre I imagerie monstrueuse do formes et vide
de sens que lart roman avait introduite dans les ,'.ql Les
tuor, ceutauros pharetrafos, Chnnœram, ut Jlngunl pl,;,sio-
1». 41; Mâle, L Art religieux, a" éd., j». C7. ^ /^ V «-* *«'' ^e M. A.,
— i48 —
logiy fabidosa mil pis et galli ddndia, st'mins tibicines et ono^
scelid(tSj uel certe rontemplari (jesta Putriarcharnm, Legis
rœrimonias, prœsidid Judirum, ft/piros liegum actus, rerta-
niiFia Prophetarum, Macchahœoruin triumphos, opéra Do-
mini Saluatoris et jam covuscantis Evutigelii reuelata nii/s-
teria ? Ad informandani pirto/um ope/am in ecciesiis, ubi
pingi permittiftir, digerit prœsens râla mus adapttttiones qiias-
dam rerum gesiariim ex Veteri et Novo Testamento, ciim
superscriptione binoriim versoruni, qui rem gestam Veteris
7 esta menti brevder eliiridant, et rem \ovi convenienter
adaptant (').
Plus importantes, pour ([ui veut savoir les oriçjines des livres
tvpologiques illustrés du quatorzième siècle, sont les Bibles
moralisées du treizième. Les recherches de Heider (^), de
Léopold Delisle(') et de Haseloir(+) ont appelé l'attention sur
ces œuvres colossales de Tenluminure rran(;aise. Le texte des
Bibles moralisées, en latin dans certains manuscrits, en Fran-
çais dans d'autres, est formé d'extraits bibliques, accompaqnés
d'explications allégoriques. Il n'a du reste qu'une importance
secondaire : la plus grande partie du feuillet est laissée à l'il-
lustration ; un nombre prodigieux de miniatures — environ
cinq mille, à raison de huit par pages — illustraient l'ou-
vrage. Le plus souvent, l'allégorie, expliquée dans le texte et
figurée par la miniature, est purement morale : ainsi le texte
(') PiTRA, Spir. Solesm., t. III, p. lxxv et 626. Cf. I/ist. litt. de lu Fr., I. XXXI,
p. 214. M. Dclisie a sujiialé encore (Ilist. litt. de la Fr., t. XXXI. p. 79a) deux
pièces de vers, en tête d'un exemplaire de VHistorin scholiisticii, à la bibliotlu-qne
de lirioude, l'une sur les préflcjures de la Vienje, l'autre sur les pn'-liuures du Christ.
La prenaière commence ainsi :
A muiuli principio,
Christi generatio
Sub liquris lattiit.
yuid est hortus vohiptalis
De quo fous egn^litur.
>'isi Mater pietatis
L)e qua Christus nascilur ?
Un poème analocfue sur les préfigures de la Vierge, plus connu que celui-là, est la
Laus beat.T Virginis Mariœ, dont les Franciscains ont grossi le fecueil des Œuvres
de saint Bonaventure (éd. de Lyon, 1668, t. VI, p. t^ùS).
(-) Beitrage cur christ/. Typologie, p. 33-30. Heider s'est surtout attaché à
montrer l'intérêt des Bibles moralisées pour l'histoire de la méthode typologique.
(*) Libres à images destinés à l'instruction religieuse et au.v exercices de piété
des laïques {Hist, litt. de la Fr., t. XXXI). Il est bien regrettable que ce savant
travail sur des livres à images st>it lui-même dépourvu d'images.
(*) Dans Y Histoire de l'art d'A. Michel, t. II, i, p. 337 et suiv.
— i49 —
de la Genèse (\, g-ro) sur la séparation de la terre ferme d'avec
les eaux salées de la mer est expliqué, selon la méthode
moralisante, par la séparation de l'Église, /irma Ecrlesia
d avec le monde et ses péchés, amaritudinès mundi ; et en
regard de cette explication, le miniaturiste représente le
(.réateur séparant la mer de la terre et, au-dessous, l'Église
sous la figure d'une religieuse, dans une attitude attristée,
entre des Juils qui l'insultent et des amants sans vergogne.
Telle étant la méthode d'allégorie que Pauteur a généralement
suivie, l'ouvrage est appelé à juste titre Bible moralisèe. Mais
souvent aussi, la méthode employée est celle du svmbolisme
typoIogi({ue ; et Ton retrouve, en feuilletant la Bible mora-
Itsee, la plupart des préfigures consacrées de l'histoire évan-
gélique.
^
CHAPirUE IX
INFLUENCE ICONOGRAPHIQUE DU S, //. S.
I. L'influonce du S. H. S. se fait sentir sur l'art transalpin dès le milieu
(lu quatorzième siècle : vitraux de Mulhouse et de Saint-Alhan.
2. Pourquoi le S. H. S. n'a pas influé sur l'art italien. —3. Les fresques
de Brixeii. — 4. Influence sur l'art eyckien (triptyque Hellepulte, Très
Belles Heures de Turin) sur l'art flamand issu des Van Kyck (retable
de la Nativité, par R. de La Pasture ; retable du saint sacrement, par
Dirk Bouts), sur l'art fraueo-flainand (tapisseries de Saint-Bertin, de
La Chaise-Dieu et de la cathédrale de Reims) et sur l'art allemand (pein-
tures de Conrad Witz au nmsée de Bàle). — 5. L'influence indirecte du
S. H. S. sensible jusque dans la première moitié du dix-septième siècle.
1. — Nous avons déjà dit que les manuscrits du S. 11. S,
sont pour la plupart ornés de miniatures, quatre par cha-
pitre, représentant : Tune le fait de Tlnstoire évanqélique, les
trois autres les trois préfigures de ce fait. Les chapitres com-
mençant au verso des feuillets et finissant au recto suivant, le
livre ouvert montre toujours un chapitre entier : il offre aux
yeux, d'un coup, Tun des faits capitaux de l'histoire de la Ré-
demption, suivi du cortège de ses préfigures.
Un manuscrit du S. //. .V. contient, quand il est complet,
192 miniatures. On peut imaginer de quelle commodité était
un tel répertoire pour les artistes, et même pour le clergé qui
avait à tracer des programmes aux artistes. L'art religieux s'est
approvisionné de sujets symboliques dans le N. //. S, dès le
milieu du quatorzième siècle, dès que le .V. //. .V. a été répandu.
Les vitraux de Mulhouse en sont utie preuve péremptoire(') :
co qui assure en effet aux verrières de Saint-Ktienne une men-
tion dans l'histoire générale de l'art du Moyen Age, c'est
qu'entre tant d'autres (euvres inspirées du S, //. S., nous
n'en connaissons pas d aussi anciennes. La Bibliothèque rovale
de Munich possède sinon le manuscrit dont les miniatures ont
(») Cf. J. LuTZ, LfS Verrières de l'ancienne èylise Sdint-Étienne de Aful/iouse
(Mulhouse, MoiiiinijtT, 1906).
TOI
ser\'i de modèles aux auteurs de ces verrières, du moins un
manuscrit tout à fait pareil (') : les personnages y sont groupés,
costumés de la même façon, ils y font les mêmes gestes, bref,
tout est identique, jusqu'aux plus menus détails, dans les
miniatures de ce manuscrit et dans les vitraux de Mulhouse.
Une autre preuve de la prompte influence du Spéculum sur
les arts figurés est donnée par les vitraux de l'abbaye de
Saint-Alban, en Angleterre ; ces vitraux sont détruits, mais
un chronicjueur nous en a conservé les inscriptions explica-
tives p. Ceux qui étaient consacrés à l'histoire évangélique
antérieure à la Cène étaient disposés selon la méthode typo-
logique, mais ils n'avaient pas de rapport avec le Spéculum :
1. Sa ra grosse d'Isaac. L'Incarnation.
2. Chute des murail-
les de Jéricho.
3. Moïse fait sortir
une source du
rocher d'Horeb.
4. Klisée rend douces
les eaux saumà-
tres do Jéricho.
Chute du temple de
la Paix, à Roine{^).
Lafontaine d'huileÇ^).
Jésus change F eau en
rin, aux noces de
Cana.
Etc.
AniHî grosso de Sa-
muel.
Chute des idoles d'É-
La veuve do Saropta
donne à boire à
Élie.
Moïse fend les eaux
de la mer Uougo.
(«) Clm 23433 (LP, II" 107).
(-) ScHLOSSER, Que/lenburh sur Knnstgeschirhte, p. 317. Cf. Schkeiuer, Biblia
ptiuperum, p. 9.
y) SchnMber rruit ^\\\\\ s'a«jit d«' la IV-sonlation au Temple; il n'a pas compris le
tituhis de c«'ttc verrière, hic pitrif ut Vinjo, templum Pucis mit ultro. Cl'. Ilist.
Schol., in Evan.j., cap. V (de Naliv. Salv.), additio i : Ronur templum Pacis
corruit, et mieux encore, Leg. aurea, cap. VI (de Nativ. J. C), p. 42 Grasse :
Romie, ut tettutur Innocentius papa tertius, duodecim unnis puœ fuit, if/itur
Romani templum Paris pulcherrinmm ronstruœerunt et ibi statuam ' Romuli po-
surrunt. Consulentes nutem Apollinem, quantum dururet, acceperunt responsum,
(/uousque rirf/o pareret. Hoc autem audientes dia-erunt : err/o in .Hernum durabit.
Impossibile enim crediderunt, quod unqaam pareret uinjo. Unde in foribus f empli
titulum scripserunt : Templum Pacis ;eternum. Sed in ipsa nocte qua virgo pepc-
rit, templum funditus corruit; et ibi est modo ecclesia sanrt/r MariiP Novie. Le
texte d'Innocent III, auquel renvoie la Légende dorée, est le deuxième sermon sur
la Natu-ité (/*. A., CGXVII, 457). Cf. encore, yiour les miracles qui eurent lieu lors
de la Nativité, le Catalogus Sanctorum de I'ktrls de Natalibus, 1. 11, ch. i.
(*) Schreiber croit <|u'il s'agit du jeune de Jê<,us au désert. Le titulus de cette
verrière était pourtant cUir : fons olei Roma-, cibet ut populum, Jîuit hicque. Cf.
Hist. Schol., m Evang., cap. V, add. : fons olei erupit et, mieux encore, Leg. aur.,
rap. M, p. 43 Grasse : Rom^e, ut attestatur Orosius et Innocentius papa tertius',
fons aqure in liquorem olei uersus est et erumpens usque in Tibrim projluœit et
toto die illo largissime emanauU. Prophetauerat enim Sibylla quod, quando erum-
peret fons olei, nasceretur Salvator.
I i""aiiliw<it-i A
132
Mais, à partir de la Gène, les vitraux de Saint-Alban em-
pruntent leur typologie au Spernlum.
17. La maiine.
18. Saûl tâche de tuer
David.
19. Samson est en
butte aux inju-
res des Philis-
tins.
20. Lamech est mal-
traité par ses
deux femmes.
21. Los envoyés de
David outragés.
22. ?(^)
23. Jérémielapidé(').
24. Mort d'Éléazar
{Spec. XXIV).
20. Jacob pleure sur
la robe de Jo-
seph.
26. Joseph descendu
dans le silo.
27. Jonas vomi par la
baleine.
28. Daniel dans la
fosse aux lions.
3i. La loi donnée à
Moïse.
La Cène (Spec. XVJ).
Judas trahit Jésus par
un baiser (Spec,
XVIII).
Jésus est injurié par
les Juifs ( Spec,
XIX).
Jésus est Jlagellé
{Spec, XX).
I^e couronnement (Vé-
pines {Spec, XXI).
Le portement de croix
{Spec. XXII).
La crucifixion {Spec,
XXIII).
La mise au tombeau
{Spec. XXV).
Marie pleure sur le
cadavre de Jésus
{Spec. XXVI).
Le Christ aux limbes
{Spec. XXVII).
La résurrection {Spec,
XXXII).
Le Christ délivre des
limbes Adam et Eve
{Spec. XXVIII).
La Pentecôte {Spec.
XXXIV).
Melchissédech donne
à Abraham le pain
et le vin.
Amasa tue Joab par
trahison.
Hur est conspué par
les Juifs (').
Achior est battu de
verges.
Séméi outrage David.
Isaac porte le bois du
sacrifice.
Isaïe scié en deux (♦).
.Mort d'Absalon {Spec.
XXV).
Adam et Eve pleurent
Abel.
Jonas avalé par la ba-
leine.
Samson enlève les
portes de Gaza.
Les trois jeunes gens
dans la fournaise.
La tour de Babel.
(') Hic siibsannatnm hdit plehisqae sacrattwi : lulit fait le vers faux, et l'on ne
comprend pas sacratum; le sens devait être : Hur subsannatnm tiilit plebisqne
sputumentiun.
(-) Le titulus de cette verrière est ainsi rapporté : hicqiie fenmt alii, pro uita
solet recreari, ce qui ne si(|niiie rien. D'après le Spéculum, U devait s'agir des
espions hébreux portant la «jrappe.
(3) Le sujet est étranger au Spéculum, comme à la Biblia pauperum.
{*) Le titulus doit se lire : hic serra cecidit, Isaias ac requievit. Les éditeurs
donnaient Sarra, comme s'il s'agissait de la femme d'Abraham.
— 153 —
Les groupes 29 et 3o ne sont pas pris du Spéculum, Le
vingt-neuvième représentait le.Vo/imr ta nf/err, entre le buisson
ardent et l'apparition des trois anges à Abraham {trinus apparet,
sed iJeus unus). Le trentième, qui représente l'Ascension du
Christ entre l'Ascension d'Hénoch et celle d'Élie, se retrouve
dans Tambon de KIosterneubourg et dans \di Biblia pauperum,
2. — L'Italie ih'a jamais beaucoup donné dans la svmbo-
lique figurative : au Campo Santo de Pise, aux murs de la
Chapelle Sixtine les peintres du Quattrocento (^), au plafond
de la Sixtine Michel-.\nge, aux Loges du Vatican Raphaël,
ont raconté l'histoire du peuple de Dieu et la genèse du
monde, sans en montrer la concordance avec l'histoire de la
Rédemption, de même que Duccio, au retable de Sienne, et
Giotto, à l'Arena de Padoue, ont raconté l'histoire évangé-
lique sans en montrer les correspondances cachées dans l'An-
cien Testament. A cet égard, l'art religieux de l'Italie se rap-
j)roche beaucoup plus de celui des Orientaux que de l'art du
Nord(^). L'art bvzantin en effet, s'il n'a pas contplètement né-
gligé le symbolisme figuratif, ne lui a jamais accordé beaucoup
de place dans la décoration murale des églises, ni dans l'orne-
nientation des objets liturgiques, ni dans l'illustration des
manuscrits. Le symbolisme figuratif, dans l'art byzantin, est
sous-iMitendu plus souvent que formellement exprimé; il y
est, en quelque sorte, à Tétat latent; on Ty devine à certains
détails, la Théotocos qui apparaît dans le buisson ardent (>)
on dans la toison de Gédéon (^) ou au-dessus de l'arche d'al-
liance (>) ; il inspire certains rapprochements, l'Ascension
d'Elie peinte à côté de l'Ascension du Christ. Mais jamais,
que je sache, l'art byzantin n'a produit d'ensembles typologi-
ques analogues aux verrières de Mulhouse ou de Saint-Alban,
aux émaux de KIosterneubourg, aux miniatures de la Biblia
pauperum ou du Spéculum,
(') «• La dernière Biblia pauperum traduite en œuvres d'arl, écrivent Laib et
ScHWARz {Biblia pauperum, Zurich, 1867, P- 8; Fribourg, 1892, p. 10), se trouve
dans les pcmlures de la chapelle Sixtine. » Cette assertion est à tout le moins sur-
prenante.
(-) • Die christliche T^-pologie gehôrt trotz ihrer antiken Wurzeln so gut wie
auss<Mdiesslich dem Westen an » (J. von Schlosser, dans le Jahrbuck der Kunst-
sammlungen des allerh. Kaiserhauses, lyoa, p. 298).
(3) DiDRON, Manuel d'iconographie chrétienne (Paris, 1 845). p. 94. Cf. S. H. S.,
ch. VIL (*) DmaoN, op. laud.. p. io3. (») DmaoN, op. laud., p. t^.
— ^ i54 —
3. — Les illustrations, dont le Miroir était orné, expliquent
en partie sa popularité : les illettrés, qui n'en pouvaient lire
le texte, en comprenaient du moins les enluminures. Mais un
aussi bel ouvrage, en grand in-folio, décoré de près de deux
cents miniatures, coûtait fort cher. Pour meltre à la portée de
tous ce livre merveilleux, qui rendait visible et compréhen-
sible aux plus simples la concordance secrète des deux Tes-
taments, les gens de Mulhouse trouvèrent le bon moyen : ils
choisirent comme modèles, pour les vitraux de leur église
paroissiale, les miniatures du Miroir, Gel exemple devait être
suivi un peu partout, dans les pays du Nord; ou plutôt, de
tous côtés, on a eu la même idée. A Brixen, en Tyrol, le cloître
attenant à la cathédrale fut décoré, au quinzième siècle, de
fresques qui reproduisent Tillustration traditionnelle du Mi-
roir, et le texte du livre est peint à côté, sur le mur : c'est
un Miroir à fresque, comme les verrières de Mulhouse for-
ment un Miroir sur verre (').
' ■*• — -^u début du quinzième siècle, le maître enlumineur
des Très Belles Heures (') du duc de Berry, — ce manuscrit
splendide, chef-d'œuvre de l'art flamand, brûlé à Turin il y a
quelques années, — s'était inspiré de l'illustration du Miroir.
Comme M. Durrien, (jui a édité ce manuscrit, n'en a pas
bien compris toutes les miniatures, faute de savoir à quelle
source avait puisé l'enlumineur, nous croyons devoir expliquer
ici celles qui sont empruntées au Speculiim.
F°XV1. Grand tableau. — Jésus est couronné d'épines,
bafoué et conspué. Gf. Spec. XIX, i, XX, i et XXI, i.
Lettre ornée. — D'après Durrieu, a les Philistins se plai-
gnant à David devant le roi Achis; sujet qui est rapproché du
couronnement d'épines dans la Biblia pauperurn ». Il doit
s'agir soit de Hur conspué par les Juifs {Spec. XIX, 2), soit
de David insulté par Séméi {Spec. XXI, 3).
Frise. — D'après Durrieu, « la mère de Salomon couron-
nant son fds )). L'artiste avait certainement en vue l'histoire
(») Walchegger, Der Kreuzgang um Dom tu Brixen, 1895. Les fresques du
cloître du couvent d'Emmaiis, à Prague, témoignent d'une influence beaucoup moins
directe du S. //. S. (cf. Neuwirth, Die Wandgemûlde im Kreazgunqe des Emaas-
klosters, Prag, 1898).
(*) Publiées en igoa par M. Ddrrieu à roccasion du jubilé de M. Léopold Delisle.
Malheureusement, celle publication n'est pas dans le commerce.
- — i55 —
d'Apamène, qui est au chapitre XXI du Spéculum la première
préfigure du couronnement d'épines.
F<>XVTI. Gaand tableau. — Jésus est dépouillé de ses vête-
ments et lié à la colonne. Cf. Sper. XX, i.
Lettre ornée. — Job en butte aux reproches de sa femme
et aux atta(|ues du diable. Gf. Spec. XX, 4.
Frise. — Gham dévoilant la nudité de Noé. Gf. Spec.
XIX, 3,
F° XVIII. Grand tableau. — Le portement de croix. Gf.
Spec. XXVII, 2.
• Lettre ornke. — Les espions rapportent de Ghanaan la
grappe de raisin. Gf. Sper. XXII, 4.
Frise.— Isaac portant le bois du sacrifice, suivi d'Abraham,
qui tient une épée, Q{. Sper. XXII, 2.
F° XIX. Grand tableau. — Le Ghrist cloué à la croix cou-
chée. Gf. .S>'c. XXIII, I.
Lettre ornée. — « Deux forgerons dans leur atelier» (Dur-
rieu). Ges deux forgerons sont Jubal et Tubalcaïn. CL Spec.
XXIII, 2.
Frise. — Isaïe scié en deux. Gf. Spec. XXIII, 3.
vvv '^'^* ^'^-^^^ tableau. — Le coup de lance. Gl. Spe.c^
XX\ , I ,
Lettre ornée. — Gréation d'Eve, d'après la Biblia pau-
perunt.
Frise. — Mort d'Absalon. Gf. Spec. XXV, 3.
F^^XXI. Grand tableau. — La descente de croix. Gf. Spec.
XXVI, I. '
Lettre ornée. — La tunique de Joseph apportée à Jacob.
Cf. Spec. XXVI, 2.
Frise. — Adam et Eve pleurant sur la tombe d'Abel.
Cf. Spec, XXVI, 3.
Durrieu n'a pas remarqué la mâchoire d'âne, qui est placée
sur la tombe fraîchement creusée d'Abel : c'est la mâchoire
avec laquelle Gain aurait tué son frère. Les monuments figurés
du quinzième et du seizième siècle, qui montrent Gain tuant
Abel avec une mâchoin' d'âne, sont légion. G'est ainsi que la
scène est re|)résentée sur le retable de l'Agneau mystique (^),
et par certains illustrateurs du S. //. S. Q), notamment par
(') Kammerer, Hubert und Jun van Eyck, fig. 19.
(») Ch. XVIII, 4e illustration.
i
i
— i56 —
railleur du Blockbnrh, dont Borjoau a publié le fac-similé. Je
ne sache pas qu'on ail jamais dil sur quel lexle les arlistes
du Moyen Age se Ibndaienl pour armer Gain d'une mâchoire
d'âne (').
F° XXIII. Grand tableau. — « Une cérémonie religieuse
dans une église. » (Durrieu.) Des prêtres se dirigent en pro-
cession vers le chœur, à travers la nef. D'autres font la haie.
Tous ont la tonsure en couronne : il s'agit donc non de sécu-
liers, mais de réguliers ; et la cérémonie se passe non dans
une cathédrale ou dans une église paroissiale, mais dans la
chapelle d'un grand couvent. Ainsi s'explique le petit nombre
des spectateurs. D'après les préfigures représentées dans la
lettre ornée et dans la frise, le grand tableau a certainement
rapport à la fête de la Pentecôte. La procession représentée
sur le grand tableau doit se diriger vers Tautel au chant du
Veni Creator qui est au bas de la page. L'Esprit-Saint, sous
la forme d'une colombe, descend de la voûte, comme, par
exemple, dans la miniature de Bourdichon qui représente la
Peniecôie (Heures (r Anne fie Brefaffne, éd. Berthaud, pi. 23).
Pour la colombe dans la représentation de la Pentecôte,
cf. DiDRON, Manuel, p. 2o5.
Lettre ornée. — Moïse recevant les tables de la Loi. Cf.
Spec. XXXIV, 3.
Frise. — Miracle d'Elisée. La veuve et ses deux fils remplis-
sant d'huile les vases empruntés aux voisins ('\ Cf. Snec.
XXXIV, 4.
F« XXVII. Grand tableal. — La Cène {Spec. XIV, 2). Vn
seigneur reçoit la communion dans une chapelle d'église.
Lettre ornée. — La récolte de la manne. Cf. Spec. XVI, 4.
Frise. — Melchissédech et Abraham.
V' XXVIII. Grand tableau. — Dieu le Père imploré par le
Christ et la Vierge, qui lui montrent, l'un ses plaies, l'autre
son sein nu. Cf. Spec. XXXIX, i et 3.
(») Faustinus Arevalus, dans son commenUire sur Isidore (/*. L., LXXXIII,
i3i), écrit : Quo instrument o occisus fuerit, incertain est. Pic tores mandibula
armutum Cainum contra fratrein plerumque eœhihent, sed nullo prorsus J'unda-
niento. Peut-être ne voulait-on pas mettre entre les mains de Gain un instrument
en fer, parce que le meurtre d'.Vbel est antérieur à Jubal et à Tubalcain, qui inuen-
tores artis ferrariie eœstiterunt {S. H. S., XXI II, 34).
(») IV Rois, rv-, 5 : Clausit imilier ostiuni super se, et super fîlios suas : illi
ojjerebunt vasu, et illa infundebat.
Lettre ornée. — « Le lépreux, guéri par le Christ, se mon-
trant au prêtre. » (Durrieu.) Il s'agit en réalité d'Antipater
montrant ses blessures à César. Cf. Spec. XXXIX, 2.
F'rise. — « La reine de Saba devant Salomon. » (Durrieu.)
C'est exact, semble-t-il : mais on doit remarquer que l'artiste
a fait une confusion : il aurait dô représenter Esther devant
Assuérus; telle est, en effet, la deuxième préfigure du chapi-
tre XXXIX du Spéculum.
F°XX1X. Grand tableau. — La « Pietà ». Cf. Spec. XXVI, i .
Frise (il n'y a pas de lettre ornée). — « Une dame traver-
sant un fleuve dans un paysage. » (Durrieu.) Il doit s'agir du
retour de Noémi à Bethléem, après la mort de ses deux fils
Cf. Spec, XXVI, 4 (d'après Ruth. chapitre I).
Castan avait le premier reconnu et, depuis, M. Durrieu (») a
donné de bonnes raisons de croire que les Très Belles Heures
ont dû être peintes par l'un des frères Van Eyck ou sous leur
influence immédiate : voilà donc que les Van Eyck avaient
dans leur atelier, comme répertoire d'art symbolique, un
exemplaire du Miroir. La chose est certaine pour le plus jeune,
pour Jan Van Eyck : M. Mâle l'a établi à l'aide de la dernière
œuvre du maître, un triptyque qui lui fut commandé pour
Saint-Martin d'Ypres et que sa mort, advenue en i44o, l'em-
[>êcha de terminer (^) : la partie centrale représente la Vierge
et l'Enfant; sur les volets scmt des préfigures de la virginité
de Marie, le Buisson ardent, la Toison de Gédéon, la Porte
close d'Ézéchiel, la Verge d'Aaron, enfin la vision de VAra
Cœli, prédiction de la Nativité. Ces cinq sujets sont tous em-
pruntés au Miroir. Le cinquième décèle l'emprunt, comme l'a
montré M. Mâle Q) : le sujet de la vision de VAra Cœli, qui
provient des Mirabilia Honuey a été popularisé de ce côté des
Alpes d'abord par la Léijende dorée, puis par le Miroir; c'est
par l'intermédiaire du Miroir qu'il entre dans l'art du Nord,
au temps des Van Eyck.
A la suite des Van Elyck, leurs maîtres à tous, les peintres
de l'école flamande demandent au Miroir les sujets de maint
(•) Les Débuts des Van Eyc/c, dans la Gaseftr des Beaux-Arts, igoS, t. I, p. i.
{') Ce tripty(jne, .pii appartient aujourd'hui a M. Hellcputte, membre de la Chambre
des reprt'sentants de Hel(,i(|ne, a et.- publié dans la Revue de l'Art chrétien, 1902,
pi. I et II, et dans le Burlington Mngarine, juin 1906, p. 190. Cf. Mâle, Revue de
l Art ancien et moderne, septembre 1900, p. 196.
(^) Revue de l'Art ancien et moderne, septembre igoô, p. 196.
»
Je
— i58 —
triptyque. Le symbolisme figuratif convenait admirablement
pour des triptyques : sur le panneau central, le peintre repré-
sentait un des faits principaux de l'histoire de la Rédemption ;
sur les volets, les préfigures de ce fait. Quand Roger de La Pas-
ture reçut, en i46o, la commande de son fameux retable de la
Nativité — aujourd'hui à Berlin Q) — il ne chercha pas bien
loin, écrit M. Mâle(^), le sujet de ses deux volets : il ouvrit
son manuscrit du Miroir, à la page de la Nativité, et y prit,
pour un des volets, la vision de VArti Cœh\ pour Tautre, les
Trois Mages contemplant l'étoile où resplendit l'imafie d'un
enfant. Un peu plus tard, en 1467, quand Thierry Bouts pei-
gnit pour Saint-Pierre de Louvain son chef-d'œuvre, le retable
de la Cène('), il emprunta au Miroir les trois préligures de
l'eucharistie, Melchissédech offrant à Abraham le pain et le vin,
les Israélites mangeant l'agneau pascal avant de quitter la
terre d'Egypte (4), la récolte de la manne; et comme il lui fal-
lait quatre prtiigures, un théologien lui suggéra de peindre
Élie au désert, nourri de pain et de vin par les anges (Q.
Au musée de Berlin {% un tableau du ([uinzième siècle,
qu'on croit être une copie d'une œuvre perdue du maître de
Mérode, sans doute du volet d'un retable, représente Tomyris,
reine des Massagètes, plongeant dans un vase rempli de sang
la tête de Cyrus. Le visage de Tomyris a une expression sin-
gulière de tranquillité et même de douceur; et cela n'avait pas
laissé d'embarrasser les critiques, jus([u'à ce (ju'un éminent
connaisseur, M. Hulin (7), leur eut appris que la reine Tomyris
(') Photographie HanfsUlmjl, Berlin, n^» 209.
(-) Revue de l'Art ancien et moderne, septembre 1905, p. 197.
(3) Saint-Pierre de Louvain n'en a gardé que le panneau rentrai {Brurkmann's
nUjmentdriicke, Brùg(je, n" 36). Les volets sont, l'un au musée de Berlin (Hanfsiancjl,
Berlin, n"* 260, 261), l'autre à la pinacothè»iue de Munich (Hanfstângl, Munchen,'
no» 256, 257).
(^) Comment M. S. Keinach a-t-il pu écrire (ju'il s'agit de i la Pàque célébrée
par une famille juive du temps de Jésus » {Répertoire, II, 23)?
(») Un vitrail du seizième siècle, dans le chœur de l'église de Pont-Sainte-Maric,
près Troyes, représente la Cène, avec (piatre préBgures ; les trois du Spéculum,
plus Abraham recevant les anges. Un triptyque de Pierre Pourbus. dans la cathédrale
de Bruges, peint en ijôg jwur la confrérie du Saint-Sacrement, représente au milieu
la Gène, sur le volet de gauche, Melchissédech offrant à Abraham le pain et le vin,
sur le volet de droite Élie au désert, nourri de pain et de vin par les anges (Lafe-
NESTRE et RiGHTE>BERGER, Lti Belgique, p. 343).
(•) Verzeichnis\ p. 2A2 ; Jahrb. der k. preuss. SammL, A'IX (1898), p. 104.
C) Bulletin du Cercle historique et archéologique de Gand, 1901, p. 222-23<k
Un tableau analogue, peut-être l'original dont celui de Berlin est la copie, ornait
ï)longeant dans un vase rempli de sang la tête de Cyrus est,
dans le trentième chapitre du Miroir, une préligure de la
Vierge « victorieuse du démon i)ar la part qu'elle prend à la
I^assion de son Fils « : la cruelle reine des Massagètes du
moment cju'elle préfigurait la Vierge Marie, devait perdre' son
air de férocité, pour prendre une expression de sérénité au-
guste et de douceur céleste. A l'aide du trentième chapitre
du Miroir, nous restituerons ainsi le retable perdu du maître
de Mérode, dont la peinture de Berlin reproduit un volet : au
nnheu, Marie, tenant la croix et les autres instruments de la
Passion, et foulant aux pieds le Démon; sur l'un des volets
Tomyris; sur l'autre Jahel tuant Sisera ou, plus probable-
ment, Judith tranchant la tête d'Ilolopherne.
Le temps de Roger de La Pasture, de Thierrv Bouts et du
maître de Mérode est celui de l'invention de l'imprimerie.
Cette découverte marque le commencement des temps moder-
nes. Victor f fugo l'a dit magnifiquement : « Le soleil gothique
se couche derrière la gigantesque presse de Mayence(Ô. » C^est
vrai, mais à condition de dire aussi cjue le Moyen Age expirant
s'est servi, tant (ju'il a pu, pour reproduire ses insipides rado-
tages, de l'invention de Gutenberg. Le Sporulnm humanœ sal-
iKitionis, Spietjel der menschlichen Behàltnis, Spieghel onsor
nchoudemsae, qui était au comble de sa vogue quand Guten-
berg inventa cju perfectionna les caractères mobiles, ne la
perdit pas aussitôt, du fait de cette invention : tout au con-
traire, l'imprimerie, à ses débuts, s'emploie à le multiplier;
on a pu supposer (|ue si Gutenberg, dans les pièces de son
procès, est appelé Spiegelmacher, c'est parce que son inven-
tion, aux yeux des ignorants, avait pour but de fabriquer sur-
tout des copies à bon marché du fameux SpiegelQ), L'impri-
merie naissante s'allie à l'art à peine moins nouveau de la
gravure sur bois pour reproduire aussi exactement que pos-
sible les manuscrits du Spéculum ou de ses traductions, texte
jadis une salle de IVvêché de Gand L'histoire de Tomyris a été connue de l'auteur
du S. H. S. liar \Hist. schoL, hb. Daniehs, XIX {P. L., CXCVIII, 1^74).
(') N.~D. de Paris, 1. V, ch. II. Cité par Mâle, L'Art religieux', ^f^ éd., p. 435.
{-) Cf. Bouchot, Le Uure, p. 23 ; du même. Les 200 incunables xylographique]
dadep des Estampes, p x; Anatole Fra>ce, Discours... du Soo' anniuersawe
de Gutenberg, dans Vers les tenps meilleurs (Paris, 1906), p. 39. Je dois dire d'ail-
leurs .,ue I hypothèse est aujourd'hui généralement abandonnée : cf Meisner et
Luth£r, Die Erjindung der Buchdruckerkunst (Bielefeld, 1900), j). 55.
— I Go —
et miniatures. Les bibliofjraplies n'en comptent pas moins
d'une trentaine d'éditions incunables ('). Par ordre de date,
le Spéculum est un des premiers livres imprimés, et c'est le
premier livre imprimé qui ait eu des gravures. A partir du
troisième quart du ([uinzième siècle, l'imprimerie Ta telle-
ment répandu qu'on peut dire qu'en Allemagne, aux Pavs-
Bas, en France, toutes les personnes pieuses l'ont lu, tous
les artistes en connaissent les miniatures ou les gravures et
s'en inspirent. A la fin du quinzième et au commencement
du seizième siècle, le nombre des monuments figurés (|ui en
dérivent devient légion.
Je me bornerai à citer comme particulièrement caractéris-
tiques, les peintures de Conrad Witz au musée de Bâle(^), les
deux grandes verrières de la Passion à Vir-Ie-('onite ('), la
« fenêtre biblique » de la cathédrale de Berne (^) et |)lusieurs
des tapisseries de La Chaise-Dieu en Auvergne (•) et de la ca-
(') Pour les difTtTcnfes ôdilions du Spéculum, cf. Guuhard, Xotice sur le
S. H. S. (Paris, i84o); Sotheby, Principia typoijraphica (Londres. i858), t. I,
p. 145-180 ; t. II, p. 78-83; Brunet, M(inue/\ V, 47O; Vo>' der Linde, Geschirhti
der Erjindumj der Buchdrnckhunst (Berlin, 188G). I, p. 3o(>^i3; M. Gossart,
Les incunubles d'oriijine néerlandaise conservés à la Bibl. communale de Lille
(thèse de Lille, 1907), p. a8.
(-) Ciitalotj der Gemûlde ... in Busel{^-\\e. Solavri.jluuiser, 1904), p. 2a. Conrad
Witz, de Kottweil en Soiiabe, monnit vers i!\kô. La vie et l'œuvre de ce maître ont
été étudiés p<^>ur la })remière fois par I). Burckhardt. dans la Festschrift cum i>ie/>-
hundertslen Jahrestage des eicigen Bandes zwis'hen Basel und den Eidgenossen
(Bàle it)Oi). Les peintures de Bàle sont re|>roduites, d'après la Festschrift, par
Lutz-Pkrdrizet, Spéculum human.e salfutionis, pi. 128. Ces peintures, qui sont les
fra.jnients d'un (jrand ensemble ty[>olo«]ique, représentent Abraham recevant de Mel-
chi-sedech le pain et le vin, Aniipater se justiliant devant César, les trois vaillants
app«^>rtant à David do l'eau puisée à la citerne de Bethléem. Ces trois scènes sont
empruntées au Spéculum, ch. XVI, XXXIX et IX. Je retrouve la dernière sur un
volet d'un triptyipie flamand du seizième siècle (S. Keinach, Répertoire, t. II
p. i3), dont la partie centrale, aujourd'hui perdue, devait représenter l'Oblation des
Maijes. L'autre volet est conserve : il représente l'Oblation de la reine de Saba. Le
peintre s'était inspiré, non de la Biblia pnuperum, ou les pretiqures de l'Oblation
des Mages sont l'hommaije d'Abner à David et l'Oblation de la reine de Saba mais
du S. H. S., ch. IX.
(*) Département du Puwie-Dôme. Ces verrières datent du seizième siècle. Celle
du midi représente les scènes de la Passion, et celtes du noni les Ogures de la
Passion. Cf. Mài.e, Rerue de l'Art ancien et moderne, septembre igoô, p. ao4.
(*) Fin du quinzième siècle. Le symbolisme de cette v.rriere provient à la fois
de la B. P. et du .S'. //. S. Ainsi, le .jrou|>e VI 11 (Lamech injurié par >es deux
Femmes, la Flagellation, Achior attaché à un arbre par les frondeurs d'Holopheme)
est inspiré par le chap. XX du A". //. S., tandis que le groupe IX (le serpent d'ai-
rain, la Cruciûxion, Abraham sacrifiant Isaac) est inspiré par la B. /'.
{') Déjà Jubinal qui, en 1837, *J«'»^ î*»^^ Anciennes tapisseries historiques, a publié
celles de La Chaise-Dieu, avait ren^npié les res>emblances que plusieurs pr»->entaient
avec les miniatures du Spéculum : t II existe, écrivait-il, un manu^iTit italien a la
I
iK
— 161 —
thédrale de Reims Q). Beaucoup de ces monuments ont péri,
non des moindres: un manuscrit de la bibliothèque de Saint-
()mer(^), (|ui renferme les miniatures du Miroir sans le texte,
porte cette indication : Chy sensieul le contenu de la fapis.serie
de Satnl-Berfin en Snint^Aumer, ce qui signifie que l'abbave
de Sanit-Bertin, Tune des plus riches de la France du Xord,
possédait une séwe de tapisseries symboliques inspirées du
Miroir. Même plus tard, en pleiii triomphe de l'italianisme, au
début du dL\-septiènie siècle, telle tapisserie, comme celle de
l'église Saint-Vincent, à Chalon-sur-Saône ('), est conforme
BiWi<,thèque de l'.Vrsenal [Martlv, Catalogue, t. I, p. 445], dans les miniatures
tluquel on rctn.uve en quelque s«.rte, sur une échelle minime, la plunart des tapis-
series de La Cha.se-Dieu. ,, M. Mâle a déterminé avec précision ces ressemblances •
cT Congres archéologique de France, AA'A7« session tenue au Pug en 1004, p. 402
et la Remie de l'Art ancien et modernf, septembre igof), p. 200.
(•) MÂLE, dans la Revue de l'Art ancien et moderne, septembre ujo5, p. 200.
(-) Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques des déDurfe-
ments (V-Arii, 1861), 1. IJI, p. <^. ^ ^
rS^ ^ff ^^''"•^-"'•'* "-^ '''^ -i'-'* décoratifs à FExposition universelle de igoo
(Pans, librairie de la Gazette des Beaux-arts), p. i5i-i53. Elle fut faite, au commen-
cement du dix-sept.eme siècle, |K,ur un pmcureur n)val nommé Hugon, qui en déco-
rait la façade de sa mais^.n le jour de la Fête-Dieu. En voici la description. Dans
un encadrement architectural de style Renaissance, cinq tableaux sont ménagés
Dans celui du mdieu, deux anges à l'autel : ils y posent chacun un grand chandelier
en même temps (pi'il.s tiennent ouvert le voile d'un tabernacle placé derrière l'autel •'
1 ostensoir, iju'ils .mt dû sortir de ce tal»eniacle, resj.lendil sur l'autel. \ droite le
procureur Hugon et M-n Uls, à gauche sa femme et sa fille. Dans le compartiment
de droite, en haut, Jésus distribue la communion aux apôtres. Judas, très laid
tenant la bourse, s'échappe à la dérolx-e : cf. Spec. XVII, 3. 4 et Mistere de la
Passion, V. 182G3 sq. Au-<Jessous, cette inscription :
Le sacrifice de son rorp«i prérieuix
Institua I)i«'u en sa kiy «le i|ra<e
Soubz espèces de paiii «t vin, pour mieulx
De ce mistére entendr»- l'efficace. (.ifathei, XX P?» capitulo)
Dans le compartiment aunlessous du pn-cédent, les Juifs mangent l'a.ineau pascal.
.\u-desscus, cette inscription : • 1 •
L'ainn»"aii pasclial immolé sans macule
Par les Juifs, aux Chn«tiens signilie
Le vrai aiqneau JesUN sans tacne nulle
Par sacrement contenu soubz Ihostie. (Exodi, XII- capitulo)
Dans le comiKirtiment de gauche en haut, Melchissedcch offrant a Abraham le pain
et le \\n (le troisième vers du (piafrain est faux) :
Melchissedcr. qui fut grant prestre et roy,
A .\bratiam venant (i'a\oir victoire
Pain et vin jadis offrit, parquoy
Du sacrement nous denotoit l'ilistoire. (Genesis, XIIIIo capitulo)
Dans le compartiment au-dessous du pn-cédent, les Hébreux récoltant la manne.
Au-dess<jus cette inscription :
Tous les Juifs au-dessus quarante ans
Nourris de mann>> fun-nt delicieulx ;
Figure était qu'aprez ung certain temps
[Nourris serions] d'ung pain venant de^ cieulx. {Exodi, X VI^ capitulo)
PERDRIZET, ÉTUDE SUR LE S. H. S. , ,
/,
;
I )
^iJSkùSÊ^^^SeS^
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ii;:.m^^i^»^g^^f^.
162
encore au symbolisme du Miroir; el dans la peinture flamande
de la même époque, dans l'œuvre de Ruhens, on peut, sans
paradoxe, trouver sinon des emprunts directs au Spéculum,
du moins des réminiscences de ce livre Tameux. Nous en avons
donné une preuve curieuse en étudiant, dans notre onvrage
sur la Vienje de Miséricorde, le thème iconograj)hique de
la Vierge qui montre à Jésus, pour le fléchir en faveur des
hommes, la mamelle dont elle l'a nourri. Paulus Pontius a
gravé, d'après un tableau de Rubens, aujourd'hui en Angle-
terre, l'histoire de Tomyns plongeant dans un vase d<' sang la
této de Cyrus(»). Le peintre classicjue et romain par excellence,
Nicolas Poussin, ne devait, pas plus qu«' Uuhens, échapper à
l'influence de l'iconographie traditionnelle cpie le Spcrulnm
avait inculquée deux cents ans auparavant à l'art du Non! : il
a peint deux fois riiistoire du petit Moïse brisant la couronne
de Pharaon (-).
(•) RoosES, L'Œuvre de Ruhens, t. V, pi. 252.
(*) RÉVKiL, Musée religieux (Paris, i836), I, ^i.
'u
CONCLUSION
Le symbolisme %„ralif est bien oublié aujourd'hui Le ca
I hobcsme, qu. a la ,,réle.,liou de ue pas cl annc mais o;^
chauçie cepeudan,, con.me toute cl.ose en ce mond; Te par ë
IMso,,,.. ,u, Ulis oire unwerseltr, expliquait ce qu'il anne-
l^n. la « su,le de la reliqion ,., sans même Taire allusio Tla
concordance mystique des deux Testaments. La mélho le fi„u
rat.ve ava.t ravi par son ingéniosité et par la s "nétH de ses"
constructions, l'esprit sul,iil du Moyen A<,e- son »rl.i !
pouvait o,r,.yer des esprits qui n'i^aie'^il^r f t ' 'e la'
cru.que uMlelInsto.re. Je me d-nn.M.lais, l'an dernier f au
mon.en ou alla.t paraître la rééd.t.on du S. II. S., qud ac ûei"
let , ,c,sn.e réserva,, a .-e pauvre luTe, dont i^'é, , dÏ
lect. j.id.s J,.vprnnais la crainte qu'il ne fil qrise mine à ce
■evenaM,.,le ne n,e trompais pas. M. l'abbé Le av , fes^eur
<. llnsn,,,, .a.holique de Paris, s'est hâté de désavouer le
Sprr.Uun conwne „ le pr,„|„i, .p,,,,,. ,.,.^i^,, d , s^fnbo
l.sme », laquelle aurai, « coïncidé avec la .lécadence" de h
scolast>q„e : de par, et d'au.re. ,nè,„e rechercl.e d s btilitl
|'<^- travail laboneux P<>ur renouveler et fausser les formul s
stécie'er» •'^'•^"■'--'^'"-'^'-tiq-duq-to.S
sur îe'sv' '''"/" "'' ''"'■•'•'• '.•"^''' ^"^"^ «-xpnmé son opinion
surlcsu/et "■" " '"'■'""'"'• '"'^^ P-I-es conclusions
Cn„vie„t-il dabord d'établir un rapport entre la scolasti.iue
et le syn.bohsn.c l„|„ra,i|-.' Je ne le pense pas. Ce qui c.ra' é
nse fonc.ren.en, la scolas,ique, a' quelque époq^J e dans'
-l-^lque production qu'on la considère, qu'on prenne le Jl"
'--W.z,ème siècle ou les cours del thon'stes d'aufoû;:
(') L'Art symbolique au Moyen Age, p. 20.
(0 Heuue critique, numéro du 11 nov. 1907, p. 379.
i
h
, %
1'^
■9%
— i64 —
d'hiii, c'est la confusion qu'elle établit entre la raison et Tau-
torité ('). Oui dit science, philosophie, (ht raison ; qui dit
théologie, dit autorité. La scoIasti(|ue a cru pouvoir soumettre
à l'autorité la science et la philosophie, cpii ne relèvent que
de la raison, et introduira la raison et le raisonnement dans la
théologie, ([ui est aftaire d'autorité. C'est pounjuoi l'œuvre de
la scolaslifpie est une œuvre absurde et vaine, aussi iimtile et
encombrante, dans le bilan de la pensée humaine, que l'astro-
logie, par exemple, ou roccultisme. La scolasti(pie est une
fausse science, une fausse philosophie, une fausse théologie.
11 n'y a pas eu, au quatorzième siècle, perversion de la scolas-
tique, car la scolastiqne a été toujours pervertie.
Le symbolisme figuratif relève non de la scolastiqne, mais
de la mystique. Il ne raisonne pas, il iap[)ro(ln'; il ne démon-
tre pas, il montre; sa méthode n'est pas le svllo.jisine. mais
rintuitioii. L'Ancien Testament racontait que .louas fut vomi
par la baleine ; h^ Nouveau, que Jésus sortit vivant du sé-
pulcre. Le mysli([ue rapproche les deux faits : leur analoqie
le convainc que l'un a été la lignn» d»^ l'antre.
Symbolisme figuratif et scolastiipn' ont «mi A la mémo épo.nie
leur floraison, mais leur histoire ]\'rs\ pas la uié/ue. Car le
symb(^lisme liguratif dat.- de plus haut (|ue la scolasfi(jur, et
son influence s'est raleutic plus tôt. La scolasti(ju.' n'csi poiut
morte : elle est encore de nos jours riiispiialiie.' At^ la théo-
logie eatholi(|ue. Ou ue peut eu dire autant <lu svuibolisme
figuratif. Deux auteurs catholi(|ues, Laib .'t S( hwar/ (-).
s'étoiment (pie des ouvrages comme la //. /^ et le S. //. S.
aient été si vite oubliés après l'iiiveutioude rin)|»rimeri»', et
ils se demandent la raison de ce discrédit : a II s'e\|«li.pie,
disent-ils. par les mêmes causes (jui ont fait le suceès de ces
livres au Moyen Age : la //. />.. le X. //. s. ,Mireut la vo.pie
quand la mvsticité n'agissait la pensée et Tart, ils tombent" eu
oubli à partir du moment où l'espiit néo-païeu prend le des-
sus. )) Par esprit néo-païen, entendez l'esprit moderne, ipii
apparaît au seizième siècle, et gui. comme le .j.-uie anti.jue,
son prtvurseur et son maître, n'admet (jue le raliouuej. Le
( •) Cf. Pam^.l, Fragment (Tan traité sur le Vide {Pensées, ëdit. Havct, 2» edit
t. n, p. 267) et BRu.Nse.HvuG, introd. à son edit. des Pensées, t. I, p. ixxxtv. ' '
{') Bibjia pauperum nach dem Original in der Lyceiwishibliothék :u Constant
if«^ edit. (Zunch, 1867), p. 8 ; a* ëdit. (Fnbounj, 1893), p. 10.
*ammf.-m
— 1 65 —
Moy(m Age avait cru que la lettre tue, que s'attacher an
sens littéral des Ecritures, c'était judaïser. A partir de la Re-
naissance et de la Réforme, le sens littéral, historique, reprend
ses droits, aux dépens du sens mvstique et spirituel
Au dix-septième siècle, il est Vrai, dans un milieu très spé-
cial du catholicisme, le symbolisme figuratif persiste dans son
intransigeance, pour des raisons (pi'il est facile de démêler
h^ritier, en tant de choses, du mysticisme médiéval, disciple
idHe de saint Augustin, qui s'était tant préoccupé de la tvpo-
logie de 1 Ancien Testament, le Jansénisme voit bien que les
hgures sont une partie essentielle du dogme catholique.
L.Apohrfir de Pascal devait comporter un 'chapitre sur les
ligur(^>s. A ! inverse des scolastirpies, Pascal avait compris
qne la démonstration d,' la reli(|ion catholique était une
(luestion d'autorité, et que la premi(^re autorité à alléguer,
c était I Ancieu Testament, interprété, non quant à la h'ttre,
mais (piaut au seus caché.
A la vérité, Pascal se proposait de « parler contre les trop
grands figuratifs » ('). <c H v a, dit-il. des figures claires et
démonstratives, mais il y en a d'autres (p.i semblent un peu
tirées par les cheveux )> {% On peut croire qu'il en eût trouvé
plus dune de celles-ci dans le Spéculum, s'il l'avait lu. Mais
Ini-uu^me ne s'exposait-il pas à sa propre criti(pie, quand il
nv.»unaissait dans a .loseph innocent, en prison entre deux
.rimmels, Jésus-CJuist en la croix entre deux larrons (3) » ?
Vm Uns pns,. !.. principe que l'Ancien Testament est liqu-
ratil, comment d.'vi.lr,- qne telle figure est « démonstra-
tive )), et telle autre .. tirée par les cheveux » ? La méthode
ligin-ative se meut, par déliniti.m. dans l'arbitraire. Un mys-
'"!"♦' "'; l>''"t donc, sans inconsé(picnce, taxer de subtilité le
•S. IL S. : ,1 sé.lifiera, au contraire, à détailler cette cons-
tructKui SI bien ordonnée. Tout au plus aura-t-il le droit de
(•) Pensres. .-iit. lfnv..l, |. H, p. ,-5. ^.^ j^j ^^ ^^ ^^ ^^
('j Id., t. II. j.. :> L.-s mvsliques n'avaient pas attendu Pascal pour insister sur
i^«Z ;"r","?T''"'" t: '''"'"'■'' ^^ '^^'^P'' «-'^ ^'^"^ <^^ Jésus : dans le
Mutere du \ lel I.stament, D.eu expl,.,ue j>ourquoi il pennet que le fils de Rachel
soit injustement persécuté par ses frères ; ' i
C'est seulement
l'oiir firfurfr Ips K'«rrip(ures
Kl niuutrcr par grosses ligures
L'en^-Ae que les Juifs auront
Sus mon filz. quand ils penseront
Ou"il sera leur n.y. leur seigneur (v. i6936-i6j',2).
:.l
h
— i66 —
regretter que l'auteur, mal instruit, comme on Tétait de son
temps, de l'histoire sainte, ait confondu, avec les récits de
TAncien Testament, des légendes apocr\'phes dont plusieurs
provenaient des rabbins. Mais cette résme est de peu d'im-
portance. Ce qu^il laut comprendre, c'est que le svmbolisme
hquratif est, pour le catholique, un mode non seulement licite
mais obligatoire d'exégèse. On conçoit, à la rigueur, le catho^
licisme dégagé de la scolastique, on ne le conçoit pas affranchi
du symbolisme préliguratif. Jésus-Christ n'a point fait de syl-
logismes ni confondu la raison et la foi. Mais il a dit .pfil était
venu pour accomplir les prophéties, et le Nouveau Irstamcril
[ait déjà du Christ ressuscité l'antitvpe de Jonas. Le svmbo-
lisme (igiiratir a donc pour lui l'autorité de rÉvan.)il,>' Il a
aussi, l'autorité des Pères, ceux des premiers siècles, saint
Augustin en tête, et ceux de la seconde période du christia-
nisme, Isidore, llahan Maur et, à leur suite, tous les doc-
teurs du Moyen Age. Le catholicisme, pour être vraiment
immuable, serait donc obligé de i)ratiq.ier ce symbolisme
comme la méthode la plus profonde d'inlerprétation' des livres
saints. Mais le (ail .pi'im prêtre d'aujourd'hni a pu «Tune
façon désinvolte, le jeter par-dessus bord, prouve assez que
ce mode d'exégèse semble suranné à d'autres encore .praux
espritsallranchis, et que le catholicisme, sur ce point omime
sur d'autres, accomplit insensiblement, sourdement, sons l'ac-
tion lente des idées extérieures, une Inévitable évninth.n.
*--^.^-^^. .■m,.-^'^0- ■^*-^-- mm^-m^„^m^^%^
»;r.a«iM,«.^a((i&BH(8M)i 'mstifmt.É'^ifHm
'^^im.^^mmsâ«mmmmimm-^^^mm^
APPEiNDICE
DE QUELQUES LEGENDES BIBLIOGRAPHIQUES
RELATIVES AU S. //. 6^.
^1
us. //. s. faussement aUribur : i- à Conrad d'Alzey; - 2- au monachus
Joanuf's, B.mkmIicIui du treizième ou du (juatorzièmc siècle ; — 3» :
f rater Amandus.
au
Le S. //. S. est l'un des [)romiers livres que la xvloyraphie et la
tvpofjraphiese soient employées à reproduire, l'un des plus anciens
Wnrh/mc/trr pour lesquels les graveurs du quinzième siècle aient
taille leurs formes. Aussi a-t-il occupé tous les érudits — et l'on
sait s'ils sont nombreux — qui se sont consacrés à l'étude minu-
tieuse et ardue des livres et gravures incunables : avec les ouvrages
qui parlent du Spéculum, il y aurait de quoi remplir de livres toute
une bibliothèque, et de i)ibliograpliie plusieurs pages de thèse. Mais
les bil)li()graphes sont d'étranges gens. Ces incunables, dont ils étu-
dient à la loupe les caractères et les fdigranes, dont ils comptent et
mesurent les lettres, les lignes, les interlignes et les feuillets, ils ne
se soucient {.as souvent de b's lire. Je crois bien que, depuis trois
siècles, personne n'avait relu attentivement le Spéculum. Si les
biblioqraphes avaient pris cette peine, ils auraient trouvé, dans le
texte même du Spteculum, des raisons intrinsèques de ne pas pro-
poser on propager, touchant la date rt l'attribution de cet ouvrage,
une foule d'erreurs .jue je voudrais taire, mais (jue le souci de
l'exactitude m'oblige ii passer en revue.
1. - < I/.il)bè Trithème attribue la composition du S. H. S. à
Conrad de Altzéia, (pii ilorissait vers 1370. Cette hypothèse est
assez vraisemblable. « Ainsi s'exprime le plus récent auteur qui se
soit oceuiié i\u SfH'culuni ('). ,
(') .M. GossAHT, Les incunnh/es d'origine néerlandaise conservés ii la Biblio-
thèque vomnninale de Lille (tf.èsr d.- Lillr, ujo-j), p. 2!,. iJans le compto rendu
détaille qui n eie publie de la suiilenanee de cette ihèse {Annales du Nord et de
rEst, i(,<.7, pp. 469-471). t)n ne voil pas (jue les juges de M. (iossart se soient
inscrits en faux conlre celte légende bibliograplucjue.
f^
'^^iimm^ --''''
\
wiitft0mmm<mHi
— i68 —
En réalité Trithème n'est point responsable de cette attribution
erronée. Kelisons sa notice sur Conrad d'Alzey (■) :
milihusaVVormac.ad.sUmle. natione teuthonicus, vir in .llvinis scnlptU
mu .tus et m sieculanbus lit.erls e(,,T,,ie .loctus, ,,hilos„,.h„s. .ojoi
mathemat,cus suo lompore inler Gcrnianos ccl.berrimus, ingoni,, subtilis
a obirus eloqui», earmme ..vceMcns H prosa. Scripsil ulroque stlb. „ua;.
dam prœclaraopuscula, quibus nomen suum uotiûcavit. E .nilbus ..«lal
volumon versjbus et rithnds pnichra varieta.e Hepic.um, ,l- sanctissi„,„
et pur.ss.ma Dei yenurico Maria H rédemption,- .jeneris hu.uani nra-„o-
inlu.n F,(,urarum opus l,b. F, Kpis.olannn a.l .liversos bl>. 1, Carminun,
quoque bb. I; et aba muMa. Claruil circa len.pora Car„li qu ,r(i in.pera-
toris, anno Diinuni .MCCCLXX. '
11 n'est pas question, dans cette notice, du S. /f. S. Visiblement
(-onrad est un auteur des plus obscurs, mi^me pour Trithème qui
ne sau même pas s'il fut prêtre séculier ou moine; et toute 1,, bonne
volonté de rntbème n'aurait pas suffi h Luposer à l'bistoire litté-
raire cette célébrité germanique. ,vr suo /,-m,,„rr inler Grnnanos
cj'leb.-rnnms,^ .s. les bibliographes anglais, John I,„,li., Sothebv et
lieijeau(=) n étaient venus ,i la rescousse. Ce sont eux en e'det
qui ont proposé d'identilier avec le .V. 11. S. le IJh.r ll,,nnu;un ,/,'
m„<-t,s.,n,a Maria et rede.npiione ,,e„.-r,s Uun,a„i. Il' est vrai ,.ue
ce titre donne as.sez bien lidee du contenu du Sin-rnlmn Mais le
même titre conviendrait tout anlanl .,ix pro,luits congénères de la
littérature tvpologique. Kn réalité., le /.,/.,.,■ Il.,urann„ est m, ou-
vrage d-fTerent de notre S,.ec„l,un. Il n'a pas été i,„p,.i,„e, „„« je
sache; les bibliothèques allemamles ,b>ivei,t en possé.ler des evem-
plaires ma„userits(i); e„ i ',',,. il f,„ ,„i, ,„ ,,.,,, ,||„„,„„,,
Henri de Stau ienberg, le même auteur dont on coiin.iit une traduc-
tion du Spcciilniti (*).
ronr!rl rTÏ'' "'^*"''' ^" !"'""' '^' i'attnhutio,. du Sf^eruhirn à
i^onrad d AIzey se trouverait dans le coloplu.n d'u„ nianuscrit dr
cet ouvrage dat.' de ,:<-j^ et d'orif,i„e alle.nan.le. .mi .-sf eonsorvé
au Mu.see Britannique 0). Ht^rjeau a publie un lac-siniile du colo-
departanent des rnanusents du Musée Britannique, une coilaf.on de ce culuphou
— 169 —
phon en question, mais sans le transcrire. S'il l'avait transcrit, —
je veux dire s'il l'avait transcrit exactement, - il aurait vu, et le
lecteur aussi, l'inanité de cette prétendue preuve. Voici, en effet,
comment il ftiut lire ce colophon : Anno Doniinl millesimo CC(y
Ixxouif xvîj kalendis Decembris, fini'tiis est liber isfe, per Ulri-
cum sacerdoteni de Osterlioven,fd{uni quondam Cluinradi scrip-
tons, publia auctoritate imperiali notarii (»), c'est-à-dire : « En
Tan du Seigneur 1:^79, le 17^ des kalendes du mois de décembre,
ce livre fut achevé (de copier) par Ulrich, prêtre d'Osterhoven (en
Hasse-Bavière), fils de feu Conrad, scribe et notaire impérial. »
Une erreur, une fois lancée, a parfois des destins étranges; non
seulement elle s'obstine à ne pas disparaître, mais souvent même
elle prolifie. L'erreur de Berjeau a fiiit souche : il est fâcheux que
cette dangereuse progéniture soit parvenue à se nicher dans des
ouvrages aussi soignés et aussi méritoires que ceux de M. Tietze (^)
et de M. Hrrmann (?). A en croire, en effet, les deux érudits autri-
chiens, l'abbaye bénédictine de Gries, en Tyrol, posséderait un
manuscrit tUi S. II. S. on cet ouvrage serait attribué h Conrad
d AIzey. On va voir ce qu'il faut penser de cette assertion.
En 1877, dom Bernard Lierheiiner, bibliothécaire de Gries, avant
trouvé, dans la bibliothèque dont il avait la garde, un manuscrit du
S. IL S. copié en 1427 par un Johannite nommé Thomas d'Au-
triche (»j. demanda aux conservateurs de la bibliothèque royale de
iMunirh si ce Thomas était bie'n l'auteur du ^\ //. À\ Le bibliothé-
caire en chef de Munich, F6ringer, lui répondit en ces termes (>) :
1mm Thomas dk Austhia, O. S. Jo;m., koiiimt weder in Aqw Katalogen
ùbcr die Dnick- m.d Ibuidschririen dt-r k. Hof- und St;«;.tsl)ibli.>th'ek,
iiocli la riner .l.r hier zijgaiiglicheu lexikali.sohcn und literarqeschirhf-
IicIki. Oiiell.ii vor. Der Verfasser des bckannlfii, in uinnetri.schen Heirn-
zedrii gcschrifiMii.n Werkes Spéculum huinanœ stdiuitionis, das in der
k. Bihiit.thck in inehr .ils zwei Dulzend Handst liriften vorhanden ist, wird
allrnihailx-u Conrad VON Alzki genannt. Gedrnckt crseliien dièses in der
Krtpl iniintr voii hildliclicri Darstcllunrp'n he(jleitete Werk nur ini XV.
Jahrlnindt'il, /.nltizt mit tiiicr dcntsclicn Uei)erse(znng uni das Jahr 1/471
(') Ji' r<-tabli> l'ortlio.jrai.li.^ v\ la ponctuation. Dans l'original, la (icrnière virgule,
au liru (l'être aj.n'-s scri/jforis, est après Clainradi ; le texte porte quendam au lieu
àe qiiondtnn : iniblicus... mitarius au lieu de publici... notcirii ou de puhlicum...
notariuin : « The good {iriesl Ulrich, remaniue M. Herbert, was evidcntlv a better
caliigraph<'r Ihan lalinisl. »
(*) H. TiKTZK, Die typolog. Bilderkreise des M, A. in Œsterreich (dans le
Jahrburh der A-. /,-. Zentralamimission, N. F., II, 2, 1904), col. 64, note 4.
(») H. .1. Hekman.n, Die iUinninierteri IISS. in Tind (Leipzig, 1905), p. 49.
(<) A ajouter à la li:,te de Ll'.
(') Gouununic^lion de dom Hil.irils Imfeld, bibliothécaire de Gries, à M. Lutz,
datée du a8 novembre 1907.
/i
'-mf^vm* I» 4IIMMI
Il <■
— 170 —
zu Augsburg bei Gûnther Zainer, Die angeblich âltesic, sogenannlo xvlo-
graph,sche Ausgabe wurde i>„ Jahr ,80, zu London in Fac.sin.il,. ,ni, cYne^
t.nle>tung herausgegeben durci. J. Ph. Be«.eau. Cf. Tb.th.m.us, DefcrZ
lonbus eccles. ,■ FABWcms, BiOl. lat. m. „-., éd. Mansi. '^
FCringer renvovait son correspondant à la Bibliothèque <le Fabri-
cius, qu. ne fait que reproduire la notice de Trithème, et à Tri-
theme, qu. ne d.t po.nt que Conrad d'Alzev soit lau.eur du Spe-
cularn. Lattnlmtion à Conrad dAlzey appartient au.x biLlioqraphes
fnsÏriW; "1 "f"",',*' t" '"/ '« •■"' de Fôringer, dom LierVi'n
nscrn.t sur la feuille de garde du manuscrit de Gries la note sui-
xante : (.onraclus de Alzei. dioc. Mo;,nnl.. circa ,3;o. laudalas a
Tnllœnuo. scnpsU opus /„c exhihilam Sp,.culun> hun.an* saiva-
t.on^s. comparatumperfratrem Thomam deAustria. Ord. S. Jol...
anno ,427. Et voila comment les énidits autrichiens les plus ré-
cents ont cru que le manuscrit do (iries contenait la prouve de
I alliil.utiou du Specutnm à Conrad (l'AIzev.
2. _ Dans quelques manuscrits latins, ainsi que dans IT-dilion
mprimee a Aug.sbourg, chez Zainer. vers .',7, Miuichard C), on
trouve, comlnne avecle «.-. //. .V.. un Specalun, V„r,^, d'un certain
de Jean ï>cl,l,tpacher, ,ln„t voici Yexplicit (en vers léonins) :
Explicil huniana-que salutis suniniula plane
A lue franc J,.ham,c. lui palcr (lidinis aime,
\" hcncdicle, pulo ipia.si n.inii.n, mou.icli,,.
Du prftr,- i„dre,,.. auteur du .Sp.ndum Mari.T. el ,1„ frère
. oan. auteur de la .Sununu/.. lierjeau a fait un écrivain imaqma.re,
ve ,' i • . '■"" ''"'''"°" """''•■ " J-""-- comme poudr. auv
veux lu lecteur, nu texte de Tritl.eme, la notice de J.,/,a,„„, 1„.
./r<m(), jurisconsulte de liologne. qui mourut de la peste noire en
.^4N et qu, avait ecnt. entre autres ouvrages, des Addi,i..n.-s n,
><T ,A„„ lesquel es seraien,, dapres Berje^u, le Spend,.,,, M„rur.
qnon peut consulerer. eu effet, comme une addilion au .V // V
la.t des additions n es, pas le .V. //. s.. ,n,.,s. ,-, ,,„, ,>,,,, eu
c.fet. beaucoup mieux de la part d„„ .iurisconsuhe. le ^S,^^:dZ
. ,</'a«/<. de evèque ,1e .M,>,Me, Gu.llaunie Duranti. ouvrage jadis
m ux. a tel point ,|„e l.„rau„ en avait re.u le nom de «'Spéci -
lateur., : le luauuscnt de.Mun.cl, ,.|.„ ,;8i7 .-ontient lesaddituL de
(') Catalogiis, édif. cilëc, r> cy
-WTi r\
— 171 —
Giovanni, sous ce titre : Joannis Andrew addiliones s„per Sneculo
jadw,aUGudterm, Duranti. Quant à l'auteur authenliq^ue Zsne-
ralum Maruv, nous no savons de lui que ce qu'il a bien voulu nous
dire dans son incipif :
Dominrr:,, ri""r "•■''"»'. "«^'.".P^'-'O'er, u.inislrorum et pauperum
uomini Jesu Cl.nsti paupenor niinister.
De cette formule, il faut peut-être conclure que l'auteur du Spe-
.luT fT "°"""' •'"''" ?^'''''P-'''e'' «"'«- de la SanJJa
B"nédi,în (.).''"' '" """"''* '^' '"*'"''' manuscrits, était un
Pour attribuer le Specahm Mari.-e à ce jurisconsulte bolonais
Berjeau s appuyait sur l'autorité de Meerman. Vérilication faite,
.Meennan n a rien du ,1e pareil ('). Il attribue le S. H. S. au moinè
Bénédictin Jean (Schlitpacher). Il a confondu l'auteur ,lu S H S
avec celui d un des résumés qui en fur.nt faits. Et il fait vivre le
niome Jean au tr,.izièim. ou au quatorzième siècle, alors que ce Jean
aoedié sa Snrnmu/a. écrite en ,14., à J.an de Holi,.nstein. abbé de
Samt-Ulrich-Saint,^-Afre, de ,!,^ à i^Sg. L',.rreur deMe,.rman ,-.,ait
à signaler, car elle r,pa,aîl de temps à autre. Je la trouve, amalga-
mée avec des r,.ns,.ignem..nls exacts sur Jean .Schlitpacher. dans
une d.'s dernier.'s publications ,onsacré,.s au .V. //. .V. .• „ On rap-
porte, écrivait. M. Dou,lel,., ,.„ igoS, que le .V. //. S. fut écrit" par un
moin,. Bénédictin au tr,iziéme siècl,., et qu'il fut abrégé par le
frère J,.an. ,1,. I abbaye Saint-Ulrich-.Sain„.-Afie à .\ugsbourg (>). .
3. ~ n, manuscrit, lu Musé,. Britannique (4), qui ,onti,.nt, .ntre
autr..s choses, une copie ,|„ .s. //. s., donne I,. titre suivant:
(■) Les Bcncdiclins s'appelaient volontiers /,«„/,s,e.s a,r,sli .■ pmmere, nar h„ml
I..e chrenenne e, ,nonas,„,ue : cf. Sc„„„».„. nU, pa„penJ.n.'T ^
Xflâ- ^" i""'""'-.". '•■■ ^- "■ S. .le Flor.„r. fOand et Anvers igo3) „ 2
riMitrr:, H,';]:r,r" '■""""'^- '- " "'-"' '"'-" * '-"''--^
(') Collon Ves,asien E , = LI'. 58 ; ,f. Hrrji.vc, o,,. Ia,ul „ v, Le (al
<•«/««.. Oxford. (II, Coll..,,. „„,„]„,„ „„in,,,ru,n. kx, 5) pn.'.d noie d, cmê
s^Uinl If K , T "f'- ^- ' ," '" "" •'^'" ""'•• l'™''^"'l>- "'<^'' ■«„, and
■s kno«n as lo ils hislorv. The allnhulion o:' autliorsliip onlv oca.rs in à tal.le „|-
comenls. w,.,cl. fills a flv-leaf a. ,he l,e,ji„„i„g. „ ,. ap'parenih com-i^porarv -i-h
The u;:7„r r ,"■ ' '■" "''• '■ '" '"" ""'•"""" '•<"'"«'■""• Xlllraclat^.
.
i
— 172 —
Liber fratria Amancli scilicet Spernlnm hnnianœ salvationis. Quel
est ce frère Arnand ? Peut-être Amand de Saint-Ouentin, Domini-
cain, qui vivait k Paris vers l'Soo. Mais nous avons vu que le Spé-
culum devait être postérieur à cette date; et il est incrovablc qu'un
Français ait pu qualifier la colée de mos alamnnnicus. Je croirais
plus volontiers i\\\v la mention en question vise Heinrich Suso, qui
reçut de la Sagesse éternelle, ilans une vision, le suinom tWAman-
dus (cf. V Encyclopédie de Lichtenlierger, XI, 75C). Rien, dans le
S. H. S., ne justifie cette attribution : on n'v retrouve nulle part la
trace des doctrines mvstiques professées par Suso. 11 n'en est pas
moins intéressant de noter qu'au milieu du quinzième siècle, le
S. H. S. était, en Angleterre, attribué au docteur « Rien-Aimé « :
ce mvstique était un Dominicain allemand du ((uatorzièmc siècle ;
d a vécu k la même époque, dans les mêmes villes, dans les mêmes
couvents que l'auteur probable du Spenihim, i! ;« certainement
comui Ludolphe de Saxe. Kn somme, l'attribution (bi Specnlnm k
Heinricb Suso prouve que nous ne nous sommes pas trompé en cher-
chant l'auteur de cet ouvrage parmi les docteurs qui ont illustré,
pendant la première moitié du ({uatorzième siècle, les grands cou-
vents Dominicains de hi PJnJ/'enf/nsse.
"Wm
•**^*
INDEX ALPHABÉTIQUE
t:
Ahei tué par Caïn à coups de mâ-
choire d'âne i55, dans le champ
damascène 109; — pleuré par
Adam et Eve pendant cent an-
nées 81.
Acedia 21 .
Acrisia 70-71.
Adam créé dans le champ damas-
cène 106-109.
Ar»AM DK PhUSKlONK 5f).
Adoocacie Soh-f-Uaine 9.
Agneau mystique, relabîc de V
i55.
Agobari) archevêque de Lvon 79.
Ahiniauniciis, sens de ce nriot 87-38.
Aldpa nulit(u-is 36.
Albert Dûiur ')2.
Al.BEHT I.K GllANO I9, 02, 99, |02,
i3o.
Al.KXAM.RE I>K VnXEDIFX- I 28.
Al.l'HONsi DE LiGUORI 2^.
AiiK indus, f rater — 171.
Arjtipater se justilie devant César
7V75, 157. ,
Apoeryphes (Evangiles — ) 22, /16,
58-66.
Ara Ci'li 62.
Astya(|e, sonfje d' — 74.
Au(JusTiN (saint) 2, 10, 2^ 33, 72-7,3,
I 12-1 i3.
Au<(tisiins, jalousie des — pour les
iJnmiiiieains '>8-29.
Aurora 80, 107.
Aurora /ninor 139.
Autruche, légende de 1' — qui dé-
livra son petit enfermé dans un
vase de vrire 99-100.
AvEHHoks, Trii.iiiphe de Thomas
d'A(juiii r\ de saint Aiiyustiu sur
— 29.
Avignon, séjour de la Curie romaine
en — 35.
Baluze 87.
Barthéle.my, auteur du De proprîe-
tatibus reruin 48.
Bartolocci 79, 85, 100.
Beissel i46.
Berger (Samuel), 79, 88.
Berjeau 126, 168-171.
Bernard (saint) 3o, 57; aj)ocrvphes
attribués à — 14. **
lirrne, vitrail Ivpologicjue de la ca-
thédrale de — 160.
Bektkandon de la Bro(^>uière 108.
Bestiaire raudois 10 1.
Biiilc. les prêtres catholiques en dé-
lendent la lecture à leurs ouailles
6S.
Bibles moral isêes 148-149.
Bil; lia paupenim 1 26- [ 39.
Bihlia picta i'6f\.
Bloch (Isaac) 7(j.
Boileau-DkspréÀlx 78.
Bon,EAU ((îiiles) 19.
Bon AVENTURE 4i ; apocryphes attri-
bués à saint ~ i, 148.
BoscH (Jérôme) 56.
BossuET 3i, i(j3.
l^H H.ART DE MoNT-SlON Io6.
BoLRGAlN /4'
BOUTARIC 24. 46.
Bouts (Dire le, Thierrv), son tri-
ptvijuc du Saint -Sacrement à
bon va in i58.
Breuguel le Vjkux 56.
Brixen, fresques tvpoloqiques du
cloître de — 144,^54.'
Bru.net (G.) 35, 56.
Brunschvicg 164.
BuXDORF 8.
Byzantin, l'art —et la typologie, i53.
CAHn:R 20, 123.
Carmes i38.
^1
t
— 174 —
Cartulaire de Sainf-Vicfor ii.
Cassiodore 2.
Catéchisme de Cambrai 20.
Catholicisme, son état à la veille de
la Réformation 5 ; son évolution
actuelle lOO.
Cavallim, peintre romain 63.
Cihaise-Dieu, ta[)isseries tvpoloqi-
ques dans l'église de La — 160.'
Chalon-sur-Saône, tapisserie typolo-
gique de — 161.
Chamir gg-ioo.
(.hamp damascène 106-109.
Chartreux, leur dévotion pour saint
Jean-Baptiste 4o; les — ne peu-
vent j)asser dans un autre Ordre
4i.
Chevalier (Ulysse) 3., 4i.
Chute des idoles d'Kgypte devant
rEnlant Jésus GO-t);, 'i.'iy.
Chute des mauvais anges 50-57, i3(i.
Chute du temi»le de la Paix, à
Home, lors de la Nativité i5i.
Codnis se dévoue pour sauver Athè-
nes <)6-<)8.
Colée 30.'
Comhaf d'Addin et d'Ère contre
Satan, apocryphe éthiopien 7O.
Concorda ftfiœ caritutis i^jo-i42.
Conrad Chr.TF.s 02.
(JoNRAD d'Ai.zEv 1O7-170.
Oueilixioii dQi. C, représentée par
les Iraliens autrement que par les
artistes du Nord 35.
Cyprien (saint) lo-ii.
David comparé à uu t iron 54-55.
Décalogue 72-73.
De e.rèmpUs Script ww Sanctœ g5.
Df'ff'nsorui/n inriolatœ virf/initdtis
/»'(i/,r .\[(iri,v io/|. i^|3-i44.
he laudihiis hfiiUe Marier io2-io3
Delehayk, Bojlandistr i3.
Delisle (L.) iH, H), ,47, ,48.
De orfii et of^itii l'itiruin 89.
niables, anssi nombreux <|ue les
poussières de l'air 55-57-
I>ii.RON I rO, i53.
Diftarnondo 60.
Dominicains 25-33, 87, io4, 139.
Dominique, vision de saint — 27.
Doon de Maf/ence 30.
DoUDELET 171 .
D..uleurs, les sept — de la Vierge, 3,'
19, 26.
Dv Caxge 71.
DuRANTi (Guillaume) 19, 52, 170.
DuRRiEu 154-157.
Eau bénite 56.
ËBERT i3.
École de Nancy 71.
Egvpte, les idoles de 1' — tombent
devant l'Enfant Jésus 6O-67 ; idole
d' — qui représentait une vierge
, tenant un enfant 92-93.
Eléphants, rendus belliqueux par
, la vue (lu vin loo-ioi.
I>lie et Elisée i38.
Emailleurs du douzième siècle, lor-
rains, wallons et rhénans i i(>-i2i.
Engaddi, les vianes d' — fleurirent
dans la nuit (le la Nativité 58.
I^NGELHARDT 92, 1O8. 1
KiMPHANE le moine, 22.
EeiPHANE (saint) 90, 92, 137.
Epi|)hanie 03, 137.
Erasme h).
EsTiENNE (Henry) 4i.
Etienne de Bourbon, Dominicain
, 48, 107.
Etienne de Cîteaux 88.
Eve, j)oiir((uoi créée d'une côte
, d'Adam 5o.
Evilmérodach 81-82.
Ezéchiel, son supj)lice 90.
Falke(F.) i30.
FaLKE (O. VOllj I It»-J II,.
Flagellations du Yom Kippour 8.
Flèches, vision des trois — :25. 27-
28. ' '
Fontaine d'huile, une — jaillit à
^ Home lors de la Nativité i5i.
F(JR1NGER iCjg.
France, son intUience sur la chré-
tienté au douzième siècle 122-123.
France (Anatole) 159.
Fhvnçois d'Assise 54-
Fkanz von Hetz lo'i, i\A.
Gailhaho-Bvncel (de) 53.
Gervais deTii.burvOo, 99, 107, 109.
Gesta fiotnnnoriiin 35, Sg, ()(>, 99.
Giovanni i.i A\r>i\KA 170.
Giry 12.
Gnosli(jues 00.
GODEFROY DE Cl.AIRE I16-I18.
GODEFROY DE VlTERBE 48.
(ÎOLDSTAUB 10 I.
GORGIAS 9, l5.
Goslar, évangéliaire de — 147.
:r.'.
17;)
GOSSART (M.) 1O7.
GozzoLi (Benozzo), explication de
son tableau du Louvre 29.
Graf 60, O2.
Graphia aureœ iirbis llomir Oo.
Grégoire le Grand 18, 23.
Grimm (Jacob) 37.
(ÎRIJBEH 4i, O9.
GUIBERT(J.) i3o, |32, l38.
GUICHARD 9.
GmuiitRMoz 30-38.
GUTENBERG 1 5(>.
Haggada 8(), 89.
Hasei.off i45-i^|8.
Havet (E.), son commentaire des
Pensées de Pascal cité 08, 87, 97.
Hébron 107-109.
Heider 120, 12*1, 123, i33, i4i, i48.
Hkinecken 127, i3r».
Heinricii Suso 172.
Hki.mg 1 iO, 119.
Herbert 1O8-1O9, '7'-
Hermann (H. J.) Hjg.
Hildesheim, missel d' - 145.
Ilistoria scholastica ()8-93.
nornoiotf'lnita 9.
HoNORIUS d'AuTUN i4, I7, I9.
Hugues de Saint-Victor 120, 122.
Hrr.iN ({}. - DE Loo) 159.
Hur 82-83, i52.
finitation de J. €., 35, 53.
Immaculée concej)lion de la Viei'ijC
3o-3i, io3.
Immaculée virginité de Marie 102-
io4, 143.
Isa le, son supplice 91.
Isidore de Séviu.e 12, 90, 120.
Isis, analogie des statues d' — por-
tant Horus avec celles de la Ma-
done 92.
Italien, l'art — a peu donné dans
la typologie 5, i53.
Jacobins, couvent des —, à Paris
25.
Jacques dj, \'arazze, voir Lètjende
dorée.
Jansénisme i05.
Jean de Bkka, chroni(jueur 37.
Jkan de Trittenheim, voir Trithe-
MIUS.
Jean (Jolein, Carme i4.
Jean l'Anglais 12.
Jean Miélot 2, 9, 24, 32, i33.
Jean Petit i 10.
Jean Schlitpacher 3, 128, 171.
Jean Tauler 42.
JoACHiM DE Flore i4o.
Joies, les sept — de la Vierge 3.
JOINVILLE 87.
JOSÈPHE 75-77, 84.
JUBINAL 160.
Juifs, haine du M. A. pour les —
7-!b >'|7-.
JuLET, Minime 19.
Karpelès 79.
KIostenneubourq.ambon émaillé de
— 1 19-121, i53.
Kremsmunster, la rotuta de — 1 15.
Laib et ScHWARz 12O, i53, 1O4.
Lamech 79-81.
Lnndulpluis = Ludolphe de Saxe \ i .
Lka (H. C.) 3o.
Laurent (Marcel), 1 ig.
LeBEUF I2(), i3i.
Lk Clerc (J. V.) 1 10, 129.
Lecoy de la Marche 17, 25, 107,
i3o.
Lé(jende dorée 53-()7, io2-io3, 107.
Lejay (P.) 5, i03.
Lévy (Emile) 79.
Litter figiirarnin 1 08.
Liltri wtiui'dlrs loi, i4i.
Ldtri prjrtatiri pauperuni 1 3o.
Liégeois 71.
LiKRHEiMER (dom Bernard) 1O9.
LoEB (Isidore) 79.
Lois Y (Alfred) m.
Lucie (sainte) 52.
Ludolphe de Saxe 3(J-40, i4't, 172.
LuTz IX, 127, i5o, 1O9.
Mages, Oblation des — 38-39, ^^'y
vUnU' des — 03-(»4 : leurs noms
<"»5,
Maître de Mérode 159.
Malchus 44-
Mâle (E.) 9, i4, i5, 39, O2, 64, C7,
79, 121, 12G, i4i, 157, 159-1O1.
Marie, la Vienje — dans le cloître
du Temple 22.
Mariolàîrie 0, i38.
Martin de Troppau, auteur de la
tJhronif/ue Martinienne 59, 61 .
Meerman 127, 171.
Messianisme 1 1 i ,
Meubles et immeubles, distinction
des biens — 72-73.
— 176 —
Midrasch Rabha 82.
Miniature, Tart de la — en Alle-
magne au treizième et au quator-
zième siècle 145-147; miniatures
des Bibles moralisêes 148-149.
Mirnbilia Romœ 60.
Mistêre de lu l^assion 44.
Mistére du Viel Testament 77, 85.
Moïse, légendes relatives à — 76-
77, 83-86, i(J2.
MoLANUs, Vanmeulen, théologien
de Louvaiu, dit — ig, 30.
MoRiN (dom) 73.
Mulhous«j, vitraux de Saint-P^tienne
à — i5o.
Miinchen-Gladbach, autel émaillé
de — 118; vitrail tvpologique de
— 124.
MURATORI 62.
Musulmans, leurs légendes bibli-
ques 76, 80, 100.
Nabuchodonosor, la statue vue en
songe par — 67 ; nostalgie de la
femme de — 74; les deux — 82.
Nazaréens, fragment de TÉvanaile
des — 46. ■ '^
NrCÉPHORE 18.
Nicolas de Biard i3o.
Nicolas de Hanapes gf), 129.
Nicolas de I>ire, 88, 8g.
Nicolas de Verdun ri8-i?i.
NoRDEN 10.
Oesterley 96, gg.
OlDTMANN 124.
Ordres religieux, leurs rivalités 28-
3o, 139.
Origène 1 12.
Othon-Henri, électeur palatin 126.
i38. *
Otia imperialia 60, 99, 107, 109.
OZANAM l3.
Palaia 85.
Paquot, annotateur du De historia
SS imaginuin d<' Molanus ig, 114.
l*aradoxograj)hes 98-104.
Pascal g7, 142, i65.
Passion, les sept stations de la 3.
Pdupt'pes— les clercs pauvres 129.
f*entecôte, représentation de la ^
i5().
Peterborouah, psautier de — 147.
Petrus de Nataubls 109, i5i.
Physiologus 99.
Picturœ quasi libri laicorum 18,
i4i •
Pierre de Kaiserslaltern i3o.
Pierre de Troyes, dit Pierre le
Mang<»ur, Petrus Contestur, 19,
6g-93.
Pierre du Hois i3o.
Pierre le Poitevin 128, i3i.
Pierre Martyr (saint) 3i.
Pierre Raie, Petrus Riga 80, 107.
Plane tus Magdalenœ i3.
Poei'E 4o.
PouRBus (Pierre), son triptyque du
Saint-Sacrement à Bruges i58.
Poussin (N.) 162.
Prague, fresques du couvent d*Em-
maiis a — i54.
Présentation de la Vierge au Temple.
fête de la — 35.
Pressoir, le Christ au — 59.
Prêtres, qu'ils sont supérieurs eu un
sens aux j)atriarches, aux pro-
phètrs rt aux anges 53-54.
Prolftgus JJibliœ, prologus galea-
tus 98.
Prologus du .V. //. S. 2, 21.
Proœmium du S. H. S. 3, 34, 47,
i.'î3, i3."».
Projjhèles, légendrs sur leur mort
90-g3 ; les prophètes dans l'art
typologicpH' ii(), 1,8, 120, i35,
145.
Prose rimée g-iC.
Pugiojidei 87.
Quœstiones heltraicfe in libros Re-
guni et Parfdipoinenon li),
Quodlibetica drcisio de v/ldolori-
bus Afariœ ig.
Haban Maur 7g.
Rabelais 142.
RaIMBAUD de f\EILLANNE 12.
FVvscHi et ses <lescend;tnts 8g.
Raymond Martin et son Pugiojidei
87.
Réiormation, ses causes reli(|ieuses
5. -^
Reims, tapisseries typologicpi^s de
la cathédrab' de -- 161!
Reinach (S.) ag, i58.
Renan 7, 20, 2g, 78-7g, i3o.
Reville (A.) 57.
Richard Simon, sou appréciation de
V Histoire scolastiqup 70, 73.
I
wï^
r 1»iA.VT»îl*ê ^' ^'
— 177 —
Roger de la Pasture, son triptvaue
de la Nativité i58.
Rota Ezechielis 139-140, 144.
Roth von Schrfckenstein 36-37.
Rothschild (J. de), son édition du
Mistére du Viel Testament 79, 80.
RUBENS 162.
Rubriijues du S. //. S. 48, 48, 09,
96, 98.
Saba, l'oblation de la reine de
préfigure de l'oblation des Maaes
38. ^
Saint-Alban, vitraux de — i5i-i53.
Saint-Cyran 53.
Saint-Bertin, pied de croix prove-
nant de — 1 16 ; tapisseries typo-
logi(|ues jadis à — 161.
Saint-Denis, crucifix émaillé de —
1 18-121.
Saint-Géréon de Cologne, ses mo-
sai(|ues 1 15.
Saint-Séj)ulcre io5.
Sainte-Marie Majeure de R(
mosaï(ju«'s 1 14.
Salomon sur son trùiie, préfigure de
rKnfaiit Jésus sur les (leiioux de
Marie 38, 4i
Sanrti/icatio in utero 3o-3 1 .
Schlosser (J. von) io4, ug, 143.
i44' '5i, i53,
ScHMiDT (Charles) 4i.
SCHREIBER (VV. L.) 126, 127, l33.
lome, ses
i5i.
ScHULTz (Alwin) 3G.
Scolasti<pie it)3-i64-
Sermon, du -- au M. A. 14-17.
Serpent de la tentation, sa forme
première 75-76.
Serpents mis en fuite par l'odeur
du cyprès et de la vigne fleurie
101-104.
Sibylle, entn'vue d'Ainjuste et de la
— Tiburtine 5g-03, 157, i58.
Sienne, statuts des peintres de — 20.
Sisamnès 95.
Sixtine, fresques quattmcentistes de
la Chapelle — 114, i53.
SOURY (J.) 79.
South-Kensington Muséum, émaux
^ typologiques du — 117.
SpECKLiN (Daniel) 43.
Spéculum beat;v Mariœ 1,
Spéculum beati Francisci i.
Spéculum de saint Augustin 2.
Spéculum ecclesiii ,17,
Spéculum judiciale 170.
Spéculum majus i, 26, gg, 109.
Spéculum Mariœ 170-171.
Spéculum Saluât oris i34.
Spéculum sanctorum i.
Strasbourg, sculptures typologiques
à la cathédrale de — 43 ; Lli-
dolphe de Siixe à — ; autodafé
de — 7.
Stavelot, autel de — au musée des
Arts décoratifs et industriels de
Bruxelles 1 17.
Stylus Ysidorianus 12.
SuGER 118-121.
Summulœ du S. H. S. 3, 128, i33,
170-171.
Symbolisme de l'art chrétien des
premiers siècles 114.
Table d'or, légende de la — 95-96.
Talmud 78.
Tapisseries typologiques de La
Chaise-Dieu 160; — de Reims,
de Saint-Bertin, de Chalon-sur-
Saône 161.
Tarbis ']()-'j'].
Temple, vie de la Vierge Marie
dans le cloître du — 22.
Terre-Sainte, descriptions de la —
104.
Théophile, citation de sa Schedula
i3o.
Thomas d'Aquin 32, 33, 108, iio;
— source des développements
théologi(jues contenus dans le
»S'. H. S. 5 0-5 2.
Thomas (Ant.) i5.
TiETZE 122, 128, i36, i4i, 169.
Tomyris 74, i58-i5g, 162.
Trentain grégorien 23.
7rL's belles Heures deTurin 154-157.
Trithemius 53, 167-170.
Trois anneaua-, parabole des — 87.
Troyes, jiiiverie de — au douzième
siècle 8g ; autodafé de — 7.
Tuscia, vestale i43.
TvLOR 56.
Typologie, définition de cette mé-
thode d'exégèse 2, no; ses ori-
gines 111-112.
Ulrich de Lilienfeld 4> i4i«
Valère Maxime g4-<)7.
Van Eyck, les — i55, 157.
A ERLA1NE l5.
- '78
Vic-le-Comte, verrières typologi-
ques de — i6o.
Vierge de Miséricorde 24.
Vilis mobilium possessio 72.
Villon 20.
Vincent de Beauvais i , 27), 4;, 99,
109.
Viol des vierges 02-53.
Vitraux typologiques des cathé-
drales du treizième siècle i23;
— de Canterburv i23; — de
Mùnchen-Gladbach et de Brande-
bourg 124; — de Mulhouse 34,
i5o; — de Saint-Alban i5i-i53;
— de Berne et de Vic-le-Conite
160; explication d'un vitrail du
Mans 67.
Vnlgaie, comment saint Jérôme Vu
laite 79, 88 ; cimtre-sens dans la
— ô'), 108.
Waitz 38.
Walafried Strabo 40, 80.
VValchegger 1 44 .
Weil (G.) 70, ,00.
WiLAMOWITZ (),
WiTZ (Conrad), ses nrintures typo-
logigues du musée de Bàle iC.o.
Avôlfflin i3.
Wciltingerode, psautier de — i4G.
WyZEWA 50.
4
Ydschor, Sépher Haijaschar 80, 85.
) om Kippour 8.
Vu, le 28 janvier 1908.
Le Doyen de la Faculté des lettres
de r Université de Paris,
A. CROISET.
VU ET PERMIS d'imprimer
Le Vice-recteur
de l'Académie de Paris,
L. LIARD.
I,
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